The Slayer

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Si tout le monde s’accorde à dire que le nom de J.S. Cardone n’est plus synonyme de qualité depuis qu’il s’est lancé dans des séries B sans intérêt et les remakes de classiques passés à la moulinette du mainstream (les versions récentes du Beau-Père et Le Bal de l’Horreur), il ne faut pas oublier que son premier film valait le coup d’œil, lui…

 

Dans les années 80, si vous étiez un réalisateur et que vous vouliez vous faire un petit nom dans le genre horrifique, il n’y avait pas trente-six solutions: il vous fallait réaliser un slasher. Car en ces temps gouvernés par Michael Myers et Jason Voorhees, il fallait rentrer dans le rang pour être remarqué, l’horreur gothique ou psychologique n’intéressant plus personne. Quant aux films de monstres, c’était la loterie, certains se plantant méchamment (le The Thing de Carpenter) malgré leurs qualités. Et puis, cela coutait bien trop cher de rameuter quarante techniciens et leur bordel encombrant pour faire cligner de l’œil un putain de dindon de l’espace. Alors qu’une bande de jeunes, un tueur, un lieu unique, c’était bon marché. Il suffisait juste d’acheter un peu de ketchup pour les effets gores et le tout passait crème. Et s’il n’était pas dit que l’on obtiendrait un succès rivalisant avec les Halloween ou les Vendredi 13, on devait pouvoir écouler quelques VHS sans trop de mal, le public de l’époque étant friand de la nouvelle terreur domestique qui s’abattait alors sur lui. Mais comme tout le monde s’y mettait, cela a tôt fait de créer un raz-de-marée slasheresque dans lequel il devint bien difficile de repérer le bon du mauvais, noyés que nous étions dans les Don’t Go in the Woods et compagnie, qui se contentaient bien souvent de leur concept pour seul atout, bâclant autant la technique que le scénario. Certains titres appréciables sont alors facilement oubliés, rangés aux cotés de daubes avec lesquelles ils n’ont pourtant rien à voir. The Slayer est de ceux-là, en plus d’avoir le malheur d’être réalisé par un certain J.S. Cardone qui a récemment produit et scénarisé ce que la mode des remakes aura engendré de pire: Le Beau-Père et Le Bal de l’Horreur. The Slayer est donc un slasher malchanceux, d’autant qu’il finira par atterir (temporairement) sur la liste des Video Nasties, ce qui le retirera des bacs vidéo anglais durant un temps et ne lui permettra donc plus d’être vu au pays du Prince Charles. Mais c’est là un mal pour un bien puisque c’est précisément ce sceau, jadis infamant, qui donne au film son aura d’interdit et peut attirer les amoureux du genre…

 

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De prime abord, The Slayer est un slasher tout ce qu’il y a de plus classique, envoyant deux couples amis sur une petite île où il va bien évidemment leur arriver des bricoles. Mais Cardone va pourtant, à force de petits détails, nous proposer un slasher atypique, qui ne ressemble pas à ses petits cousins. Premièrement en prenant le parti de ne pas utiliser les habituels adolescents baiseurs pour les remplacer par de vrais adultes ayant dépassé la trentaine et désirant juste se relaxer un peu en faisant de la photographie ou en pêchant. Le script prend donc un tour plus adulte, ce qui est encore renforcé par la psychologie des personnages, éloignés des débiles que l’on croise habituellement dans ce genre de productions. Et en particulier celle de son héroïne Kay, incarnée par une Sarah Kendall à la très petite filmographie (deux films et puis s’en va) et qui ressemble beaucoup à Sigourney Weaver. La demoiselle est en effet la cible d’horribles cauchemars depuis son enfance, visualisant un être monstrueux qui vient la tourmenter, méchant au point de tuer ses animaux. Le problème c’est qu’à son réveille la petite Kay retrouva son chat mort… Et je vous le donne en mille, alors qu’elle est sur l’île avec son époux, son frère et la compagne de celui-ci, elle recommence à être hantée par ces terribles cauchemars. Persuadée que ses songes sont la porte vers le réel pour ce « Slayer », elle craint plus que tout de s’endormir, d’autant que cette fois ce sont ses proches qui sont en danger. Mais comme il faut bien que film se fasse, la pauvre dame va bien évidemment somnoler à quelques reprises… On trouve donc un coté Les Griffes de la Nuit, avant l’heure cependant puisque The Slayer a touché nos magnétoscopes en 1982, soit deux années avant que le père Krueger débute ses méfaits. Reste que Freddy ou pas, le bordel commence et les corps s’entassent, ce qui entraine également quelques questionnements quant à l’identité du tueur. Car contrairement à un Halloween ou à la majorité des Vendredi 13, le mystère plane, The Slayer se la jouant whodunit. Difficile de savoir si les craintes de Kay sont réelles et matérialisent un monstre, si elle est une somnambule meurtrière ou si le hasard veut qu’un tueur rôde justement sur cette île maudite…

 

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Cardone se distingue donc de la masse en jouant plus volontiers avec une ambiance plus sombre qu’à l’accoutumée. Son personnage principal est à la limite de l’explosion nerveuse et ses trois comparses ne savent visiblement trop comment réagir, ne la croyant pas de prime abord, la prenant même pour une sinistre folle. L’ambiance n’est donc pas à la décontraction, le glauque étant ici un aspect plus développé que de coutume, psychologiquement bien évidemment mais également grâce aux décors. Nos héros ne sont pas dans des bois comme on en croise tous les trois slashers mais sur une île, à première vue fort belle mais qui va bien vite déballer son arsenal horrifique. Tempête, orage, vent violents, ciel grisâtre et nuageux, bâtisse abandonné, si cette nature n’est pas morte, elle a en tout cas l’odeur de la mort, ce qui rappelle par ailleurs La Baie Sanglante, peut-être le « slasher » dont The Slayer se rapproche le plus. Histoire de renforcer l’aspect sombre de son œuvre, Cardone semble également avoir décidé de tourner autant que possible dans la pénombre. Ce qui fonctionne bien au niveau du climat et participe à rendre le tueur encore plus insaisissable (il semble n’être qu’un fantôme apparaissant ça et là) même si cela a également le défaut de ruiner un peu la lisibilité. Il n’est donc pas toujours bien évident de comprendre ce qui se trame et, lors de certains meurtres, on devine plus que l’on voit, la séquence du hameçon étant à ce titre particulièrement gênante tant on a l’impression d’être perdus dans une purée de pois. Mais si ce meurtre est pour ainsi dire raté, Cardone s’occupe bien des autres, plutôt originaux (dans le sens où ils échappent aux sempiternels couteaux et haches) et disposant d’effets légers mais satisfaisants (on se souvient tous de la scène de la fourche qui transperce la poitrine). Pas de gore au-delà du raisonnable, mais vu que l’ambiance est assez déprimante il n’est pas nécessaire d’en rajouter dans le visuel, le film risquant dès lors de basculer dans le grand guignol alors qu’il aspirait à quelque-chose de plus « cérébral » (toutes proportions gardées). Ce qui n’arrive jamais puisque Cardone donne juste ce qu’il faut, les effets sanglants n’apparaissant qu’après quelques minutes où nos personnages se baladent, errant sur la plage froide de l’île, ses ruines ou encore la cave humide de la villa. Le réalisateur fait monter le suspense, ce qui peut gêner ceux qui cherchent un certain dynamisme, qu’ils ne trouveront de toute évidence pas ici.

 

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Le metteur en scène se montre par ailleurs très capable, car sans offrir à son film des mouvements ou des plans dignes d’un Kubrick, il arrive sans trop de mal à distiller une ambiance étouffante et pesante, jouant habilement avec ses décors, qu’il met bien en valeur. Ceux-ci apportent par ailleurs une variété bienvenue et nous changent de ces éternelles forêts anonymes, qui se ressemblent autant que les films qui y sont tournés. Le script est bien travaillé aussi pour un slasher, car si nous n’avons pas là une pièce maîtresse de l’écriture horrifique, il faut reconnaître que Cardone, également scénariste, parvient à nous intéresser. Car il est bien difficile de ne pas avoir envie de savoir ce qu’il se trame et qui est le diabolique auteur de tous ces meurtres, le mystère étant décidément bien mystérieux. Ce qui entraine forcément une attente du spectateur, qui espère ne pas être déçu de la révélation finale. De ce coté-là, et sans rien révéler, on peut penser que le public sera satisfait, pas forcément surpris mais en tout cas heureux de voir qu’il n’est pas trompé par une pirouette ridicule comme c’est déjà arrivé dans d’autres œuvres du même genre. Il n’est par contre pas évident que la dernière scène plaise à tout le monde, ce final étant par définition le genre de clôture apte à s’attirer des ennemis. C’est pourtant une conclusion très réussie, qui perpétue l’atmosphère de malheur qui s’est emparé du récit, qui ne fait décidément de cadeaux à personne…

 

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Il n’est pas ici question de sur-vendre ce qui, l’un dans l’autre, n’est jamais qu’une petite série B. Mais elle est très sympathique et si l’on retire sa propension à filmer des mouches dans le noir, elle ne souffre d’aucun défaut handicapant alors qu’elle aligne les bons points. Notons par ailleurs un excellent thème musical, d’une grande tristesse et annonciateur d’évènements tragiques. Car The Slayer a cette bonne volonté de ramener la tragédie dans le giron du slasher, de le rendre un peu moins préfabriqué et de faire un spectacle adulte, qui ne mise pas seulement sur ses effets (parfois très réussis, les scènes de cauchemar avec le Slayer font de l’effet) mais sur l’arrière-goût qu’elle va vous coller dans la bouche. Nous n’avons pas là un équivalent mythique à Halloween, mais un slasher qui laisse quelques traces, qui vit encore en nous après la séance, là où les autres ont plutôt tendance à se contenter des brefs passages qu’ils feront dans nos vies. Malheureusement, The Slayer n’est pas le film le plus évident à voir, rigoureusement inédit en DVD par chez nous et donc seulement trouvable en zone 1 dans une édition qui commence à se faire rare. Bien dommage, car à l’instar de nombreuses autres séries B des années 80, le film de Cardone ne mérite pas du tout l’oubli, s’élevant sans trop de difficultés au-dessus de la masse des films de psychokillers, possédant une véritable identité. Ce qui, mine de rien, est déjà beaucoup…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: J.S. Cardone
  • Scénarisation: J.S. Cardone, Bill Ewing
  • Production: William R. Ewing, Eric Weston, Anne Kimmel
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sarah Kendall, Frederick Flynn, Alan McRae, Carol Kottenbrook
  • Année: 1982

4 comments to The Slayer

  • Roggy  says:

    Pour le coup, c’est toi qui me surprend avec ce film que je ne connaissais pas 🙂 et que j’espère voir avec envie. un petit slasher des années 80, ça ne se refuse pas.

  • Dirty Max 666  says:

    Une découverte pour moi aussi ! Le savoir dans ton top 10 slasher, me donne très envie de le mater.

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