From Beyond: Aux Portes de l’Au-delà

Category: Films Comments: 11 comments

Sapristi saucisse! Comme quoi, tout peut arriver! Après quinze années à regarder ce From Beyond sortir en galette chez tous nos voisins européens et chez les Américains dans des éditions toutes plus bandantes les unes que les autres, on avait fini par abandonner l’idée de voir débouler ce petit classique de Stuart Gordon dans nos salons! Et pourtant, le voilà qui débarque bel et bien avec son bestiaire Lovecraftien!

 

Certes, nous aurions sans doute préféré que le film sorte chez un éditeur qui aurait fait un travail éditorial plus conséquent, genre Artus Films, Le Chat qui Fume ou Ecstasy of Films, mais qu’importe! Aux Portes de l’Au-delà arrive chez Sydonis Calysta et c’est heureux, quoiqu’il advienne! Nous n’irons pas trop regarder les belles éditions Blu-Ray sorties en Grande-Bretagne pour ne pas nous mettre la larme à l’œil lorsque nous zieuterons cette version DVD (le Blu-Ray sort en octobre) qui contient pour tout bonus la bande-annonce. Peut mieux faire mais le principal reste le film et la volonté de l’éditeur de nous sortir des petites bombes que nous attendions de reluquer depuis bien longtemps. Rien que pour cela, que Sydonis soit remercié par de gros baisers baveux, d’autant qu’on leur doit tout de même les galettes de The Vampires Lovers ou les rééditions des adaptations de Poe par Roger Corman. Des gars bien donc, qui nous proposent aujourd’hui de revenir dans la galaxie de Stuart Gordon via leur dernière sortie, disponible avec le Mad Movies. L’occasion de voir ce qu’a dans le ventre cette deuxième adaptation des écrits de Lovecraft de la part de Gordon, qui avait déjà tâté du maître via son chef-d’œuvre Re-Animator. Gros succès en 1985, les aventures d’Herbert West et ses seringues remplies du liquide vert fluo donnèrent des idées à ses concepteurs, la fine équipe décidant de se reconstituer dès l’année suivante pour tenter de reconduire ce triomphe. Et tout était réuni pour que ce soit le cas puisque les intervenants sont les mêmes: Gordon derrière la caméra bien évidemment, Brian Yuzna (réalisateur de Society, Re-Animator 2 et d’une brouettes de séries B) et Charles Band (patron d’Empire Pictures puis de Full Moon) aux cordons de la bourse, Dennis Paoli (habitué de Gordon et Lovecraft qui s’occupera aussi de Castle Freak et Dagon) au scénario, Richard Band à la zik et les acteurs Jeffrey Combs et Barbara Crampton pour illustrer tout cela. Gordon avait d’ailleurs à l’époque l’envie de faire une série d’adaptations du père de Cthulhu en réunissant ces deux comédiens à chaque fois. Enfin, pour parfaire l’équipe, on rameute quelques pros des effets-spéciaux, dont l’habitué des années quatre-vingt John Carl Buechler (Halloween 4, Troll, Trancers et le septième Vendredi 13, en tant que réalisateur pour ce dernier coup). Et pour conclure en beauté, une enveloppe de 4 millions-et-demi, ce qui change des bouts de ficelles utilisés sur Re-Animator… Succès assuré ? Pas vraiment…

 

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Car From Beyond n’aura jamais touché du doigt l’engouement offert à Re-Animator, cette deuxième incursion dans les mondes Lovecraftiens pour Gordon ne fonctionnant pas aussi bien que prévu au box-office et n’aura pas vraiment atteint un statut plus culte que cela auprès des bisseux. Certes, le film a une réputation plutôt bonne et est assez bien reçus mais il est plutôt rare de voir un amoureux de la série B en parler avec des étoiles dans les yeux. La faute à qui ? Sans doute à Re-Animator à vrai dire, un grand frère si colossal qu’il ne peut que vous enfermer dans son ombre. Ce qui est d’autant plus dommage que ces Portes de l’Au-delà sont loin d’êtres désagréables à franchir! Bien évidemment, le script se doit d’aller plus loin que la nouvelle De L’au-delà écrite par le pote Howard Phillips, qui ne dépassait pas les sept pages. Repris dans le début du long-métrage, ces feuillets ne peuvent en effet guère faire tenir tout un script et il faudra en rajouter si l’on veut atteindre les quatre-vingt minutes obligatoires tout en restant aussi fidèle que possible à l’esprit de Lovecraft. Le résultat conte les expériences du Dr. Pretorius (Ted Sorel, Basket Case 2) et de son assistant Crawford Tillinghast (Jeffrey Combs), bien décidés à utiliser une étrange machine, le Resonator (pur nom pour un groupe de metal, ça!), pour développer leur glande pinéale et dès lors obtenir un sixième sens. Mais tout cela tourne très mal et leur appareil ouvre les portes d’une dimension lugubre dont sortent des monstruosités qui ont tôt fait de décapiter Pretorius. Arrêté par la police, qui lui colle bien évidemment la mort du savant sur le dos, le pauvre Tillinghast semble sombrer dans la folie. La seule à s’interroger sur son cas est la belle psychiatre Katherine McMichaels (Barbara Crampton), qui décide de le sortir de l’hôpital psychiatrique dans lequel il est enfermé pour le ramener sur les lieux du drame. Accompagné du flic cool Bubba Brownlee (Ken « Zombie » Foree), ils remettent en marche le Resonator, qui ne tarde pas à amener ses effets néfastes, à savoir rameuter les anguilles et méduses de la quatrième dimension et, surtout, ce bon vieux Pretorius, désormais monstrueux et bien décidé à se laisser aller à ses plaisirs sexuels les plus pervers… Car Gordon était bien décidé à continuer sur la voie de l’horreur perverse, bien entamée dans son précédent film via un cunnilingus nécrophile d’un genre nouveau! Le bon vieux Pretorius est effectivement un obsédé de première catégorie, comme le prouve sa jolie chambre décorée façon SM, un engouement pour le cul qui va s’accroître lorsqu’il reviendra de l’au-delà avec un corps répugnant. Et c’est bien évidemment la pauvre Barbara qui va en faire les frais puisqu’elle sera très vite attaquée par des tentacules (ah, j’entends se garer un car de japonais!). Et, Barbara Crampton oblige, elle se retrouvera avec les seins à l’air. Avouons que si ce n’était pas le cas, nous serions bien déçus…

 

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Le barbu Stuart nous ressort donc sa recette miracle du gore qui sent le fion, laissant tomber le coté humoristique qui transperçait ça et là son génial Re-Animator. Décevant ? Pas vraiment puisque le manque de comédie renforce ici l’aspect répugnant de l’intrigue, sa dangerosité et ses aspects malsains. On pense d’ailleurs à l’ambiance malade d’Hellraiser puisque, comme Pinhead et ses Cénobites, Pretorius promet à ses futures victimes des plaisirs inconnus, et tout comme dans le film de Clive Barker, la menace se trouve dans le grenier. Cradingue, From Beyond l’est également, et on peut féliciter les gus derrière les SFX qui sont parvenus à proposer un monstre assez marquant, qui ne fait pas réellement peur de manière classique puisque Pretorius n’a pas vraiment la volonté de tuer ceux qui l’entourent. Non, il est plutôt inquiétant car il veut… les violer! Une petite originalité qui permet au film de se draper dans une aura particulière, impure, qui prend un malin plaisir à corrompre tout ce qu’il touche. La pauvre Barbara Crampton en premier lieu, toujours elle!, qui de petite prude coincée se transforme en une foldingue sexuelle. C’est d’ailleurs les pulsions charnelles qui permettront à Gordon de passer outre quelques petits soucis scénaristiques: car vu le bordel que crée le Resonator, il est en effet peu probable que nos protagonistes s’y frottent à nouveau. Mais puisque c’est leur sexe qui les dirige, une force particulièrement puissante je le rappelle, cela permet à notre réalisateur de ramener nos pauvres personnages dans ce grenier qui fait aussi office de laboratoire bariolé. Car lorsque le Resonator s’enclenche, tout devient rosé, un choix de couleur surprenant puisque la couleur des bonbons ne s’accorde pas forcément avec l’horreur. Mais on peut y voir la volonté de jouer sur les codes visuels de l’érotisme (on parle bien de « séries roses » après tout) pour les dévier vers le glauque. Visuellement, même si cela apportera peut-être quelques réserves, cela reste une réussite. D’autant que Gordon aime beaucoup le gore et nous le rappelle via quelques séquences marquantes, comme lorsque des mouches venues de l’autre dimension viennent bouffer le corps d’un pauvre personnage.

 

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Doté d’un casting qui fera plaisir à tout le monde (Combs, Crampton, Foree, pas de quoi se plaindre!), From Beyond s’en tire plutôt avec les honneurs mais ne parvient malheureusement jamais à atteindre le niveau, sans doute trop élevé, de Re-Animator. Sans doute à cause d’une trop forte simplicité dans sa dramaturgie, qui malgré son budget bien plus élevé se concentre au final sur deux personnages. Pretorius d’un coté et les autres, les héros faisant pour ainsi dire bloc face à lui. Nous sommes bien loin des multiples points de vue apportés dans les aventures d’Herbert West, qui nous proposaient de nombreux camps… Le film fait dès lors un peu plus fauché qu’il ne l’est à cause de son script qui manque un peu d’ampleur pour convaincre totalement. Le film loupe donc la marche du fond, d’autant qu’il faut attendre une bonne trentaine de minutes pour que le récit se lance pleinement. Heureusement, c’est visuellement un vrai plaisir et l’on ne peut qu’apprécier ces monstres tous plus répugnants les uns que les autres, qui nous rappellent que From Beyond est avant toute chose un bon film graphique et assez insolent au final. Une bonne petite série B quoi, que nous sommes bien heureux de posséder enfin en DVD!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Stuart Gordon
  • Scénarisation: Dennis Paoli, Stuart Gordon, Brian Yuzna
  • Titres: From Beyond (USA)
  • Producteurs: Brian Yuzna, Charles Band, Bruce William Curtis
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Ken Foree, Ted Sorel
  • Année: 1986

11 comments to From Beyond: Aux Portes de l’Au-delà

  • Dirty Max 666  says:

    Critique au poil, Rigs ! Le film m’avait beaucoup marqué quand j’étais ado. J’espère qu’il n’a pas trop vieilli depuis. Le dvd va me permettre de vérifier tout ça. Et puis Jeffrey Combs est le seul acteur au monde a avoir montré sa glande pinéale à l’écran…

  • Princécranoir  says:

    Belle chronique qui me remet en appétit. Vieux souvenir assez marquant pour moi aussi. Bien plus efficace qu’un cours de SVT pour nous apprendre le rôle de la glande pinéale ! Je me le mets de côté pour une séance de révision.

  • Roggy  says:

    Vu il y a longtemps et pas revu depuis, je garde peu de souvenirs du film. En revanche, j’aime bien Re-animator et Christophe Lambert 🙂

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    Miss Crampton incarnait aussi, au plein sens du terme, l’éphémère épouse adultère du pauvre acteur de série Z d’horreur dans « Body Double »…
    https://plus.google.com/u/0/communities/105428171484401408969

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