Bats, la nuit des chauves-souris

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Les chauves-souris, également connues sous le doux nom de « poulets des cavernes » (qui aime Anchorman 2 comprendra) font partie du décor, comme on dit. C’est que ces chats volants sont parfaits pour agrémenter les cryptes et grottes lugubres du cinéma horrifique. Il était donc temps que ces petites bêtes sombres jouissent d’un long-métrage tout entier dédié à leur cause. Mais l’hommage est-il bien rendu ?

 

Bien entendu, le cinéma fantastique n’a pas attendu Bats, la nuit des chauves-souris pour se pencher sur le cas des chiroptères, qui se retrouvent déjà catapultées stars de Morsures (Nightwing en VO) en 1979 avec David Warner. Mais elles sont le plus souvent reléguées au rang d’objet de décoration, comme de simples moustiques qui viennent mettre une ambiance lugubre dans des films de vampires. C’est donc avec le sourire qu’on accueille ce film animalier de 1999 réalisé par Louis Morneau, coutumier des bisseries. C’est que le bonhomme a commencé fort en bossant avec Roger Corman, mettant en scène son Carnosaur 2, un trajet de réalisateur qu’il continuera dans la série B, emballant ces dernières années les DTV Hitcher 2, Joy Ride 2 ou Werewolf: The Beast Among Us. Pas forcément le réal le plus talentueux de la planète mais en tout cas un type à la filmographie sympathique dans sa tendance à rester dans la catégorie « vidéoclub », quand bien même aucun de ces films ne soit particulièrement bon, ni même mémorable. Mais avec Bats, son huitième film, Morneau aura pour la première fois droit à un budget plutôt confortable de cinq millions de dollars. C’est pas Avatar mais cela sera bien suffisant pour emballer une petite série B avec quelques chauves-souris mutantes et, surtout, très énervées… Malheureusement pour lui, son film ailé se retrouvera bien vite la tête à l’envers comme les animaux qu’il met en scène, secoué comme un prunier par la critique qui claironne que cette nuitée avec les vampires miniatures ne fait jamais peur. Mais bon, vous savez ce qu’on dit, mieux vaut se faire un avis par soi-même…

 

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Comme vous l’imaginez bien, ce n’est pas de Bats que surviendra la révolution scénaristique, le scribouillard derrière ce récit (John Logan, qui a quand même écrit Gladiator, The Aviator ou Skyfall !) se contentant de coller aux clichés en vigueur dans les bandes à animaux monstrueux. C’est donc face à un savant fou pas très gentil (Bog Gunton, le vieux père du héros dans Dead Silence) que l’on a affaire, ce dernier ayant créé pour le compte de l’armée deux chauves-souris mutantes, du genre maousses et teigneuses. Et, sans surprise, les deux saloperies se font la malle du laboratoire et vont infecter toutes leurs cousines, de taille normales elles, qui vont se mettre à bouffer les habitants d’une petite ville du Texas. Le sheriff (joué par Lou Diamond Phillips, que l’on pourrait décrire comme un Donnie Yen des Philippines puisqu’il ressemble un peu à ce bon vieux Ip Man) se retrouve donc dépassé et les autorités vont bien entendu faire appel aux habituels experts des vilaines bêtes, cette fois la toujours belle Dina Meyer (qui n’a jamais voulu l’enlacer après avoir vu Starship Troopers ? Ceux qui n’ont pas vu Starship Troopers.) et son assistant Leon (le black que Stallone cloue à une stalactite dans Cliffhanger). Tout ce beau monde va donc tenter de tirer tout ce merdier au clair et de faire le grand ménage, ce qui ne sera pas une mince affaire vu la dangerosité de ces chauves-souris cannibales… Sur le papier, rien ne différencie vraiment Bats des productions Nu Image ou Syfy que l’on peut manger par paquet de douze chaque semaine. Nous sommes là dans la grande tradition du genre, qui n’a jamais beaucoup dévié, avec ses différents archétypes et clichés. La scientifique super maligne mais à tomber, le sheriff tendre qui fait de son mieux, le sidekick black rigolo et le savant fou qui ne veut rien divulguer de ses sinistres plans. Et c’est d’ailleurs de là que naîtront les critiques les plus acides.

 

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Car La Nuit des Chauves-Souris n’est pas un film très aimé, c’est même le moins que l’on puisse dire, sa moyenne sur des sites comme Rottentomatoes ne cessant de creuser sa tombe. Mais comme tous les vampires, Bats revient à la vie, développant au fil du temps un certain culte chez certains fans, qui voient en lui la parfaite représentation du classique « so bad it’s good », y voyant donc un juteux nanar qui ne fait jamais peur mais fait rire à s’en taper le cul par terre. Il faut bien dire que le film ne fait rien pour inverser la tendance, tombant parfois dans le comique involontaire. Comme cette scène délicieuse où les chauves-souris attaquent la ville. On peut y voir un gros tenancier de bar, du genre redneck, vaquer à ses occupations sans se rendre compte de rien. Puis lorsque le vent de panique arrive, il prend son fusil à pompe et sort en rue pour tirer comme un dingue dans tous les sens, sans transition ou hésitation. Réaction peu crédible et trop accélérée (et qui rappelle un certain Devil Story…) qui est assez symptomatique du film, qui ne travaille guère ses personnages, il faut bien le dire. Chacun se résume à un trait de caractère: le sheriff est brave, la scientifique est gentille, le black est drôle et le savant est louche. Terminé, il n’y a rien de plus à découvrir chez ces coquilles vides! Vous me direz que ce n’est pas bien surprenant compte tenu du fait que c’est le cas dans à peu près tous les films mettant en scène des animaux furibards ou des monstres. Et vous avez raison, ces personnages ne sont pas plus mauvais que ceux d’une production Corman par exemple, mais ces productions ont l’excuse d’être des séries B écrites et produites à la chaîne, en deux ou trois mois. Bats, sans être un blockbuster non plus, n’appartient pas tout à fait à la même catégorie puisqu’il est sorti en salles (sans faire de vagues mais a rapporté le double de sa mise tout de même), ce qui entraine une attente forcément plus forte que pour vulgaire Z tourné en deux semaines.

 

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Le pire, c’est que si le tout est souvent involontairement drôle, les vannes volontaires tombent toutes à plat. La majorité est balancée par l’assistant, sidekick agaçant au possible qui fait partie de cette catégorie de personnages qui ne peuvent pas ouvrir la bouche pour autre-chose qu’une blague pourrie. Vous voyez Dennis Rodman dans Double Team ? Et bien dites-vous que c’est pire ici puisque contrairement à la star du basket notre cher Leon est pour ainsi dire omniprésent. L’humour est donc enterré un peu plus à chaque minute et nous avec. Mais est-ce que tout cela empêche réellement Bats d’être regardable? A vrai dire, pas du tout. Car si les personnages sont mal branlés et le script ne réserve aucune surprise, il reste le spectacle, et il est plutôt de bonne facture. Le film à un rythme satisfaisant, ne perd jamais trop de temps en explications dont on se fout, préférant fort justement se concentrer sur ses aspects divertissants. A savoir les attaques des chauves-souris, qui ne chôment pas puisqu’elles doivent bien bouffer la moitié du film à elles seules. Attaque d’une bagnole, assaut d’une école abandonnée, passage dans une caverne, sans oublier le gros délire dans la ville. On voit d’ailleurs que du pognon a été mis sur la table puisque nous sommes gratifiés de nombreuses explosions, la scène finale faisant même sauter toute une mine. Mais le clou du spectacle, ce sont bien évidemment les chauves-souris elles-mêmes, qui nous inquiètent un peu de prime abord. Dans le mauvais sens du terme. Car lorsque les personnages sont face à une véritable nuée, elle est malheureusement numérique. Et pas du numérique qui déchire, non, du numérique à la Beowulf, du moche de cinématique de Playstation. Cela a bien entendu tendance à nous faire soupirer un brin mais, par chance, les chauves-souris sont créées à l’ancienne lorsqu’ils sont en gros plan. Elles sont d’ailleurs pas mal, surtout les deux grosses, qui bénéficient de plus d’aura et de charme que tous les humains du film réunis. Notons que c’est monsieur Greg Nicotero en personne qui s’occupe des effets, ce qui assure tout de même un certain niveau concernant maquillages et effets. Voir ces bestioles en latex nous ramène donc aux années 80 avec un grand plaisir et rien que pour ces deux monstres, le film mérite qu’on s’attarde un peu sur son cas.

 

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Signalons d’ailleurs que visuellement le film se tient. On voit qu’il y a de la thune dans l’affaire, la photographie, très solaire, est par exemple plutôt jolie. Morneau ne réalise pas trop mal, emballant le tout de manière classique, même si on regrettera qu’il s’emballe un peu trop lors des attaques de ses bestioles. Peut-être est-ce pour masquer les effets ? Reste que le dernier combat entre nos héros et les deux grosses chauves-souris est quasiment illisible, le montage ne cessant de rebondir comme une balle magique lancée dans un bocal à tout berzingue. Cela ne facilite donc pas les choses quand il s’agit de défendre Bats, qui est au final bien bancal. Mais tout médiocre qu’il soit, le film garde tout de même quelques qualités comme Dina Meyer, une scène où les héros marchent dans un véritable fleuve de merdes de rats-ailés, Dina Meyer, les deux chauves-souris mutantes qui assurent, Dina Meyer, quelques effets sympas, Dina Meyer, une ambiance généralement relaxante ou encore Dina Meyer, ce qui permet au tout de rester largement regardable pour peu qu’on sache ne rien en attendre. Notons également que certains journalistes ont reproché au film d’être « campy », mais c’est justement sa plus belle qualité: celle de rester sympathique malgré ses lourds défauts. Enfin, sa plus belle qualité avec Dina Meyer, faut pas déconner.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Louis Morneau
  • Scénarisation: John Logan
  • Titre original: Bats (USA)
  • Production: Destination Films
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dina Meyer, Lou Diamond Phillips, Leon, Bob Gunton
  • Année: 1999

6 comments to Bats, la nuit des chauves-souris

  • Roggy  says:

    Un petit film de chauves-souris (ou poulets des cavernes 🙂 j’ai vu Anchorman 2 aussi) que j’avais loué en VHS à l’époque. J’en garde le souvenir d’une série B qui tient relativement la route. Bon papier comme toujours et tu as raison, Lou Diamond Philipps ressemble à Donnie Yen !

  • Roggy  says:

    Ca n’a rien à voir, mais j’ai quand même préféré le 1er Anchorman, même s’il y a de bons moments dans la suite.

  • Princécranoir  says:

    Je descends de mon plafond pour réagir sur cette chronique de Bats. Je tiens d’abord à préciser que je n’ai pas vu ce film, que j’avais d’ailleurs confondu avec une autre purge du genre signée Ty West (mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec ce type ?) intitulée « The roost », mais le nom de Louis Morneau ne m’est pas totalement étranger. Je conseille notamment vivement « Retroaction », très bonne petite série B qui donnait dans la boucle temporelle bien avant que les Looper et autres X-Men ne s’y enfilent.

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