American Nightmare 2: Anarchy

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Comme quoi, qualité et quantité ne font décidément pas bon ménage. Prenez American Nightmare premier du nom, film raté au possible qui aura malgré tout attiré en masse les spectateurs. Et bien évidemment, pareil braquage de box-office ne pouvait rester sans suite…

 

On prend les mêmes et on recommence! C’est qu’avec des revenus estimés à 65 millions rien que pour les Etats-Unis pour une mise initiale de quatre ou cinq petits millions, le producteur Jason Blum aurait bien tort de se priver d’une suite. C’est que le producteur vedette du cinéma horrifique actuel (on lui doit les Paranormal Activity et les Insidious, donc autant dire que le mec dort avec les doigts de pieds en éventail) connaît bien sa recette: un petit budget pour s’assurer des bénéfices faciles, un réalisateur expérimenté à la barre pour esquiver les débutants qui se prennent les pieds dans le tapis, un ou deux acteurs confirmés et connus du public sans pour autant être des stars capricieuses et, bien sûr, la promesse de quelques frissons à un public qui ne crache jamais sur la chair de poule. Et le tout en payant comédiens, réalisateurs et techniciens avec le minimum syndical, histoire de garder la bourse de son coté. Ce qui fonctionne à chaque coup ou presque, la machine étant suffisamment rodée pour taper juste à chaque fois. En tout cas en termes d’entrées cinéma, car tout succès qu’il soit, le premier American Nightmare aurait pu garder son patronyme d’origine (The Purge) qui lui collait mieux à la peau que ce « cauchemar américain » qui n’était jamais qu’un home invasion supplémentaire. Mou du genou, gorgé d’incohérences, dotés de personnages qui allaient de l’insignifiance au ridicule (le chef des psychopathes, dont chaque mimique était culte) et, surtout, un concept en or réduit à un huis-clos banal au possible. Car l’idée de la purge, bien qu’elle-même peu crédible (on a du mal à croire que parce qu’ils peuvent faire ce qu’ils désirent durant une nuit, les américains deviennent des agneaux le reste de l’année), promettait en tout cas quelques scènes bandantes, à base de guérillas urbaines et de survie dans un monde qui se laisse aller à la barbarie le temps d’une nuit. Tout ça, on ne l’a pas eu dans le premier, nous forçant à nous contenter d’un jeu du chat et de la souris dans une baraque plongée dans le noir. Heureusement, pour la suite James DeMonaco a décidé de voir les choses en un peu plus grand.

 

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Car le réalisateur du premier opus revient bel et bien jouer les chefs d’orchestre, tout juste un an après l’original. Ce qui n’est pas bien rassurant, il faut bien l’avouer, la précipitation de l’entreprise ne donnant pas l’impression que la fine équipe fut prise de l’envie de pondre un une suite en or massif. Et cela inquiète d’autant plus lorsque l’on se rend compte de l’ambition affichée dans cet American Nightmare 2: Anarchy: celle de faire sortir l’horreur du placard pour la trainer dans des rues explosives. Quelques mois peuvent-ils réellement suffire pour torcher une petite série B à peine plus friquée que le premier opus alors qu’elle voit cent fois plus grand ? C’est ce que nous allons découvrir avec les protagonistes principaux de cette année 2023, qui accueille donc une nouvelle purge histoire de calmer des américains visiblement à cran. La mise en place s’articule donc autour de trois points de vue: celui d’Eva et de sa fille Cali qui vont tenter de passer la nuit barricadées chez elles, celui de Shane et Liz, couple sur le déclin, qui tombent en panne de bagnole au mauvais moment et enfin celui d’un homme mystérieux armé jusqu’aux dents qui s’apprête à aller trouver vengeance en éradiquant celui qui tua son gosse un an auparavant. Tout ce beau monde va bientôt fusionner en un seul et même groupe, le hasard les amenant tous au même endroit. C’est donc au mystérieux vengeur, incarné par Frank Grillo (que vous avez pu voir dans l’excellent Le Territoire des Loups ou dans le très bon remake de Mother’s Day) de s’occuper des bras cassés qui l’entourent et de leur promettre la survie. Une parole qui ne sera pas facile à tenir puisque se lanceront à leurs trousses plusieurs gangs d’énervés qui comptent bien « réveillez la bête » (LA phrase qui est assénée à longueur de temps dans cette franchise)… Voilà donc notre petite troupe perdue dans une jungle grise dans laquelle il faudra survivre quelques heures encore, le temps que la purge cesse et que le meurtre redevienne illégal. Une sorte de La Nuit du Jugement donc, même si la comparaison avec le chef-d’œuvre (si si!) de Stephen Hopkins s’arrête bien évidemment là… Ce qui n’empêche pas le tout d’être largement supérieur au premier opus, voire même d’obtenir une certaine efficacité.

 

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Oubliez le film d’horreur vaguement teinté d’action qu’était le premier opus, la donne change pour cette seconde plongée dans la purge, qui range les couteaux pour mieux sortir les mitraillettes. Car en déplaçant l’action dans les rues infernales d’un Los Angeles changé en champ de bataille, American Nightmare 2 prend des airs de guérilla urbaine. Ce qui a pour effet immédiat d’accélérer le rythme, forcément plus nerveux que le jeu de cache-cache entre un SDF et les bourges du premier opus, qui s’éternisait tout de même, je le rappelle, sur un gros quart d’heure. Pas de ça ici, les situations s’enchaînant sans relâche. Le spectateur passe ainsi, en même temps que les héros, d’un danger à un autre, d’une rue piégée à une avenue meurtrière. Peu de temps morts, voire aucun, DeMonaco (également scénariste) privilégiant cette fois la fureur à la tension. Ce qui entraînera sans doute quelques moues déconfites, celles des spectateurs à la recherche d’effroi. Et le changement de style ne s’est bien entendu pas fait sans perte, The Purge 2 perdant en tension ce qu’il gagne en nervosité. Les frissons sont effectivement réduits à leur plus simple expression ici, le metteur en scène se contentant de quelques « jump scares » placés ci et là, de préférence à intervalles réguliers. Un type grimé qui arrive vers l’écran, un bruit inquiétant dans la pénombre, un coup de feu qui déboule au bon moment. Que du classique, DeMonaco misant bien trop sur son concept et les éléments ayant fait le succès du premier (comme les looks glauques des psychopathes) pour prendre le temps d’essayer de réinventer la roue. Et de l’inédit, il ne faudra d’ailleurs pas en chercher dans ces cent minutes qui ne vous offriront rien que vous n’ayez déjà vu dans une autre bande du même genre. Y compris au niveau de l’action, qui se limite à du mitraillage, certes en bonne et due forme, mais malgré tout assez commun. Bien évidemment, il n’était pas utile de tomber dans des cascades à la The Raid et compagnie, American Nightmare 2 ayant pour objectif évident de rester aussi proche de la réalité que possible.

 

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Mais voilà, on aurait aimé une ou deux bonnes idées, quelques instants qui sortent du tout-venant, un brin d’audace. Tout juste pouvons-nous ressortir l’idée des sulfateuses cachées dans des camions qui parcourent la ville en quête de têtes à décoller de leurs torses. Mais pour le reste, l’avancée de Grillo et des poids morts qui l’accompagnent est des plus routinières, aucune surprise majeure ne venant ponctuer un peu le tout. Fort heureusement, la menace est ici tangible et bien réelle, les ennemis semblant débouler de tous les coins, ce qui permet de garder le spectateur impliqué. Car c’est malgré tout à un spectacle de désolation assez peu éloigné du cinéma bis (il y a un indéniable coté post-apo rital là-dedans, même s’il est involontaire) que nous assistons, ce qui est tout de même bien plus plaisant que la vaine tentative de suspense banal déployée dans le premier volet. On notera d’ailleurs que DeMonaco semble s’être amélioré un chouïa, ce qui se perçoit principalement dans la scène d’exposition qui, si elle peine à nous intéresser aux personnages (tous plus clichés les uns que les autres) a au moins le mérite de faire monter la tension avec une certaine maîtrise. Les séquences plus bourrines sont quant à elles assez satisfaisantes, ni mal foutues ni franchement réussies, mais les intentions de donner dans le réalisme permettent dans tous les cas d’avaler la pilule, donnant par la même occasion à DeMonaco un bouclier face aux potentielles critiques visant sa mise en scène, qui manque tout de même de quelques plans marquants (on ne se souvient d’aucun). Il aura par contre bien du mal à esquiver celles visant le plus gros défaut du film, à savoir la finesse de son message. Car le réalisateur/scénariste fait tout son possible pour faire comprendre à son public que le gouvernement américain les manipule et que les riches vivent sur leurs dépouilles. Pourquoi pas ? Il y a même un parfum de vérité dans cette analyse. L’ennui, ce n’est pas ce qui est dit dans The Purge 2 mais la manière dont c’est dit. A savoir avec la finesse d’un éléphant éméché.

 

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Car prenant visiblement son public pour une horde de crétins à qui il faut tout répéter dix fois, DeMonaco ne cesse de nous renvoyer sa fine (ironie) analyse politique en pleine poire. Ainsi, le gouvernement met en place des camions blindés de mecs en armures, genre S.W.A.T., qui ont pour mission d’aller éradiquer toute forme de vie dans des logements sociaux dans le but évident de diminuer la pauvreté (c’est clairement dit par l’un des personnages). Bon ok, admettons, ça passe, les méchants expliquent toujours leurs plans, ça choque pas. Mais ensuite DeMonaco nous sort un anarchiste qui va répéter encore tout cela, et a plusieurs reprises. Ca commence à faire beaucoup et ce n’est malheureusement pas fini puisque l’ado du groupe reprendra la formule pour qui la veut, reprenant du début pour le spectateur qui serait parti pisser un coup lors des dix explications précédentes. Lourd, très lourd, d’autant que l’on finit par remarquer que tous les riches enculés sont de bons blancs qui veulent éliminer la résistance des gentils, qui eux sont tous blacks. La caricature part donc assez loin, au risque de tomber dans le ridicule le plus total, comme lorsque l’on découvre ces enchères organisées pour que les riches puissent, moyennant quelques liasses de billets verts, s’éclater à tuer leur prochain. Sur le papier c’est pas trop mal et l’on se dit que cela pourrait occasionner un suspense certain. Mais c’est sans compter sur l’élégance (mwarf mwarf) de DeMonaco qui préfère débarquer avec ses gros sabots. Ainsi, la vieille qui anime les enchères, malgré son look proche de l’héroïne d’Arabesque et son style à ne pas savoir distinguer un bazooka d’un canon de bateau pirate va se lancer dans une description quasiment orgasmique des armes mises à la disposition des clients. Autant dire qu’elle a de la chance de ne pas avoir été foudroyée par la honte… Le pire c’est que DeMonaco ne contrebalance même pas ces bourgeois bigger than life par des décès marquants. Car à le voir tout faire pour les rendre détestables, on imagine fort logiquement qu’ils vont ramasser sérieusement sur la gencive quelques temps après. Même pas, The Purge 2 se la jouant un peu petite bite pour l’occasion…

 

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Et c’est bien le plus dommageable: le fait que le film ne paraisse pas si violent que cela. C’était pourtant l’occasion de verser enfin dans le graphique, sans tomber dans le grandguignolesque pour autant, puisque l’on délaisse les questions un poil redondantes du genre « faut-il purger et libérer la bête ? » qui nous étaient assénées dans le premier film. C’est donc avec surprise que l’on découvre que si cette suite délaisse l’aspect cérébral et moral elle n’en profite pas pour autant pour verser dans les plaisirs régressifs. Certains diront que le film contient suffisamment de tirs de mitraillettes comme ça, et c’est vrai qu’on bouffe du « tactactactac », mais les séquences ne font pas plus de mal que cela. Ce qui est d’autant plus dommage que Frank Grillo est particulièrement excellent dans la peau de cet homme rongé par la perte de son fils et qui est désormais prêt à tuer quiconque se dressera entre lui et sa vengeance. Vous mettez une tête de mort sur son t-shirt et vous obtenez le Punisher en personne! Il est sans doute la révélation du film, ou la confirmation d’un vrai talent c’est selon, et participe grandement à l’intérêt naissant au fil du film. Car malgré tous ces défauts et cet aspect bancal, American Nightmare 2: Anarchy dépasse totalement son chiantissime premier opus. Ce n’était pas bien difficile, je vous l’accorde, mais il se pouvait aussi que cette suite soit aussi mauvaise et ce n’est pas le cas. Mieux, elle est fort efficace et on ne se fait jamais chier en la suivant, quand bien même elle ne peut pas détrôner La Nuit du Jugement, sommet du genre. Mais vu que les survival urbains ne courent pas les rues, on ne va pas cracher sur une nouvelle œuvre du style, même si elle est moyenne…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: James DeMonaco
  • Scénarisation: James DeMonaco
  • Titre Original: The Purge: Anarchy (USA)
  • Production: Jason Blum, Michael Bay, Andrew Form, Bradley Fuller, Sébastien Lemercier
  • Pays: USA
  • Acteurs: Frank Grillo, Carmen Ejogo, Zoe Soul, Zach Gilford
  • Année: 2014

6 comments to American Nightmare 2: Anarchy

  • Dirty Max 666  says:

    Ayant trouvé le premier assez tiède et ne rendant pas justice à son sujet en or, je ne me suis pas rué dans les salles pour voir cette suite. En revanche, je regrette bien de n’avoir toujours pas vu « La nuit du jugement » !

  • Roggy  says:

    Perso, j’avais aimé le 1er, même s’il n’était pas parfait. Le fait d’avoir délocalisé le concept à l’extérieur est certainement une bonne chose. Faudrait que je revoie « la nuit du jugement ». J’en ai peu de souvenirs.

  • Mr Vladdy  says:

    Le premier était sympa malgré des maladresses (je l’ai d’ailleurs revu récemment avec un certain plaisir). Cette suite s’avère meilleure en prenant bien en compte son concept de purge avec la ville comme terrain de jeu et surtout un héros badass comme on l’aime même si je pense que ce dernier aurait pu avoir encore plus de crasse sur les mains 😉

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