Conquest

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Par Crom, il semblerait bien que l’arbre généalogique de Conan le Cimmérien possède une branche bien implantée en Italie et constituée de barbares encore plus sauvages que leur modèle. Des Ator, des Sangraal ou les frères Barbarians, mais aussi et surtout Mace, héros d’un Conquest réalisé par un Lucio Fulci particulièrement psychédélique. Voire enfumé!

 

L’âge d’or, ça ne dure qu’un temps, malheureusement, et si Lucio Fulci était toujours des nôtres il vous le dirait sans doute avec amertume. Car après un trio de classiques du cinéma horrifique transalpin (L’Enfer des Zombies, Frayeurs, L’Au-delà), le roi du gore italien commença à chuter, peu à peu. Pour certains, la descente débuta plus tôt qu’on ne le pense, quelques perles faisant bizarrement polémique auprès de certains fans, notamment les pourtant excellents La Maison près du Cimetière et L’Eventreur de New York, ou encore le sous-estimé Le Chat Noir, certes plus anodin mais tout de même fort sympathique. Par contre, fort peu d’escarmouches autour de La Malédiction du Pharaon qui est unanimement considéré comme un faux-pas, le premier d’une dégringolade qui semble sans fin, le réalisateur n’ayant jamais réussi à revenir à son meilleur niveau par la suite de sa carrière… Ce qui ne signifie pas que ses œuvres méritent le dédain et qu’il nous faut passer à coté en nous bouchant le tarin, bien au contraire. Car un Fulci, même médiocre, contient toujours un ou deux éléments notables, une ou deux belles séquences qui font presque pardonner que tout le reste ne vole pas bien haut. C’est le cas de Conquest, pour beaucoup un sombre nanar qui ne mérite que moqueries et chroniques en forme de boulets de démolition. La naissance du film n’invite pas, il est vrai, à la confiance puisque contrairement aux péloches sommes toutes très personnelles et audacieuses qui ont fait la renommée du Lucio, cette petite bande d’Heroic-Fantasy n’est rien de plus qu’une œuvre de commande destinée à récupérer les amoureux de Conan le Barbare en quête de nouvelles épopées épiques. Une production douloureuse puisque Fulci finira par se brouiller avec le producteur du film, qui lui imposa par ailleurs une co-production avec le Mexique, histoire d’avoir l’acteur Jorge Rivero au casting, le musclé étant une star au pays de Speedy Gonzales. Fulci ne pourra donc pas avoir autant de liberté qu’à l’accoutumée et devra par ailleurs faire sans son équipe habituelle. Pas de Fabio Frizzi à la musique ni de Sergio Salvati à la photographie. Pas plus de Fabrizio de Angelis à la production et encore moins de Dardano Sachetti au scénario, les deux hommes s’étant brouillés suite au film. Lucio prétend n’avoir pas réussi à amener son collègue (parler d’ami serait exagéré vu que les deux hommes se déchiraient régulièrement) tandis que Dardano explique que le réalisateur n’avait aucune envie de l’impliquer dans Conquest. Et malheureusement, Fulci a toujours été diminué lorsqu’il n’avait pas son équipe de choc autour de lui…

 

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On ressent d’ailleurs le manque d’une plume expérimentée derrière le script tant le récit est vague, ce qui ne va bien évidemment pas aider un Fulci dont la narration n’a jamais été le fort. Le scénario de Conquest commence donc sans mise en place, de manière presque brutale, avec des gus en toge qui félicitent l’un des leurs, Ilias (Andrea Occhipinti, vu dans L’Eventreur de New York), parce qu’il est plus courageux qu’eux, le beau jeune homme quittant leur paisible lieu de vie pour partir voyager jusqu’au « Royaume des vilains » (c’est vraiment ce qu’ils disent). Equipé d’un arc-à-flèches magique, le freluquet ne tarde malheureusement pas à rencontrer l’armée d’Ocron, une espèce de sorcière diabolique portant un masque d’or qui lui permet de cacher son visage. Si elle a honte de sa face, elle semble plutôt fière de sa poitrine, qui est il est vrai particulièrement appétissante, puisqu’elle l’expose aux yeux de tous tout le long du film. Mais visiblement dotée du don de voyance, la démone voit sa mort arriver en la personne d’Ilias, qu’elle imagine fort bien lui transpercer le cœur avec une flèche bien placée. Paniquée, elle décide donc d’envoyer ses hordes monstrueuses au cul du petit gars, qui va avoir bien du mal à combattre par ailleurs. Heureusement, il fait rapidement la connaissance de Mace (en VF on a l’impression qu’il s’appelle « Mex »), barbare vivant dans le coin, misanthrope accompli et ami des animaux. Mais si Mace n’aime personne, il se prend d’amitié pour Ilias, qu’il compte bien aider dans sa quête de… on ne sait pas trop en fait. Tuer Ocron, sans doute. Car il faut bien avouer que tout en étant capable de tenir sur un ongle à moitié rongé, le scénario est assez nébuleux et se perd de temps à autres dans des scènes que l’on ne sait trop comment interpréter. Le blabla du début par le vieux mec en toge est par exemple aussi long qu’il n’explique rien et l’on sera surpris de voir que la pauvre Ocron et ses jolis seins se font zigouiller dès le premier quart d’heure. Avant de la voir réapparaitre quelques minutes plus tard! Mais que se passe-t-il ici ? C’était en fait, comme précisé plus haut, un mauvais rêve, sans doute prémonitoire, ce qui explique pourquoi Ocron est toujours bien en forme et que pas un téton ne manque à son décidément bien sympathique buste. Sauf que c’est fortement mal amené et que, en général, lorsqu’un perso fait un mauvais rêve dans lequel il se fait zigouiller on le voit par la suite se réveiller en sueur, paniqué. Pas ici, la flèche transperce la vilaine et on passe à autre-chose, dans ce cas-ci la suite de la quête d’Ilias et Mace, et ce n’est qu’une dizaine de minutes plus tard qu’Ocron réapparait alors que nous la pensions morte. Nos esprits de bisseux habitués à pareil puzzle éclaté remettront bien évidemment les choses dans l’ordre, mais un public peu habitué pourrait se trouver fort déboussolé…

 

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Ce n’est cependant guère surprenant de la part de Lucio Fulci qui n’a jamais été le plus grand conteur du monde. Ce n’est pas faire offense au maître que de dire que l’on se dirige sur son cinéma pour des raisons d’ordres visuelles plus que pour y trouver une histoire parfaitement racontée. Ce n’est pas son fort, ça ne l’a jamais été et un film comme L’Au-delà nous le rappellera toujours. Fulci, c’est du graphique avant tout et cela nous convient bien comme ça, au fond. Un film comme Conquest devrait donc coller parfaitement au réalisateur. Après tout, qui ne rêverait pas de voir un Conan avec des fresques dignes de la découverte de l’au-delà ou de l’avancée ténébreuse des zombies lors du climax de L’Enfer des Zombies ? Tout bisseux normalement constitué se doit d’avoir la gaule de sa vie en imaginant le résultat, forcément dantesque. Mais il faut malheureusement avouer que le mariage attendu n’aura pas eu lieu à la hauteur de nos espérances, l’Heroic-Fantasy vue par Fulci telle que nous l’imaginons ne s’étant pas franchement déplacée jusqu’à nos téléviseurs. La faute à un budget particulièrement bas qui ne permet bien évidemment pas les folies que laissait supposer l’affiche du film lorsqu’il devait encore s’appeler Mace the Outcast, qui montrait notre barbare face à une horde d’ennemis sortis de la préhistoire. Ce qui n’empêche pas Fulci de créer un sacré bestiaire, qui va du loup-garou ressemblant à Chewbacca à la taupe humanoïde, en passant par des espèces d’hommes fœtus recouverts de toiles d’araignées, des zombies boueux ou encore un colosse d’acier qui peut apparaître et disparaître comme bon lui semble et prendre différentes apparences. Plutôt réjouissant sur le papier, cette galerie des horreurs rend forcément moins bien à l’image et autant le dire d’emblée, il ne faut pas s’attendre à des masques ou maquillages dignes des meilleures productions de l’époque, à savoir 1983. Ils ne sont cependant pas tous honteux, car si les hommes-loups et les taupes ne sont pas bien impressionnants et peuvent prêter à sourire, les fœtus se défendent plus ou moins et les zombies sont dans la bonne moyenne de ce qu’a toujours proposé Fulci, à savoir des revenants aux maquillages simples mais dotés d’une certaine âme.

 

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Cela nous change en tout cas des timides autres percées faites par le cinéma bis italien dans le domaine de la Fantasy et les œuvres autrement plus fauchées du style. Car s’il ne se passe généralement rien ou pas grand-chose chez les petits cousins, Conquest a le mérite de balancer régulièrement les ennemis à l’écran pour les faire se bastonner avec nos deux héros. Malheureusement, le père Lucio ne semble guère à l’aise dans ces phases de combats, plutôt inégales. Si certaines sont lisibles et agréables, d’autres montrent un terrible relâchement qui ne donne pas une image très valorisante de ces échauffourées barbares. D’autant qu’elles sont souvent tournées dans le noir le plus total, ce qui ne facilite bien évidemment pas la compréhension. De toute façon, nous savons depuis longtemps que Fulci est un réalisateur à l’horreur lancinante, presque contemplative, qui prend son temps pour placer une ambiance, une atmosphère unique. Et, bonheur!, c’est encore une fois le cas ici! Le barbu à lunettes nous propose en effet un monde sans nom qui semble touché par la désolation, continuellement voilé par un ciel mauve tentant d’abattre un soleil inexistant, dont on ne devine qu’une vague lueur rosée à l’horizon, peut-être dans un autre monde. Tourné en Sardaigne selon le réalisateur (mais certaines sources parlent d’un tournage au Mexique), le film se passe quasi exclusivement dans des plaines assombries du plus bel effet. Certes, ça ne respire pas la thune, mais au moins cela nous change des carrières et bosquets habituellement trouvables dans de pareilles productions. Le climat étrange est encore renforcé par la photographie, assez étrange, qui insiste encore un peu plus sur l’aspect irréaliste de l’œuvre. La photo d’Alejandro Ulloa en rajoute donc une couche pour nous faire penser à un rêve pelliculé, un petit peu trop d’ailleurs car il abuse un poil des filtres. Si Fulci a eu recourt à du brouillard bien réel pour rendre plus inquiétants ses décors, Ulloa nous balance une image blanchâtre qui nous donne la sensation d’avoir pris un peu trop de chlore dans les yeux. Choix plutôt hasardeux, tout comme celui de filmer aussi régulièrement en contre-jour, ce qui rend certaines scènes encore plus confuses…

 

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Conquest ne cesse donc de passer des points positifs aux négatifs et lorsque l’on découvre un nouveau défaut, il est généralement suivi par une belle qualité, comme le gore par exemple. Scalp sec et sans bavure, jeune femme déchirée en deux, corps envahi par les boutons purulents (scène particulièrement dégueulasse, d’ailleurs) et autres sévices du même ordre, comme une décapitation qui servira de repas à la horde de méchants, qui dégusteront de la cervelle avec une paille. A moins qu’ils la sniffent ? Des effets bien évidemment rudimentaires, à base de bolognaise et de coulis de framboise, mais nous serions bien malheureux de nous plaindre d’avoir enfin un film de barbare qui mise, justement, sur la barbarie! Ce qui permet d’ailleurs de passer outre une distribution peu réjouissante. On passera rapidement sous silence le bien gentil mais un peu fade Andrea Occhipinti pour nous concentrer sur la brute de service qu’est Jorge Rivero, qui permettra d’ailleurs au film de bien fonctionner au Mexique alors qu’il se plantera partout ailleurs. Notre chevelu ami est donc le véritable héros, le pauvre Ilias se révélant être un poids plus qu’autre-chose. Mais si Mace est un sauvage fort crédible, il peine un peu à imposer le moindre charisme et votre serviteur a plutôt pensé à Francis Lalanne qu’à un Arnold Schwarzenegger mexicain. La grande gagnante du lot est de toute façon l’interprète d’Ocron, à savoir Sabrina Siani. Ou plutôt sa jolie poitrine puisque l’on ne voit pas son visage, bien planqué derrière son casque d’or. Et c’est justement ce sex-appeal ajouté au coté mystérieux de la démone qui en fait le protagoniste le plus intéressant du film, et l’un des meilleurs antagonistes du genre. Et si vous vous demandez quel doux visage cache la belle Sabrina, vous pouvez profitez de ses jolis traits dans une ribambelle d’œuvres bis, souvent liées à la Fantasy, comme Sangraal ou Ator, mais également dans quelques œuvres cannibales comme dans les Terreur Cannibale (furtivement pour celui-ci) et Mondo Cannibale d’Eurociné (qui existent dans un pack DVD, par ailleurs).

 

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Conquest souffle donc le chaud et le froid et l’on peut aisément imaginer que certains ne furent pas séduits par les effets très kitchs et lumineux contenus ici, comme des flèches dessinées à même la pellicule. Navet, nanar, bonne bisserie, chacun se fera son avis et la vérité est sans doute au carrefour de toutes ces opinions. Reste à savoir de quoi chacun voudra se souvenir et certains préféreront sans doute garder à l’esprit les quelques fautes de goûts qui se sont immiscées ça et là. Dans la crypte, on se remémorera avec plaisirs ces beaux décors et quelques séquences forts réussies, comme cette attaque des zombies boueux dans un marécage lugubre et qui rappelle les meilleurs moments du cinéaste Fulci. Une œuvre psychédélique, autre, bis jusqu’à l’os, avec nombre de défauts. Un déclin, peut-être, mais un déclin décidément fort sympathique.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Lucio Fulci
  • Scénarisation: Gino Capone, José Antonio de la Loma et Carlos Vasallo
  • Titre original: La Conquista (ITA)
  • Production: Giovanni Di Clemente
  • Pays: Italie, Mexique
  • Acteurs: Jorge Rivero, Andrea Occhipinti, Sabrina Siani
  • Année: 1983

2 comments to Conquest

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas encore eu la chance de le voir malgré les diffusions sur les chaînes du câble. Mais, ta critique de ce sous-sous Conan me tente bien. Avec une affiche comme ça, on ne peut qu’aimer 🙂

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