Ken, Le Survivant

Category: Films Comments: 2 comments

Mal-aimée par les parents à l’époque de sa diffusion au Club Dorothée pour cause de violence exagérée, la série Ken Le Survivant n’en est pas moins devenu un petit objet de culte auprès des amateurs de mangas qui sont bien heureux d’avoir un post-apocalyptique gore à sa glisser dans les paupières. Manque de bol, la version live est, de son coté, détestée par tout le monde.

 

Pour peu que vous ayez lu ma petite bafouille sur Ken Le Survivant, Le Film, post-apo d’animation qui concentrait les aventures violentes de Kenshiro en deux heures gores mais aussi un peu longuettes. Fidèle sans trop l’être, le film parvenait à toucher le cœur des bisseux dans ses séquences brutales qui alignaient les têtes explosées mais qui se perdait un peu trop dans des méandres mélodramatiques assommants. Nous venions pour voir les morceaux de crânes voler, nous avions surtout droit à une histoire de famille un peu lente, qui était certes présente dans le manga d’origine de Buronson et Tetuso Hara mais qui avait la bonne tenue de partager l’affiche avec les bastons gores. Sans être une déception (cela reste le meilleur long-métrage consacré à la saga), cet anime nous laissait un peu sur notre faim, tout comme les adaptations plus récentes qui sont quant à elles plus prudes encore… Que faire ? Abandonner l’idée de trouver l’adaptation parfaite et nous contenter du dessin-animé des années 80 ? On pourrait mais vous avouerez qu’il serait dommage de ne pas tester toutes les possibilités. Et il nous en reste justement une, venue au monde en 1995 sous la direction de Tony Randel, fier gaillard que vous connaissez fort bien pour avoir réalisé Hellraiser 2, Ticks et Amityville 1993. Un bon artisan de la série B qui devrait être l’homme de la situation lorsqu’il s’agit de filmer des sauvages du futur se faire exploser, littéralement, par un pro du kung-fu capable de vous retourner les boyaux en une pression du doigt. En prime, le fameux Kenshiro est incarné par Gary Daniels, un acteur certes limité mais qui est un combattant hors-pair qui fit ses preuves dans le délirant Nicky Larson avec Jackie Chan dans lequel il se lança dans une parodie martiale du jeu-vidéo Street Fighter II. Sur le papier, tout correspond à ce que l’on peut attendre d’une équipe censée nous délivrer une adaptation live de l’un des plus violents des mangas. Mais voilà, la malchance à touché ce North Star – La légende de Ken le survivant qui ne sera pas devenu un classique du genre mais une bisserie oubliée et généralement considérée comme un nanar à peine rigolo. Mais vous savez les on-dit, il faut toujours s’en méfier…

 

ken3

 

Si vous avez déjà ouvert le premier tome d’Hokuto No Ken ou vu quelques épisodes lors de sa diffusion dans l’émission du barbu Corbier, vous connaissez déjà l’histoire. Alors qu’ils se baladaient gentiment et plantaient des fleurs dans un monde ravagé par les guerres nucléaires, Kenshiro et sa petite amie Julia sont interrompus par Shin, ami de Ken. Ou plutôt ancien ami puisque le mecton est lui aussi amoureux de la belle et décide qu’il fera un meilleur boyfriend que son rival. Tous deux débutent un combat fratricide, d’autant plus compliqué que les deux musclés sont deux pros des arts-martiaux puisqu’ils sont les héritiers de leurs écoles respectives, le Hokuto Shinken pour Ken et le Nanto Seiken pour Shin. Mais trop gentil, Ken se prend une branlée par son adversaire, qui lui pique sa gonzesse et le laisse pour mort après lui avoir offert sept cicatrices sur la poitrine. Les mois passent et notre pauvre héros n’a plus qu’à arpenter ces terres arides pour retrouver sa bien-aimée, gardée prisonnière dans la ville construite par ce félon de Shin. Certes, tout cela ne correspond au final qu’aux deux premiers tomes d’une saga qui en compte vingt-sept mais c’est aussi l’un des actes les plus appréciés des fans et sans doute le plus cinématographique. C’est simple, ça pose les bases et ça contient une dramaturgie suffisante pour tenir en quatre-vingt-dix minutes (car dans les tomes suivants tout se complique et cela demanderait au moins deux trilogies). Il n’est donc guère étonnant de voir Tony Randel et son co-scénariste Peter Atkins (tous les Wishmaster et la plupart des Hellraiser) choisir cette première partie pour leur long-métrage, d’autant que cela leur aura évité de lire les vingt-cinq tomes suivants, l’arc concernant Shin étant l’un des rares à paraître indépendant des autres, quand bien même les suivants finiront par le relier à leur cause via une petite révision historique. Bien entendu, le matériau de base à beau être japonais, c’est avant tout aux Américains que s’adresse cette version live, quand bien même les nippons auront droit eux aussi à une sortie de ce North Star qui obtiendra même la participation des doubleurs de la série d’origine. Reste que quelques modifications sont faites pour rendre le tout moins exotique pour les yankees, le Hokuto devenant Vega et le Nanto la Croix du Sud, dernier terme qui était déjà utilisé dans le manga quand bien-même ce n’était pas dans le même sens. Quelques changements dans les personnages débouleront dans la foulée, ainsi Lynn la petite muette devient ici aveugle, certains protagonistes fusionnent (Jackal reprend le nom de… ben Jackal… et le physique de Jagi tout en se voyant octroyer un rôle très diffèrent de ses pendants animés) et le mentor de Kenshiro, Ryuken, débarque alors qu’il n’était pas présenté à ce stade du manga. Mais les grandes lignes sont les mêmes et il serait bien malhonnête de critiquer le film sur sa fidélité à l’œuvre d’Hara et Buronson, d’autant que nous avons vu largement pire depuis (remember Dragon Ball Evolution…).

 

ken4

 

Tony Randel n’a donc pas à rougir outre mesure puisque son film est plutôt conforme à l’idée que l’on pouvait se faire d’une version live d’Hokuto No Ken, le réalisateur reprenant même quelques idées visuelles présentes dans la version noir et blanc, comme ce sous-marin perché sur un rocher. Bien entendu, le budget moyen (dans les sept millions) ne permet pas de s’approcher des visuels les plus fous trouvables dans Le Livre d’Eli ou La Route, et nous sommes d’ailleurs plutôt proches du Cyborg d’Albert Pyun avec Van Damme, mais nous retrouvons malgré tout nos marques assez rapidement: le monde est bel et bien dévasté, c’est sale, les barbares sont moches et méchants, utilisent des motos et la tour construite par Shin, si elle ne ressemble guère à son pendant papier, conserve l’idée derrière l’immeuble. Et contrairement à l’adaptation calamiteuse de Dragon Ball, un réel effort à été fait sur les looks des individus: Ken a bien sa veste en cuir, Shin est habillé de vêtements plus chics, Julia est dans sa robe blanche, Lynn et Bat ressemblent plus ou moins à ce qu’ils sont dans l’animé,… On appréciera également l’attention portée aux silhouettes des généraux de Shin, qui ne sont pas de simples gugus lambdas et respectent l’esprit du manga, quand bien-même on ne les retrouve pas dans celui-ci (si ce n’est un gros type qui mise sur sa graisse pour se battre). Ken n’y affronte en effet aucun d’officier Nazi (enfin si, mais pas le même), aucun gros black à l’œil crevé, aucun type ressemblant aux monstres de The Descent, mais il aurait pu et l’esprit est respecté, ce qui est bien le principal. Combien de portages cinématographiques de jeux-vidéos nous ressortent toute la galerie de personnages sans jamais parvenir à toucher du bout du doigt l’ambiance de leur modèle ? Rappelez-vous Street Fighter et les Resident Evil et considérez que ce Ken, Le Survivant aura au moins été conçus par des personnes qui ont lu les livres et ne se sont pas contentés de regarder vite fait quelques images éparses pour imaginer le reste… Tony Randel et ceux qui composent son équipe ont vraiment essayé, cela se sent, cela se voit. Ils ont peut-être un peu trop essayé, d’ailleurs…

 

ken2

 

Car c’est une arme à double-tranchant qu’est une trop forte obéissance à un univers à la base créé pour un autre média et ce North Star en fait un peu les frais puisqu’il porte à l’écran certains passages qui passaient bien sur le papier mais ont plus de mal à nous faire garder notre sérieux une fois en chair et en os. A savoir certains effets très spéciaux, typiquement mangas, qui consistent à placer une aura d’énergie autour des personnages… Cela passe bien dans un film comme The Story of Ricky (chroniqué en ces pages) parce le délire de l’ensemble était accepté et assumé, mais Ken le survivant, le film affiche un sérieux absolu qui tranche avec le résultat. C’est donc tout aussi sérieusement que Tony Randel tente de donner tout sa dimension tragique au triangle amoureux unissant Ken, Julia et Shin. Une romance triste et théâtrale certes présente dans le manga mais nettement moins appuyée, quelques scènes bien senties y suffisant pour faire passer le message. Pas ici, nos scénaristes préférant tout souligner trois fois à grands renforts de dialogues plutôt inutiles et d’un premier degré plombant. Car on oublie souvent de dire que Hokuto no Ken était une œuvre gorgée d’humour, qui n’hésitait certes pas à dramatiser et rendre noble certains de ses personnages, mais qui désamorçait régulièrement son histoire peu rigolote par des scènes de gore toonesque et délirant, dans lesquelles les corps explosaient de toute part. Et si nous trouvons bien quelques plans sanglants (une mâchoire déplacée, une tête qui gonfle) et que les combats opposants Ken à Shin sont plutôt brutaux (ça pisse bien le sang quand même), il faut bien admettre que ces séquences nous semblent plutôt soft par rapport à leurs versions animées ou papiers mais aussi, et surtout, qu’elles sont malheureusement en minorité par rapport aux saynètes à tendance dramatique… Randel en fait donc un peu trop dans les larmes et pas assez dans le sang, ce qui est tout de même un comble pour une œuvre reprenant un titre qui aura bâtît sa légende sur son carnage décomplexé. Et, manque de bol, les acteurs ne sont pas forcément des rois de l’émotion, à commencer par un Gary Daniels (qui appela son fils Kenshiro après le tournage!) qui compose d’ailleurs un Kenshiro un peu trop angélique. Bien malgré lui par ailleurs car l’acteur lui insuffle le caractère qu’il faut, le souci résident plutôt dans son regard, trop bleu et profond là où le Ken d’origine était plus froid. Costas Mandylor (présent dans tous les Saw depuis le troisième mais aussi dans Dinocroc) s’en tire par contre bien mieux dans la peau de Shin, son visage ressemblant à celui de l’original. Il en restitue aussi l’ambigüité, notre tyran à l’égo surdimensionné ayant beau être très méchant, il est avant tout un amoureux fou qui veut construire un monde meilleur pour celle qu’il aime.

 

ken1

 

Je passerai par contre sous silence Malcolm McDowell, venu tourner une heure pour toucher son chèque en en ayant visiblement rien à foutre, et Chris Penn (Reservoir Dogs) qui en fait des caisses dans son rôle d’homme de main sans cœur. Les bisseux les plus attentifs remarqueront aussi l’ami Clint Howard (Evilspeak) qui disparaît du film sans crier gare ou encore le sympathique Paulo Tocha (Predator 2, Bloodsport). Le vieux Melvin Van Peebles vient, tout comme McDowell, interpréter un rôle anecdotique tout juste bon à grossir artificiellement le casting et donc rassurer deux ou trois investisseurs. Mais si les talents de comédiens sont limités, il faut par contre mettre en évidence la bonne tenue des combats, qui mettent en valeur les capacités de Gary Daniels, un peu ridicule lorsqu’il doit singer les attaques du Kenshiro animé mais fort à son aise lorsqu’il a l’occasion de donner des coups de pieds sautés particulièrement impressionnants, comme dans cette excellente scène où il étale une bonne vingtaine de gus à la suite. Face à lui, le brave Mandylor se débrouille par ailleurs plutôt bien et leurs affrontements ne sonnent jamais factices et valent bien ce que l’on peut voir de nos jours dans le même genre. De quoi nous faire regretter que Randel, qui réalise plutôt platement par ailleurs, n’ait pas délaissé le sérieux de la situation pour signer une pure œuvre régressive, mélangeant arts-martiaux et geysers de sang comme l’avait si bien fait Lam Nai-Choi avec son Story of Ricky, lui aussi adapté d’un manga (Rikki-Oh, qui surfait d’ailleurs sur le succès d’Hokuto no Ken), plus proche de ce que l’on pouvait attendre de ce Noth Star qui ne parvient malheureusement pas à satisfaire grand-monde. Trop friqué pour amuser les habitués du post-apo à l’italienne, trop fauché pour les autres, le film est considéré comme un petit nanar à peine drôle et sans envergure. Ce qui est totalement injuste puisque, sans être une réussite, le film a le mérite de coller à son sujet, pour le meilleur comme pour le pire, et les défauts qui lui tombent dessus étaient aussi ceux de l’adaptation animée de 1986… Alors n’écoutez pas les rumeurs, Ken le survivant, le film est moins un gros nanar qu’une série B regardable, plutôt fidèle et moins mauvaise que prévue. Ce qui est déjà une bonne surprise…

Rigs Mordo

 

kenposter

 

  • Réalisation: Tony Randel
  • Scénarisation: Tony Randel, Peter Atkins
  • Titres: Fist of the North Star (USA)
  • Producteur: Aki Komine, Mark Yellen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gary Daniels, Costas Mandylor, Chris Penn, Isako Washio, Malcolm McDowell, Dante Basco
  • Année: 1995

2 comments to Ken, Le Survivant

  • Dirty Max 666  says:

    Voilà qui donne envie de s’attarder sur ce petit film méconnu. Qui apparemment à l’air bien plus fréquentable que les infâmes « Double dragon » et « Street fighter »… Et puis Tony Randel n’est pas un artisan dégueux (« Hellraiser 2 » quand même). Si son Ken est du niveau d’un « Cyborg », je suis preneur.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>