Cherry Falls

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On les disait frustrés, ils n’ont pas aimé. Lassée de se voir traiter de réactionnaire parce que ses membres ne s’en prennent qu’aux jeunes filles croquant le fruit défendu et aux fumeurs de joints, l’amicale des psychokillers a décidé de changer la donne en envoyant l’un de ses fidèles éradiquer quelques jeunes filles à la pureté encore intacte…

 

« La revanche des frustrés ». Non, ce n’est pas le nom d’une série B slasheresque du début des années 80, bien que cela aurait pu, mais bel et bien la critique cinglante envoyée par quelques journalistes américains à la face de la vague de slashers initiée par le Halloween de John Carpenter. Il est vrai que les amoureux du couteau et les acharnés de la hache préféraient découper en morceaux les gens cools (comprendre qui baisent, fument et picolent) en laissant la vie sauve aux gentilles jeunes filles qui n’ont pas encore vu le loup velu. Et je ne parle pas de Paul Naschy. Et ce fut comme ça durant un bon moment, une vingtaine d’années au bas mot, en fait jusqu’à la sortie de Cherry Falls. Ce petit slasher aujourd’hui oublié prend en effet le parti d’aller à contre-sens du mouvement en empilant les victimes… vierges! Et oui, pour une fois les chaudasses sont à l’abri alors que les frigides risquent bien de rester froides pour toujours. Pourquoi un film avec une idée aussi originale ne fait-il pas plus parler de lui ? La raison est toute trouvée: Cherry Falls a eu un paquet d’emmerdes. Réalisé en 2000 par Geoffrey Wright depuis un script de Ken Selden (qui n’a rien fait depuis, par ailleurs), Cherry Falls (terme qui signifie la perte de la virginité aux USA) est un film malchanceux, du genre à avoir été complètement démoli par un tas d’exécutifs frileux. Ces derniers on en effet pris peur suite au passage du film à la MPAA (la commission de classification aux USA, des censeurs quoi) qui s’était elle-même pissée dessus à la vision du film, jugé trop violent et scandaleux pour obtenir une classification ouverte aux mineurs. Ce qui signifie que le film rapportera moins de brouzoufs puisque se coupant d’une grande partie de son public, à savoir les ados, encore excités par la vague des neo-slashers débutée avec Scream quelques années auparavant. Du coup, les petits gars de chez Rogue Pictures (qui sortiront d’autres films du genre comme Shaun of the Dead ou Seed of Chucky) se sont dit que quelques coupes valaient mieux que rien et on clairement taillé dans le lard, enlevant tous les meurtres graphiques et les scènes de coucherie, forcément capitales dans un film traitant de la virginité, faisant de Cherry Falls l’un des slashers les plus sages de son époque alors qu’il avait pour vocation d’être le vilain petit canard de la bande. Le pire dans tout ça ? C’est que le film ne sortira même pas en salles au pays de l’oncle Sam, devant se contenter d’une diffusion à la télévision avant d’être bazardé en DVD comme un malpropre. Geoffrey Wright voulait parler de la virginité. Résultat: il s’est bien fait enculer.

 

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Le film débute avec une scène vue mille fois: celle du couple qui s’apprête à faire la bête à deux dos à l’arrière de leur voiture, le tout au milieu des bois histoire de n’être matés que par les hiboux et lapins du coin. La seule différence c’est que les deux tourtereaux ont toujours leur pucelage. Et n’auront pas le temps de le perdre puisqu’ils vont se faire assassiner par une silhouette féminine, à mi-chemin entre le travelo et le gothique. Le sheriff du coin (Michael Biehn) enquête et découvre que le tueur ne semble s’en prendre qu’aux vierges (faut dire qu’il grave « virgin » sur leurs cuisses avant de les tuer) et commence à s’inquiéter pour sa fille Jody (Britanny Murphy, depuis décédée d’une overdose médicamenteuse) qui n’a visiblement pas encore connu le coït. Et lorsque les étudiants apprennent que ce sont les puceaux qui sont visés, ils décident d’organiser une gigantesque partouze qui leur permettra à tous de sauver leurs vies. Un scénario que l’on imagine déjà bien déviant, la vue du tueur débarquant durant l’orgie pour venir faire un carnage ne pouvant pas échapper à nos esprits dérangés. Et cela arrive d’ailleurs, mais malheureusement pas comme on le souhaiterait… Car s’il arrive que les coupes opérées par les studios ne soient pas gravissimes car à peine remarquées, cela plombe carrément Cherry Falls. Ici, ça coupe automatiquement lorsqu’il va y avoir un chouïa de violence ou un petit peu de sexe (c’est d’ailleurs l’un des rares slashers dans lequel on ne voit aucun plan nichon), laissant le spectateur sur sa faim. C’est d’autant plus dommage que nous sommes face à une scène rare… Car les carnages lors de partouzes ne sont pas bien fréquents dans le cinéma, traditionnel comme d’horreur, et en profiter dans une version tronquée est particulièrement décevant.

 

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Un slasher sans meurtres violents, c’est un peu comme un porno sans scènes de cul, ça n’a pas un intérêt fou. Par chance, Cherry Falls a d’autres atouts dans sa manche qui lui permettent d’être un spectacle pas désagréable. Si la réalisation n’a rien de particulier (Wright ne fera d’ailleurs pas grand-chose après cette déconvenue), la photographie est fort jolie et flatte la rétine, nous rappelant qu’il y a encore dix ans de cela les séries B n’avaient pas les couleurs ternes dont elles sont parées actuellement. Et puis il y a un casting d’habitué, Michael Biehn en tête. Le héros de Terminator n’en était pas encore à son grand retour opéré avec Planet Terreur et cela se voit: il est bien meilleur acteur que maintenant ! Devenu un cabotin qui en fait des caisses, le brave Michael avait encore un jeu sobre en 2000 et fait profiter le film de sa classe naturelle. On n’en dira pas autant de sa fille Jody, incarnée par une Brittany Murphy peu convaincante en semi-gothique agaçante et au comportement particulièrement changeant. On croisera également quelques têtes qui nous rappellent d’autre production de genre, comme Jay Mohr (le très bon polar Au Bout de la Nuit), un Michael Weston à l’époque tête-à-claque (depuis devenu un second rôle régulier, vu dans Pathology) ou une Candy Clark rescapée des années 80 (Amityville 3D, Le Blob). Des personnages par ailleurs souvent étranges… On peut effectivement se poser des questions sur la relation liant Jody à son boyfriend. Alors que ce dernier tente de la déflorer au début du film, elle le repousse brutalement. Vexé, le pauvre garçon va se mettre à draguer une autre jeune fille. Jusque-là, c’est à peu près crédible. Mais, d’un coup d’un seul, Jody change d’avis, rejoint la chambre du gaillard et se met à se comporter comme une véritable furie, lui ordonnant de lui mordre le gros orteil. Un changement assez brusque mais l’on se dit que cela devrait faire plaisir au jeune homme. Que nenni puisqu’il lui fait comprendre qu’il ne veut désormais plus faire l’amour dans ces conditions ! Vous trouvez les adolescents compliqués ? Ca ne va pas s’arranger avec Cherry Falls.

 

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Avouons tout de même que les deux héros ne sont pas les seuls à être touchés par la bizarrerie dans ces parages. C’est bien simple, si vous zapper et tomber sur la scène de la cantine sans savoir que cela se passe dans un établissement scolaire, vous seriez persuadé d’être tombé sur un asile de fous. Le petit brun se tient vouté en faisant des mimiques dignes de Danny de Vito dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, la brunette le fixe comme une lobotomisée tandis qu’un couple s’engueule parce que le gars a raconté partout que la demoiselle lui avait fait une turlutte, le tout sous le regard de deux nerds des familles. On ne peut donc pas dire que les ados de Cherry Falls sont comme ceux d’un Scream, par exemple. Ils sont nettement plus irréels, comme mal définis. Ce qui serait un défaut ailleurs passe ici plutôt bien, donnant un aspect particulier à ce petit groupe que l’on espère voir se faire décimer rapidement. Le bas blesse d’ailleurs un petit peu à ce niveau, le casting contenant de nombreuses victimes potentielles qui ne mourront même pas ! Dommage, cela n’aurait pas été déplaisant de voir succomber certains de ces petits crétins, comme dans tout slasher qui se respecte. On a d’ailleurs l’impression que le scénariste s’est plus inspiré des Griffes de la Nuit que des Halloween ou Vendredi 13 qui font loi dans le milieu: le père de Jody est flic, sa mère est un peu spéciale et limite alcoolique, l’établissement scolaire est nettement plus glauque que dans la majorité des teenages movies et, surtout, les parents ont ici aussi quelque-chose à se reprocher. Car il y a des secrets inavouables cachés dans le coin qui rappellent ce qui est arrivé au père Krueger, toutes proportions gardées.

 

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Cherry Falls n’est donc pas un film particulièrement brillant mais il faut bien avouer à sa décharge qu’il part avec un sérieux handicap. Ses producteurs l’ont littéralement sabordé et nous ne saurons probablement jamais à quoi aurait ressemblé le tout sans cette décidément bien énervante censure. Vu comme le film a sombré dans l’oubli, il y a peu de chances de voir un jour débarquer une édition triple Blu-Ray avec le Director’s Cut et les culottes des actrices en cadeaux. Beaucoup sont durs avec Cherry Falls, ce qui est aisément compréhensible vu la chasteté dont il fait ironiquement preuve. Malgré tout, cela reste un thriller agréable à regarder et au final toujours mieux branlé que la plupart des séries B actuelles. Alors si vous êtes des nostalgiques de la fin des années 90, cela peut faire l’affaire. Et si vous voulez un slasher pur, dur et gore, les années 80 vous tendent toujours les bras!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Geoffrey Wright
  • Scénarisation: Ken Selden
  • Producteur: Marshall Persinger, Eli Selden, Joyce Schweickert, Scott Shiffman et Julie Silverman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Brittany Murphy, Michael Biehn, Jay Mohr, Michael Weston, Candy Clark
  • Année: 2000

6 comments to Cherry Falls

  • Dirty Max 666  says:

    Je n’ai jamais vu ce « Cherry falls ». Pourtant, le postulat de départ m’a l’air assez original (et en plus, il y a Michael Biehn dedans, un putain d’acteur qui a un peu trop tendance à flirter avec le Z, en ce moment. J’aime quand le slasher ose aller à l’encontre des attentes du spectateur. Malheureusement, comme tu nous le racontes, le film a été massacré par ces mous du slip de la MPAA. Il me semble que « Comportements troublants » – un autre teen horror movie des 90’s – avait lui aussi été tronqué par les censeurs d’Hollywood. Mais la liste des films bousillés par ces costards-cravates serait bien trop longue à dresser ici…

  • Roggy  says:

    J’ai cru au départ que c’était une critique de « Cherry 2000 », mais non 🙂 Je ne connaissais pas non plus et, visiblement il ne laissera pas un grand souvenir dans les esprits.

  • Mr Vladdy  says:

    J’ai le dvd acheté 2 euros qui traine dans un coin mais j’ai jamais osé franchir le pas de le découvrir de peur d’être déçu. Un jour je me lancerais mais bon, les craintes sont toujours là ^^

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