Starcrash: Le Choc des Etoiles

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Puisque nous allons bientôt bouffer du Star Wars à toutes les sauces et ce durant plusieurs années, autant nous mettre dans une forme physique adéquate pour pouvoir faire face à la vague des étoiles. Et quoi de mieux que le bel avatar concocté par Luigi Cozzi quelques mois après les premières aventures des Skywalker pères et fils pour cela ?

 

Je n’aime pas Star Wars. Voilà, c’est dit. Oh, je ne déteste pas non plus et les trois premiers films sont regardables, chacun ayant pour lui un petit quelque-chose de séduisant. Un Peter Cushing dans le premier, un aspect plus sombre dans le second et une jolie galerie de monstres dans l’antre de Jabba dans le troisième. Mais mis à part ces quelques éléments et quelques autres qualités disséminées ça et là, la sauce n’a jamais pris chez moi. Trop sérieux pour le gardien de la crypte intoxiquée, qui préfère largement le coté désuet et pop de la SF spatiale des années 50 ou 60, lorsque les couleurs, quand il y en avait, passaient par tous les stades de la palette psychédélique et que l’inventivité se passait bien d’une logique bien trop présente à notre époque, sans doute un peu à cause de George Lucas qui avec sa saga étoilée fit entrer la SF dans une dimension plus scrupuleuse, plus détaillée. Depuis lors, le moindre boulon d’un exosquelette ou la couleur du plus petit des lasers entrainera des discussions interminables de fans, qui désirent désormais trouver dans leur science-fiction une rigueur scientifique. La fiction s’efface donc au profit de la science et le rêve s’évapore pour la réalité. Mais n’était-ce pas justement le but de la SF de nous permettre de nous évader, de nous affranchir des lois encombrantes de notre monde qui nous emprisonnent et nous collent les pieds au plancher ? On ne rêve plus qu’à moitié dans la science-fiction moderne, qui doit jongler avec monstres et aliens tout en s’assurant une certaine crédibilité technologique. Tout ça, on s’en foutait bien du temps de Barbarella, du temps de Flash Gordon, du temps de Planète Interdite. Heureusement, c’est ce (bon) vieux temps que Luigi Cozzi avait en ligne de mire lorsqu’il fut approché par l’American International Pictures pour réaliser une copie de La Guerre des Etoiles, qui avait ravagé le box-office en 1977. Mais devant le résultat, AIP décidera de ne pas sortir le film, qui tombera dans les pattes de Roger Corman, ancien de chez AIP ! Désormais dans les poches de New World Pictures, le film qui devait s’appeler Scontri stellari oltre la terza dimensione mutera en un beau Starcrash, le choc des étoiles, titre il est vrai plus vendeur que « affrontements stellaires au-delà de la troisième dimension »…

 

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D’ailleurs, il faut signaler que comme tout bon film italien de l’époque qui se respecte, cette petite série B (car le budget n’est bien évidemment pas comparable à celui que possédait George Lucas) porte plusieurs patronymes (Stella Star, Female Space Invaders, The Adventures of Stella Star,…), tout comme son auteur, le bon Luigi Cozzi (Contamination) qui se planque ici derrière le nom de Lewis Coates. Pas sûr que le Luigi Coates (ou Lewis Cozzi, c’est vous qui voyez) fut d’ailleurs très heureux du changement de titre que lui imposa la maison Corman, lui qui n’avait sans doute pas pour but initial de tenter un plagiat des Star Wars. Après tout, il n’a pas attendu Lucas pour s’intéresser à la SF, lui qui tomba dans le petit monde du fanzine à tendance SF dès ses jeunes années. Guère surprenant dès lors de retrouver une ambiance et un esprit « serial » plus que prononcé dans son Starcrash, qui prend des airs de puzzle, d’assemblages de péripéties, ce qui l’éloigne encore plus de son prétendu modèle George Lucasien. L’histoire est par ailleurs nettement moins complète que dans la saga la plus connue du monde, la simplicité étant ici de mise puisque l’intrigue se base sur l’habituel combat entre le bien et le mal, le yin et le yang, l’orange et le citron. Car comme dans tout bon univers qui se respecte, il y a un grand méchant (preuve en est son vaisseau spatial en forme de main diabolique!), ici un certain Zarth Arn, qui s’oppose au grand gentil empereur qui n’œuvre que pour la paix des peuples. Mais voilà, alors qu’il était en mission pour déjouer les plans de l’immonde félon, le fils de l’empereur disparaît, forçant son papounet à faire appel à Stella Star et Akton, deux hors-la-loi qui sont également connus comme étant deux aventuriers hors-pair. Le duo de la situation, qui sera bien vite flanqué d’un robot policier qui les aidera dans leur mission. Rien de bien compliqué donc, quand bien-même la narration arrive encore à rendre tout cela moins limpide que cela en a l’air. Car comme tout bon film bis et comme la plupart des distributions Corman de l’époque (on a un peu le meilleur des deux mondes), il manque une certaine rigueur scénaristique à l’ensemble, le script étant un joli gruyère blindé de trous et d’ellipses incompréhensibles. Comme lorsque la belle Stella s’échappe d’une prison et parcourt des centaines et des centaines de mètres en quelques secondes, par la magie du montage, alors que le reste des personnages avancent bien plus lentement dans une bagarre opposant les forces de l’ordre aux prisonniers mutins. Le temps n’avance pas à la même vitesse pour tout le monde…

 

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Le coté serial de la chose est donc renforcé puisqu’on a ici la sensation d’assister à une série dont on aurait loupé quelques épisodes, Cozzi allant visiblement au plus pressé et taillant dans son récit pour n’en garder que le plus important: les aventures. Car nous allons passer ici d’une péripétie à une autre, sautant d’une planète à une autre, d’un bourre-pif à un autre. De quoi faire crier au scandale les habitués de la science-fiction moderne, ou post-Star Wars, qui se retrouveront ici dans un trou noir narratif dont il ne ressort que rebondissements et péripéties. Ce qui est finalement assez logique, pour peu que l’on se place dans l’esprit d’un Luigi Cozzi qui se réfère à des œuvres jugées comme désuètes, qui plaçaient le rêve et l’action à l’avant-plan sans se soucier outre mesure de la vraisemblance de l’ensemble. L’italien se fait donc plaisir et nous balance à la tronche un bel éventail de personnages tous plus clichés les uns que les autres: amazones, néanderthaliens mutants, gus doté d’un masque doré qui lui permet d’envoyer des lasers à la violette, grosse tête dans un bocal avec des tentacules en guise de bras, un type à la peau verte, un autre avec des pouvoirs magnétiques ou télékinésiste (enfin, vous voyez le topo, il est magique quoi), robot géant et autres golems mécaniques. Qui pour interpréter tout ce beau monde ? Si les monstres et autres sbires du grand méchant seront bien évidemment incarnés par des anonymes ou acteurs de second plan, Cozzi peut tout de même se reposer sur un casting aussi hétéroclite que séduisant. Outre un jeune Michael Hasselhoff dont on se fout un peu (malgré la sympathie du bonhomme, soyons honnêtes…), on retrouvera la jolie Caroline Munro (pléonasme) qui se retrouve catapultée héroïne de charme, Marjoe Gortner (Soudain les monstres) qui se paye la choucroute de sa vie ou encore le génial Joe Spinell, qui était il est vrai plus crédible en Frank Zito de Maniac qu’en supervillain intergalactique avec une coiffure ridicule qui le renvoie plus à la Cage aux Folles qu’à Dark Vador. Mais le plus surprenant de la bande est l’excellent Christopher Plummer, que l’on ne voit pas tous les jours dans des productions bis jusqu’à l’os et qui se retrouve ici dans une armure de chevalier d’or puisqu’incarnant l’empereur de la galaxie. Sa présence dans cette affaire s’explique par son amour pour Rome, l’acteur avouant volontiers qu’il tournerait du porno si le tournage se déroulait dans sa ville favorite. Plus que la passion de la SF bisseuse, c’est bel et bien l’opportunité de prendre du bon temps qui aura amené ce grand acteur dans les contrées galactiques, mais qui se plaindra de sa présence ?

 

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Reste que la star (la Stella Star, même) est bien évidemment la belle Caroline, qui est de toutes les scènes ou presque. Plus séduisante que bonne actrice dans Starcrash, elle est ici présente pour apporter au tout une dose de charme certaine. Elle se fait tout de même voler la vedette par le robocop qui l’accompagne, nommé Elle (mais dans la VF on comprend « Elias »). Censé être le représentant de l’ordre et de la justice, il n’est là que pour lâcher des conneries et se plaindre (« ma ceinture est coincée » dit-il en voulant sortir d’un vaisseau à la forme de suppositoire), quand il ne se contredit pas clairement. Il claironne ainsi qu’en tant que robot, il n’a pas le sens de l’humour, ce qui est oublier qu’il rigolait bien de la capture de Stella Star et Akton deux minutes auparavant. Un petit rigolo qui ne se la joue pas C3PO pour autant puisqu’il sait sortir les armes lorsque la situation l’exige, réduisant en poussière moléculaire quelques amazones revêches. Bien fait pour leurs gueules! Bien entendu, ce tas de ferraille à l’humour parfois involontaire n’aide pas à donner une image sérieuse au travail de Cozzi et nombreux seront ceux qui catalogueront son œuvre de gros nanar. Il faut dire que le bâton est souvent tendu et que nombreux sont les aspects trahissant l’époque et le budget, forcément éloigné de ceux des blockbusters. Les costumes sentent le kitsch réchauffé, l’attaque finale ressemble plus à la guerre des maquettes qu’à La Guerre des Etoiles, les bruitages font « piou-piou » et « dziiiing » comme dans une bonne BD et les effets spéciaux étaient bien évidemment ridiculisés par ceux déployés par George Lucas quelques mois auparavant. Il n’est cependant pas interdit de les trouver agréables, comme ces parties rendant hommage à Ray Harryhausen, avec stop-motion à la clé. Bien entendu, il serait utopique de s’attendre à des animations du niveau de celles du roi Ray, la rigidité étant ici plus qu’évidente, donnant l’impression d’avoir affaire à des figurines à peine articulée. Mais le plaisir d’assister à de l’image par image efface ces quelques réserves, d’autant que s’il loupe le coche de la modernité, Cozzi se rattrape en donnant à son épopée quelques images fort réussies.

 

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Car il y a un coté poétique indéniable dans Starcrash, une certaine naïveté teintée de tendresse dans les images. Les incrustations ont beau ne plus être à l’ordre du jour et sentir le vétuste pour le public actuel, elles dégagent toutes un petit quelque-chose que seul le cinéma d’antan avec ses effets à l’ancienne pouvaient créer. Une ambiance indescriptible qui participe à la création d’un monde certes moins détaillé que ceux des Star Wars et Trek, mais qui laisse une grande place à l’imagination et ne s’en trouvent donc pas moins séduisant, bien au contraire. Certains regretteront que l’espace ressemble à un sapin de noël géant, que l’un des vaisseaux est multicolore, que les explosions se résument à quelques pétards, que le jargon général ne veut rien dire (mais bon, c’est le cas de beaucoup d’œuvres de SF), que la barrière maléfique du grand méchant ressemble à une coulée de vin rouge coupé à la grenadine ou que le sabre laser (passage obligé vous pensez bien) ne soit pas aussi beau que celui de Luke Skywalker. Ou on peut, comme moi, trouver que ces défauts sont finalement charmants et apprécier le coté pop, coloré, voire même psychédélique par moment, de la l’entreprise. Luigi Cozzi aura donc remporté son pari, car malgré les petits couacs qui peuvent faire sortir du film, il nous aura fait voyager dans sa modeste navette spatiale et nous aura montré un monde qui ne s’embarrasse d’aucune loi. Et c’est justement ce que l’on en attendait.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Luigi Cozzi
  • Scénarisation: Lewis Coates, Nat Wachsberger, R.A. Dillon
  • Titre original: Scontri stellari oltre la terza dimensione (ITA)
  • Production: Nat Wachsberger, Patrick Wachsberger
  • Pays: Italie, USA
  • Acteurs: Caroline Munro, Marjoe Gortner, David Hasselhof, Joe Spinell, Christopher Plummer
  • Année: 1978

5 comments to Starcrash: Le Choc des Etoiles

  • Roggy  says:

    Un film attachant malgré ses maladresses et ses effets spéciaux à l’ancienne, certains en stop-motion. Je le revois toujours avec plaisir. L’an dernier, à l’Etrange Festival, Caroline Munro était venue le présenter. Et, elle est toujours aussi jolie…

  • Dirty Max 666  says:

    C’est vrai, ce Starcrash est toujours aussi attachant et ce malgré le temps qui passe. Ses effets visuels à l’ancienne ont un charme fou, tout comme l’icône sexy incarnée par Caroline et le méchant de serial joué par Spinell. Bref, je n’échangerais jamais mon Starcrash contre un Star Wars : episode VII !

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    Caroline Munro brilla aussi, et davantage, dans « Capitaine Kronos », tueur de vampires » par Brian Clemens…

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