Survival of the Dead – Le Vestige des Morts-Vivants

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Tout porte à croire que le père Romero est très bien installé dans son cimetière, qu’il ne semble pas décidé à quitter. La compagnie des morts doit donc lui être fort agréable puisqu’il en est tout de même à son sixième film de zombies, le bien nommé Survival of the Dead. Bien nommé car il est difficile d’y survivre…

 

Souvenez-vous, il y a quelques mois je vous causais de Diary of the Dead, cinquième film de Romero prenant pour thème la zombification, faisant suite à une première trilogie parfaite et un quatrième opus, Land of the Dead qui était distrayant mais au final assez peu marquant. La tendance ne s’inversait pas avec Diary, un found-footage plus agréable que ses congénères mais pas forcément brillant pour autant, la faute à des personnages énervants et aux réactions manquant cruellement de naturel. Une déception qui ne donnait pas franchement envie de se pencher sur ce Survival of the Dead, réputé pour être encore plus mauvais que son prédécesseur, ce qui ne rassure jamais des masses. Comme Diary, Survival est produit de manière indépendante, via la société de Romero (Romero-Grunwald Productions) et Artfire Films, et tourné au Canada histoire de profiter des incitations fiscales du pays de Céline Dion. Mais contrairement au précédent opus, pas de tournage à la mode du found-footage ici, on revient à une réalisation plus classique, le tout pour 4 millions de dollars, ce qui n’est pas un gros budget mais permet tout de même de délivrer du travail propre. Reste que le père Georges aurait tort de se priver d’un nouveau film de zombies puisque, l’un dans l’autre, les trois-quarts de la production horrifique de cinéma de genre profitent du genre qu’il a en grande partie créé. Si quelqu’un est légitime pour tourner un film de morts-vivants, c’est bien lui. Remettre ce fait en question ne me vient même pas à l’esprit. La qualité du film, par contre…

 

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Survival of the Dead, parfois titré chez nous Le Vestige des Morts-Vivants (qui est un titre particulièrement moche), reprend les choses là où Diary les avait laissées. Les morts-vivants continuent d’envahir le monde, les humains se raréfient et il est grand temps de se trouver un petit coin tranquille, isolé, pour tenter d’y couler des jours heureux. C’est en tout cas ce que se dit le sergent Sarge « Nicotine » Crockett (le nom le moins badass du monde), chef d’un petit groupe de militaires qui tente de survivre comme il peut. Une bande qui ne nous est pas inconnue puisqu’on les croisait vite fait dans Diary, dans lequel cette garde nationale ne nous faisait pas bonne impression puisqu’elle prenait les vivres des héros. Leur recherche du petit coin de paradis les amène à rencontrer Patrick O’Flynn, un vieil homme qui leur indique la direction d’une petite île perdue dans l’océan où l’on y vit comme au temps des cowboys. Mais ce qu’il ne leur dit pas d’emblée, c’est qu’il se déroule sur cette terre promise une guéguerre entre deux clans, le sien et celui des Muldoon. Une vieille dispute qui s’est intensifiée lors de l’apparition des zombies, les O’Flynn jugeant qu’il faut en finir avec ces monstres et mettre un terme à leurs souffrances alors que les Muldoon pensent plutôt qu’il faut les élever et tenter de leur redonner un visage humain, espérant même qu’un antidote viendra leur rendre la vie un jour. Le sergent Crockett se retrouve donc pris entre deux feux et doit gérer cette rivalité digne du Far West, en plus des quelques zombies qui rôdent sur l’île.

 

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Difficile de ne pas voir dans ce choix narratif une certaine envie d’économiser un peu puisque, de toute évidence, il n’y aura pas une horde de zombies sur l’île. Ceux-ci ne sont d’ailleurs clairement pas le centre d’attention de Romero, qui ne leur donne pas autant de place que par le passé. Oubliez leur omniprésence dans Zombie ou la menace qu’ils représentaient dans La Nuit et Le Jour des Morts-Vivants, les cadavres ambulants sont cette fois un ressort comique, le réalisateur s’amusant avec eux en leur offrant des secondes morts souvent graphiques et humoristiques. On a donc un zombie qui a les yeux qui sortent comme des ressorts suite à la pression d’un extincteur, un autre qui se prend une fusée de détresse dans le bide, ce qui a pour effet de lui cramer le bulbe. Le but est de les tuer de la manière la plus originale possible, comme leur enfoncer une fourchette avec une saucisse plantée dessus dans la tête. Est-il dès lors utile de préciser que le film ne fait peur à aucun moment ? On peut même douter que Romero ait tenté d’apporter quelconque effroi à son film, qui enchaîne les scènes avec les morts-vivants par obligation, sans réelle passion, sans tension. Les zombies ne sont qu’une toile de fond, ce qui intéresse ici le réalisateur de Creepshow c’est la guerre d’idées qui oppose les deux camps vivants sur l’île. Il est d’ailleurs clair que Romero, également scénariste, se sent plus impliqué dans son discours, soulignant le manque de communication existant entre des gens aux avis diamétralement opposés. Aucun débat n’est possible, aucune discussion n’est tolérée, celui qui est en face a forcément tort et est dès lors considéré comme une menace. Une critique sociale de plus à l’actif du réalisateur, toujours prompt à balancer un discours politique dans ses films, cette fois révulsé par la tendance qu’ont les gens à se haïr pour de simples divergences idéologiques. Et pour lui, la vraie menace est là, bien plus tangible que celle représentée par les zombies. Nos héros s’inquiètent d’ailleurs bien plus de la présence des Muldoon dans le coin que des macchabées…

 

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L’intention est assez louable, le sous-texte est intéressant, encore qu’il soit amené avec ses gros sabots et la finesse d’un éléphant déchaîné, mais tout cela, cela ne fait pas un film distrayant. Car si Zombie prouve que Romero pouvait allier horreur et discours avec une certaine finesse, Survival confirme de son coté que le réalisateur a perdu son mojo. Car Survival of the Dead est mauvais, très mauvais, si mauvais que l’on ne sait trop par où commencer… Par une qualité, peut-être ? Oui, pourquoi pas. Reste à en trouver une… Peut-être le gore, assez inventif et sympatoche, quoique trop numérisé pour l’amoureux des vieux effets, qui ont tout de même droit de cité à un moment où l’autre, notamment lorsque des zombies affamés se jettent sur un cheval. Mais rien de comparable à Day of the Dead, qui reste le meilleur opus au niveau du gore et fout une branlée légendaire à Survival. Mais c’est pourtant cet aspect qui permet à Romero de se raccrocher un peu aux branches et de donner au spectateur le courage de continuer le film. Après tout, on ne sait jamais, une scène d’anthologie peut débarquer sans crier gare et il serait dommage de la louper. Mais ce n’est pas le reste du film qui donnera envie de continuer et surtout pas des acteurs tous assez mauvais (mais pas assez pour rendre le film rigolo), qui donnent le strict minimum et ne semblent pas très heureux d’être là. Le seul qui est ravi est Alan van Sprang, qui joue le sergent Crockett et qui dit à qui veut l’entendre que l’histoire du film est parfaite car mélangeant horreur, action, humour et sentiments. Optimiste. Lui non plus n’est pas convaincant, tentant par tous les moyens de rendre son personnage badass, il n’est au final qu’un héros ringard, une sorte d’Hugh Jackman du pauvre comme on en croise treize à la douzaine dans les séries Z américaines. Notons que le gros salopard qu’il était dans Diary s’assagit peu à peu, une occasion pour Romero d’amener un peu de tendresse dans ce monde de brutes. Mais c’est là encore raté, les personnages criant de douleur à chaque fois que l’un d’eux meurt pour ensuite repartir comme si de rien n’était !

 

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Comme dit plus haut, Romero n’a pas parié outre mesure sur ses zombies, préférant développer l’intrigue sur la rivalité salissant l’île. Pourquoi pas, après tout si c’est bien fait… Mais ça ne l’est pas. On se fout des histoires des Muldoon et des O’Flynn comme de la couleur de notre premier caleçon, et c’est rien de le dire. Les plans de Romero s’effondrent donc comme un château de carte, et très vite, car de toute évidence le réalisateur était content de montrer des cowboys se balader à cheval dans des très jolis décors (il faut reconnaître ça au film, c’est très beau). Mais ce n’est pas ce que l’on attendait de lui… Dans les bonus, son producteur assure que Romero a décidé de revenir à des films plus divertissants, plus humoristiques, désireux de s’amuser à nouveau. J’aurais aimé m’amuser avec lui… A la place, je me suis fais chier à observer des militaires débiles (l’un d’eux pense que son flingue ne peut plus tirer s’il est mouillé, c’est vous dire) dézinguer parfois des zombies mais surtout se compromettre dans des scènes embarrassantes. Comment ne pas être gêné pour Romero lorsque l’on voit ce militaire chauve manquer de se prendre une balle, se retrouver allongé au sol, ricaner en voyant son ami blessé avant de mourir subitement. Comme ça ! Le mec va bien, n’a pas mal, se marre, puis boum, il bouge plus. Même Marion Cotillard n’aurait pas osé ! Et puis il y a la militaire lesbienne qui se masturbe bruyamment à un mètre de ses collègues, qui regardent des blagues sur internet. Je ne vais pas être hypocrite et reconnaître que ces mêmes scènes dans un autre film, dans une série Z d’un illustre inconnu, m’auraient amusé au millième degré, voyant là-dedans des éléments nanars qui peuvent pimenter un spectacle tristement emmerdant. Mais quand ça vient de Romero, ça me mine, car il fut l’un des meilleurs, nous a offert des films qui ne sont pas seulement excellents, mais également importants pour le cinéma qu’on aime. Et le voir tomber au niveau d’un vulgaire Z qui n’a pour lui que son ironie et quelques idées sympathiques (la zombie qui fait du cheval, belle idée poétique), ça fait mal… Il semblerait que les réalisateurs de cinéma d’épouvante vieillissent mal, malheureusement…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: George A. Romero
  • Scénarisation: George A. Romero
  • Production: Paula Devonshire, Peter Grunwald
  • Pays: USA, Canada
  • Acteurs: Alan van Sprang, Kenneth Welsh, Kathleen Munroe
  • Année: 2009

10 comments to Survival of the Dead – Le Vestige des Morts-Vivants

  • Dirty Max 666  says:

    L’opus le plus faible de la saga zombiesque… Sur le fond, le maître reste fidèle à ses thèmes de prédilection et tente même des nouvelles choses (un p’tit côté western et un humour plus présent que de coutume). Mais bon, la chose semble plus proche d’un bon gros Z qui tache que d’un digne successeur de Zombie…Et tu as raison de souligner le caractère moisi du casting (on regrette celui du très bon Land of the dead…). Je préfère largement le précédent volet (Diary of the dead), qui – malgré ses défauts – reste un found footage très pertinent.

  • Roggy  says:

    Il aurait dû appeler ce film « Bouse of the dead », tellement c’est mauvais. Indigne du maître des zombies, surtout si on le compare aux deux précédents opus que j’avais bien aimé.

  • Princécranoir  says:

    Effondré je fus également en voyant ce nouvel opus « of the dead » qui n’a de « survival » que le nom. Pourtant, avec le recul, c’est plutôt l’image d’un film intéressant mais raté qui demeure. D’abord parce que Romero n’a finalement jamais pris ses zombies au sérieux. Dès « Dawn of the dead », il se fend même d’une séquence tarte à la crème qui trahit son envie de dévier le genre horrifique vers un chemin pavé de peaux de bananes burlesque. Si les morts-vivants sont ici au second plan, ce n’est finalement que la confirmation d’une constante observée dès le premier film. Quelques bonnes idées sont en effet malheureusement sacagées par une mise en scène calamiteuse, qui rabaisse le talent du maître au niveau de ses pires succédanés italiens. Il y avait pourtant une riche idée derrière ce post-western revenant sur les fondations du pays, où l’on s’étripe joyeusement pour une poignée d’hectares. Une raison de plus pour pleurer en voyant le triste résultat

  • Mr Vladdy  says:

    Je m’attends pas à grand chose de ce film mais entre la jaquette qui m’amuse et Romero qui m’as quand même déjà fait frissonner avec ses morts vivants, je suis quand même bien tenté. Je me le mets sous le coude celui ci 😉

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    Un western rural et satirique – la guerre des clans, tout droit sortie de Swift – qui parvient à (se) renouveler avec une ‘humanité’ retrouvée hors du cannibalisme (le cheval en fera les frais) ; quant à « Diary of the Dead », il s’agit d’un grand film qui parvient à capturer l’époque via sa propre technologie, à la façon de « Redacted », autre titre sidérant et enragé…
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/le-regard-disparu-apres-le-cinema_14.html?view=magazine

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