The Undying Monster

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Vous prenez Sherlock Holmes dans une main, le mythe du loup-garou dans l’autre et vous les écraser l’un contre l’autre au point de les faire fusionner. Vous obtenez quoi ? Un joli petit film des années quarante qui est malheureusement oublié. Séance de rattrapage toxique pour tout le monde, les petits loups!

 

 

Attention spoilers!

 

C’est bien connu, les grands studios versaient plus volontiers dans l’horreur dans les années 30 et 40 que de nos jours. Et lorsque l’on parle de « films de monstres », difficile de ne pas avoir le logo tournant de la Universal qui vient faire la toupie dans nos boîtes crâniennes. Vous savez fort bien ce qu’on leur doit, et vous savez tout aussi bien que les autres gros studios ont eu un peu de mal à suivre la cadence, il y a quatre-vingt années de cela. Ils s’y sont pourtant tous essayé avec plus ou moins de succès, la Paramount prenant un élixir dangereux avec le Dr Jekyll et Mr Hyde version Frederich March quand elle ne plisse pas les yeux pour The Return of Dr. Fu Manchu tandis que la Warner se mettra la tête dans la cérumen avec Masques de Cire. Des essais rares et qui ne représentent pas grand-chose face à la déferlante des Universal Monsters, une horde monstrueuse contre laquelle il était inutile de lutter. Et la Fox dans tout ça ? Ils ont également tenté l’aventure de l’effroi, tout aussi modestement, avec des Chandu the Magician (avec Lugosi), The Lodger qui ressuscite Jack l’éventreur ou encore le plus « film noir » Hangover Square avec son assassin amnésique. Les deux derniers sont par ailleurs sortis des mains du même sculpteur, à savoir le réalisateur John Brahm, qui est assez connu pour ses films noirs, justement. Si ces deux exemples se penchent sur les cas de quelques tueurs en séries levés du pied gauche, il se sera également occupé du cas d’un loup-garou, tout aussi mal luné. Ou de mauvais poil, c’est au choix. Et ce via le film The Undying Monster, inédit dans nos contrées mais disponible en DVD au pays de l’Oncle Sam, y compris dans un coffret avec The Lodger et Hangover Square, histoire de prendre votre dose de Brahm. Et comme beaucoup de films d’horreur inédits par chez nous, ce monstre increvable est particulièrement réussi…

 

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A vrai dire, The Undying Monster est un film qui a été assez mal vendu. Vous me direz, chez nous il n’a pas été vendu du tout, et vous avez bien raison. Pourquoi mal vendu ? Tout simplement parce que le film nous colle sur son affiche un gros loup-garou tenant une victime féminine. Normal pour un film d’horreur lycanthrope, remarquez. Oui mais non! Justement! Brahm, qui adapte ici une nouvelle publiée en 1936, a justement tout tenté pour brouiller les pistes. Jugez plutôt: sorti en 1942, le film s’attarde sur le cas de la famille Hammond, de riches gens de la Haute qui mènent une vie faussement tranquille dans leur manoir lugubre, posté à distance de la ville la plus proche, Londres. Les Hammond ont cette particularité d’être touché par la malchance: quand des accidents ne viennent pas frapper leurs ancêtres, ceux-ci se suicident en profitant de la falaise la plus proche. Inquiétant, d’autant que cette prétendue malédiction semble s’abattre sur eux les nuits de pleine lune… Et cela se reproduit, cette fois sur le pauvre Oliver Hammond, qui se retrouve attaqué par une étrange bestiole poilue, en même temps qu’une autre infortunée. Bien inquiète est la sœur d’Oliver, Helga, qui fonce à Londres pour y trouver le fin limier Robert Curtis, toujours accompagné de son assistante Christy, qui vont tenter de découvrir quels terribles mystères touchent cette famille qui a la poisse dans le sang. Vous l’aurez compris, nous sommes bien en face d’un « mystery movie », un film policier dans la lignée des Sherlock Holmes (il y a un coté « Le chien des Baskerville » ici, c’est indéniable) avec son lot de révélations et de zones d’ombre. Bref, une vraie enquête policière qui débouchera sur une surprise finale: la présence du loup-garou. Une surprise bien évidemment foutue en l’air dès l’affiche qui nous balance le monstre à la face avant même que le film débute! Tout comme le titre, d’ailleurs, qui devait à l’origine s’appeler The Hammond Mystery, ce qui collait nettement mieux aux ambitions de discrétions quant à la révélation finale! Il est probable que la Fox ait décidé de se la jouer « Monster Movie » pour s’aligner sur les succès du moment (le Wolfman de George Waggner était sorti un an auparavant seulement), coupant par la même occasion l’herbe sous le pied de la structure scénaristique de son film. Dommage ? Plutôt car l’on sentait bien que cela tenait à cœur du réalisateur, plus que doué pour créer du suspense. Bien évidemment, les amoureux du fantastique savent dès le départ qu’il y a du poilu dans le coin et nombreux sont les éléments à aller dans cette direction, il est d’ailleurs probable que le public actuel aura grillé le petit twist final dès les premières minutes de film…

 

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Mais est-ce que The Undying Monster perd toute sa force en même temps que sa surprise de fin de parcours est éventée dès ses visuels ? Heureusement non! Car le script se tient plutôt bien même sans cela, quand bien même il ne propose rien de très original et que son enquête n’est pas très développée. C’est qu’il est difficile de proposer une véritable épopée policière en une petite heure de film seulement… Mais l’intérêt se trouvera plutôt ailleurs. Pas forcément chez les personnages, même si le duo d’enquêteurs est plutôt attachant. Ce Curtis et son assistante sont tous les deux fort sympathiques, il faut bien le dire. Relaxés, amusants, ils font de bons personnages principaux dont le coté rayonnant vient contraster avec l’aspect lugubre de la famille Hammond. Ceux-ci sont les maudits habituels de ce genre de production, le script ne tentant guère de les rendre originaux, pas plus que ce médecin un peu douteux qui leur sert d’ami. Mais l’intérêt principal de l’histoire se trouvera plutôt dans quelques belles idées, comme cette séquence où Curtis examine une touffe de poil trouvée sur les lieux du crime. Et alors qu’il analyse le duvet pour comparer les ADN, ce dernier disparaît soudainement, révélant son origine fantastique! Des séquences comme ça, le film en regorge et étale ses passages obligés, de la visite d’une crypte poussiéreuse à la découverte d’une pièce cachée, sans oublier les ballades nocturnes… Autant de séquences aptes à ravir l’amateur d’horreur old-school, qui pourra en prime en prendre plein les yeux…

 

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Car John Brahm est en plus un faiseur d’images des plus talentueux et ce n’est pas The Undying Monster qui viendra me contredire. C’est bien simple, son film est suffisamment beau, voire même somptueux, pour en remonter aux films de la Universal et aller se placer aux cotés de ses futurs descendants italiens des années soixante. Artus Films sortirait The Undying Monster entre deux bis ritals que l’on n’y verrait que du feu tant le film est habillé d’un magnifique noir et blanc. Il faut voir ce décor de crypte, ces jardins lugubres, cette falaise mortelle, cette salle poussiéreuse et cachant sans doute d’horribles secrets… Et même les pièces élégantes comme ce hall faisant également office de salon sont filmées comme des endroits maudits, touchées par le plus démoniaque des malheurs. Brahm s’amuse à placer sa caméra dans des endroits bien sentis, entre des branches ou derrière une balustrade, quand il ne joue pas avec ses contre-plongées et les ombres mises à sa disposition. De quoi donner un cachet certain à une œuvre qui, sur le papier, ne brillait donc pas particulièrement par son originalité. Mais en soignant le visuel au maximum et en mêlant l’horreur à des personnages qui pourraient sortir de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, Brahm a réussi son pari: apporter un peu de neuf dans une œuvre encodée d’avance et qui ne permettait pas forcément beaucoup de particularisme. Car au fond, The Undying Monster n’est jamais qu’une tentative de surfer sur le succès du Loup-Garou avec Lon Chaney Jr., classique de la Universal s’il en est. Et si les fantasticophiles adorateurs des hommes-loups reprocheront à Brahm de ne pas montrer son monstre plus de deux minutes, les autres ne manqueront pas de noter que le rythme de cette « copie » est nettement plus satisfaisant que celui de son longuet modèle…

 

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Il est donc plus que dommage que les visuels trahissent ainsi le terminal, qui ne demandait sans doute pas à être abusé ainsi… Heureusement, The Undying Monster reste largement appréciable sans cette surprise finale, d’autant qu’elle se montre plutôt brutale. Quelques secondes suffisent effectivement au réalisateur pour boucler son intrigue, preuve supplémentaire que c’était plutôt l’enquête, le parcours policier, qui l’intéressait plus que la résolution. Tout comme il est évident que c’est dans l’esquisse d’une ambiance que Brahm trouvait son talent, bien plus que dans une « action » un peu poussive et trop peu originale par rapport aux autres films de lupus… Preuve en est, l’un des meilleurs passages du film est indéniablement son introduction, durant laquelle Brahm balaye de sa caméra un salon seulement éclairé par une cheminée et quelques lanternes, passant sur chaque élément du décor, tandis que la fille Hammond et son majordome observent le dehors, noir, à l’herbe figée par le givre, alors que le ciel noir les regarde de son œil lumineux… Plus gothique, tu crèves la gueule ouverte!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Brahm
  • Scénarisation: Lillie Hayward
  • Production: Brian Foy
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Ellison, Heather Angel, John Howard
  • Année: 1942

6 comments to The Undying Monster

  • Roggy  says:

    Belle chronique pour ce film qu’il me semble avoir vu dans une séance de minuit à la télé.

  • Princécranoir  says:

    Je descends directement en bas de page puisque je n’ai pas encore vu ce loup, mais je me réjouis d’avance de pouvoir très bientôt confronter mon opinion avec la tienne.

  • Princécranoir  says:

    Enfin vu ! Je rejoins en tous points les éloges ici prononcés et encourage vivement les amateurs tous poils hurlant sous la lune à visionner ce petit bijou de la série B fantastique. Si, comme tu le fais remarquer, le déroulement obéit à des motifs classiques, il est habilement dévoyé par son duo d’enquêteurs iconoclastes. Côté mise en scène, John Brahm fait des merveilles, compensant la maigreur du budget par une perpétuelle invention visuelle et un rythme soutenu. Mais ce qui procure son charme unique au film, c’est surtout le travail remarquable du chef opérateur Lucien Ballard, un sculpteur d’ombre au moins aussi doué que le fameux Musuraca qui donna vie à la « féline » de Tourneur.

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