L’Homme Homard venu de Mars

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Quelque part entre Jupiter, habité par ces enfoirés d’hommes ornithorynques (le plus égoïste des peuples), et Neptune, demeure des sympathiques, mais très moches, hommes baudroies,  il y a Mars et son terrible homme homard. Faites chauffer la marmite.

 

On a beau patauger depuis l’enfance dans cette dimension parallèle bourrée de monstres bizarres qu’est le cinéma bis, on peut encore être surpris. Comme, à tout hasard, lorsqu’on tombe sur un dvd portant pour titre L’Homme Homard venu de Mars. Waouh… Voilà qui promet un spectacle que vous êtes assuré de ne pas voir tous les jours. Le prix ? 2€. Ouais, 2€, pas plus. En même temps, un film pareil, ouvertement nanar, ça ne part pas à vingt-cinq balles à la Fnac ou chez Carrefour. C’est limite si le vendeur ne vous refile pas les deux euros pour que vous emportiez ce truc qui lui gâche la vue depuis trop longtemps maintenant. Si vous marchandez un peu, il y a même moyen d’avoir des avantages en nature. Et il y a de grandes chances que vous deviez donner de votre personne vous aussi pour pouvoir vous débarrasser de ce truc qui, de toute évidence, prend de la place dans votre dvdthèque remplie d’œuvres de bon goût comme La Liste de Schlinder et Le Gamin au Vélo. Ah, on me signale que vous êtes plutôt du genre Les Rats de Manhattan ou Troll 2. Fallait le dire tout de suite…

 

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L’Homme Homard venu de Mars est un film à part et difficile à cerner. Son histoire est celle d’un producteur qui a quelques soucis avec le fisc et décide de sortir un film qui sera un bide assuré, histoire de sauver les apparences. Par chance, un jeune réalisateur débarque dans son studio avec les bandes de L’Homme Homard venu de Mars. Comme vous, le producteur (incarné par Tony Les Vikings Curtis, qui avoué qu’il a accepté le rôle pour toucher son cachet, sans se préoccuper du film) pense que ce film sera la merde du siècle et pourra le sortir du pétrin dans lequel il est enfoui. Si nous retrouverons de temps en temps notre spectateur pour profiter de ses réactions à la vision du nanar, le reste du métrage sera tout simplement le film dans le film, qui raconte la venue sur Terre de l’homme homard, envoyé par le roi des martiens pour lui ramener de l’oxygène. Bien sûr, deux jeunes vont assister à l’atterrissage du vaisseau spatial de notre écrevisse, ce qui va déclencher une vague de morts dans les environs.

 

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L’Homme Homard venu de Mars fait partie de ces films qui auront eu du mal à naître, l’utilisation du forceps ayant été nécessaire pour le sortir des fonds de tiroir des producteurs. D’abord imaginé dans les années 70 suite à une conversation avec Orson Welles, le film mettra une bonne dizaine d’années avant de se concrétiser. Son réalisateur Stanley Sheff (qui aura principalement bossé pour la tv, pour le show d’Orson Welles notamment mais aussi sur un docu sur Vincent Price) se verra tout d’abord proposer 50 000$ pour réaliser un film mais cette proposition restera sans suite, l’argent ne tombant jamais dans les foufouilles du metteur en scène. Nouveau soubresaut trois ans plus tard avec cette fois le triple du budget mis en jeu mais le projet ne ressuscite pas longtemps, le scénariste Bob Greenberg décédant dans un accident de voiture, emportant le film avec lui. Mais l’homme homard a la carapace dure et on ne le tue pas aussi facilement… Le scénario passe de mains en mains et atterrit finalement dans celles de Steffan Ahrenberg, qui vient de lancer Electric Pictures et travaille sur leur premier méfait, Waxwork (et qui sortira plus tard Johnny Mnemonic avec Takeshi Kitano, Dolph Lundgren et Udo Kier! Quel est le con qui a été refiler le rôle principal à Keanu Reeves alors qu’il avait un casting d’enfer à coté ?!). Appréciant le scénario, le producteur accepte de s’en occuper, utilisant une grande partie du staff de Waxwork, des techniciens aux acteurs, pour un budget de 800 000$. Quand on pense que le film avait débuté avec 50 000 dix ans auparavant… Il est d’ailleurs amusant de songer que certains films comme des adaptations de Superman ou Batman n’ont jamais pu voir le jour à l’époque alors qu’un truc comme L’Homme Homard venu de Mars aura réussi à se sortir des limbes… L’homme homard, plus fort que les super-héros ? On dirait bien…

 

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De toute évidence, le film est une parodie des séries B des années 50 comme Roger Corman et tant d’autres pouvaient en produire à la chaîne. Vu que le casting est pas mal (on reconnaîtra l’habitué du genre qu’est Patrick Macnee, vu dans Hurlements ou les Waxwork) et que le film a été récompensé d’une nomination lors du festival de Sundance, on part plutôt confiant et on s’attend à une bonne comédie, genre Frankenstein Junior. La désillusion n’en est que plus cruelle… Car on ne rit jamais vraiment dans L’Homme Homard venu de Mars, l’humour qui y est présenté sonnant terriblement daté, même pour son année de production (1989). A croire qu’ils ont repris tels quels les gags rédigés en 1978, à une époque où Benny Hill régnait sur la télévision. Mais voilà, ce qui faisait rire avant ne fait plus rire maintenant, surtout qu’il n’est pas dit que le film aurait obtenu beaucoup de rire dans les années 70… Les interventions du détective privé (« et privé d’alcool » comme il le précise lui-même… pas la peine de rire trop fort) font partie de ces moments pesants et emmerdants au possible, la références aux films noirs étant tellement vue et revue qu’on se demande comment ils ont pu oser débarquer avec… Il faut en fait savoir que le privé en question est interprété par Tommy Sledge, qui joue dans une série portant son nom dans laquelle il tenait déjà le même rôle. Il fut ajouté au film au dernier moment, expliquant le peu d’interaction qu’il semble avoir avec le script tout entier, apparaissant ça et là pour lâcher un dialogue « humoristique » et plombant le rythme du film, déjà bien chancelant.

 

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Car on ne peut pas dire qu’on s’amuse vraiment ici… Outre un humour de mauvaise facture, le film souffre aussi d’un manque d’intérêt généralisé. Les attaques de l’homme homard ne sont pas particulièrement marquantes (c’est de l’ordre du jeu du chat et de la souris) et les scènes où il n’apparaît pas sont encore pires, constituées de discussions barbantes sur le monstre. Reste l’aspect nanar assumé et revendiqué (on voit les fils et la perche nécessaires à faire fonctionner un monstre), au final assez sympathique. Trouver les petites références permettra au bisseux accomplis de passer le temps, du genre « Oh le gorille c’est un clin d’œil à Robot Monster! ». On s’amuse aussi devant les effets très spéciaux, totalement archaïques, comme ces petits homards volants, aussi drôles que ridicules. Le film aurait probablement gagné à les mettre plus en avant, car l’homme homard, lui, n’est au final qu’un gros méchant banal. Changeant de maquillage au fil du film, devenant ainsi de plus en plus moche, il se contente de se balader à droit à gauche en transformant les gens en squelettes avec son rayon laser. Le meilleur effet spécial est d’ailleurs cette décomposition au début du film, rappelant, en moins gore tout de même, la fin du premier Evil Dead.

 

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On peut tout de même se demander à qui est censé s’adresser L’Homme Homard venu de Mars… Il est évident que les spectateurs lambdas passeront leur chemin à la vue du titre et iront se jeter sur le dernier Romain Duris et que le film est un gros clin d’œil aux fans de cinéma fantastique. Le problème, c’est que les bisseux d’aujourd’hui ne s’intéressent que modérément aux films pastichés ici, voire pas du tout… Les aventures de la langoustine martienne ne s’adressera donc qu’aux plus anciens qui ont connu cette époque (et ils sont assez peu nombreux dans nos contrées) et aux ouverts d’esprit. Mais même ceux-ci peineront à se passionner pour cette fresque molle, vite emmerdante et lourdingue, plus appréciable pour ses intentions que le résultat qu’elles provoquent. On sera plutôt amusé de retrouver Anthony Hickox dans le rôle d’un jeune premier, lui qui est plutôt connu de nos services pour ses séries B horrifiques comme les Waxwork, Hellraiser III ou Warlock. Ca fait peu à se mettre sous la dent…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Stanley Sheff
  • Scénario: Bob Greenberg
  • Titre original: Lobster Man from Mars
  • Pays: USA
  • Acteurs: Anthony Hickox, Deborah Foreman, Patrick Macnee
  • Année: 1989

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