Entretien Gore: Dissection d’une Collection

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Vous le savez, dans la crypte toxique le livre de l’été n’est autre que le Gore: Dissection d’une Collection, ouvrage d’un David Didelot qui aura, comme à son habitude, autopsié tout un pan de la culture bis, ici plus lettrée qu’à l’habitude. Mais le bougre, avec qui je m’étais déjà longuement entretenu (voir l’entretien qui lui est consacré), n’était pas le seul légiste fou dans la morgue crasseuse où séjournent les bouquins maléfiques de la Collection Gore. Comme on n’aime pas faire les choses à moitié sur Toxic Crypt, il a été décidé de donner la parole à Thierry Lopez, éditeur de cette bible du gore manuscrit via Artus Films, ainsi qu’à quelques contributeurs, à savoir ces messieurs Didier Lefèvre (de Medusa Fanzine), Jacques Coupienne et Yannick Maréchal, qui ont tous écrit une chronique ou l’autre pour ce Nécronomicon et vous révèleront leurs relations secrètes avec les livres autopsiés dans les entretiens qui suivent…

 

 

Thierry Lopez (Artus Films)

 

Comment vous est venue l’idée d’éditer des livres, et donc ce Gore: Dissection d’une Collection ?

Pour ma part, j’adore les livres de littérature populaire. J’ai passé beaucoup de temps avec les collections Gore ou Angoisse, par exemple. L’édition de livres restait un rêve d’enfant. L’idée de ce livre vient de ma rencontre avec David Didelot. Je suis lecteur de son fanzine Vidéotopsie depuis près de 15 ans. Dans chaque numéro, David dissèque des romans de la collection Gore. Lorsque nous nous sommes enfin rencontrés, au Bloody Week-End 2013, il m’a fait part de son souhait de faire un Vidéotopsie Hors-série spécial Gore. Si je me souviens bien, je lui ai soumis l’idée d’en faire carrément un livre car le sujet est vaste. C’est parti comme ça. Je dois dire que tout le mérite revient à David qui a abattu un travail passionné et titanesque. Ce livre, c’est le sien. Avec Artus, nous avons juste fait en sorte que le projet se concrétise dans de bonnes conditions.

 

 

J’imagine qu’éditer un livre demande une logistique très différente de l’édition de DVD. Quelles furent les principales difficultés rencontrées ici ?

En effet, ce sont deux choses très différentes. Et le milieu du livre nous est totalement inconnu. Mais il n’y a pas vraiment eu de difficultés majeures. Artus a presque dix ans et nous avons désormais un réseau de collègues, amis, fans, assez important. Il a fallu proposer le projet aux bonnes personnes. Il y a juste eu un risque à prendre, car la fabrication d’un livre coûte bien plus cher que celle d’un DVD. Et vu que ce premier livre s’adresse à un public ultra réduit, nous avons eu un peu peur. Mais si l’on ne prend pas de risques, on ne fait rien…

 

 

Comptez-vous continuer sur cette lancée de manière régulière ou préférez-vous voir cette partie de l’édition comme quelque-chose d’occasionnel ?

J’aimerais continuer l’édition de livres en parallèle de la vidéo, mais pas seulement à l’occasion. Nous allons commencer doucement jusqu’à, je l’espère, trouver un rythme de parutions intéressant. Un second livre devrait voir le jour en fin d’année, et un troisième, un gros pavé, tout début 2015. Trop tôt hélas pour dévoiler les titres ou les sujets, mais ça reste dans le Bis, le genre, le populaire… L’édition de livres peut être bien complémentaire avec l’activité principale d’Artus. De plus, nous allons développer les DVD type coffrets avec livres. Ou, inversement, proposer des livres avec un DVD inséré à l’intérieur.

 

 

Vous vous lancez également dans la production cinématographique, c’était une évolution logique pour Artus Films ?

Logique, je ne sais pas, mais ça fait partie du même monde. Nous connaissons Frédéric Grousset depuis longtemps, c’est un montpelliérain lui aussi, et nous avons sorti son deuxième long, Climax, en DVD (avec son premier, Aquarium, en bonus). Cela nous paraissait naturel de continuer notre relation de manière plus approfondie. Bad Trip 3D était un cas à part. Maintenant, pour la production en général, je ne dis pas non. Mais c’est un métier à part entière. Donc, il faudra qu’il y ait des corrélations avec Artus.

 

 

Pouvez-vous dévoiler quelques unes de vos prochaines sorties ? Vos fans attendent toujours vos nouvelles livraisons avec impatience…

Pour la fin d’année, il y aura les premiers titres de la nouvelle collection Ciné de Terror : Le bossu de la morgue (coffret DVD + livre), Les vampires du Dr Dracula et La mariée sanglante. J’espère que cette collection plaira aux fans car de nombreux films de cet âge d’or restent à découvrir. Nous aurons, cette année, sorti vingt films, quasiment que du Bis européen dans les collections Les chefs-d’œuvre du Gothique, Western européen, Jess Franco, SF Vintage, Ciné Fumetti etc… Belle année, je trouve. L’année prochaine devrait être du même acabit, sinon supérieure ! A suivre…

 

 

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Didier Lefèvre (Medusa Fanzine)

 

Peux-tu expliquer un peu ta première rencontre avec les Gore et ce que tu as ressenti en découvrant cette littérature crasseuse ?

Ma première rencontre remonte tout simplement à la création de la collection ! J’avais acheté le numéro 1 dans un hypermarché ! J’adorais à l’époque (j’adore toujours !) le cinéma d’horreur, et cette novélisation de La nuit des morts-vivants m’avait tapé dans l’œil ! J’étais fou de joie, ça me changeait de Germinal ou de Poil de carotte que l’on m’obligeait à lire au collège. Enfin une littérature qui me parlait directement… Il y avait bien eu Danse macabre de Stephen King mais là c’était plus fun avec ces couvertures agressives, ouvertement gore, sanguinolentes et parfois un brin érotiques… Cette découverte littéraire, quel sentiment jouissif ! Un peu comme après la première masturbation adolescente… L’impression de n’être plus tout à fait le même gazier…

 

 

Tu as co-écrit avec David la partie sur les liens entre certains films et leurs pendants littéraires chez les Gore, comme La Nuit des Morts-Vivants ou Blood Feast par exemple. Est-ce que ces versions écrites apportaient un plus par rapport aux films, selon toi ?

Co-écrit est un grand mot ! David, dans sa grande modestie, m’a indiqué comme co-auteur de cette rubrique alors que je n’ai rédigé que des bribes il y a d’ailleurs fort longtemps… Il avait conservé le texte et l’a réutilisé comme squelette de sa prose. Le vrai plus de ces versions littéraires, c’était à mon sens d’offrir aux spectateurs un prolongement des films auxquels nous vouions un véritable culte. Prolonger le plaisir en quelque sorte, à l’époque voir des films était un peu plus difficile qu’aujourd’hui. Soit on priait pour qu’ils passent à la télé, soit on les voyait au cinéma, soit en VHS mais l’édition arrivait parfois très longtemps après la sortie en salles. La collection Gore offrait donc un substitut de choix à un visionnage.

 

 

Tu as écris un roman, Le Gros, qui est d’ailleurs chroniqué dans le livre. Est-ce que la Collection Gore fut une influence lors de son écriture ? Ou peut-être même pour ton fanzine, Medusa Fanzine ?

Tout ce qui nous touche adolescent, nous influence d’une manière ou d’une autre dans la vie future. Alors je dirai oui, inconsciemment, la collection gore m’a influencé. Inconsciemment car je ne me suis pas dit au moment de l’écriture, « tiens je vais reprendre des éléments de Gore » mais tout cela était quelque part dans un coin de mon cerveau. Pour Médusa Fanzine, également, ce rapport à l’écrit, cet amour des lettres viennent de mes lectures et donc quelque part de la Collection Gore, même s’il ne s’agit pas d’une influence majeure !

 

 

David me confiait dans l’interview qu’il se sentait plus proche d’une horreur sociale, intérieure, et donc des Gore français. De ton coté, comment expliques-tu cette tendance qu’avaient les Gore français à verser dans une horreur plus sociale ? Car tu as toi aussi participé à cette tendance avec ton roman, même si ce n’était pas un Gore.

Je ne l’explique pas autrement qu’à travers une spécificité française d’ancrer le fantastique ou l’épouvante dans le réel et donc par conséquent dans le social. Le polar français est également comme cela, c’est à mon sens une « french touch ». Tu as raison, Le Gros, s’inscrit dans cette mouvance. Le canevas social est venu naturellement. Pour moi, c’est une toile de fond, je ne cherche pas à faire passer de messages sociaux (à mon avis le défaut lorsque le fond se confond dans la forme) mais c’est mon environnement, j’habite dans le Nord, le social m’éclabousse quoique je fasse… Et j’ai trop peu d’imagination pour décrire un autre quotidien que le mien…

 

 

Plutôt que de te demander ton Gore préféré, je vais te demander la scène qui t’aura le plus écœuré dans la collection et est-ce que tu t’es parfois dis « Là tout de même, ça va un peu loin pour moi… » ?

Rien ne m’a trop écœuré. J’ai un filtre personnel assez puissant qui me permet de relativiser tout ce que je lis, vois ou entends quand je sais qu’il s’agit de fiction. David m’a évoqué certains ouvrages (que je n’ai pas lus) où l’auteur va très loin dans le « porno-gore », cela doit incarner une certaine limite en moi, faire ressortir un côté fleur bleue bien caché car j’avoue passer mon tour sur ce genre de bouquins, ça ne me tente pas alors je ne lis pas… Sinon mon gore préféré, et du coup je réponds quand même à la question que tu ne me poses pas, c’est L’hybride de Steve Vance. J’avais adoré à l’époque de sa sortie. Par contre, je ne l’ai jamais relu et je ne le ferai jamais, j’aurai trop peur de briser le charme de ce merveilleux souvenir…

 

 

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Jacques Coupienne

 

Commençons par le commencement: quelle fut ta première rencontre avec la collection Gore ?

Très précisément, les « tourniquets » garnis de romans populaires (Fleuve Noir essentiellement) de ma librairie de quartier… C’était en effet pratiquement impossible – pour l’amateur de Fantastique que je suis depuis toujours – de passer à côté de visuels pareils : le logo « GORE » en lettres rouge sang et les dessins particulièrement choc – et donc accrocheurs – de Dugévoy. Donc j’ai feuilleté puis acheté et ce dès les tous débuts : La Nuit des Morts-Vivants  de John Russo. C’était réellement une excellente idée de la part de Daniel Riche que de commencer par un titre aussi emblématique ! A côté de celles de la Collection Gore, les couvertures des  Angoisse paraissaient bien sages tout à coup: elles étaient en fait, dans les deux cas, particulièrement bien adaptées au contenu …

 

 

J’imagine que tu regrettes la fin de la collection… As-tu suivi aussi ses descendants, comme Maniac ou Trash et est-ce que tu y retrouves la même « vibe » ?

Soyons honnêtes: je n’ai pas été un « intégraliste » à l’époque. En fait, j’ai décroché après une cinquantaine de titres pour y revenir tout récemment, notamment au travers de discussions sur les réseaux sociaux (et plus spécifiquement sur la page consacrée à la Collection). Pourquoi avoir abandonné en cours de route ? Je lisais – et je lis toujours – beaucoup : et donc j’ai alors établi certaines priorités dont Gore ne faisait plus partie. J’avais le sentiment que la collection commençait à tourner en rond et j’avais eu le malheur de lire quelques titres franchement mauvais, donc… Pourquoi y être revenu ? Les réseaux sociaux donc et la vraie sympathie que m’ont inspiré nombre d’amateurs, David Didelot en tête. Il est vraiment le moteur de ce regain d’intérêt et de ma modeste contribution à l’ouvrage. Et David est toujours positif dans son attitude donc il peut facilement générer une envie. Quant à la descendance de Gore, les Maniac étaient particulièrement mal distribués, on le sait, et donc je n’en ai lu à l’époque que deux ou trois … Là encore, les couvertures de Gourdon étaient toutefois très marquantes.

Par contre, depuis ses débuts, je suis avec grand intérêt la collection Trash: à mes yeux une grande réussite à tous niveaux. Et d’abord, les textes: sans retenue aucune et se situant loin du formatage à l’anglo-saxonne, les auteurs français sont vraiment les meilleurs dans cette discipline bien particulière, comme à l’époque de Gore en fait (via Joël Houssin, Nécrorian, Pierre Pelot, …). A tel point que, à mes yeux, l’élève a déjà dépassé le maître, qualitativement parlant. Donc, la même « vibe » qu’aux débuts de la collection et même mieux car la transgression – qui est pour moi l’essence du genre – y est poussée à l’extrême y compris sur le plan stylistique: voir le roman de Schweihund, Bloodfist. Les auteurs essaient vraiment des choses différentes et ça, c’est excitant …

 

 

Je vais te poser la même question qu’à Didier Lefevre: est-ce que certains romans de la collection t’ont écœuré au point que tu te dises que là c’était trop trash pour toi ? Et quelle scène gore t’a particulièrement marquée ?

Trop trash pour moi, ça ne doit pas exister! Je n’ai jamais reposé un livre pour de telles raisons mais plutôt parce que je le trouvais mal écrit, plat et sans intérêt aucun. c’est ainsi que j’ai eu pas mal de difficultés à finir, par exemple, Le manoir des tortures – chroniqué par mes soins pour le livre de David – alors qu’il n’est pas trash du tout. Mais particulièrement mauvais, ça oui …

Une scène marquante ? Pas vraiment mais une ambiance particulièrement délétère et une écriture particulière, oui… Je citerai donc mon préféré entre tous : La marée purulente, unique roman de la collection par Daniel Walther. Le livre est particulièrement bien écrit – « trop » pour un Gore, diront certains – et comporte nombre de scènes franchement répugnantes mais décrites avec « style » : bref, on n’est pas chez Shaun Hutson et c’est très bien ainsi… Et puis, même si ce n’est pas très original, L’écho des suppliciés de Joël Houssin : un archétype du genre à lui seul …

 

 

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Yannick Maréchal

 

Passage obligé, tu vas débuter en nous expliquant comment tu as découvert cette Collection Gore!

J’ai découvert cette collection quand j’étais aux Beaux-Arts en 1986, grâce aux illustrations de Dugévoy dans un premier temps, qui m’avait attiré plusieurs fois dans des commerces. Puis j’ai acheté quelques volumes, dont L’Autoroute du massacre et La Tronçonneuse de l’horreur, dans mes tout premiers, et là ce fut la claque ! Etant déjà à l’époque un gros fan de fantastique j’ai suivi crescendo…

 

 

Tu es peintre et illustrateur, est-ce que les pochettes des Gore ont pu influencer ton travail ?

Je suis peintre déco (et illustrateur en amateur!) pour le théâtre donc ça ne m’a jamais influencé. Après je dessine des choses dans le même niveau d’inspiration mais je suis plus friand de Gogo, Frazetta ou Gourdon que de Dugévoy… Je suis fan de base de tout ce qui est illustrations populaires de Finlay à Melki sur un demi-siècle de presse écrite: les affiches de cinoche, les couvertures de bouquins, etc…

 

 

Enfin, même question que pour les autres contributeurs, quelle est la scène gore à t’avoir particulièrement marqué dans ces romans ? Et est-ce que ça allait parfois trop loin ?

Vu que j’ai lu ces bouquins dans les années quatre-vingt, voire début quatre-vingt-dix, et que je ne les relis pas tout les ans, comme tu t’en doutes, j’ai quelques trous de mémoire mais je me souviens particulièrement de L’Echo des suppliciés, Bruit crissant du Rasoir sur les Os, La Tronçonneuse de l’Horreur et Retour de Bal à Dalstein,… En fait il faudrait que j’en relise quelques-uns pour que je puisse me remémorer tout ça ! Les Honaker me faisaient penser à du Masterton en moins sexe et gore… Pour moi cette collection était en adéquation avec le cinoche trash et décomplexé des années quatre-vingt, ça n’allait jamais trop loin pour moi car en ce temps-là, il n’y avait aucune limite, ni au cinoche, ni en littérature. La preuve par le sang avec la collec’ Gore! Ni en musique d’ailleurs…

 

 

Entretiens réalisés par messageries privées et E-mails les 15 juillet (Thierry Lopez), 17 juillet (Didier Lefèvre), 18 juillet (Yannick Maréchal) et 23 juillet (Jacques Coupienne).

Un gigantesque MERCI à Thierry Lopez, Didier Lefèvre, Jacques Coupienne et Yannick Maréchal qui ont bien voulu me consacrer de leur précieux temps!

2 comments to Entretien Gore: Dissection d’une Collection

  • Roggy  says:

    Décidément, tu es passé maître dans l’art de l’interview. Bravo pour cet article et pour l’ensemble de ton dossier consacré à cette collection et ces livres qui ont l’air fort sympathiques.

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