Le Spectre du Professeur Hichcock

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Mon dieu ! Le réalisateur de Psychose reviendrait-il nous offrir de nouveaux tourments sous forme de fantôme, nous soufflant la fumée de son cigare à la gueule ? Mais non, relisez bien, on parle ici de Hichcock et non pas d’Hitchcock ! Vous voilà rassurés ?

 

Les italiens ont toujours été très doués en communication. Leurs noms, forcément très ritals, ne permettent pas de vendre à l’étranger ? Qu’à cela ne tienne, ils prendront des pseudonymes, Riccardo Freda devenant Robert Hampton, histoire de se faire passer pour un anglo-saxon à une époque où la Hammer régnait en maître sur l’épouvante. Et ça a marché ! Les critiques étaient persuadés d’avoir affaire à un film anglais ou américain et étaient loin de se douter qu’ils venaient de se faire rouler par quelques italiens roublards, qui ne comptaient d’ailleurs pas s’arrêter là. Ainsi lorsqu’il décide de revenir au fantastique après lui avoir déjà donné deux beaux enfants (Les Vampires et Caltiki, le monstre immortel), Freda décide de mettre toutes les chances de son coté et appelle son film L’Effroyable secret du docteur Hichcock, histoire de profiter de la renommée d’Alfred Hitchcock. Bien entendu, malins, notre équipe transalpine a retiré la lettre T du patronyme du dieu du suspsense, histoire de ne pas risquer de coûteux procès. Le résultat ne se fit pas attendre, cette petite perle du gothique italien rapportant gros et poussant ses financiers à commander à Freda un film du même genre, une séquelle. Riccardo acceptera d’ailleurs mais si suite il y a, elle est fausse puisque les personnages ne sont pas les mêmes, quand bien même certains acteurs reviennent, comme l’obligatoire Barbara Steele. Histoire de souligner la fraternité avec L’Effroyable secret du docteur Hichcock, les français retitrent le film (Lo Spettro en version originale) en Le Spectre du professeur Hichcock. Inutile donc d’avoir vu le précédent Freda pour apprécier celui-ci, les deux films n’étant donc que superficiellement liés.

 

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Si dans le « premier » Hichcock le fameux docteur était un salopard qui injectait à sa femme (Barbara Steele) un sérum qui la rendait comme morte et qui lui permettait de satisfaire ses envies nécrophiles, faisant d’elle une victime qui se changeait en fantôme, la tendance s’inverse pour Le spectre du professeur Hichcock. La victime sera cette fois le professeur (Elio Jotta), rendu impotent par une sévère maladie, qui le force à subir une médication dangereuse, qui lui est donné par le docteur Livingstone (Peter Baldwin), qui entretient une liaison avec la femme du pauvre Hichcock, Margareth (Barbara Steele). Cette dernière en a d’ailleurs assez de devoir subir la mauvaise humeur de son époux et aimerait pouvoir profiter de ses richesses avec son amant, qu’elle pousse d’ailleurs à la faute en lui suggérant de laisser son mari mourir, ce qu’il fait. Mais alors qu’ils vont pouvoir profiter de leur bonheur, deux problèmes arrivent, et sans attendre: il semblerait que Hichcock avait caché son magot avant sa mort et, plus gênant encore, le spectre de ce dernier commence à venir tourmenter les tourtereaux assassins. Une pression qui commence à peser sur le couple diabolique… En cette année 1963, Freda décide donc de retourner son film précédent et de reprendre la robe de la victime des mains de Barbara Steele pour mieux l’habiller en veuve noire. Parce qu’elle doit effectivement jouer une femme mariée qui vient de perdre sa moitié, mais aussi parce qu’elle est un véritable poison qui se répand tout au long du film.

 

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C’est d’ailleurs elle qui marque le film, trouvant ici l’un de ses plus beaux rôles et, en tout cas, l’un de ceux où elle rayonne le plus. Mais d’une lumière sombre, car la jeune femme est ici particulièrement détestable, poussant son amant à assassiner son mari, qui ne peut pas se défendre, pestant contre les orphelins auxquels le défunt a légué les deux-tiers de sa fortune et se permettant même de faire des reproches à son amoureux, qui a tout de même tué pour elle ! La voir sombrer dans la folie, éclater en sanglot ou d’un rire désabusé est donc un vrai plaisir, d’une part parce qu’elle est excellente dans ce registre, d’une autre parce que le personnage n’attire aucune sympathie. Comme le reste du casting, d’ailleurs, car si le docteur éprouve des remords, il est tout de même coupable, et il ne faudra pas compter sur la bonne pour remonter le niveau, la vieille ayant elle aussi des choses à cacher. Même la victime ne manque pas de défauts, compensant son manque de mobilité par une humeur désastreuse, le personnage n’hésitant jamais à engueuler ses proches. On peut donc dire que ce n’est pas franchement la joie, Le spectre du professeur Hichcock pouvant d’ailleurs être résumé en un seul mot: austère. C’est clairement l’adjectif qui convient ici, que ce soit à cause de la noirceur d’âme des personnages ou de la réalisation de Freda. Oubliez le gothique coloré de Bava ou les décors éclairés de la Hammer, la demeure du vieux Hichcock est plongée dans le noir en permanence, comme un véritable territoire des ombres. Rares sont les percées colorées, tout juste de temps à autre pouvons-nous apercevoir un peu de soleil ou une lampe rouge, écarlate, qui illumine une nuit sinistre et pluvieuse. Freda crée donc un climat oppressant, qui recrée finalement la vision du monde du personnage de Barbara Steele, qui doit se contenter d’une vie terne, effrayante, où le danger semble se cacher partout.

 

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Ce Lo Spettro n’est donc pas un film aussi chatoyant qu’un Les Trois Visages de la Peur ou un Moulin des Supplices, mais a le mérite de se distinguer du reste de la production de l’époque par une utilisation plus terne de la couleur, donnant à l’œuvre une teinte plus déprimante. Le bonheur semble impossible dans cette demeure, dont chaque instant qui y est passé semble être une soirée de dimanche morne et humide, un lieu dans lequel il semble impossible de s’aimer, les personnages ne cessant finalement de se tirer dans les pattes. Il faut d’ailleurs saluer le travail de scénariste de Freda, qui s’appuie sur une histoire d’Oreste Biancoli, qui nous livre ici un thriller horrifique se basant sur une machination bien orchestrée. Certes, tout ceci n’est pas particulièrement original, mais c’est en tout cas rondement mené et l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez, le film enchaînant les bons moments dans un rythme satisfaisant. S’il mise énormément sur l’aspect thriller du film et joue tout autant sur la peur que ressentent les amants diaboliques de se faire prendre par les autorités, le réalisateur n’oublie pas d’offrir au spectateur quelques scènes gothiques qui s’inscrivent dans la la plus grande des traditions. On retrouve donc l’obligatoire séquence de la jeune femme en robe de nuit qui descend dans la crypte, seulement munie d’un chandelier, rencontrant crânes humains et toiles d’araignées. Et même si nous avons déjà vu tout cela cent fois, cela nous ravit toujours autant!

 

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Il n’y a finalement rien à reprocher à Freda, ce Spectre du professeur Hichcock étant définitivement un indispensable pour tout amoureux du cinéma d’horreur des années 60 qui se respecte. La conclusion, d’une ironie noire réjouissante, est particulièrement satisfaisante, tout comme l’acheminement vers cette fin, marquante. Malheureusement, la qualité du DVD n’est pas aussi admirable puisque l’image est assez moche, mais nous savons tous qu’il ne devait pas être aisé pour Artus Films (toujours eux !) de nous servir une copie impeccable vu l’âge avancé du film. Ils se rattrapent comme à leur habitude avec un entretien avec l’habituel, et habitué, Alain Petit, qui revient pour nous sur la carrière de Freda, nous déversant un joli flot d’anecdotes. Inutile de bouder son plaisir, donc, vous pouvez y aller amis gothiques !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Riccardo Freda
  • Scénarisation: Oreste Biancoli et Riccardo Freda
  • Titre original: Lo Spettro (Italie)
  • Production: Ermano Donati et Luigi Carpentieri
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Barbara Steele, Peter Baldwin, Elio Jotta
  • Année: 1963

4 comments to Le Spectre du Professeur Hichcock

  • Roggy  says:

    J’aime bien ces ambiances gothico-italiennes et puis Barbara Steele…

  • Dirty Max 666  says:

    Superbe péloche, superbe critique ! Une pièce goth de choix avec une Barbara Steele plus ensorcelante que jamais. Je te rejoins sur l’atmosphère rugueuse et cafardeuse du film (« […]une utilisation plus terne de la couleur, donnant à l’œuvre une teinte plus déprimante », je ne l’aurais pas mieux dit, amigo). J’adore la scène du meurtre au rasoir (inattendue, brutale et filmée du point de vue de la victime) qui devance d’un an le film-manifeste du giallo : Six femmes pour l’assassin.

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