Phantasm

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Dans la catégorie « franchises appréciées des amateurs mais relativement peu connues du grand public », je demande Phantasm de Don Coscarelli. Pourtant, avec quatre films au compteur, qui plus est étalés sur trois décennies, notre ami le Tall Man aurait dû pouvoir se payer une place au soleil qui lui aurait redonné des couleurs !

 

Évidemment, j’exagère un peu, les Phantasm ne sont pas aussi impopulaires que je le dis dans l’introduction, preuve en est les figurines à l’origine du Tall Man qui sont apparues au fil du temps, rappel d’une certaine renommée. Mais voilà, aussi apprécié soit le personnage campé par Angus Scrimm, il ne fait pas partie des superstars du genre comme peuvent l’être Freddy Krueger, Jason Voorhees ou Michael Myers. Il faut dire que le grand morbide n’est pas aidé par une distribution plutôt compliquée des œuvres dans lesquels il apparaît, avoir tous les Phantasm dans nos collections de petits francophones que nous sommes n’étant pas une tâche aisée puisque sur les quatre films, seul le troisième a eu droit à un DVD dans nos contrées, une galette qui est par ailleurs en train de devenir rare. Et oui, nous ne sommes pas aussi chanceux que les anglais qui ont droit à la boule en acier, coffret collector renfermant l’intégrale de la série et construit à l’effigie de la célèbre arme du Tall Man, une sphère qui vous fonce dans la tronche pour y extraire votre cervelle, instantanément transformée en jus de fraise. Reste que pour les amateurs de cinéma fantastique, le film de Don Coscarelli (Bubba Ho-Tep) fait figure de classique, surtout si on l’a vu à l’époque de sa sortie, l’illustre Christophe Lemaire nommant même son fanzine du même patronyme que ce film, découvert à Avoriaz (il en ressortit d’ailleurs avec le prix spécial du jury en 1979). Sans doute le chef d’œuvre de son auteur, un réalisateur amateur de fantastique qui pourtant débuta dans le drame et la comédie, tournant deux films qui s’ils ne bident pas ne font pas non plus d’étincelles et ne se font pas trop remarquer. Et comme beaucoup de débutants à la recherche d’un succès commercial, Coscarelli se lance dans l’épouvante, un genre qui fonctionne bien et qui ne nécessite pas nécessairement un gros budget. Ce qui tombe bien car il n’a que 300 000 dollars en poche, soit des peccadilles, le forçant à tenir tous les postes importants: réalisateur, scénariste, producteur, photographe et même monteur. Le film d’un seul homme, donc.

 

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Alors que certains comme Sean S. Cunningham se contentent de reprendre une recette qui a fait ses preuves en lançant des projets à la Vendredi 13, là aussi une production modeste avant tout motivée par l’appât du gain, Coscarelli désire tout de même proposer un film original, qui ne s’inspire de rien d’autre et développera un monde unique. S’il ne peut chercher l’inspiration chez les autres, il ira la prendre dans son cerveau, comme s’il avait utilisé l’une de ses fameuses sphères sur lui-même pour extraire tous les cauchemars qui l’ont empêché de pioncer lorsqu’il n’était encore qu’un mouflet. Après trois semaines d’isolement dans un chalet, il a le scénario de Phantasm dans les mains, qui est effectivement inédit et qui ne vole rien à d’autres films, si ce n’est une manière peu orthodoxe de raconter son histoire, un choix fait après avoir vu le Suspiria de Dario Argento. Mais il va devoir se débrouiller puisque ne disposant pas du soutien d’un gros studio, le film étant créé en tout indépendance, son agent immobilier de père se chargeant de financer le film. Les acteurs ? Outre Angus Scrimm dans le rôle du méchant de service et qu’il a déjà utilisé par le passé, il ira piocher dans des amateurs ou des apprentis en voie de se professionnaliser, lui assurant un moindre coût à ce niveau-là aussi. C’est donc parti pour un tournage qui se déroule sur de nombreux mois, en fonction des disponibilités de chacun, Coscarelli pouvant rameuter tout le monde dans la précipitation et à quatre heures du matin si besoin est. Un tournage marathon, roots, mais qui a porté ses fruits, délicieusement juteux…

 

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Phantasm débute sur un enterrement, celui de Tommy, un ami d’enfance de Reggie (Reggie Bannister, présent dans tous les films de la saga mais aussi visible dans Wishmaster, Bubba Ho-Tep ou encore Douce Nuit, Sanglante Nuit 4) et de Jody (Bill Thorbury, dont la carrière se limite à la franchise), qui a récemment perdu ses parents dans des conditions troubles et qui doit désormais s’occuper de son petit frère Mike (Michael Baldwin, lui aussi principalement connu via la série puisqu’il apparaît dans tous les films, grandissant avec eux), qu’il songe par ailleurs à abandonner à sa tante. Ce qui commence à stresser le gamin, qui suit son frère en douce pour s’assurer qu’il ne va pas le laisser en plan… Et c’est justement lors d’une de ses séances d’espionnage que Mike découvre le croquemort (le Tall Man donc, Angus Scrimm) en train de porter un cercueil pesant à une main, comme si ce n’était rien. De quoi rendre soupçonneux tous les petits garçons, surtout lorsqu’ils découvrent que l’employé des pompes funèbres est accompagnés d’étranges nains encapuchonnés de toges de moines. Trop curieux, Mike rentre dans le funérarium et y découvre une sphère en acier volante et qui va perforer le crâne d’un pauvre homme, le vidant de ciboulot. Cette fois c’est sûr, il se passe des choses étranges dans les parages, mais reste encore à convaincre son frère, pas franchement porté sur la fantaisie… Mais il va falloir faire vite, car le Tall Man semble être décidé à faire taire le petit Mike à jamais.

 

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Phantasm a pour lui de traiter d’un sujet assez fort et bizarrement assez rarement utilisé dans le cinéma d’horreur: le deuil. On sent bien que la mort plane autour de Mike et Jody, tous deux encore plongés dans l’atmosphère de tristesse arrivée avec la mort de leurs parents. Une atmosphère qui se répand dans tout le film, qui ne se contente pas d’être un « B movie » comme beaucoup d’autres et s’offre une ambiance à part, qui sent l’isolement et la mélancolie. Le moteur du film est la phobie qu’à Mike de perdre son frère Jody, désireux de voguer vers d’autres horizons, ce qui se traduit par la peur que le Tall Man vienne s’en prendre au peu qu’il lui reste de sa famille. Le film baigne donc dans un climat particulier, pas jovial pour un sou et très onirique. Car si Coscarelli a été cherché l’inspiration dans ses rêves d’enfants, il a aussi ramené avec lui une aura pittoresque, nous donnant l’impression d’être nous aussi devant un cauchemar, le sien mais aussi celui du jeune Mike. Et comme dans un rêve, tout se passe de manière très abrupte, les scènes se succédant sans transition particulière, le film sautant du coq à l’âne perpétuellement. Un procédé qui pourrait être particulièrement gênant, et qui ne se fera d’ailleurs pas que des amis, mais marche finalement du tonnerre puisqu’en totale adéquation avec le principe de la péloche. Et comme dans un rêve, tout peut arriver, ce qui permet à Coscarelli de porter sur écran ses idées les plus folles sans avoir à se soucier d’une quelconque cohérence et donne l’occasion à son film d’être généreux en images fortes. La fameuse sphère, bien sûr, mais aussi un doigt coupé saignant un liquide jaune, doigt qui se change en une dangereuse et monstrueuse mouche, une rangée de moines nains sur une étrange planète rouge, un couple qui fornique dans un cimetière avant que la jolie jeune fille ne poignarde son amant et révèle qu’elle est en fait le Tall Man, qui peut visiblement prendre différentes apparences,… Autant de visions qui s’additionnent sans s’annuler, bien au contraire, puisque créant un monde fantasmagorique terriblement séduisant, dont on ne sait RIEN, ce qui est peut-être sa plus grande force. Car comme un mauvais rêve, Phantasm nous questionne sur ce que nous avons vu dans notre sommeil et sur la signification qui se cache derrière ces étranges cauchemars…

 

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Tous ces phantasmes, puisque c’est ce dont il est question, permettent également au film de survivre à quelques défauts, qui finissent par devenir des éléments à part entière de la bizarrerie ambiante. Des dialogues peu inspirés ou le jeu des acteurs, notamment, pas franchement doués (après tout, beaucoup sont des amateurs) et très rigides (Bill Thorbury est champion à ce niveau), mais qui passent comme une lettre à la poste dans un environnement qui ne s’encombre de toute façon d’aucune règle. On ne sera donc pas étonné de voir des personnages disparaître du film aussi vite qu’ils sont arrivés, le récit baignant dans une espèce de gratuité qui lui autorise tous les délires et entraine d’ailleurs un rythme sans faille. On ne s’emmerde jamais, tout s’enchaîne sans heurt et on regrette même que le film ne dure qu’une heure et demie. Coscarelli prétend que son premier montage durait trois heures, ce qui me semble un brin exagéré, mais cela aurait sans doute été intéressant de voir ça et de plonger plus en profondeur dans ce monde si séduisant. Car, en plus, Phantasm est beau, d’une part parce que son réalisateur nous pond quelques plans magnifiques (le cauchemar de Mike qui se retrouve sur une tombe avec le Tall Man au-dessus de lui, ce dernier qui marche au ralenti vers Jody dans le funérarium) mais aussi parce que certains décors sont fabuleux, le funérarium en premier lieu. On peut percevoir l’influence de Suspiria dessus puisqu’à l’image de l’école de danse allemande, cette maison de repos pour les morts, ce mausolée maléfique, semble hors du temps et labyrinthique. Il donnerait limite envie de mourir pour y séjourner, tiens !

 

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Parlons également du Tall Man, personnage culte d’un film qui l’est tout autant, d’autant plus fascinant qu’il n’apparaît pas tant que cela. Suffisamment pour ne pas frustrer le spectateur tout en lui laissant sa part de mystère. Un personnage qui semble intemporel, pris entre plusieurs époques, un peu comme le film, unique en son genre. S’il appartient bel et bien au cinéma d’horreur indépendant américain des années 70 et le prouve avec une scène sanglante (la scène de la sphère, la seule à être vraiment « gore »), Phantasm semble piocher ailleurs aussi, dans le cinéma d’horreur classique (le funérarium fait penser à des décors de la Hammer), la SF (cette étrange planète rouge, probablement venue d’une autre dimension) et fait également penser à un film italien, sa superbe musique sonnant comme du bon bis rital. Il n’y a donc rien à reprocher à ce premier film horrifique de Coscarelli, qui se paye le luxe de se terminer sur un final aussi triste qu’effrayant. Brillant !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Don Coscarelli
  • Scénarisation: Don Coscarelli
  • Production: Don Coscarelli
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister, Angus Scrimm
  • Année: 1979

11 comments to Phantasm

  • Dirty Max 666  says:

    Tout à fait d’accord avec toi, Rigs. Le film est un classique du genre, et pourtant il reste bizarrement méconnu (au risque de me répéter : à quand un dvd français ???). Je me souviens avoir vu « Phantasm » et sa très bonne suite, à la téloche il y a 20 ans de ça. Une piqûre de rappel s’impose donc. Mais les souvenirs que j’en garde font écho à ta critique : un film original à l’atmosphère lugubre et onirique très particulière…Sinon Rigs, as-tu vu le dernier Coscarelli « John dies at the end » ? La chose m’a l’air plutôt hallucinante !

  • Roggy  says:

    Je n’ai jamais revu la série des « Phantasm », mais cela reste un de mes films préférés. J’adore le personnage du Tall man. Un jour, je ferai peut-être une chronique de toute la série (si j’en prends le temps :)).
    Sinon, merci Rigs pour le lien vers « John dies at the end ». Vu en festival, j’ai eu du mal à rentrer dedans même si le film est très déjanté. Peut-être qu’en le revoyant, je serai plus indulgent.

  • Princécranoir  says:

    « Si vous n’avez pas peur, c’est que vous êtes déjà mort »…. Ah ! merci, merci, grand merci, pour cette plongée dans mes années VHS. Je n’avais sans doute alors pas vu ce « Phantasm » (qui me semblait vraiment très bisseux) à la mesure du talent de son auteur, à quel point il puisait son inspiration visuelle chez les Fulci et autres Argento (que je ne connaissais pas plus du haut de mes douze ans). De savoir qu’il n’existe aucune édition DVD digne de ce nom par chez nous, ça me fout un peu « les boules » (même pas sûr qu’il y ait des sous-titres frenchies dans la belle édition Anchor Bay). Depuis j’ai vu le génial « Buba-Ho-Tep » et sur mon étagère patiente « John dies at the end ». Va falloir que je vérifie fissa si ce qui est dit dans le titre est vrai 😉

  • Mr Vladdy  says:

    Un classique que je n’ai jamais vu :$ Pourtant il me fait de l’œil donc je me dis qu’un de ses quatre, je finirais bien par enfin le voir 😛

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