La Malédiction de Chucky

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Petite mais hargneuse, la plus célèbre des poupées revient une fois de plus, directement dans nos foyers sans passer par la case cinéma. Un couteau à la main, un juron dans la bouche, Chucky is back, prêt à faire de nouvelles crasses…

 

Tout de même, on se dit qu’on vieillit… Les DVD et les CD disparaissent peu à peu au profit du format numérique, les cartouches de jeux-vidéos n’existent plus que pour les consoles portables et le dernier Chucky est sorti directos en DVD à l’automne 2013. Impensable il y a quelques années encore, le rouquemoute le plus maléfique du cinéma ayant jusqu’alors toujours eu droit à des sorties ciné. Mais que voulez-vous, les temps changent et les modes passent. Au moins le petit bonhomme a la chance d’arriver jusqu’à nous alors que le dernier Pinhead, Hellraiser: Revelations, reste inédit. Mais quand même… Qui aurait un jour cru que les plus populaires icônes du cinéma horrifiques allaient un jour être reléguées aux bacs, limite en catimini ? Personne et, à vrai dire, je n’en reviens toujours pas. Mais comme on dit, c’est toujours mieux que rien, n’est-ce pas ? On ne va pas cracher sur ce La Malédiction de Chucky qui nous permet de retrouver notre petit connard préféré, qui nous avait bien manqué. C’est qu’il s’est presque passé dix ans depuis sa dernière folie, une virée à Hollywood où il tenta d’y fonder une famille. Mais c’est pas son genre à la poupée brave gars, bien plus douée pour les décimer, les familles…

 

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Si Chucky s’offre aujourd’hui son cinquième retour, c’est grâce à Don Mancini, un créateur qui n’aura jamais cessé de croire en sa créature, la réanimant encore et encore, contre vents et marées. Un docteur Frankenstein amoureux de sa création, en quelque-sorte. Et Frankenstein, Mancini aime beaucoup, comme le prouvent les titres des épisodes 4 et 5 de sa saga: La Fiancée de Chucky et Le Fils de Chucky. Un amoureux de James Whale, le scénariste/réalisateur admettant qu’il s’inspire du maître de l’horreur made in Universal des années 30 aussi souvent qu’il le peut. Bon, en même temps, à part un Cellar Dweller qui voyait sortir un gros monstre du placard, il n’a fait que des Chucky, c’est donc dans sa seule et unique saga qu’il peut rendre hommage au monstre enfanté par l’éclair. On est d’ailleurs en droit de se demander si Mancini ne ramène pas sa poupée d’entre les morts aussi régulièrement parce qu’il n’a pas d’autres choix. On ne sait pas trop s’il a déjà tenté d’écrire d’autres choses qui n’auraient pas trouvé preneur chez les producteurs ou s’il se contente de vivre de ce que lui rapportent les droits d’auteurs découlant de son tueur en plastique. En tout cas, il adopte la position du fan qui veut faire plaisir à d’autres fans, ainsi lorsqu’en 2008 il parle pour la première fois d’un nouveau Chucky, il promet que ce sera un remake. Etonnant quand on sait que la majorité des cinéphiles fans de cinéma horrifique abhorrent les reboots… Mais le cas de Chucky est très diffèrent puisque le cinquième opus a divisé les amateurs, qui le trouvaient trop porté sur l’humour et dont la mise-en-abyme était parfois critiquée. Pour rappel, Chucky et sa dulcinée Tyffany partaient à Hollywood pour y retrouver l’actrice Jennifer Tilly… qui incarnait Tiffany dans le quatrième film! Pas forcément pour tout le monde, ces idées audacieuses. Il faut dire aussi qu’en tombant de plein pied dans l’humour (noir), Seed of Chucky laissait totalement (ou presque) de coté l’aspect horrifique du reste de la saga pour se la jouer satyrique. Certains ont apprécié (dont votre serviteur), d’autres non, et c’est ceux-là que Mancini a visiblement écouté.

 

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Un remake est donc pour lui l’occasion de revenir aux fondamentaux de la franchise entamée avec Jeu d’Enfant: un film d’horreur pur et dur. Les rumeurs vont et viennent sur la production de ce nouveau départ, que l’on ne voit pas arriver. Et puis, sans crier gare, arrive l’annonce de Curse of Chucky, un DTV qui sortira incessamment sous peu. On se dit que cela ne se peut, on n’y croit pas vraiment, pensant fort légitimement que Mancini parle en l’air. Mais non, très vite des images débarquent, montrant un Chucky nouveau, plus rondouillard (certains ont d’ailleurs rebaptisé le film « Curse of Chubby », rondouillet en anglais), s’en prenant à une jeune femme en fauteuil roulant. On apprendra plus tard que la demoiselle en question est incarnée par Fiona Dourif, fille de Brad, qui prêtera toujours sa voix au jouet maléfique. Qu’en penser ? Difficile à dire à l’époque tant ce nouveau film semble fait pour surprendre tout le monde, car clairement plus noir. Se déroulant dans une maison gothique plongée dans le noir suite à un orage violent, ce sixième opus semble s’éloigner autant que possible des derniers épisodes. Et d’ailleurs, le film a beau réunir le gros de l’équipe des précédents opus, il est tout de même très diffèrent de ceux-ci. Cette maison qui semble coupée du monde extérieure permet à Mancini de faire un clin d’œil supplémentaire à James Whale (qui a lancé le genre avec The Old Dark House) et donne au film un cachet étrange, qui rappelle plutôt le Dolls de Stuart Gordon que les débuts de la poupée de sang. On a donc là un cas surprenant de suite qui fait plus old-school que son premier opus, pourtant sorti il y a 25 ans!

 

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Le film débute donc dans cette demeure sinistre où vivent Nica (la fille Dourif, donc), une jeune fille en fauteuil roulant, et sa mère. Un beau jour (tu parles!), elles reçoivent un colis qui contient la fameuse poupée, qui n’était pas attendue. Sans doute une erreur. La nuit suivante, la mère est retrouvée morte, visiblement d’un violent suicide, ce qui rameute la sœur ainée de la famille, Barb (Danielle Bisutti), venue avec son époux, leur fille et la nounou de celle-ci. Le but de cette agaçante sœur est très clair: elle veut forcer Nica à aller vivre dans un centre spécialisé pour les handicapés et revendre la maison, histoire d’empocher gros. Les tensions se font vite sentir, faisant de la baraque un lieu propice pour le petit fouteur de merde roux, qui va prendre un malin plaisir à les charcuter… Curse of Chucky adopte donc la structure d’un slasher pur jus: lieu unique et isolé, groupe de personne, tueur que personne ne soupçonne et meurtres gores. Si on avait remplacé la poupée par Michael Myers et le titre par The Curse of Halloween, on n’y aurait vu que du feu. Ce n’est donc pas forcément via la structure de son script que Mancini va différencier cet opus des autres (même s’ils n’étaient pas des slashers à proprement parler) mais plutôt via une noirceur assez surprenante. Rassure-vous, Chucky blague toujours un peu (avec moins de réussite que par le passé, cependant, ses taglines étant moins drôles) et se marre toujours autant des délits qu’il s’éclate à commettre. Mais pour le reste, on peut dire qu’on plonge clairement dans les ténèbres… Car ça ne rigole pas tellement dans cette Malédiction, qui commence sur les chapeaux de roues (c’est le cas de le dire) en nous présentant une héroïne paraplégique, qui risque la crise cardiaque en cas de stress et qui est infantilisée par sa mère. Difficile de développer une grande confiance en soi dans ces conditions et la pauvre Nica est touchante dès le départ, au point qu’on n’a pas envie de voir l’ordurier jouet s’en prendre à elle. Reste que le décor est vite planté: ça ne respire pas la joie dans cette sombre demeure. Et sombre, le reste du film l’est. Visuellement tout d’abord, la baraque étant plongée dans le noir très vite suite à une coupure de courant qui tombe assez mal, mais thématiquement aussi. Rien n’est rose ici, de la vie de Nica au reste du casting, qui semblent tous assez pourris. Barb, bien évidemment, qui n’a pas une once d’amour pour sa jeune sœur, mais aussi son époux, qui tente de piéger sa femme, ou la nounou, qui n’est pas là pour s’occuper de la gosse. Voir Chucky s’occuper de leurs cas est donc assez satisfaisant… Et puis, sans spoiler, on peut dire aussi que le film se finit sur une note qui n’a rien de positive et rentre clairement parmi les scènes les plus marquantes et dérangeantes de ces dernières années. Et ça, on ne s’y attendait pas vraiment d’un Chucky… D’ailleurs, on a là un remake ou une suite ? Un épisode qui s’intercale entre les opus 3 et 4 comme on pouvait le lire ici et là ? On vous laisse le découvrir, Mancini ayant visiblement désiré brouiller les pistes volontairement pour réserver quelques surprises, qu’on se garde bien de vous révéler.

 

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Finalement, il dit peut-être vrai, le Mancini: The Curse of Chucky est avant tout un cadeau aux fans. Un épisode bien emballé, comme le paquet dans lequel le rouquemoute arrive, qui s’ouvre pour mieux déverser un torrent de hargne. Un épisode sans doute plus brutal que les précédents puisque dénué de second degré (ou si peu), qui redonne à la poupée une aura menaçante. Voir ce petit démon descendre des escaliers à son aise, dans la pénombre, pour s’attaquer à une Nica qui a bien entendu des problèmes pour fuir rapidement fait très vite son effet. Intelligent d’avoir d’ailleurs placé un personnage à mobilité réduite comme héros, une personne en pleine possession de ses moyens ne devant pas avoir trop de mal à se débarrasser de Chucky. Un Chucky qui s’offre par ailleurs un petit flashback qui nous permet d’en apprendre un peu plus sur la personnalité de Charles Lee Ray (toujours Brad Dourif, bien sûr) avant qu’il ne devienne un être de plastique. Toujours bon à prendre, comme cette série B qui n’est pas trop trahie par ses moyens plus modestes, les scènes gores étant plus que correctes et bien vicieuses. Alors La Malédiction de Chucky, aussi bonne que le premier ? Du niveau du deuxième ? Plus réussie que La Fiancée et Le Fils ? Impossible à dire objectivement, cet opus étant si diffèrent des autres qu’il ne semble pas s’inscrire clairement dans la même saga, malgré le fait que tout y est définitivement lié scénaristiquement (et plutôt habilement, qui plus est). C’est un opus infiniment plus glauque, ce qui risque de désarçonner autant que le cinquième film en son temps. Reste à voir si ce nouveau virage à 360 degrés vous convient ou pas. Dans la crypte, on trouve que ça le fait carrément, et on est bien heureux de voir le brave gars revenir dans la course! Comme quoi, il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, on a là un DTV qui pète la classe!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Don Mancini
  • Scénarisation: Don Mancini
  • Titre original: Curse of Chucky (USA)
  • Production:Don Mancini, David Kirschner
  • Pays: USA
  • Acteurs: Fiona Dourif, Brad Dourif, Danielle Bisuti
  • Année: 2013

6 comments to La Malédiction de Chucky

  • Dirty Max 666  says:

    Noir, surprenant, vicieux, glauque…Pas de doute, il faut absolument que je découvre cette malédiction ! Toxic Crypt : le site qui donne envie !

  • Roggy  says:

    Pas encore vu cet épisode. Sorti du concept du 1er épisode, je trouve que les suivants n’ont pas apporté grand chose de plus. A voir quand même à l’occasion…

  • Nazku  says:

    Je m’attendais à une grosse merde mais en fait non. Je l’ai trouvé meilleur que le 4 et 5 que je trouvais trop « comédie vulgaire ». Je préfère un Chucky qui fait peur. 😀

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