The Divide

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Marre de voir des jeunes branleurs enfermés dans une maison pour les besoins de la télé-réalité? Marre de voir que leurs embrouilles se limitent à quelques insultes? Marre de ces décors rose-bonbon? Mes amis, The Divide est fait pour vous.

 

Xavier Gens est quelqu’un d’attachant. Pas particulièrement car ses films sont réussis, ils ne le sont jamais complètement, mais parce qu’il a un parcours inhabituel. N’ayant pas les moyens d’apprendre le cinéma dans une école spécialisée, il apprend sur le tas, réalisant des petits films amateurs avec ses potes, tentant même l’aventure du long-métrage, qu’il présente au festival de Cannes avant de se faire rembarrer. Il devient alors stagiaire à divers postes sur plusieurs films (comme le Double Team de Tsui Hark, avec JCVD) et commence à gravir les échelons à la force de la passion, parvenant à mettre en chantier Frontière(s), un survival à la française qui sortira bizarrement après son deuxième film, Hitman, adaptation du jeu-vidéo du même nom pour les ricains. Deux succès relatifs au niveau financier mais qui n’auront pas le droit à un succès d’estime auprès des geeks de tous poils. Hitman est considéré comme un film d’action de piètre qualité, une production Besson de plus, alignant les clichés du producteur. Et ce n’est pas Frontière(s) qui inverse la tendance, le film ne trouvant que peu de fans parmi le public horreur, qui jugent la réalisation trop tremblotante, les acteurs mauvais et le tout trop excessif. Et c’est vrai que ce premier « vrai » film n’est pas une réussite flamboyante, même si son coté hystérico-gore peut ravir les amoureux d’un cinéma bis décérébré, nostalgique du temps où les italiens nous ensevelissaient sous les VHS aux scénarios tous plus crétins les uns que les autres. Reste que lorsque The Divide a été annoncé, on prenait notre respiration. Le principe du film était séduisant mais Gens allait-il réussir à remonter la pente? La réponse dans le reste de la chronique (ben ouais, vous pensiez que j’allais tout vous servir dès le départ? Un peu de suspens, merde).

 

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The Divide ne perd pas de temps et nous balance d’entrée de jeu dans un immeuble en panique: les gens se marchent dessus, courent dans tous les sens et gueulent. Et ils ont de quoi vu qu’une bombe nucléaire vient de tomber sur la ville. Une seule solution s’offre à eux: se réfugier dans le bunker placé sous l’immeuble et dans lequel vit Mickey, le bon à tout faire des lieux. Neuf rescapés obligés de cohabiter puisque sortir équivaut à dire adieu à la vie, les radiations étant susceptibles de leur faire fondre la tronche. Un petit coté Secret Story donc, sauf que personne ne retournera chez lui le vendredi soir à la suite des éliminations. Mais rassurez-vous, il y aura des rebondissements, comme l’arrivée de types en combinaison qui viendront kidnapper la gamine de la troupe. Nous sommes donc bel et bien devant un post-apocalyptic des familles, avec son monde dévasté et le mystère du dehors. Ce qui marque d’entrée de jeu, c’est que Gens opte cette fois pour une réalisation plus posée, plus ample. Terminée la caméra qui bouge dans tous les sens et qui y va à fond (un peu trop même) dans l’action, le réalisateur décide cette fois de se la jouer voyeur et va faire évoluer son troisième oeil comme un spectateur caché, qui regarde les autres à la dérobée, captant quelques tranches de vie lugubres de ci de là. Il s’autorise même quelques plans séquences réussis, comme lorsque l’on passe de pièce en pièce via les bouches d’aération. Appliqué, le réalisateur l’est aussi pour dépeindre la tristesse des lieux. Que ce soit un monde entièrement dévasté, des couloirs en plastique mis en place par les hommes en combinaison ou le bunker, sombre et glauque, le frenchy fait son possible pour nous mettre mal à l’aise. Et il y arrive plutôt bien, The Divide n’étant pas un film dont on ressort le sourire aux lèvres.

 

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Mais vous connaissez la chanson, il y a toujours un truc qui cloche, une petite couille dans le potage. Dans The Divide, c’est le script. Il n’est pas mauvais, attention, mais il semble rempli de trous et a quelques soucis avec la gestion du temps. Ainsi, comme vous vous en doutez, nos héros vont commencer à péter un câble en cours de route, ce qui aboutira à un retour à la barbarie pour certains. Et c’est le passage d’un état à l’autre qui pose ici problème, comme si cela ne prenait qu’une journée pour changer du tout au tout. L’un des persos, Bobby, fait le malin un moment, le beau gosse se vantant de pouvoir découper un cadavre. Le lendemain il devient un junkie de première catégorie, se rase les cheveux et se ballade en slibard. Idem pour la pauvre mère de la fillette kidnappée, complètement bouleversée le lundi, et devenue une chaudasse à tendance sado-maso le mardi. Alors bien sûr, le spectateur comprend qu’il s’est passé un petit temps entre ces changements, mais il faut avouer que le film ne le montre pas clairement et que c’est à nos petits cerveaux de faire le boulot… Plus gênant encore: les hommes en combinaison n’ont pas de réelle utilité. Ils viennent quinze minutes, mettent le bordel, et repartent sans qu’on en sache plus à leur sujet. Qui sont-ils? Pourquoi ont-ils kidnappé la gosse? Allez savoir. Un peu de mystère ne fait jamais de mal, c’est vrai, mais il faut avouer que le script donne ici l’impression d’être si incomplet que ça en devient gênant. Les incohérences deviennent trop nombreuses, parfois pas bien graves (on se demande quand même comment ça se fait que le bunker renferme autant de dope), d’autres nettement plus gênantes, surtout lorsqu’elles concernent les agissements des personnages. Comme notre héroïne, Eva, qui ne fait rien pour se débarrasser des deux hommes fort du groupe. Imaginez la situation: les deux mecs se droguent à longueur de journée, sont violents, gardent toute la bouffe pour eux et violent l’autre femme du groupe. Si vous êtes une fille, plutôt jolie qui plus est, vous en venez rapidement à la conclusion que vous allez bientôt voir le loup, que vous le vouliez ou non. Alors que faites-vous? Vous tuez ces deux poivrots squelettiques, bien sûr! Mais Eva non. Elle a pourtant une chance en or lorsqu’ils lui donnent une hache dans les mains, mais elle n’en fait rien. Vous avouerez que c’est ballot…

 

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Il est d’ailleurs dommage que la caractérisation des personnages ne soit pas plus soignée, la plupart se limitant à leur seul trait de caractère montré lors de l’exposition. Le black est plus sage et calme que les autres, l’héroïne est mystérieuse, Mickey est un gros lourdingue badass, l’avocat est un pleutre et les deux mecs forts ont une tendance à la violence. Et ces traits de caractère n’évolueront pas beaucoup, tout au plus seront-ils accentués. Les acteurs ne sont donc guère aidés et ne donnent pas vraiment de performances incroyables. Il y a pourtant là un bon casting d’habitués, malheureusement mal exploité. Le grand Michael Biehn (le Kyle Reese de Terminator) en fait des caisses, criant très fort pour montrer qu’il est le balèze, avec un sourire en coin et un gros cigare, car les mecs cools fument des cigares, c’est bien connu. Lauren German (Hostel II) et Ashton Holmes (le fils de Viggo Mortensen dans A History of Violence) traversent le film mollement, à l’opposé de Ivan Gonzales (The ABC’s of Death) qui en fait des tonnes dans son rôle de mec faible qui essaie de tout régler par la parole. Et Rosanna Arquette (Pulp Fiction) peine également à nous faire croire à sa détresse, peu visiblement peu impliquée dans le rôle. Seuls Milo Ventimiglia (Pathology, Rocky Balboa) et Michael Eklund (The Day) réussissent à se démarquer, tous deux assez inquiétants, se métamorphosant en de véritables monstres. Surtout Eklund, amaigri, au regard de fou, laissant toute humanité derrière lui. Il faut par ailleurs saluer les maquillages, tous très réussis et aidant beaucoup les acteurs.

 

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Et comme si cela ne suffisait pas, The Divide souffre également de cette tendance actuelle à en faire un peu trop dans le glauque. Suggérer les scènes de sexe entre Rosanna Arquette et les deux gus aurait été largement suffisant, mais Gens préfère nous les montrer, comme pour se permettre un choc gratuit, ce qui est bien dans son attitude un peu sale gosse sur les bords déjà aperçue dans Frontière(s). Il laisse ainsi toute finesse derrière lui dans le but de nous mettre un coup de poing avec des images fortes qui, malheureusement, sont souvent plus gênantes que dérangeantes… Mais vous savez quoi? Malgré tout ces défauts, The Divide arrive à être un bon film. Oui, oui, vous avez bien lu. The Divide est une bonne surprise, qui n’est pas abattue par ses défectuosités, aussi encombrantes soit elles. Le film reste en tête après sa vision, laisse quelque-chose, sans doute dû à son coté tragique (renforcé par une très belle bande-son) sans concession et à son nihilisme incroyable. On se demande vraiment quel sort vont subir ces anciens humains devenus des animaux par la force des choses, le film ayant un coté hypnotique. Tout le monde n’a pas réussi à rentrer dedans comme en témoigne les nombreux avis négatifs postés un peu partout, mais il faut saluer l’effort fait par Gens, qui à défaut de nous offrir un chef-d’œuvre nous propose un post-apo plutôt marquant, que ce soit pour ses bons cotés comme pour ses mauvais. Inégal mais plutôt intéressant, donc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Xavier Gens
  • Scénarisation: Karl Mueller, Eron Sheean
  • Production: Instinctive Films, Prefered Content, Julijette Inc
  • Pays: USA, Angleterre
  • Acteurs: Lauren German, Michael Biehn, Milo Ventimiglia, Michael Eklund
  • Année: 2011

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