Superstition

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Que celui qui a prétendu que les femmes étaient moins efficaces que les hommes parte au coin avec son bonnet d’âne sur la tête, je passerai pour la fessée. Car la vision de ce Superstition prouve que les rois du meurtre que sont Michael Myers et Jason Voorhees peuvent se prendre une branlée par une demoiselle…

 

Dans le genre « personne ne s’en souvient », Superstition se pose là. Pour peu que quelqu’un se soit un jour aperçu de son existence! Car ce produit typique de l’époque de la VHS ne fait clairement pas partie des œuvres les plus populaires du genre, non pas parce qu’elle est mauvaise mais tout simplement parce qu’elle ne fut pas remarquée. Peu nombreux sont ceux qui en parlent et déterre cette petite bande sortie en 1982, qui se fait parfois appeler La Malédiction de la Sorcière, le titre américain hésitant lui-même entre Superstition et The Witch. Je l’appellerai Superstition puisque c’est tout simplement le nom que portait la VHS qui était en notre possession, à mon père et à moi, durant les années « cassettes ». Vous savez, cette époque qui trouait le cul, où la pochette était aussi importante, si ce n’est plus!, que le film couché sur pellicule. Les plus jeunes ne peuvent pas comprendre puisqu’ils sont habitués à visionner leurs films sur leurs PC, se contentant d’un coup d’œil hypersonique d’une petite image pixelisée pour décider si, oui ou non, telle ou telle œuvre mérite les deux clics qu’elle demandera pour être visionnée, ou alors parce qu’à l’ère du DVD les affiches des films étaient sacrément moins bandantes. Trop impersonnelles, faites à la chaîne sur Photoshop dans des coloris qui vont du noir au blanc en oubliant de passer par le reste de la palette, tentant de masquer au maximum l’appartenance à une décennie passée lorsque le film n’est plus tout jeune,… Autant dire que tout cela est froid comme la bite d’un yéti et que nous ne risquons pas de rester les mirettes bloquées sur ce qui se résume désormais bien souvent à un simple produit jetables alors qu’il y a de cela un peu moins de trente ans ces fameuses pochettes dessinées à la main, et non à la souris, attiraient les bisseux en masse. C’est bien simple, nous passions bien souvent plus de temps à fixer la boite qu’à regarder le film, que nous avions tout le temps de réaliser mentalement, ce qui entrainait parfois des déceptions lorsque nous découvrions que le résultat n’était pas à la hauteur de nos attentes… A vrai dire, la pochette de Superstition n’était pas du genre à faire tourner nos méninges puisqu’elle présentait, sobrement, une main vaguement ensanglantée tenant un crucifix. Rien qui semble au niveau de certaines affiches capables de nous propulser dans des univers où le gore règne en maître comme celles de Re-Animator, Massacre à la Tronçonneuse ou Carnage, promesses de scènes aptes à nous donner des cheveux blancs. Superstition ne promet rien, ne s’engage à rien. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne donne rien non plus…

 

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A vrai dire, Superstition n’est pas le genre de films sur lesquels on en sait large. Tout juste peut-on apprendre sans trop se fouler l’index que le film fut un très gros succès en Angleterre lors de sa sortie en VHS, ce qui lui permettra même d’obtenir une sortie en salles quelques temps après, ce qui est bien évidemment rarissime pour des séries B pensées pour profiter du marché domestique. On apprend également que le film fut saisi par les autorités lors de la triste période des Video Nasties, sans rester dans le peloton des censurés puisqu’il reviendra en 1986, uncut. Le reste de nos connaissances au sujet de cette petite bande discrète, il faudra se le forger à force d’enquêtes, épluchant les noms qui ont commis cette ensorcelante série B. On retrouve donc en tête de file un certain James W. Roberson, pas plus connu que son film et qui est avant toute chose un directeur de photographie, dont le titre de gloire est sans doute l’inédit The Town that Dreaded Sundown. Superstition fait partie de ses trois films en tant que réalisateur et est probablement le plus connu, ce qui vous donne une idée sur la popularité des deux autres (un western et un conte enfantin avec un géant des montagnes). Ne comptez pas sur les acteurs pour venir rendre le tout plus VIP puisque l’on ne trouve aucune tête d’affiche, juste quelques visages que l’on se plaira à reconnaître au détour d’une série B ou d’une autre, comme James Houghton (Tales from the Darkside), Albert Salmi (Le Dragon du Lac de Feu) ou encore Larry Pennel (Bubba Ho-Tep). Rien qui mérite vraiment un sticker annonçant telle ou telle participation donc, ce The Witch ne possédant, comme beaucoup de ses confrères de l’époque, que son appartenance au genre comme atout. Et cela tombait bien pour lui, la série B horrifique était particulièrement populaire en ces années 80 bénies, envahissant les bacs vidéos des vidéoclubs indépendants. Le scénariste Gallen Thompson (décédé en 2011 et qui fut l’auteur attitré de Chuck Norris, écrivant aussi bien du Walker Texas Ranger que des Hellbound, The Hitman ou Sidekicks pour le plus fort des barbus) savait d’ailleurs qu’un film d’horreur se suffisait à lui-même à l’époque et ne chercha pas particulièrement à élever le débat avec son scénario, qui se contente d’envoyer une petite famille dans une maison maudite où sévit une sorcière morte il y a des chiées de cela. Le bodycount va donc commencer pour ce film qui lorgne autant du coté des Amityville que des slashers, notre sorcière n’étant pas du genre à se tourner les pouces, préférant arracher les orteils de ceux qui ont le malheur de pénétrer dans sa demeure.

 

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Autant le dire d’emblée, si vous pensez vous en sortir avec quelques portes qui claquent ou des fenêtres qui s’ouvrent pour tout effet horrifique, vous allez être surpris. Car on est bien loin du film de maison hantée classique, Superstition se contentant de reprendre le decorum pour finalement verser dans le slasher fantastique pur et dur, le casting s’effritant au fil du film, qui ne laisse que peu de répit. C’est bien simple, dans la première partie, quelqu’un se fait tuer toutes les trois ou quatre minutes, et cela pendant une bonne demi-heure. Faites le compte, en gardant à l’esprit que même si le rythme ralentit un peu par la suite la sorcière ne se repose pas sur ses lauriers pour autant et continue de faire le ménage à grands coups de balais, et vous en viendrez vite à la conclusion que le bodycount est assez élevé, atteignant sans trop de mal la dizaine de victimes, ce qui est généralement plus que ce que se permettent Freddy ou Michael Myers et s’approche dangereusement des talents du père Voorhees. Et si la sorcière aime la quantité, elle ne crache pas non plus sur la qualité, offrant aux spectateurs quelques scènes assez gratinées comme celle, culte, du prêtre qui se fait transpercer le torse par la lame déchainée d’une scie circulaire. Notons également un micro-onde contenant une tête décapitée qui finira par exploser, un pieu qui trouvera sa place dans un front ou encore un gaillard tranché en deux, entre autres sévices que je vous laisse découvrir. Bien évidemment, tout cela n’est pas montré dans des avalanches de gore, car même si le film est sanglant, il n’est jamais trop frontal, si ce n’est à une ou deux occasions. Sans doute pour masquer des effets imparfaits, qui n’ont pas un Tom Savini derrière eux mais bénéficient tout de même du savoir-faire d’un Steve LaPorte qui débutait alors (il n’avait fait que quelques films comme Hurlement ou La Créature des Marais) et allait devenir par la suite un récurrent du genre, qu’on retrouve aux maquillages de Beetlejuice, Terminator 2 et autres X-Men: First Class. Notons également la présence aux effets spéciaux de monsieur Richard Albain, qui bossa pour Carpenter (Assaut, The Fog) et débuta sur le 13 Ghosts de William Castle et vient ici faire ce qu’il peut avec un portefeuille visiblement troué. Rien de particulièrement impressionnant, donc, mais cela fait son office sans faire honte à ses créateurs. Et de toute façon, le manque d’effets saisissants et de gore, James W. Roberson le comble en jouant la carte du glauque, son The Witch étant globalement plus sombre que la majorité des films du même style. Au point qu’on en vient à penser à un certain Lucio Fulci…

 

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Car si Superstition à un intérêt évident, c’est bien celui d’être le plus européen des films américains. Il est effectivement bien difficile de ne pas songer à la carrière de Saint Lucio, dont l’ombre semble planer sur cette demeure, qui pourrait être celle du Dr Freudstein, et qui semble subir des évènements paranormaux pas si éloignés que cela de ceux de l’Au-delà. De plus, James W. Roberson drape le tout dans une photographie assez sèche, sombre et poussiéreuse, qui colle bien aux errements de ses personnages, qui se baladent dans des greniers ou caves bien menaçantes (rappelant une fois de plus La Maison près du Cimetière). Alors est-ce que Roberson a vu les films de Fulci ? S’en est-il inspiré pour The Witch ? De quelle couleur est le calbar de Rigs Mordo à l’heure où il écrit ses lignes ? Il est possible que le réalisateur se soit envoyé les films du Lucio, qui sont sortis en 1981, tout comme il est possible qu’il n’en ait pas eu le temps et que tout cela soit du domaine du hasard et de la coïncidence, car il aurait tout de même été rapide pour pondre son film l’année suivante. Mais en même temps, on le sait, dans le domaine de l’exploitation les choses ne tardent jamais et les producteurs ont un talent inné pour battre un fer encore brûlant. Et mon calbar est bleu foncé. Mais si l’on peut se poser des questions sur l’influence italienne subie par cette vile sorcière, on n’en a pas sur les impulsions plus anglaises, voire espagnoles. Car Superstition se permet, lors de quelques flashbacks, de lorgner vers le film d’inquisition, l’occasion de montrer pourquoi la sorcière adoratrice de Satan est si méchante (même si elle n’a visiblement pas attendu la venue des inquisiteurs pour être de mauvaise humeur). Difficile de ne pas songer à des La Marque du Diable, Le Grand Inquisiteur ou même à des Bava (ce qui nous ramène donc à l’Italie) ici et termine de donner à The Witch une patine européenne qui, vous vous en doutez bien, n’est pas pour déplaire… Et histoire d’en rajouter une couche, la musique, composée par un David Gibney qui n’a pas fait carrière, enfonce le clou dans la chair et se permet quelques notes qui font furieusement penser au bis rital (notez également que l’une des compositions reprend la musique principale du film The Car, à l’origine tiré d’une symphonie de Berlioz, qui fut légèrement plagiée dans l’excellent jeu-vidéo Zombies ate my Neighbors, sorti sur Super Nintendo et Megadrive dans les années 90)… Cela a en tout cas le mérite de rendre cette série B un peu plus originale que ses congénères et permet de passer outre quelques défauts.

 

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Car il n’y a pas que des qualités ici mais, par chance, on ne prête pas trop attention aux carences. Le jeu des acteurs n’est pas terrible (c’est le moins qu’on puisse dire), la réalisation est assez fade, le scénariste ne se foule pas, quelques idées douteuses déboulent (le crucifix magique qui dynamite une porte),… Mais cela n’est jamais dérangeant, tout simplement parce que le film est d’une générosité rare (comment s’emmerder avec tous ces meurtres ?) et a le bonheur d’avoir une méchante qui fait son effet. Notre ensorceleuse ne se montre en effet pas trop, se résumant à une ombre ou une silhouette dans la pénombre, ce qui renforce le malaise à son encontre. Car c’est bien connu, notre imaginaire a une délicieuse tendance à rendre les choses plus effrayantes que le film ne pourra le faire. Alors Superstition ne sera bien évidemment jamais considéré comme un classique, il n’a de tout de façon pas la carrure pour, mais c’est en tout cas une série B oubliée qui mérite de remonter à la surface et déployer son spectacle devant vos yeux. Ils ne seront pas ébahis mais ils devraient bien profiter de la fête, qui sera sans doute réussie.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: James W. Roberson
  • Scénarisation: Galen Thompson
  • Titre original: The Witch, Superstition (USA), La Malédiction de la Sorcière (FR)
  • Production: Ed Carlin
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Houghton, Albert Salmi, Lynn Carlin, Larry Pennel
  • Année: 1982

6 comments to Superstition

  • Dirty Max 666  says:

    Je n’ai encore jamais eu l’occasion de voir ce « Superstition », mais en tout cas, j’ai appris plein de choses en te lisant. Notamment que tu portes un calbar bleu foncé ! Une info qui risque de troubler tes lectrices… J’adore tes saillies humoristiques, elles surgissent du texte sans prévenir (et je ne parle même pas de la froideur intime du yéti…). Bref, ton texte m’a redonné le sourire alors que je viens d’apprendre le décès de Madeleine Collinson, l’une des sœurs jumelles du génial « Twins of evil », produit par la Hammer…

  • Roggy  says:

    Je ne pensais pas connaître ce film et puis, j’ai vu qu’il s’appelait aussi « la malédiction de la sorcière ». Et, là paf direction ma base de données… j’ai bien vu ce film sous un nom différent 🙂 Mais, merci de me remémorer cette vieille VHS du début des années 80. Toute une époque que tu résumes bien dans ta chronique.

  • Roggy  says:

    C’est aussi le charme des traductions et des multiples titres de certaines bobines. D’ailleurs, il doit bien y avoir un film qui bat le record du nombre de titres différents ?

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