Hollywood Chainsaw Hookers

Category: Films Comments: 6 comments

hollywoodteaser

Quand Fred Olen Ray, l’un des légendaires activistes de la série Z ricaine, tente de mixer l’horreur, le film noir et le second degré pour son petit polar personnel, c’est bien évidemment en rameutant les dames Quigley et Bauer et ce gros bourrin de Gunnar Hansen pour une enquête plus polissonne que policière.

 

 

Plus de 130 films en tant que réalisateur, pas loin de 90 comme producteur, une soixantaine comme scénariste, une bonne poignée en tant qu’acteurs et sans doute autant de mâchoires cassées lorsqu’il était catcheur… On parle bel et bien de Fred Olen Ray, l’un des stakhanoviste de la série Z, voire B dans ses bons jours, présent sur tous les fronts et une caméra vissée à la main, ou à l’œil comme le Cénobite caméraman de Hellraiser 3. Car comment expliquer une telle filmographie sans cela ? Il faut définitivement tenir du mutant pour parvenir à enquiller autant de films, certes fauchés et tournés en un week-end, on est d’accord, mais tout de même… Quelle santé de fer il doit falloir pour enchaîner les Evil Spawn, les Evil Toons, les The Tomb ou les Spirits, tous sortis en moins de sept années, perdus au milieu d’une dizaine de titres aux patronymes tout aussi équivoques et fleurant bon les bacs poussiéreux des vidéoclubs. Et ce n’est encore rien face à la frénésie qui a touché le metteur en scène ces dernières années, notre lutteur remontant sur le ring cinématographique si vite qu’il y a encore de la fumée aux formes de son corps dans les cordes. Bien évidemment, à un tel rythme de parution il ne faut pas s’attendre à des coups de pompes dignes d’Hulk Hogan: les semelles de Fred Olen Ray s’effritent peu à peu et ses saillies se font moins percutantes. C’est dorénavant à du Super Shark, du Bikini Frankenstein, du Twilight Vamps ou du Housewives from Another World qu’il faut s’attendre et on a envie de dire que tout est dans le titre concernant ces dernières offrandes aux dieux du Z. De quoi réjouir les amateurs d’horreur underground, qui qualifieront le tout de « cheesy », et rebuter les autres, qui préfèreront sans doute des plats moins dégoulinants et odorants. C’est que du Fred Olen Ray, ça ne se regarde pas comme un Argento de la belle époque, cela demande un peu de préparation mentale, certains parleront d’ailleurs de lobotomie. Mais pour qui sait placer sa tolérance à niveau, l’expérience n’est pas particulièrement déplaisante. Et pour entrer dans le monde du Fredo, quoi de mieux que son film le plus célèbre, à savoir Hollywood Chainsaw Hookers.

 

hollywood3

 

Considéré comme un « Cult Classic », sceau touchant généralement les œuvres de série Z dotées d’une certaine réputation au fil des ans, Hollywood Chainsaw Hookers est donc le plus populaire des films estampillés « Fred Olen Ray ». Parce qu’il est sorti pile poil à la bonne époque, celle de la VHS, toujours propice aux petits délires BCBG (pour Bon Choc Bon Genre, bien sûr) mais également parce qu’il met en avant sur son affiche une demoiselle en petite tenue tenant une tronçonneuse que le jeu de la perspective ne cesse de rendre plus imposante. Un coup double, car si les Scream Queen sont des bons coups au plumard dans leurs films, elles en sont également des commerciaux, à plus forte raison lorsqu’on leur colle dans les mains de gigantesques couteaux électriques rappelant bien évidemment une certaine famille dégénérée du Texas… Et histoire d’enfoncer le clou, Fred Olen Ray fait appel à Gunnar Hansen, le Leatherface en personne, ce qui rendra bien sur les boitiers des VHS avec une inévitable mention à Massacre à la Tronçonneuse. C’est que notre réalisateur connaît ses mathématiques et sait fort bien que de jolies filles additionnées à un peu de gore et une référence à un succès encore frais dans les mémoires assure un relatif (car faut pas déconner) succès, plus commercial que d’estime bien entendu. On pourrait presque parler de théorème d’Olen Ray si les amis Roger Corman et Charles Band n’étaient pas déjà passés par là! Reste qu’en bon calculateur qu’il est, le réalisateur d’Evil Toons, sorti chez le même éditeur que le film qui nous intéresse ici (à savoir Crocofilms), sait fort bien qu’un bon concept vaut bien un bon scénario et il décide de ne pas se fouler outre mesure derrière sa machine à écrire, se contentant de tisser une intrigue lui permettant de balancer tous les éléments qui assureront à sa série B une certaine visibilité. Étrangement, il ne jouera pas les PythaGore pour autant, sans doute pour une question de budget, son carnage hollywoodien étant juste sanglant. Les spectateurs s’attendant donc à des tonnes de viandes saignantes seront sans doute un peu déçus puisque le seul plan véritablement gore du métrage est des plus brefs, montrant un buste féminin se faire tailler un nouveau téton à la tronçonneuse. Le coté horrifique se limitera donc à quelques jets de sangs qui sautent d’un coin de l’écran, projetés par Fred Olen Ray lui-même, Michelle Bauer révélant même que le réalisateur s’amusait bien à ce concours du lancer de bidoche. Et l’on ne doute pas que les quelques jours durant lesquels fut tourné le film étaient placés sous le signe de la bonne humeur, par ailleurs palpable à l’écran.

 

hollywood2

 

Car ça se marre beaucoup dans Hollywood Chainsaw Hookers, à commencer de soi-même. Sans doute conscient que son sujet (un détective privé à la recherche d’une jeune disparue qui a en fait intégré une secte de jeunes prostituées massacrant leurs clients à la tronçonneuse) ne gagnerait rien à être traité au premier degré, Fred Olen Ray braque vers le second. Ce qui est plutôt salvateur et permet de faire passer la pilule quant au manque de gore, l’humour faisant ici office de lot de consolation. Et, de manière assez surprenante, ça marche! Alors que nous nous attendions à des vannes toutes plus minables les unes que les autres, du genre de celles qu’on trouve dans les productions Full Moon, on se retrouve face à des dialogues assez bien torchés, gorgés d’un humour noir qui fait son office. Rien d’hilarant apte à vous faire vous taper le cul par terre mais de quoi faire sourire, que ce soit au second ou au dixième degré. Fred Olen Ray s’amuse du canevas de film noir dans lequel il propulse ses personnages de séries Z et leur colle dans la bouche des punchlines aussi amusantes qu’elles sont peu fines. Pas de quoi faire desserrer les mâchoires lors du festival de Cannes, c’est sûr (mais qui peut s’en vanter ? Autant tenter de faire sourire Jean-Pierre Bacri, il faut un bon pied de biche), mais de quoi faire se gausser les bisseux qui apprécieront la petite détente qui leur est offerte. Ils en auront d’ailleurs bien besoin vu qu’ils risquent d’être tout tendus tout le reste du film. Non pas parce que le récit fait montre d’un suspense insoutenable mais parce qu’il prend un malin plaisir à dénuder ses actrices toutes les cinq minutes, au bas mot. C’est bien simple, on ne peut pas dire que le film renferme des plans nichons puisque ce bel Hollywood Chainsaw Hookers EST un plan nichon à lui tout seul, dans son entièreté! Un film nichon! Car si les goreux feront la moue devant le peu d’effets sanglants à s’afficher à l’écran, les amoureux de la mamelle en auront, eux, pour leur argent. Et largement! Le tout fait d’ailleurs presque penser à un strip-tease de 70 minutes, ce qui pourrait rapprocher le film de certaines œuvres d’Ed Wood. Érotique, cette tronçonnerie l’est assurément, et elle mérite finalement plus sa présence au rayon rose qu’au rouge. Reste que si voir de jolies demoiselle comme Michelle « Nightmare Sisters » Bauer ou Linnea « Le retour des Morts-Vivants » Quigley fait partie des vos plaisirs personnels (qui vous le reprochera ?), vous serez aux anges.

 

hollywood1

 

Hollywood Chainsaw Hookers est un cas typique de la série Z américaine à l’ancienne, avec son lot de décors peu inspirés (on sauvera peut-être un temple égyptien pas trop mal), son manque de gore, sa réalisation plate au possible et son jeu d’acteurs peu convaincant, à base d’acteurs qui en font soit trop (les filles) soit pas assez (Gunnar Hansen semble se faire bien chier). Le style est donc toujours le même, cette cuvée 1988 étant en tous points similaire à une autre, celle de 1963 nommée Blood Feast. Difficile effectivement de ne pas signaler les ressemblances frappantes entre les deux films, Olen Ray s’amusant visiblement à réaliser le pendant eighties parfait du film de H.G. Lewis. Car si ce n’est le fait que le solitaire tueur des années soixante laisse ici la place à toute une escouade de demoiselles énervées, le reste est clairement du même tonneau: culte égyptien demandant sacrifices humains, enquête policière entrecoupée de scènes de meurtres, tendance à verser dans le second degré et dépeindre les personnages comme de fieffés abrutis,… Tout y est si ce n’est le gore, plus présent chez Lewis que chez Ray. Tout cela finit donc de faire d’Hollywood Chainsaw Hookers une petite bisserie regardable, voire sympathique si l’on sait à quoi s’attendre. A savoir une petite blague potache à la rue sur de nombreux points mais agréable dans son ensemble et grâce à sa bonne humeur, plutôt communicative. De là regretter que la suite annoncée avant le générique de fin n’ait jamais été tournée, il n’y a qu’un pas que l’on ne fera peut-être pas… Niveau DVD, c’est comme précisé plus haut Crocofilms qui s’en charge et qui pour l’occasion aura fait un boulot des plus corrects, le master étant le même que celui de la plupart des autres éditions existantes (mais pas celui de la version « 20th anniversary » sortie en 2008 aux USA) auquel on aura ajouté des sous-titres français qui permettent donc pour la première fois (c’était un inédit jusque-là) à ceux qui ne bitent rien à l’anglais de savoir de quoi il retourne. En guise de bonus, un court-métrage de David Marchand qui malgré quelques petits défauts pas bien vilains (bruitages un peu trop présents dans le mix, perruque un peu trop colorée pour le tueur) s’en tire avec les honneurs avec son « Lust Murders » qui est très efficace pour une œuvre tournée en moins de deux jours et pour une somme dérisoire. Marchand parvient à créer une ambiance malsaine et poisseuse avec quelques bouts de ficelles et un tournage proche de la durée d’un claquement de doigts, preuve qu’avec un peu plus de moyens il pourrait nous livrer de bien belles choses. Et si « Lust Murders » n’a rien en commun avec le film de Fred Olen Ray, et certainement pas son ton rigolard, il serait bien dommage de passer à coté de ces cinq prometteuses minutes au nom de la Sainte Cohérence. Qu’elle aille se faire enculer!

Rigs Mordo

 

Et si vous avez besoin d’un deuxième avis, je vois renvoie chez le praticien Dirty Max, qui a lui aussi étudié la question dans son excellente chronique!

 

 

hollywoodposter

 

  • Réalisation: Fred Olen Ray
  • Scénarisation: T.L. Lankford, Fred Olen Ray (sous le pseudo « Dr. S. Carver »)
  • Production: Fred Olen Ray
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jay Richardson, Linnea Quigley, Michelle Bauer, Gunnar Hansen
  • Année: 1988

6 comments to Hollywood Chainsaw Hookers

  • Dirty Max 666  says:

    Pour ta super chro et le lien vers mon obscur blog, je te remercie de toutes mes tripes, Rigs ! Ton papier regorge de fulgurances comme je les aime (« Un film nichon ! »). Ta comparaison avec Blood feast est aussi très bien vu, le concept « gore et sacrifice égyptien » renvoyant inévitablement au classique du père Lewis.

  • david david  says:

    merci Rigs pour cette jolie critique 🙂

  • Roggy  says:

    Décidément, Max et toi vous allez pouvoir ouvrir un Bricorama avec toutes ces tronçonneuses. D’ailleurs, en voilà une bonne idée pour un petit dossier par notre Rigs Mordo « la tronçonneuse au cinéma » ! 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>