The Car, L’Enfer Mécanique

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Six années après le Duel sur les routes poussiéreuses de Steven Spielberg et six autres avant la flamboyante Christine de John Carpenter, un autre bolide roulait à tombeaux ouverts, tentant d’aplatir cyclistes et piétons qui auront le malheur de se dresser sur son chemin. Envie de voir ce qu’elle a sous le capot ?

 

Attention, spoilers !

 

Duel, Christine, Maximum Overdrive, Hybrid 3D, Killdozer!, Une Virée en Enfer,… Une chose est sûre, les bolides se marient fort bien avec le cinéma fantastique, qui prend un malin plaisir à mettre leurs volants dans les mains crasseuses de conducteurs psychopathes ou en faire des carcasses possédées par fantômes, démons et autres extra-terrestres. Dans un cas comme dans l’autre, ces bagnoles assoiffées de sang préfèrent les trottoirs aux autoroutes, pas assez peuplées pour leur permettre de gonfler leurs scores. Parmi les bons élèves sans faire partie de la bande des populaires composée des véhicules de Carpenter et Spielberg, The Car, L’Enfer Mécanique (titre utilisé par la sortie DVD par chez nous, qui mélange donc les noms américains et français dans une envie de synthèse) se sera constitué une petite base de fidèles au fil des années, quelques amoureux du fantastique lui vouant un culte. On trouve donc régulièrement des citations de cette bête mécanique au détour d’une œuvre ou l’autre, généralement des dessins-animés, Futurama, l’excellent Regular Show ou encore Les Simpsons y sont tous allé de leur petit hommage, nos amis à la peau jaune (les Simpsons hein, pas les chinois) offrant à la voiture maudite une apparition dans l’un de leurs générique, conçu par Guillermo del Toro en personne. Guère surprenant lorsque l’on sait que le père cinématographique d’Hellboy est fan du film au point de conduire une réplique de la bagnole noire visible dans le film, et ce dans la vie de tous les jours. Un homme de goût, assurément. Même s’il faut bien admettre que cela doit faire un effet du tonnerre, imaginez-vous rouler en pleine nuit sur une route déserte avec le del Toro au cul dans ce pousse-pousse des enfers et il y a des chances pour que vous vous retrouviez avec « une omelette dans la culotte » comme ils disent dans le film. Mais est-ce que tout cela est amplement mérité ou le bolide de course nous ment sur ses capacités ? Toxic Crypt fait le contrôle technique…

 

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Sorti en 1977, The Car nous fait descendre dans les contrées désertiques et rocailleuses d’une Amérique sans problèmes, un mari qui bat sa femme et quelques contraventions étant les seules préoccupations de quelques policiers qui en finiraient presque par s’ennuyer. Pas pour longtemps puisqu’une véritable affaire leur arrive dans les pattes lorsqu’un fou furieux utilise sa lugubre voiture pour écraser deux cyclistes. Suivront vite un auto-stoppeur amateur de clairon et le sheriff du coin, une série de meurtres routiers qui sort du routinier et force Wade Parent (incarné par James « Amityville » Brolin, père de Josh) à s’inquiéter pour la vie de sa petite famille. Le policier, qui reprend la tête des opérations, va dès lors tout mettre en œuvre pour stopper ce chariot qui semble tout droit sorti des enfers. Derrière ce pitch on ne peut plus classique se cache… un film assez classique lui aussi! Si vous cherchez un pur film de voiture meurtrière, ne cherchez plus, vous l’avez, et The Car vous servira à domicile tout ce que vous êtes en droit d’attendre de pareille course contre la mort. A savoir du suspense, des coups de klaxons qui vous gèlent l’échine, des fards comparables au regard de Satan dans la nuit et un pare-choc qui va embrasser bien des innocents, qui ne s’en sortiront pas avec un simple goût de fer en bouche mais plutôt avec une marque de pneu au fin fond du slibard. Soit tout ce que tout bon film de véhicule fou se doit de proposer, le minimum syndical. Heureusement, le réalisateur Elliot Silverstein ne compte pas s’arrêter là, bien décidé à emmener sa carlingue hors des sentiers battus. Car sans tomber dans une psychologie profonde, les scénaristes à sa botte (dont Dennis Shryack, qui écrivit dix ans plus tard le Pale Rider de Clint Eastwood) vont soigner les personnages, qui ne sont pas de simples adolescents partis campés dans le mauvais bois. On retrouve donc le bon flic qui à la belle vie mais ne sait pas trop comment présenter sa nouvelle petite-amie à ses deux filles, d’autant qu’elle est leur institutrice, ou encore un collègue policier (Ronny Cox, badguy en costard du premier Robocop) qui tente d’arrêter la boisson, son démon à lui, ou le vieux sheriff qui est toujours raide dingue de son premier amour, malheureusement battu par un mari indélicat. Bref, des humains, bien croqués sans faire tomber le film dans l’étude sociologique. Car The Car n’est pas un film social mais un vrai bon film d’horreur, avec un monstre !

 

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Une terreur motorisée, un monstre mécanique, qui traine son pot d’échappement dans ces lieux arides, à la recherche d’une proie sur laquelle passer. Inutile d’essayer de l’arrêter, la bête n’étant pas du genre à laisser sa tôle se froisser. Les balles ne la touchent pas, les carambolages ne lui font rien. Mais dites donc, Monsieur Mordo, il n’a pas l’air bien réaliste votre film, là! Et pour cause, il ne tente pas de l’être, l’explication quant à l’existence de cette horreur sur roues étant des plus simples: c’est le diable. Oui, le diable a son permis et il roule à tombeaux ouverts entre les rochers. D’ailleurs, la preuve que c’est le grand cornu qui change les vitesses, c’est que c’est l’ami de tous les catholiques Anton Lavey, fondateur de l’église satanique, qui servit de conseiller technique pour l’aspect diabolique de The Car. Ce qui prête un peu à sourire, d’ailleurs, le chauve aux longues moustaches n’ayant sans doute pas grand-chose à dire sur la manière de conduire de Belzébuth. Reste que l’aspect infernal de la voiture pourrait faire sourire également, le principe étant finalement assez cocasse sur le papier. Il n’en est heureusement rien à l’écran, l’engin étant réellement oppressant, son aspect fantastique achevant d’en faire une menace plus que sérieuse. Indestructible, apparaissant après de violentes bourrasques et en faisant raisonner son horrible klaxon dans les sentiers rocheux, la caisse-à-savon du démon en impose un max. Basse, noire comme d’interminables ténèbres, dotées de phares comparables à deux yeux perçants, des vitres teintées en rouge, la bagnole n’est pas là pour rigoler. Et ne vous pensez pas à l’abri de ses roues en étant chez vous, les règles de la physique ne s’appliquant pas à cette machine sortie du garage Pandémonium. Ce qui d’ailleurs permet au film de s’armer de quelques belles séquences, comme lorsque ce diable sur roue attend notre héros dans son garage, ou lorsque les phares de l’engin apparaissent au loin, visibles à travers une fenêtre, s’approchant peu à peu pour un impitoyable frisson.

 

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Plutôt pépère au départ, The Car devient rapidement anxiogène, la mort semblant capable de débarquer de nulle part. Silverstein est d’ailleurs un metteur en scène très capable, soulignant encore un peu la terreur, que ce soit via un main theme reprenant la « Symphonie Fantastique » de Berlioz (qui sera également réutilisée dans le slasher à sorcière Superstition et dans l’excellent jeu-vidéo Zombies ate my Neighbors!. Et dans Shinning aussi, mais ça, vous le saviez sans doute) et qui colle parfaitement à l’aspect luciférien du récit. La réalisation se trouve également être impeccable, peut-être un peu trop classique et posée et peu adaptée aux courses-poursuites et autres moments de vitesses supersoniques, mais rien de bien choquant à l’arrivée, le découpage étant bien foutu. Tout comme les acteurs, plutôt bons de manière générale, à commencer par Ronny Cox qui semble réellement perdre les pieds, se noyant dans l’alcool pour oublier l’horreur qui s’attaque à ses amis. James Brolin de son coté compose un héros tout ce qu’il y a de plus normal, sans plus de charme que cela mais certainement pas dérangeant. Bizarrement, Enfer Mécanique sera assez mal accueilli lors de sa sortie, les critiques lui reprochant des dialogues minables. Vraiment ? Je suis peut-être un cas à part, mais des discussions ordurières au possible sur une trompette dans le cul qui fait péter pendant un an ou des affaires d’omelettes dans la culotte, cela me fait bien sourire. Le film se prend d’ailleurs une réputation de « mauvais film rigolo », toujours de nos jours, ce qui là encore laisse un peu perplexe. Il y a certes des incohérences grosses comme un furoncle sur le cul de King Kong et quelques passages peut-être un peu trop bavards, mais rien de particulièrement nanar, et encore moins du genre navet. Heureusement, quelques fans, dont del Toro donc, continuent de crier leur amour à cette petite série B bien torchée, pas essentielle mais qui est divertissante au possible. Allez, prenez place sur le siège passager et attachez vos ceintures, la virée vaut le coup!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Elliot Silverstein
  • Scénarisation: Michael Butler, Dennis Shryack
  • Titre original: The Car
  • Production: Elliot Silverstein
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Brolin, Ronny Cox, Kathleen Loyd, John Marley
  • Année: 1977

5 comments to The Car, L’Enfer Mécanique

  • Dirty Max 666  says:

    Ce film m’avait beaucoup marqué quand j’étais gamin. J’aimerais bien le revoir ne serait-ce que pour ses répliques à base d’omelettes dans la culotte !

  • Roggy  says:

    Comme Max, j’en garde un bon souvenir pour ce petit film d’horreur à l’ancienne. Encore un dossier intéressant que tu pourrais nous pondre mon ami Rigs « Bagnoles et cinéma : les carbus de la mort » ! 🙂

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    Naguère diffusé sur La Cinq ; Silverstein réalisa aussi « Un homme nommé cheval », autre ‘survival’, non plus mécanique mais amérindien, dans la mouvance révisionniste du Nouvel Hollywood, que l’on peut largement préférer au « Danse avec les loups » de Costner…

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