Le Gladiateur du Futur

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Endgame: Bronx lotta finale de Steven Benson, Le Gladiateur du Futur de Joe d’Amato, derrière ces patronymes différents se cachent en fait le même film et le même réalisateur, un bisseux italien de la bonne époque qui, pour l’occasion, nous envoie dans un futur mêlant pêle-mêle barbares, jeux télévisés mortels, mutants et télépathes. Chez nous, on appelle ça un diner complet.

 

Oui, il y a de tout dans Le Gladiateur du Futur, que signe Joe d’Amato sous le pseudonyme de Steven Benson, et c’est peut-être pour ça que le film fut le préféré de son auteur, décédé en 1999. Choix étrange de la part de celui qui aura tourné près de 200 films (on lui en crédite 199 !) que d’élire ce qui n’était à la base qu’un travail de commande fait pour surfer sur le succès de Mad Max comme sommet de sa carrière. Si l’on peut comprendre que le Joe ne juge pas son amas de films pornos comme ce qu’il aura pondu de meilleur, tout comme on peut également saisir que ses Anthropophagus, Horrible et autres Ator ne sont à ses yeux que de vulgaires boulots nutritifs, il est surprenant de ne pas voir le « d’Amato d’or » confié à Blue Holocaust ou à l’un des quelques polars (parfois érotiques) qu’il aura réalisé dans les années 70. Alors pourquoi Le Gladiateur du Futur plus qu’un autre ? Car à priori, rien ne différencie vraiment ce New-York 1997 fauché d’un Ator ou de 2020 Texas Gladiators qui, eux aussi, ont été tournés à la va-vite pour profiter de succès américains ou australiens plus prestigieux. Le Joe, l’homme aux cent pseudos (il se déguise même parfois en chinois, arborant le nom de Chang Lee Sun !), était avant tout un mercenaire qui voyageait du bis à l’érotisme, de l’érotisme au porno, et inversement, sans se poser plus de questions qu’il n’en faut. Ce qui lui vaudra d’ailleurs d’obtenir le statut d’Ed Wood italien, ce qui pour des gars comme nous est un beau compliment mais n’a certainement pas été dit dans l’intention de flatter d’Amato. Reste que s’il estime particulièrement cet Endgame, nous n’avons aucune raison de l’esquiver et c’est bien volontiers que nous allons plonger dans la poussière futuriste d’un monde en perdition.

 

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Le tout commence par un jeu télévisé à la Running Man mais avant même l’arrivée de Running Man, qui ne sortira que quatre ans plus tard. Le principe est d’ailleurs le même que le jeu auquel Ben Richards participe dans ses magnifiques collants jaunes: un gaillard doit survivre face aux assauts meurtriers de trois chasseurs, qui de leur coté doivent bien évidemment en faire des tranches de jambons. Le participant du jour est Ron Shannon (Al Cliver), gagnant des précédentes éditions qui aura cette fois fort à faire car, en plus d’un karatéka et d’un zigoto attifé comme dans un film d’heroic-fantasy fauché (de l’heroic-fantasy à la d’Amato, quoi), notre brave héros devra également composer avec Karnak (Georges Eastman), rival number one du héros et tueur particulièrement efficace. Et nous voilà embarqués dans une première demi-heure qui, pour être honnête, n’est pas faite pour rassurer les foules quand à la qualité de ce Gladiateur du Futur, qui débute assez mollement. C’est à un jeu du chat et de la souris dans un bâtiment en démolition que nous assistons, ce qui ne serait pas bien grave si le tout disposait de suffisamment de moyens pour rendre ce sport brutal attractif. Mais oubliez les combats homériques et les décors de désolation que votre esprit trop imaginatif vous offre, vous n’aurez ici que deux ou trois couloirs et des combats qui, s’ils ne sont pas honteux, ne sont jamais bien passionnants non plus. On s’emmerde donc un peu devant ce suspense bas de gamme, la faute à une réalisation qui ne décolle jamais, le Joe n’étant pas connu pour être l’équivalent d’un Fulci ou d’un Argento. Il ne joue effectivement pas dans la même catégorie que ses confrères et cela se sent dans cette première partie qui en prime nous laisse songeur. Si le film s’articule autour de ce jeu comme le titre nous le laisse présager, comment d’Amato va-t-il s’y prendre pour tirer le tout sur une durée classique ? Car après dix minutes de jeu, deux des participants mangent déjà les pissenlits par la racine, le brave Karnak étant le seul à encore tenir debout face à Shannon. Mais c’est précisément alors qu’arrive leur affrontement que d’Amato décide de faire bifurquer son récit.

 

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Déboule effectivement une jeune femme (Laura Gemser) qui se dit être une mutante. Calmez-vous, elle n’a pas trois nichons (mais les deux qu’elle a sont assez jolis et vous les verrez) mais elle est télépathe et propose ses services à Shannon, qui en aura bien besoin face à un Karnak plus aguerri et en position de force dans ce combat. Et cela fonctionne, notre Snake Plissken à l’italienne parvenant à foutre une rossée à son rival, tout en l’épargnant. Mais notre mutante, que nous appellerons Lilith (parce que c’est son nom), n’a pas fait ça pour les beaux yeux d’Al Cliver, elle insiste au contraire pour qu’il l’aide en retour, permettant à ses amis télépathes et à elle-même de fuir cette ville sinistre, dirigée par des gradés pas gentils qui considèrent les facultés des mutants comme une menace sérieuse. C’est que nos militaires portant deux S sur leurs casques n’ont guère envie que les liseurs d’esprits s’immiscent dans leurs caboches remplies de secrets dont nous ne saurons d’ailleurs jamais rien (ce qui tombe bien car on s’en fout total). Vu qu’il y a de l’or à l’arrivée, Shannon accepte d’aider Lilith et sa fratrie de mutants, tout en ayant conscience de la dangerosité du périple. Il se met donc en tête de créer une équipe de mercenaires apte à l’aider dans son aventure, une belle bande composée d’un borgne adepte de la mitraillette, d’un asiatique pas cliché du tout puisqu’il s’appelle Ninja et se comporte comme un kamikaze, d’un gros barbu brutal, genre Obélix chez les champignons atomiques, et d’un ancêtre de Danny Trejo qui aime les arbalètes et les grenades. Tout ce beau monde se met donc en marche vers des lieux plus sûrs pour les mutants mais bien des embûches viendront leur barrer la route…

 

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Pour peu que vous ayez déjà vu un post-apo italien des années 80, vous savez déjà à quoi vous attendre. Des décors miséreux (terrains vagues, usines désaffectées, carrières abandonnées), des costumes ridicules, des acteurs qui ne risquent pas de concourir aux Oscars, une musique bontempi, en bref tout l’attirail nécessaire à faire plaisir aux bisseux, qui apprécieront sans doute le spectacle. Et à plus forte raison lorsque débarqueront les mutants régressifs. Car oui, il y a deux sortes de mutants, les cools qui sont si intelligents qu’ils peuvent lire en vous comme dans un livre ouvert, et les régressifs, des énergumènes que la radioactivité a progressivement ramené à leurs états les plus sauvages. On se retrouve donc avec une troupe de fauves digne de celle d’Humungus mais avec des zigs qui se trimballent des tronches de singes (ce qui permet à d’Amato de surfer un peu sur La Planète des Singes, comme ça, l’air de rien) ou d’hommes-poissons. C’est surtout ces derniers qui feront sourire, leurs maquillages n’étant pas très éloignés de ceux que vous pouvez offrir à vos gamins en cinq minutes à la foire la plus proche. On pourra également s’amuser des moines aveugles qui tentent de trucider nos protagonistes principaux, tout comme des soldats attifés comme des Dark Vador dont rirait le dernier des cosplayers, ce qui encore une fois permet à d’Amato de faire un petit coucou à une autre saga populaire. De toute façon, Le Gladiateur du Futur n’est qu’une grosse décalcomanie des succès de l’époque et l’on est presque surpris de ne pas voir débarquer un gros requin ou des aliens. Mais si l’amateur de nanars à la bolognaise sera bien servi, il n’en sera pas pour autant aussi repus qu’il le pense. Cet Endgame a beau avoir quelques défauts rigolos comme une chute de rochers en frigolite ou ses fameux mutants qui sont d’un autre genre que ceux des X-Men, il dispose aussi de quelques qualités aptes à séduire quelques bisseux.

 

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A commencer par un joli casting, composé d’habitués d’Amato mais aussi du bis en général. Al Cliver (L’Enfer des Zombies, le Mondo Cannibale de Jess Franco) en tête, qui se retrouve donc à jouer les Kurt Russel italiens, avec son inexpressivité habituelle (il ne sourit jamais ce mec là, c’est affolant). Il ne fait pas le meilleur héros de tous les temps et n’y met visiblement pas énormément de cœur mais on est toujours bien heureux de retrouver sa tignasse blonde, ses petits yeux et sa barbe quand il en a une. Pas forcément plus convaincant est George Eastman (Anthropophagus, Horrible), acteur très limité mais qui a ici la chance d’avoir un rôle intéressant, celui de l’ennemi qui devient allié pour un temps. On peut imaginer que c’est Eastman lui-même qui aura créé son personnage puisqu’il a rédigé les grandes lignes de l’histoire avec d’Amato. Inutile de présenter Laura Gemser, la Black Emmanuelle, épouse d’un Gabriele Tinti (La Maison de l’Exorcisme de maître Bava) également présent dans ce monde apocalyptique dans le rôle d’un borgne à la gâchette facile. On appréciera également la présence de Hal Yamanouchi, le fameux Ninja, qui débuta dans le bis (2019 après la chute de New York, Robot Jox, Emmanuelle et les Derniers Cannibales) et qui finira dans des productions nettement plus cossues comme Push et The Wolverine, les aventures de Serval au Japon. N’oublions pas Gordon Mitchell, encore une trogne de la série B d’antan, ancien Maciste (Maciste contre le Cyclope par exemple) et qui finira dans quelques nanars (White Fire, Frankenstein 80). Que du beau monde qui justifie la vision pour les amateurs du genre, qui pourront en prime apprécier les quelques bonnes idées qui parcourent le film. Car il y a du bon là-dedans, à l’image de ce mutant fait prisonnier par les moines aveugles et qui les dirige à distance, ou encore la fin du récit, ouverte mais qui fait de l’effet. Bien évidemment, tout cela ne permettra pas à d’Amato d’avoir un jour un hommage au festival de Cannes et si le film sera visionné par les générations futures, ce sera avant toute chose comme une ringardise bien rigolote, un peu chiante à ses débuts. Mais vu que la suite s’emballe et devient amusante à suivre car elle déploie une belle dynamique, c’est très sincèrement que le bisseux peut apprécier le spectacle, qui est plus prenant que nanar. Cela permet à ce Gladiateur du Futur d’esquiver les plus méchantes moqueries généralement adressées à pareilles productions, dont il est par ailleurs l’un des avatars les plus sympathiques. Comme quoi, la fin du monde a du bon.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joe d’Amato
  • Scénarisation: Joe d’Amato, Ado Florio, George Eastman (Histoire)
  • Titre original: Endgame – Bronx Lotta Finale (ITA)
  • Production: Joe d’Amato
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Al Cliver, Laura Gemser, George Eastman, Hal Yamanouchi, Gordon Mitchell
  • Année: 1983

6 comments to Le Gladiateur du Futur

  • Princécranoir  says:

    Il m’a tout l’air débile à souhait ce « Gard… » (ach, voilà que ça me reprend), ce « Gladiateur du futur ». Il sont forts ces italiens pour nous allécher avec des affiches de malade qui, si j’en crois les quelques photos ici publiées, sont évidemment bien éloignées du contenu du film. Je ne savais pas que Yamanouchi (Papy Yashida que je viens de voir dans « The Wolverine ») avait déjà arpenté ces terres bis du futur. Côté jeu télé, si d’Amato n’avait pas encore découvert « running man » peut-être connaissait-il « le prix du danger » de Robert Sheckley, adapté la même année que ce « gladiateur » par Yves Boisset (autre fin amateur de bis italien). Qui sait ?

  • Roggy  says:

    Dis donc Rigs, tu vas nous chroniquer tous les films dont les titres ressemblent aux « Gardiens de la galaxie » ? 🙂 Sinon, comme le dit Princécranoir, il y a fort à parier que l’idée vient du « Prix du danger ». C’est vrai que ces affiches sont trop belles, même si elles sont mensongères ou plutôt utopiques 🙂

  • Mr Vladdy  says:

    Ca me botterait bien. Faut juste que je trouve le moyen de le voir et le temps aussi. Si peu de temps et tellement à voir ^^

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