La Queue du Scorpion

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Ah la course à l’héritage… Certes, jouer à ce jeu de société avec vos amis vous promet une bonne soirée pleine de rebondissements, mais y jouer pour de vrai est encore plus amusant !

 

Si le giallo est un genre qui se fait discret depuis quelques décennies, il n’en était pas de même dans les années 70, véritable explosion du genre. Avec leurs intrigues policières aux meurtres graphiques tenant du cinéma d’horreur, les gialli avaient le vent en poupe depuis que Dario Argento les avait popularisés avec ses oiseaux aux plumages de cristal, ses mouches de velours gris ou encore ses chats dotés de neuf queues. Mais même si c’est le cadavérique maestro qui sera toujours considéré comme le roi du genre, il n’y a pas que l’auteur de Suspiria à avoir posé sa pierre sur l’édifice. C’est Sergio Martino qui va nous intéresser ici, lui qui a pondu un paquet d’œuvres du style comme L’Etrange Vice de Madame Wardh, Torso ou encore Toutes les Couleurs du Vice. Mais pas seulement ! Celui qui se fait parfois appeler Serge Martin ou Julian Barry pour les besoins d’une commercialisation plus aisée de ses oeuvres a aussi sévit dans le bis d’exploitation à grand renfort de 2017 après la Chute de New-York, Le Continent des Hommes-Poissons ou La Montagne du Dieu Cannibale. On lui doit aussi un film titré Les Zizis Baladeurs. Juste pour dire. Mais intéressons-nous à La Queue du Scorpion, son deuxième essai dans le giallo…

 

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Le film débute sur un avion qui explose en plein vol, visiblement victime d’une bombe placée à son bord. Parmi les victimes se trouvent un homme particulièrement fortuné, laissant à sa femme un héritage conséquent, ce qui ne manque pas de faire planer sur elle des soupçons, la rumeur courant qu’elle aurait pu commanditer l’attentat. Mais elle n’est pas la seule suspecte ! Lara Florakis, maîtresse de notre riche décédé, est bien décidée elle aussi à mettre la main sur le pactole. C’est dans cette histoire qu’est catapulté Peter Lynch, enquêteur pour les assurances, désireux de démêler le vrai du faux. Et très vite, l’habituel tueur ganté de cuir débarque et se met à tuer les suspects les uns après les autres, ne rendant que plus compliquée une affaire qui ne s’annonçait déjà pas simple à la base. Niveau histoire, on ne peut pas dire que La Queue du Scorpion se distingue particulièrement des autres gialli sortis dans ces années là. Peut-être un peu lent à démarrer, le film prend son temps mais, une fois lancé, enquille les meurtres comme dans un bon roman policier, Agatha Christie style.

 

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Martino n’est pas un débutant lorsqu’il entame La Queue du Scorpion (celle qui pique, pas celle qui nique). C’est déjà son sixième long-métrage et son deuxième giallo, alors il commence à avoir un certain savoir-faire, qui se retrouve tout naturellement dans le film. Ses scènes de meurtres sont parfaitement réalisées et il y sait y faire quand il s’agit de faire monter la tension. Scènes subjectives, ambiance lourde, décors inquiétants, éclairages à la Mario Bava, rien à dire, il connaît la recette ! Ses scènes horrifiques sont d’ailleurs tellement sympathiques qu’on peine un peu à s’intéresser à celles qui n’offrent aucun effroi. L’intrigue policière n’est pas mauvaise mais elle ne nous semble pas assez intrigante pour qu’on s’y accroche comme des sangsues non plus. C’est un reproche qu’on peut faire régulièrement aux italiens: tout le soin apporté à leurs séquences de meurtres ne se voit que rarement dans les scènes d’expositions ou de dialogues, on ne peut plus banales dans le cas de La Queue du Scorpion.

 

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Comme on a tendance à s’ennuyer un peu durant l’avancée de l’enquête, notre esprit vagabonde un peu et l’on essaie de reconnaître des têtes qui nous sont familières, à nous les bisseux. Et il y en a ! Comme Georges Hilton, un vieux routier de la scène italienne, lui qui a interprété Django et a plus d’un giallo dans son sac (Toutes les Couleurs du Vice, Folie Meurtière,…) et est ici le héros. C’est également le tombeur de service, celui qui énerve toujours un peu le reste de la gente masculine. La sublime Anita Strindberg joue une journaliste un peu curieuse et est elle aussi une habituée du style (on l’a vue dans Le Venin de la Peur de Fulci), tout comme Ida Galli, la veuve qui hérite, présente dans le génial Le Corps et le Fouet de Mario Bava. Mais que fait la police ? Et bien pour une fois, ils ne sont pas trop cons et sont joués par Luigi Pistilli (La Baie Sanglante, excusez du peu !) et l’argentin Alberto de Mendoza (Terreur dans le Shangaï Express avec Peter Cushing et Christopher Lee) tous deux plus charismatiques que notre Django de héros ! La plupart ne surjouent pas trop, ce qui est un risque régulier avec le cinéma italien. Ce qui n’empêche pas le film d’avoir des raccourcis très théâtraux…

 

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Car on a souvent l’impression d’être devant une pièce italienne tant tout est expliqué le plus vite possible, dans les dialogues, sans laisser la moindre place à la subtilité. Les personnages se rencontrent à peine mais se racontent déjà leurs plans les plus tordus dans un débit de parole insensé. Vous vous imaginez raconter votre vie au chauffeur de bus quand vous prenez votre ticket ? Ou expliquez à votre pire ennemi comment vous allez lui piquer sa femme et son boulot ? Cela ne semble pas être bizarre aux yeux du scénariste Ernesto Gastaldi, scénariste de toute une brouette de films bis italiens comme L’Effroyable Secret du Docteur Hichcock, Le Corps et le Fouet ou Le Grand Alligator. Mais c’est le coté un peu balourd de l’époque, voire du montage, qui veut ça. Notre Peter Lynch discute calmement avec la journaliste, qui lui fait sous-entendre qu’il est possible que quelque-chose soit passé au travers du filet de sa vigilance, un détail perdu dans sa mémoire (le coup classique des gialli). La scène suivante, on le retrouve en train de réfléchir, disant « j’ai certainement raté un truc, quelque-chose qui est dans ma mémoire », comme ça, sans transition. Un peu brusque, quand même, d’autant qu’il répète sans finesse ce que vient de lui dire sa nouvelle amie…

 

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Mais ces petits défauts et cet intérêt tout relatif pour les scènes d’enquête ne font pas de La Queue du Scorpion un mauvais coup. Ca l’empêche juste d’être un chef d’œuvre du style. En l’état, il en est surtout un très agréable avatar. Martino se donne à fond pour les scènes de trouille, en témoigne celle où un type déjà pas bien rassurant monte dans le grenier de son amie à la recherche d’un tueur en fuite, découvrant une pièce remplie de poupées cassées et un tableau atroce. Un beau moment de tension, avec des décors que seule l’époque pouvait nous offrir. En plus, le Sergio nous offre un beau voyage puisqu’on passe de l’Angleterre à la Grèce, avec une jolie petite croisière qui nous rappellera les vacances ensoleillées. C’est que c’est un généreux, Sergio !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Sergio Martino
  • Scénario: Ernesto Gastaldi
  • Titres: La coda dello scorpione (ITA), The case of the scorpion’s tail (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Georges Hilton, Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Luigi Pistilli, Ida Galli
  • Année: 1971

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