La Dame en Noir

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Alors que La Dame en Noir: Angel of Death sortira dans quelques mois, il est de bon ton de revenir sur son premier méfait qui signa le véritable retour d’une Hammer bien décidée à balayer les found-footage et autres torture-porn du paysage horrifique. Il était temps!

 

On ne va pas se mentir: nous étions tous un peu déçus par le retour opéré par la Hammer jusque-là. Le Locataire n’était qu’un petit thriller sans saveur et si Laisse-moi Entrer, le remake de Morse, et Wake Wood n’étaient pas de mauvais films, au contraire, ils ne correspondaient pas vraiment à l’idée que nous nous faisons du studio britannique. Point de châteaux gothiques, de Dracula et autres vampires mutiques, de paysans effrayés ou de baron Frankenstein, soit les éléments qui sautent à l’esprit lorsque le mot « Hammer » est lâché. Bien entendu, il était illusoire d’espérer des dirigeants du marteau britannique des offrandes dans le pur style du cinéma horrifique des années 60, une idée qui ravirait les fans mais qui ne trouverait sans doute pas son chemin jusqu’aux mirettes du grand public. C’est qu’il s’en est passé des choses depuis l’arrêt de la Hammer dans les années 80, alors qu’elle était déjà en perte de vitesse depuis dix bonnes années. La plupart de ses têtes d’affiches sont parties pour l’autre-monde (ne reste pour ainsi dire que l’immortel Christopher Lee), le cinéma d’horreur n’a cessé d’évoluer et a progressivement laissé tomber les fresques médiévales au profit d’un gore éclaboussant les tronches des spectateurs. La Hammer n’était plus dans le coup et une refonte de son cinéma était nécessaire si elle voulait voir son logo réintégrer les écrans. Mais ce n’est pas parce qu’on se modernise qu’on doit renier tout son héritage et ça, les anglais nous le prouvent avec La Dame en Noir. Adapté d’un roman du même écrit par Susan Hill, The Woman in Black avait tout du projet parfait pour la Hammer. Avec une histoire se déroulant à la fin du dix-neuvième siècle dans une campagne anglaise terrifiée par une malédiction sortant d’une demeure isolée, la firme qui ranima les grands monstres de la Universal dans les années 50 et 60 trouve chaussure à son pied. Pour la mettre en image, qui de mieux qu’un réalisateur british et prometteur comme James Watkins, géniteur de l’excellent survival Eden Lake ? Au scénario: Jane Goldman, l’acolyte de Matthew Vaughn sur Kick-Ass ou X-Men First Class. Reste à trouver une personnalité capable de rameuter les foules sur son seul nom, anglais si possible… Et pourquoi pas Daniel Radcliff, monsieur Harry Potter himself ? Un choix risqué, au fond, l’acteur quittant tout juste les frusques du petit magicien bigleux en n’ayant pas encore réellement fait ses preuves. Et il n’est pas garanti que les fans d’horreur accepteront sa présence au générique, les bisseux n’aimant guère retrouver des stars au casting de leurs films favoris, surtout dans un rôle aussi important…

 

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Radcliff a la lourde tâche d’incarner Arthur Kipps, un jeune notaire qui traverse une période douloureuse: sa femme est morte il y a quelques années lors de la venue au monde de leur fils, faisant de lui un papa célibataire. En difficultés financières, il ne peut plus refuser un travail, aussi ennuyeux soit-il, comme le dossier Marsh. Une succession compliquée à gérer pour laquelle le jeune homme va devoir se rendre dans un village reculé, et plus précisément dans la demeure de sa cliente décédée, là où se trouve une tonne de paperasse à inspecter dans tous les sens. Mais une fois sur place, Arthur se rend vite compte qu’il n’est pas le bienvenu, tous les habitants souhaitant le voir repartir au plus vite, affolés par une curieuse malédiction. Car selon la légende locale, le spectre d’une dame en noir rôde dans la bâtisse, attendant que quelqu’un la remarque pour aller pousser de jeunes enfants au suicide. Une classique histoire de fantômes, au fond, comme on en a vu des paquets depuis dix ans, et qui repose en grande partie sur les épaules de Radcliff, présent dans la quasi-totalité des scènes. La Dame en Noir est un film de héros solitaire, Kipps errant seul dans la demeure durant une bonne partie du film. C’est dire si le jeu de Radcliff est ici important, décisif dans la réussite ou l’échec qualitatif du film (car l’on sait que sa présence au générique garantit quoiqu’il arrive des entrées, les jeunes filles se jetant dans les salles obscures sur son seul nom). Trêve de suspens inutile, l’ex-sorcier de ces dames fait des merveilles, trouvant ici un rôle difficile dont il s’accommode parfaitement. Souvent jugé trop jeune pour faire un veuf crédible, l’acteur arrive pourtant à faire ressortir son inquiétude quant à l’avenir de son enfant, sans en faire trop, comme une douleur intérieure qui ne ressortirait que dans la lueur d’un regard furtif. Pas d’explosions de larmes, mais une détresse digne, sourde, celle d’un homme qui doit rester debout pour s’occuper de son fils. Très impliqué, Radcliff a même discuté avec des personnes ayant beaucoup souffert de la perte d’un être cher…

 

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Le deuil est très clairement le thème central du film, la fameuse dame en noir commettant ces meurtres infantiles pour se venger de la mort du sien, noyé dans la boue d’un marécage lors d’un accident de calèche. Refusant aux autres un bonheur qui lui a été volé, le fantôme de cette pendue va envoyer tous les enfants du village à la mort, les forçant à se défenestrer, se noyer ou même s’immoler. Si Arthur Kipps tente de survivre vaille que vaille pour offrir à son enfant une vie décente, la dame en noir se débat dans la mort pour répandre la tristesse chez tous les parents de la région. La colère l’a emporté sur la mort et c’est les enfants des autres qui en payent les pots cassés. Il est amusant de mettre côte à côte La Dame en Noir et Eden Lake, premier effort du réalisateur, qui mettait déjà en scène des enfants. Mais au lieu de victimes, ils étaient les bourreaux, pourchassant un couple dans la forêt pour leur faire la peau. La différence de comportement entre les parents des deux films sautent aux yeux aussi, ceux de La Dame en Noir faisant tout leur possible pour protéger leur progéniture, allant jusqu’à l’enfermer dans une cave pour les tenir à l’écart du spectre vengeur, tandis que ceux d’Eden Lake semblent avoir abandonné toute idée d’éducation, laissant leurs rejetons commettre des actes de barbarie en tout impunité. Il sera intéressant de voir si le troisième film de Watkins naviguera dans les mêmes eaux parentales. Et surtout s’il sera aussi réussi que cette dame sombre, définitivement l’une des plus belles réussites horrifiques de ces derniers temps.

 

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Ce qui fait plaisir d’emblée, c’est l’ambiance et les décors, qui nous catapultent sans mal à l’époque des faits et font le lien avec l’âge d’or de la Hammer. Une demeure abandonnée, entourée d’un marais qui parait sans fin, séparant la maison maudite d’un village tremblotant. Pour la première fois depuis Sleepy Hollow, on a vraiment l’impression de voir renaître la glorieuse époque des sixties, quand bien même La Dame en Noir ne ressemble pas réellement à l’un des films de la firme en particulier. Peut-être pourrions-nous trouver quelques ressemblances avec La Femme Reptile, à la structure scénaristique relativement proche et qui contient elle aussi une demeure dans laquelle personne n’ose entrer. Mais si Watkins puise bien entendu dans les archives de la Hammer pour donner à son œuvre la teinte gothique qu’elle mérite, il n’en oublie pas ce qui s’est fait en matière d’horreur depuis quarante ans. On pourra donc penser aux récentes histoires de fantômes mécontents comme les productions espagnoles à la Fragile ou les déambulations fantomatiques de Mary Shaw dans Dead Silence. Et bien entendu, le réalisateur n’oublie pas le plus important: faire peur. Et il y arrive, souvent, voire très fréquemment. A ce titre, le passage dans la maison à mi-parcours du film est très probablement l’un des meilleurs condensé de frousse que le cinéma nous aura offert, nous dressant les poils plus d’une fois… Que ce soit via une apparition à l’arrière-plan, des jump-scares efficaces ou une bande sonore à faire froid dans le dos (joli score de Marco Beltrami), sans oublier les décors, remplis d’ombres, dans lesquels on semble voir à chaque instant le voile ténébreux de la dame en noir. Des ténèbres qui s’immiscent même dans la lumière, comme en témoigne le final, qui mélange happy et bad end… Mais là où La Dame en Noir séduit définitivement, c’est dans son coté old-school assumé, ce retour à l’horreur classique, qui avait déserté nos écrans pendant trop longtemps. Espérons que la Hammer continuera de regarder dans le rétroviseur et nous fera frémir à grands coups de peurs venues des siècles derniers. Le film ayant été un beau succès, ses créateurs s’apprêtent à lui donner suite, ce qui est plutôt rassurant… Ravi de pouvoir vous visiter à nouveau, manoirs poussiéreux et cimetières abandonnés !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: James Watkins
  • Scénarisation: Jane Goldman
  • Titre Original: The Woman in Black
  • Producteur: Hammer Films
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Daniel Radcliff, Ciaran Hinds, Janet McTeer, Roger Allam
  • Année: 2012

6 comments to La Dame en Noir

  • Princécranoir  says:

    Séduit par la dame noir si j’ai bien compris. Il faut reconnaître qu’elle a du charme sous son voile de ténèbres. Grande réussite récente du film de frousse, avec un Radcliffe impeccable et un spectre au moins aussi retors que ses chevelues cousines nippones. Nul doute que les ombres de Terence Fisher, Freddie Francis et autre John Gilling planaient des les environs…

  • Dirty Max 666  says:

    Un film d’épouvante old school qui fait assurément honneur à l’esprit Hammer. Mais j’ai un peu de mal avec Radcliff, une grosse concession marketing faisant ici un peu tache…Ce qui ne m’empêche pas d’être intrigué par son prochain film, le « Horns » d’Alexandre Aja (en salle le 1er octobre prochain).

  • Roggy  says:

    Je souscrits aussi à ce concert de louanges pour un film qui nous ramène des dizaines d’années en arrière. Avec un Daniel Radcliffe qui montre qu’il est un bon acteur. En revanche, je ne crois pas non plus à une suite, certainement enclenchée grâce aux résultats du 1er film. Comme Max, j’attends « Horns » qui aurait eu sa place à l’Etrange festival… désolé, je suis encore perdu dans les effluves bizarres.

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