John dies at the End

Category: Films Comments: 8 comments

johnteaser

Dans John dies at the End, vous aurez la chance de voir une poignée de porte se changer en pénis, des saucisses et autres viandes surgelées s’assembler pour créer un monstre, un chien qui conduit une voiture ou encore des yeux qui éclatent. C’est vous dire à quel point le dernier Don Coscarelli est réussi.

 

Parmi les autoproclamés Masters of Horror, Don Coscarelli fait partie du gang des discrets, de ceux qui ne réalisent un film que lorsqu’ils sont certains d’avoir un sujet qui leur tient à cœur. Ce qui explique une certaine rareté sur nos écrans, le réalisateur des Phantasm n’ayant dès lors réalisé aucun long-métrage entre Bubba Ho-Tep (2002) et le John Dies at the End (2012) qui nous intéresse aujourd’hui. Soit un trou de dix longues années qui ne seront pas restées sans activités puisque le père du Tall Man explique que Bubba Ho-Tep lui aura fait parcourir les festivals du monde entier durant un petit moment et que la préparation de son dernier méfait lui a demandé quelques années. S’ajoutent à cela sa participation à la série Masters of Horror en 2005 et la mise en chantier de Phantasm V: Ravager, qu’il ne réalise pas mais qui reste malgré tout sous son contrôle. L’attente fut donc plutôt longue, d’autant que de la bande des « maîtres de l’horreur », il fait clairement partie des plus intéressants avec Joe Dante, cinéaste qui partage avec lui une certaine vision du fantastique et qui a également tendance à laisser passer un peu de temps entre deux projets. Ce qui rend les instants passés devant une nouvelle offrande plus précieux encore, voire excitants, d’autant que dans le cas de Coscarelli on ne sait jamais vraiment à quelle sauce on va être mangés (à la sauce soja, pour le coup). Qui a déjà vu le premier Phantasm (et si ce n’est pas encore fait, courez-y!) sait fort bien que le Don a le chic pour créer un monde qui tient plus du rêve que de la triste réalité, des univers qui ne sont pas régis par les mêmes lois que le nôtre. C’est encore une fois le cas avec son dernier méfait. Et c’est heureux.

 

john1

 

David Wong est un jeune homme tout ce qu’il y a de plus normal avec une certaine tendance à la médiocrité et à la glande cependant. Mais son destin va changer lorsque son meilleur ami John l’appelle pour lui expliquer qu’un drôle de monstre s’est infiltré chez lui et tente de le gober. Parti aider son meilleur pote, Dave se rend compte qu’il n’y a rien dans la baraque. John serait-il stone ? Oui. Est-ce que cela signifie que la bestiole n’existe pas ? Non. C’est au contraire la drôle de pilule noire, la Soy Sauce (sauce soja en français), qui lui permet de voir ce que le commun des mortels ne peut percevoir. A savoir que certaines créatures venues d’une autre dimension tentent de se frayer un chemin vers la nôtre pour y prendre le pouvoir. Désormais alerté, et drogué à son tour, Dave va tout faire pour tenter d’arrêter l’inévitable, tout en tentant d’y comprendre quelque-chose. Un peu comme nous, au fond, pauvres spectateurs perdus dans un délire qui ne semble pas décidé à livrer sa grille de lecture, si tant est qu’il en possède une, ce dont votre ami Mordo doute sérieusement. Car on ne comprend pas tout à John dies at the End et c’est visiblement voulu par Coscarelli, qui adapte ici un roman qui fut d’abord publié sur internet par petits épisodes, écrit par un certain… David Wong! Bizarre ? Non, logique. Enfin, d’une logique un peu dingue, comme le reste du film du moins. Le héros est en effet le même personnage que l’écrivain du livre, sentiment renforcé par le fait que tout le film est en fait le récit raconté par Dave (le personnage) à un journaliste (incarné par Paul Giamatti, qui est également producteur du film) qui tentera par la suite d’en tirer un livre si l’histoire est bonne. La fiction rejoint donc le réel pour tenter de brouiller encore un peu plus des pistes déjà fort brumeuses et qui le sont encore plus dans la bouche de David, narrateur un poil confus qui ne cesse de sauter d’un passage à l’autre de son histoire dans la première partie de celle-ci. Une manière pour Coscarelli de nous montrer qu’il va falloir s’habituer à un mythe décousu et qu’il faudra avoir l’esprit ouvert pour rentrer dans cet univers si particulier.

 

john2

 

Si les débuts sont donc clairement faits pour perdre le spectateur, qui passe d’une scène à l’autre sans trop savoir dans quel ordre il est censé les placer (et il ne le saura jamais vraiment), Coscarelli décide tout de même de se coller à une structure plus « traditionnelle » (si tant est que cet adjectif puisse être placé dans une chronique parlant de John dies at the End…), alternant les scènes montrant Dave tout raconter au journaleux à celles permettant l’évolution du récit. C’est d’ailleurs là que nous pourrons trouver la seule petite touche de réalisme offerte par Coscarelli, qui fait montre d’une certaine crédibilité dans la manière de raconter l’histoire, avec des interruptions, des incohérences et un aspect désordonné qui sied fort bien au propos. Certes, cela nous éloigne encore un peu plus d’une structure scénaristique classique, mais cela renforce paradoxalement la probabilité des évènements, qui peuvent compter sur des acteurs talentueux (notez la présence d’Angus Scrimm, le Tall Man, dans un caméo) et bien dans leurs pompes, qui mettent de l’enthousiasme dans ce chaos et y apportent une petite touche de naturel, de vérité. Pour peu, on en viendrait à croire que la Soy Sauce existe bel et bien et que nous en injecter une petite dose nous permettra, à nous aussi, de voir des limaces mutantes et autres monstres improbables. Ce qui pourrait être résumé comme une version gore et drôle du minable Hé mec, elle est où ma caisse ?, comédie qui n’en a que le nom du début des années 2000 avec Ashton Kutcher qui s’articulait sur le même principe du duo d’amis qui tentaient de découvrir ce qu’ils avaient bien pu faire sous l’emprise de la drogue et de l’alcool. John dies at the End c’est un peu ça, mais avec du talent en plus. Un véritable « stoner movie » au final, genre humoristique par excellence qui est ici déplacé dans un registre horrifique (le film est gore et n’hésite jamais à faire exploser une tête ou l’autre). Sans pour autant délaisser la comédie, bien sûr, Coscarelli se doutant fort bien qu’il est inutile d’interpréter pareille histoire avec un premier degré plombant. Cela ne marcherait tout simplement pas. Il renforce donc la folie de l’ensemble, son coté guignolesque, et n’hésite pas à tomber dans un humour pipi-caca qui fait souvent mouche. Comme lorsque l’un des personnages s’apprête à ouvrir une porte avant de se raviser en découvrant que la poignée s’est transformée en pénis. C’est très con mais aussi très efficace et on rit régulièrement aux péripéties qui attendent Dave et John, sans trop savoir si tout cela est le fruit de leur imagination enfumée ou si une menace d’une autre dimension existe bel et bien.

 

john3

 

John dies at the End est un film unique, qui ne ressemble à aucun autre, pas même aux films précédents de Coscarelli. Ce qui ne veut pas dire qu’il se trouve être une exception dans sa filmographie. Au contraire, il s’inscrit parfaitement aux cotés des Phantasm et de Bubba Ho-Tep, partageant avec ses ainés un sens certain de l’irréel. Phantasm prenait des contours de mauvais rêves et Bubba Ho-Tep plongeait dans une étrange léthargie, celle de la vieillesse, et tous deux nous mettaient dans des conditions étranges, entre l’éveil et le sommeil. Non pas parce qu’ils étaient emmerdants, mais parce qu’ils avaient une certaine tendance à dévisser notre fauteuil du sol pour nous faire voyager dans des mondes nouveaux. C’est pareil pour John dies at the End qui délaisse cependant la torpeur pour la fureur et nous donne la sensation d’avoir pris des produits déconseillés pour le cerveau, avec ce que cela implique comme caprices structurels. Le récit prend effectivement les traits d’une balle magique qui rebondirait dans tous les sens, délaissant une intrigue pour une autre, sautant du coq à l’âne sans jamais s’en excuser, fonçant tête baissée dans l’improbable, dans le surprenant (pour dire, il y a même un dessin-animé super gore dans la dernière partie du film !). Coscarelli semble s’être demandé à chaque étape du scénario ce qui surprendrait le plus le spectateur et déjouerait ses attentes et semble y être arrivé avec brio: John dies at the End est un film imprévisible. Il est même surprenant dans sa forme puisque le réalisateur a réussi à tirer le meilleur d’un budget pourtant très serré (on parle de moins d’un million de dollars). Si l’on peut voir que le larfeuille est troué à quelques moments (quelques fonds verts malheureux), il faut bien reconnaître que le film est beau la majeure partie du temps et peut se vanter d’effets spéciaux convaincants, surtout pour une série B indépendante. La photographie est très belle, la caméra toujours intelligemment placée et la réalisation est ludique en diable. On pourrait ne pas prêter attention à ces « détails » face au torrent de délires qui surgissent de l’écran mais ils participent indéniablement au confort de la vision, permettent indéniablement d’apprécier le trip et d’y entrer pleinement…

 

john4

 

Vous l’aurez sans doute compris au ton que j’emploie: John dies at the End est une petite pépite, une œuvre véritablement autre qui nous rappelle que si le cinéma horrifique garde de son intérêt, c’est avant tout parce qu’il continue de se développer dans les réseaux indépendants. Impossible à faire dans un studio, le nouveau Coscarelli peut se placer en symbole de la série B faite avec amour et avec une envie sincère, celle de proposer de l’inédit, de divertir, de transporter. Et ce sans penser en termes commerciaux! Il est indéniable à la vision du DVD, qui ne comporte malheureusement aucun bonus, que nous tenons-là un film culte en devenir, s’il ne l’est pas déjà (en plus Clancy Brown est dedans, c’est dire si c’est cool), et que Coscarelli mérite amplement son titre de « Master of Horror », bien plus que pas mal de ses confrères tombés dans la médiocrité là où lui, en ne choisissant que des projets qui lui parlent vraiment, continue de se forger une filmographie de qualité, aussi surprenante que cohérente. En voyant l’excellente forme affichée sur ce dernier film, on en vient à regretter qu’il ne s’occupe pas lui-même du cinquième Phantasm. Et on ne lui demandera pas de revenir avant une décennie, car si cela lui permet de nous ressortir une bombe du même calibre que John dies at the End, cela vaut le coup d’attendre…

Rigs Mordo

 

johnposter

 

  • Réalisation: Don Coscarelli
  • Scénarisation: Don Coscarelli
  • Production: Brad Baruh, Don Coscarelli, Andy Meyers et Roman Perez
  • Pays: USA
  • Acteurs: Chase Williamson, Rob Mayes, Paul Giamatti, Glynn Turman, Clancy Brown, Doug Jones
  • Année: 2012

8 comments to John dies at the End

  • Princécranoir  says:

    Aaah ! Je suis heureux de lire que la sauce Coscarelli a fonctionné sur ton métabolisme pourtant pollué par les pitoyables pitreries des « chiens de garde galactiques » (ou un truc dans le genre)… Mais restons sur cette drogue à consommer sans modération, l’essence même de la dinguerie faite cinéma, à placer pas très loin des Monty Python, entre Godard et Kubrick, deux références assumées et affichées du réalisateur. C’est dire en effet si le film valait mieux qu’une sortie discrète. Culte tu dis ? Chez moi, ça ne fait aucun doute !

  • Dirty Max 666  says:

    Il suffit de te lire pour avoir envie de s’abandonner à ce « John dies at the end » (en plus, y a l’excellent Clancy Brown dedans)! Encore un dvd à choper (avec ceux de « Dracula et ses femmes vampires » et « The car »)… Et ce week-end, je file voir « Les gardiens de la galaxie » !!!

  • Roggy  says:

    Peut-être que je suis immunisé contre la soja sauce mais j’avoue que j’ai eu du mal à adhérer complètement au film. Vu en ouverture du PIFFF, j’en garde un souvenir mitigé malgré quelques scènes très réussies au demeurant. Peut-être qu’une deuxième vision me fera changer d’envie 🙂

    • Princécranoir  says:

      Quelque fois, la sauce n’agit qu’à la seconde prise. Mais n’as-tu jamais remarqué la bestiole accrochée au plafond derrière toi pendant que tu regardes la télé ?

  • Roggy  says:

    C’est tout à fait ça Rigs. Un autre jour, je l’aurai peut-être mieux appréhendé.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>