The Deadly Spawn

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Alors que le cinéma français nous assène des films coutant 22 millions d’euros pour nous balancer deux ou trois bobos dans un appartement, il est bon ton de se rappeler que quelques passionnés arrivaient jadis à nous proposer bien plus pour beaucoup moins. Car on a beau avoir le larfeuille complètement à sec, il peut tout de même en sortir un énorme alien carnassier.

 

20 000 dollars, voilà le budget de The Deadly Spawn, œuvre culte de la série B horrifique des années 80. Difficile à imaginer de nos jours, surtout lorsque l’on voit la qualité des effets spéciaux du film, qui n’hésitent pas à donner vie à des bestioles particulièrement impressionnantes. Mais un tel résultat ne se fait pas sans sacrifices, l’équipe du film renonçant à tout salaire, les quelques billets possédés partant immanquablement dans la création des monstres, qui peuvent par chance compter sur le talent de quelques pros du genre et, surtout, de véritables passionnés. Comme Ted A. Bohus, producteur indépendant qui se lance dans l’aventure en produisant deux Don Dohler (Fiend et Nightbeast), décidant d’écrire The Deadly Spawn tout en le produisant et le réalisant. Un peu beaucoup pour un seul homme, qui va devoir être partout à la fois et comprendra bien vite qu’il lui faudra un réalisateur, choisissant son co-scénariste Douglas McKeown pour le poste, qui sera par ailleurs sa seule réalisation. La marge de manœuvre du Douglas sur le film semble d’ailleurs plutôt réduite, Bohus étant le vrai décideur, secondé par une horde de geeks des effets spéciaux. C’est donc entre potes qu’ils finiront par tourner leur invasion alien, dans la maison de l’un d’entre eux, en utilisant son fils, le jeune Charles Georges Hildebrandt. Des amitiés qui ne dureront pas forcément après le tournage, difficile, Bohus reconnaissant volontiers que ce qu’il pensait être un amusant défouloir créatif se changera régulièrement en cauchemar. Logistique à cause de créatures difficiles à créer mais également humain, les acteurs non-payés n’en faisant parfois qu’à leur tête. Et les ennuis continueront encore par la suite lorsque la distribution du film débutera réellement, les différentes sociétés comme 21st Century tentant d’entuber Ted Bohus jusqu’à l’os. Ils iront même jusqu’à renommer le film en Return of the Aliens: The Deadly Spawn, histoire de capitaliser sur le classique de Ridley Scott. Ce qui ne fera guère plaisir à Bohus qui peut tout de même être fier de son très beau bébé…

 

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Ce n’est en tout cas pas scénaristiquement que le film trouvera son pic d’intérêt puisque l’histoire se résume à la chute d’une météorite sur Terre, ce qui entraine l’apparition d’un monstre qui va trouver refuge dans la cave d’une petite famille. Suivra l’habituel carnage pour lequel nous nous déplaçons tous et que nous attendons la bave aux lèvres. On reconnaît donc bien là une production Bohus, car si The Deadly Spawn est visuellement plus complexe qu’un Nightbeast, le récit s’articule de la même manière, avec des attaques régulières de la bête tandis que les humains vaquent à leurs occupations. C’est simple, voire simpliste, mais l’on peut comprendre vu les conditions de tournage et le faible budget alloué à la création du film que Bohus et McKeown ne se sont pas lancés dans un récit trop complexe. Après tout, ils vont déjà avoir à gérer un beau bordel, inutile de s’encombrer d’un script difficile à suivre. Et puis tant qu’il permet au film d’étaler son spectacle morbide, guère besoin d’en faire plus. Pour autant, ils ne bâclent pas l’écriture, Bohus tentant de faire raisonner ses personnages de manière intelligente et naturelle, ce qui n’est pas toujours évident à la vue du film par ailleurs. Mais saluons l’effort, tout comme celui de ne pas être trop prévisible lorsque meurt un protagoniste, le film ne se dirigeant pas forcément vers les victimes toutes désignées. Une volonté de surprendre le spectateur selon McKeown mais que Bohus attribue plutôt aux aléas d’une production indépendante, l’une des actrices lui annonçant qu’elle ne pourra finir le tournage, une troupe de théâtre l’ayant engagée dans les mêmes temps. Bohus décidera donc de tuer son personnage, censé survivre à la base, créant par la même occasion une belle surprise. Les versions diffèrent donc et les violons sont loin d’être accordés.

 

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Dans tous les cas, le clou du spectacle reste les monstres, tout simplement magnifiques. C’est bien simple, on a du mal à croire qu’ils puissent se retrouver dans une production si modeste. Sorte de grosse masse gélatineuse et graisseuse avec une bouche énorme, rappelant un peu la créature de La Petite Boutique des Horreurs en mode gore, notre « Spawn » comporte plusieurs tentacules qui possèdent, elles aussi, leurs propres gueules de loups, largement dentées. Et histoire de pimenter le tout, elles sont accompagnées de versions miniatures, des petites limaces diablement rapides et tout aussi dangereuses. Des créatures qui auront demandé à leurs ingénieurs différentes techniques, la plus utilisée étant malgré tout celle des marionnettes, parfois énorme comme la tête principale du monstre qui demandait un homme en son sein pour lui permettre de bouger. Le contrat est en tout cas largement rempli et la bestiole est bien plus crédible que d’autres présents dans des films pourtant bien plus friqués. Il suffit de voir la découverte de cette gigantesque masse dans la cave pour s’en convaincre ou encore ce plan où les limaces nagent, effet rendu possible en traçant un chemin ondulé devant elle, des techniciens les tirant ensuite avec des fils. Mais s’ils soignent leur bête, ils n’oublient pas pour autant leurs personnages humains, auxquels ils vont offrir des morts particulièrement graphiques. Entre les visages arrachés et les corps dévorés de l’intérieur, The Deadly Spawn aura tout le temps de nous prouver que c’est un sérieux prétendant au podium du roi du gore, les efforts, et effets, n’étant clairement pas absents de l’équation. Si vous avez toujours rêvé de voir la tête coupée d’une mère de famille se faire arracher la peau par plusieurs limaces mutantes, mis à part le fait que vous devriez consulter, vous pourrez épancher votre soif ici. Tout ceci nous rappelle que nous sommes bel et bien face à un film d’amoureux des effets spéciaux, tout The Deadly Spawn transpirant l’amour des effets à l’ancienne. Et au cas où nous ne l’aurions pas compris, une piqure de rappel est faite avec le personnage principal, un gamin amoureux de la science-fiction dont la chambre est recouverte de posters de films fantastiques des années 50 et décorée avec des masques et des figurines de Godzilla. Et lorsque le bambin doit affronter la créature, c’est en mettant à profit sa passion pour les effets spéciaux, son goût pour la série B lui permettant de tenir tête à cette grosse masse de l’espace.

 

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Bien entendu, puisque tout le flouze passe dans les créatures, il ne reste plus grand-chose pour le reste. L’art de la débrouille permettra tout de même au film de se faire, en 16mm, avec les moyens du bord, en réquisitionnant les maisons de la famille ou des amis. Le film semble donc avoir le cul entre deux chaises, ressemblant visuellement à un film semi-pro (car ça ne fait pas amateur) disposant d’effets dignes de productions cossues. La réalisation fait son possible et se concentre surtout sur les gloumoutes, mis en valeur et qui sont sans doute les protagonistes les plus présents à l’écran. On se dirige vers de l’efficace qui n’a pas de grandes ambitions artistiques et s’inscrit plutôt dans l’optique de l’hommage, avec une certaine humilité. Le film transpire l’envie de bien faire et l’on devine que le but de l’entreprise n’était pas de s’enrichir mais plutôt de faire un vrai Monster Movie, pour les fans du genre. Alors peu importe que le tout ne soit pas filmé comme du Argento ou du Carpenter, cela renforce au contraire l’aspect « petit budget » attendrissant et rend le spectateur proche du film, qui s’adresse directement à lui. Après tout, en plaçant un gamin fan de cinéma horrifique face à une monstruosité bien réelle, les auteurs nous mettent dans la même situation, nous questionnant dans le même temps: « et vous, vous aimez tout ça mais comment réagiriez-vous face à un énorme alien sorti de votre cave ? ». Plutôt bien pensé et indicatif de l’intelligence de l’équipe qui réussit toujours à éviter les défauts en les contrebalançant par des idées originales. Ainsi, sans doute conscients que leurs maigres moyens ne leur permettront pas d’avoir une véritable bombe graphique, ils décident d’utiliser le coté peu travaillé de leur visuel pour renforcer le réalisme de la situation. Ils vont dès lors miser sur le coté malsain du script (le pauvre gosse voit sa mère se faire bouffer, par exemple) et l’accentuer avec une musique rare mais volontairement lourde et poisseuse et des effets sonores à l’avenant. The Deadly Spawn gagne donc une dimension sinistre, voire blafarde, ce que souligne un récit pessimiste comme le montre un final magnifique.

 

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Nos réalisateurs indépendants se démerdent même pour rendre les petits défauts de leur film assez sympathiques. Ainsi, lorsque le script (qui fut retravaillé par Tim Sullivan, futur réalisateur de 2001 Maniacs) se permet quelques phases de remplissage pas bien passionnantes pour parvenir à une durée raisonnable de 80 minutes, nous ne pouvons nous empêcher d’y voir un petit clin d’œil aux séries B de SF des années 50 qui, elles aussi, prenaient parfois le temps de ne rien dire pour étirer un brin leurs pellicules crasseuses. Peut-être accidentel, mais qu’importe après tout ? Car seul le résultat compte et de ce coté, The Deadly Spawn n’a à rougir devant personne tant ses qualités sont évidentes. On regrettera d’ailleurs que ses concepteurs n’iront pas beaucoup plus loin, le réalisateur ne renouvelant pas l’expérience tandis que le producteur donnera une suite officieuse à son classique avec Metamorphosis. Et depuis ? Il continue, tombant de plus en plus dans la série Z, s’engueulant à l’occasion avec les internautes qui critiquent la qualité des Blu-Rays sortis chez Synapse. Nous, francophones, nous en moquons bien puisque le DVD édité par Le Chat qui Fume est une galette bien remplie, avec commentaire audio de Bohus, petites séquences commentées sur les effets, des galeries et même une visite du bureau de Bohus, qui travaille dans une véritable caverne consacrée à la série B. Si avec tout ça vous ne voulez toujours pas vous laissez dévorer, je ne comprends plus!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Douglas McKeown
  • Scénarisation: Douglas McKeown, Ted A. Bohus, Tim Sullivan, John Dods
  • Producteur: Ted A. Bohus
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charles George Hildebrandt, Tom DeFranco, Richard Lee Porter, Jean Tafler
  • Année: 1983

2 comments to The Deadly Spawn

  • Roggy  says:

    Ta chronique donne envie de voir cette petite perle des années 80 (les meilleures années du cinéma ?) que je verrai à l’occasion. Je le note parmi les milliers que j’ai encore à voir 🙂

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