Le Masque de Cire

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De dernier film de l’un des grands du bis transalpin, Le Masque de Cire s’est transformé en premier film d’un spécialiste des effets spéciaux à l’italienne. De Fulci à Stivaletti, le sang aura eu le temps de se mélanger à la cire…

 

Certaines guerres peuvent être fertiles. Prenez celle qui opposa Dario Argento et Lucio Fulci durant les années 80, par exemple. Une dispute commencée à cause de L’Enfer des Zombies de Fulci, titré Zombi 2 en Italie pour surfer sur le succès du Zombie de Georges Romero, que Dario Argento aida à produire. Autant dire que le créateur des Frissons de l’Angoisse n’a pas tellement apprécié cette concurrence qui, selon ses dires, aurait repoussé la production du Jour des Morts-vivants à cause du film de Lucio, qu’il considère comme une vulgaire contrefaçon, un faux. Ce qui entraîne des dialogues constitués de noms d’oiseaux par presse interposée, Fulci prétendant que Dario est moins artistique qu’il ne le pense, Argento balançant qu’il n’a jamais vu de film de Lucio. Les deux plus importants réalisateurs d’horreur à l’italienne depuis la mort de Mario Bava ne s’apprécient guère et se le font savoir. Ils ne se sont même jamais rencontrés, le monde de l’épouvante romaine étant pourtant fort petit, tout le monde se connaissant, tout le monde travaillant avec Argento, qui lança Luigi Cozzi, Lamberto Bava ou encore Michele Soavi. Tout le monde sauf Fulci, dont la carrière aurait bien besoin d’un petit coup de pouce de son rival, alors assez puissant puisqu’auréolé du succès de Suspiria. Les deux hommes finissent par se croiser lors d’un festival en 1994, le père Argento prenant pitié d’un Fulci malade et sur la paille. Une vision qui efface l’ardoise, Argento décidant d’aider le réalisateur de L’Au-delà. Leur première idée est de partir sur une nouvelle version de La Momie, Fulci se lançant dans la rédaction du scénario avec son complice Dardano Sacchetti, qui écrivit ses plus grands succès comme La Maison près du Cimetière ou Frayeurs. Problème: un projet similaire, initié par Romero, commence à prendre forme chez la Universal. On peut dire que le père Georges s’est vengé sans le savoir… Ce coup du sort ne suffisant pas, Fulci et Sacchetti commencent à se brouiller, une fois de plus dirons-nous, les deux italiens ayant toujours eu la fâcheuse tendance de s’engueuler lors de leurs collaborations. La momie restera donc dans son sarcophage, Argento, qui produit, suggérant plutôt à Fulci de se lancer sur le terrain des musées de cire, d’après l’œuvre de Gaston Leroux. Après tout, il songe lui-même à adapter l’écrivain français, ce qui ne manquera pas d’arriver quelques années plus tard avec le très mauvais Le Fantôme de l’Opéra. Avec un nouveau scénariste dans les pattes, Daniele Stroppa, Lucio se lance donc dans Le Masque de Cire, qu’il espère être un film mêlant romantisme et épouvante. Pour la peine, il sera aidé de Sergio Salvati, qui a éclairé son âge d’or filmique. Malheureusement, Lucio Fulci décède en mars 1996, le diabète l’emportant avant qu’il ait pu tourner le premier plan de ce qui devait être son dernier film. Qui pour le remplacer ? Argento choisit Sergio Stivaletti, qui s’occupa de plusieurs des effets spéciaux de ses films, dont Opera.

 

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Bien qu’arrivé à la dernière minute, Stivaletti va tout de même se réapproprier le script écrit par Fulci, jugeant l’histoire trop ancrée dans les années 50. Le Masque de Cire nouvelle version commence donc à Paris, lors d’un feu d’artifice numérique (qui a tendance à souligner l’appartenance du film aux nineties…) qui prouve que c’est la fête dans la capitale. L’occasion rêvée pour un meurtrier de commettre un petit carnage sans se faire repérer. Un assassin pas comme les autres puisque doté d’une main mécanique qui lui donne une force herculéenne, le rendant capable d’arracher une main sans effort et de transpercer un corps pour en extraire le cœur. Cette scène horrible a eu un témoin, la petite fille des victimes, qui est dès lors recueillie par la police parisienne. Une trentaine d’années passent et la gosse, Sonia (Romnia Mondello), est devenue une grande et belle femme qui vient tout juste de se trouver un job dans un musée de cire tenu par un certain Boris (Robert Hossein). Un lieu récemment placé sous le feu des projecteurs, un visiteur nocturne y étant entré pour gagner un pari stupide avant d’y mourir de peur. Vraiment ? La police a quelques doutes, si le cœur de l’infortuné s’est bien arrêté, la trace de piqure qu’il a dans la nuque laisse perplexe un journaliste, Andrea Conversi (Riccardo Serventi Longhi) qui compte bien mener son enquête. Et si les évènements qui ont traumatisé Sonia étaient liés à cet étrange Boris et ses deux employés, tout aussi bizarres que lui ?

 

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Fulci, Argento, Stivaletti, Salvati et même des maquillages par le français Benoît Lestang, depuis décédé et dont le dernier travail fut sur Martyrs. Autant de grands noms du fantastique européens réunis en un seul et même film, ça laisse forcément rêveur et place nos attentes à un niveau assez élevé. Mais c’est sans compter sur l’état du cinéma italien, qui commençait à périr peu à peu et ne retrouva d’ailleurs jamais sa superbe. Le Masque de Cire est donc assez décevant, vous l’aurez compris. L’ennui, c’est qu’il est difficile de pointer clairement les défauts du doigt, le problème étant plutôt d’ordre général. Visuellement, déjà, le film adoptant un look un brin téléfilmesque, ce qui trahit un peu les moyens réduits de la production, ce qui se ressent également dans le musée de cire, en fait un couloir et une pièce à l’arrière. Vite visité, le musée ! Les acteurs ne sont pas non plus particulièrement brillants, une constante dans le cinéma italien, bien qu’il soit nécessaire d’avouer que la version française n’aide pas vraiment (et est malheureusement obligatoire sur le DVD édité par TF1, qui n’a pas jugé nécessaire de ressortir la version originale pour l’occasion). Bien sûr, Romnia Mondello tient plutôt bien son rôle de jolie fleur, surtout là pour la décoration et faire douter Robert Hossein, lui aussi bien à sa place. Pas de quoi pester non plus sur Riccardo Serventi Longhi, qui fait un héros plutôt attachant, ce qui est rare dans la production italienne qui a vite fait de nous balancer des bellâtres séducteurs plus agaçants que les tueurs qu’ils sont censés pourchasser. C’est plutôt les seconds rôles qui gênent, les jolies demoiselles n’étant visiblement là que pour dévoiler un peu de chair et certainement pas pour jouer la comédie.

 

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Le scénario n’est pas parfait non plus, surtout lors d’un final qui a de quoi créer la polémique… Passons le sort quelque peu obscur de certains personnages, comme l’un des employés du musée qui semble disparaître comme ça, sans crier garde, et concentrons-nous sur la révélation finale qui est… osée. On a tous vus des films avec un musée de cire et nous nous doutons depuis bien longtemps que le brave Victor a un masque de cire, comme le suggère si habilement le titre du film. Et c’est là que je vais spoiler un peu (donc si ça vous gêne, arrêtez de lire maintenant… c’est bon, vous êtes partis ?) en vous révélant que plus que le visage d’Hossein, c’est tout son corps qui a été détruit. Ce qui l’a amené à se changer en un robot digne des Terminator. Oui, oui, un robot. Dans un musée de cire, dans un film qui se déroule en 1912. On comprend tout de suite ce que veut dire Stivaletti quand il parle de moderniser le script de Fulci ! Un choix artistique qui ne manquera pas d’en faire éclater de rire certains, en navrer d’autres, et faire sourire le reste de l’assemblée. On préfère de toute façon ça aux scènes de dialogues relativement emmerdantes, le réalisateur peinant à les rendre intéressantes. La faute à Stivaletti ? Pas forcément, certains (comme Robert Hossein) prétendent en effet que Dario Argento est passé derrière la caméra pour certaines scènes, ce qui ne serait pas plus étonnant que ça. TF1 Video tente d’ailleurs de nous faire croire que c’est lui qui réalise le film, l’auteur d’Inferno restant plus vendeur que le pauvre Segio, qui s’est plaint de l’interventionnisme de son producteur, constamment sur son dos.

 

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Vu le défilé de noms alléchants que se tape le générique, on était en droit d’attendre une explosion nucléaire du bis, un chef d’œuvre qui nous aurait ramené aux grandes heures du genre italien. Au final, la bombe atomique s’est changée en une petite grenade parsemée de défauts, mais qui a aussi ses qualités. Le musée de cire affiche ainsi de jolies couleurs et Mario Bava n’aurait probablement pas renié l’éclairage de certaines scènes. Et certains actes de violence ne sont pas dénués de charmes, comme cette main qui traverse un corps et un matelas pour en ressortir avec un palpitant encore saignant entre les doigts. Et puis il y a cette excellente scène montrant l’arrivée du tueur dans la chambre d’une petite fille, l’ombre menaçante de l’intrus apparaissant progressivement dans la pièce devant la petite médusée. Alors bien sûr le film se tape un petit coup de vieux, surtout à cause de certains effets visuels datés (il y a de l’électricité numérique qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode des Power Rangers), mais le spectacle demeure assez agréable à regarder, plutôt correct. On a donc un film bis de plus (on ne crache jamais dessus), qui ne fait pas d’étincelles mais reste dans la bonne moyenne du genre, ce qui est toujours mieux que les derniers méfaits d’Argento…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Sergio Stivaletti
  • Scénarisation: Lucio Fulci, Dario Argento, Daniele Stroppa
  • Titre Original: Maschera di Cera (ITA)
  • Production: Dario Argento, Giuseppe Colombo, Fulvio Lucisano
  • Pays: Italie, France
  • Acteurs: Robert Hossein, Romina Mondello, Riccardo Serventi Longhi
  • Année: 1997

4 comments to Le Masque de Cire

  • Roggy  says:

    Je garde un bon souvenir de ce film malgré tout, avec des effets visuels de qualité. Il a participé récemment à un film à sketchs avec d’autres réalisateurs « The Profane Exhibit ».

  • Dirty Max 666  says:

    J’avais aussi chopé la galette de TF1 vidéo qui, bien entendu, n’est pas terrible, mais le film reste sympa quoique manquant d’assurance et de virtuosité…

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