Razor Blade Smile

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Si, comme beaucoup de monde, vous avez été déçus par les adaptations de Bloodrayne réalisées par ce coquin boxeur d’Uwe Boll, il vous reste une alternative. Pas forcément meilleure, mais en tout cas largement plus sincère. Et cette alternative, elle s’appelle Razor Blade Smile.

 

Si l’on en croit les clichés à notre encontre, certes devenus rares, nous ne sommes que de vulgaires cannibales dégoulinants, des mutants violents, des serial-killers en puissance. Et les réalisateurs qui nous approvisionnent en déflagrations horrifiques sont quant à eux considérés comme de terribles pervers qui ne méritent que l’enfer et ses flammes éternelles. Pourtant, il suffit de se pencher un peu sur les hommes (et les quelques femmes) en question pour se rendre compte qu’ils n’ont pas franchement le physique de l’emploi. Des Georges Romero, Lucio Fulci, Stuart Gordon, John Carpenter ou Wes Craven ont même plutôt des tronches de bon pères (ou grands-pères, désormais) de famille, certains arborant même une barbe qui les rapproche plus de Santa Claus que de Satan Claus. Tout l’inverse d’un Jake West qui, lui, porte le délit sur la tronche. Volontiers grimaçant sur les photos, les cheveux peroxydés, des habits de punk, l’anglais est définitivement rock’n roll et ne tient pas à cacher son appartenance au bis, un milieu dans lequel il évolue depuis un petit moment déjà. Au début des nineties pour être précis, soit l’époque où il commence à faire ses armes sur quelques courts-métrages avant de passer à la version longue sur son vampirique Razor Blade Smile. Suivront bien des projets, dont quelques documentaires (dont l’indispensable Video Nasties: Moral Panic, Censorship and Videotape) mais aussi des films, dont les plus connus dans nos contrées sont Evil Aliens et Doghouse. De la série B plutôt fendarde, qui ne pète jamais plus haut que son cul et ne tente jamais de se faire passer pour autre-chose que ce qu’elle est. Un gars indéniablement sincère, qui fait son petit bonhomme de chemin dans son coin, sans se presser, ne cédant que rarement aux sirènes des productions plus cossues, comme pour un Pumpkinhead: Ashes to Ashes anecdotique mais pas honteux. Dernièrement, on l’a également retrouvé à la lettre « S » de l’abécédaire The ABCs of Death pour un « S is for Speed » qui le renvoie à ses premiers amours débutés sur Razor Blade Smile, à base de demoiselles lourdement armées…

 

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Lilith Silver est une vampire très maligne. Histoire de joindre l’utile à l’agréable, elle a décidé de devenir tueuse à gages, ce qui lui permet de faire des suçons bien profonds à ses proies tout en étant payée pour la cause. Pratique. Mais voilà, notre dangereuse dame semble s’être mise dans de sales draps en assassinant un vieux barbu dans son bain, le gaillard en question appartenant à une secte dirigée par… un vampire! Et pas n’importe lequel, le monstre, nommé Sethane Blake, étant également le gros vilain qui l’a transformée en démone voilà plusieurs centaines d’années. Lilith l’ignore mais elle va très vite avoir au cul tous les hommes de main de son ennemi juré qui, pour ne rien arranger, à également des troupes dans les forces de police… On retrouve là le script classique du film de vampires versant plus ou moins dans le polar ou le film d’action, la vengeance étant un plat que les goules aiment bien saignant. Une occasion de sortir flingues et sabres, comme beaucoup de jeux-vidéos le feront par la suite, quand ce ne sont pas des films, les similitudes entre Razor Blade Smile et le bien fade Rise avec Lucy Liu étant assez frappantes. Comme quoi Jake West aura grillé la politesse a tout le monde, de nombreuses années en avance et, surtout, avec un budget moindre. Car son premier long est une petite production indépendante, qui a l’originalité d’être produite par Manga Live Pictures, société spécialisée dans l’édition DVD (ou VHS dans le temps) d’animations japonaises. Guère surprenant au vu du look et des méthodes de Lilith, qui décapite ses adversaires ou les change en passoires dans une tenue de cuir qui la renvoie autant aux héroïnes asiatiques qu’aux soirées goth. West pourra donc compter sur une distribution conséquente, qui lui assurera par ailleurs une sortie en salles, certes limitée, mais c’est toujours ça de pris. Surtout pour une œuvre si modeste, le film étant même considéré comme étant le plus petit budget à être sorti sur les grands écrans britanniques.

 

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Car ça ne chie pas le pognon dans Razor Blade Smile, vous vous en doutez bien, le wild wild West étant obligé de composer avec les conditions habituelles de la série B, voire Z. Car même si le film a remporté plusieurs prix lors du B-Movie Film Festival de Syracuse, il s’agit ici surtout d’un vrai Z, avec des effets rudimentaires (quelques décapitations, un peu de faux sang, rien de bien folichon quoi) et des acteurs tous assez mauvais. West rameute Eileen Daly pour lui confier le rôle principal, mannequin qui se fera connaître en posant pour des revues spécialisées dans le cinéma fantastique. Une femme sans doute très sympathique, qui continuera sa discrète carrière dans le cinoche indépendant de genre anglais (on l’a vue dans Cradle of Fear), mais pas franchement une grande actrice. Si cela passe lorsque son personnage reste calme ou pensif, rien ne va plus lorsqu’elle dévoile ses attributs vampiriques, pestant comme un chat face à un chien avec des mimiques qui auraient pu trouver place dans un Jean Rollin. Et ce n’est rien face au pire ennemi de la demoiselle, incarné par Christopher Adamson, acteur qui passe de la série B (on le revoit dans Evil Aliens ou Freakshow) à l’énorme production (les Pirates des Caraïbes). Versatile, le monsieur, comme son jeu d’acteur, plutôt correct quand il est calme ou un peu blagueur, carrément embarrassant quand lui aussi se la joue vampire fou. Mais bon, qui irait reprocher à une série Z ses mauvais acteurs ? Cela fait partie du jeu, si ce n’est du plaisir, et admirer leurs gesticulations permet de patienter entre deux fulgurances. Malheureusement, elles se font rares dans Razor Blade Smile, les scènes d’action étant plus qu’absentes lors de la grande majorité du film. On en a un peu au début (un échange contre des gardes du corps sur un terrain de tennis) et un peu vers la fin (une fusillade dans des rochers, un petit combat avec des pieux puis un final aux sabres). Bon, après tout, peu importe la quantité et il n’est pas bien grave de passer trente minutes un peu molles si la suite est de qualité.

 

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Malheureusement, le maigre budget alloué à West (12 000 livres Sterling, plus 8000 de postproduction) ne lui permet pas de faire beaucoup de folies, le réalisateur devant se contenter de quelques passes d’armes. C’est surtout visible lors des gunfights, plutôt rudimentaires, qui ont par ailleurs la bonne idée de miser sur des décors sympas (les roches avec leur mousse verte, ça le fait bien) plutôt que sur les acrobaties, inexistantes. West tente de se rattraper en donnant un peu de peps aux combats de sabres mais sans grand succès, ses acteurs n’étant pas des épéistes rompus à l’exercice, ce qui se remarque dans leurs poses, Adamson donnant même l’impression, le temps d’un plan, de s’asseoir sur des toilettes invisibles pour y couler le bronze de sa vie. Histoire de ne pas miser seulement sur son action toute relative, West décide de plonger les pieds joints dans l’érotisme, dénudant ses actrices suffisamment régulièrement pour que les bisseux endormis rouvrent l’œil, la partie centrale du film n’étant d’ailleurs que des scènes de cul, plutôt explicites. Bon ce n’est pas du Brigitte Lahaie ou La Vie d’Adèle, nouvel étendard du porno français, mais cela vaut bien un bon téléfilm M6. Mieux, les effusions de sang sur ces corps dénudés apportent un petit plus auquel les chaînes de télé ne se risqueront jamais. West va parfois assez loin, comme lorsque notre héroïne caresse sa nouvelle amie dans une séance de saphisme, se retrouvant avec les doigts plein de sang, signe que sa compagne d’un soir est bien réglée. Et c’est goulument que Lilith va plonger ses doigts trempés du liquide vital d’autrui dans sa propre bouche! Si certains furent choqués vingt ans auparavant du sang de vierge que léchait un Dracula malade dans Du Sang pour Dracula, que diraient-ils de cette scène ? Pour sûr qu’ils n’apprécieraient pas…

 

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Malheureusement, c’est à peu près la seule séquence que l’on retiendra vraiment de Razor Blade Smile qui reste un produit bien terne. Le film aurait pu s’en sortir en jouant pleinement la carte du gros délire Z, en assumant ses mauvais acteurs et effets, en plaçant de l’action ou de l’horreur régulièrement. Ce qui aurait été en adéquation avec la personnalité de Jake West, qui est un bisseux pur jus (la preuve, il a David « L’Au-delà » Warbeck dans son film). Mais, étrangement, il préfère faire basculer son film dans un polar emmerdant au possible, étirant au-delà du raisonnable une intrigue pourtant bien mince. Amputé d’une bonne vingtaine de minutes, le film (qui en dure une centaine) y aurait gagné pas mal car en l’état on se demande un peu ce qu’a tenté de faire l’anglais, également scénariste, qui semblait le cul coincé entre quatre ou cinq chaises. Pour dire le décalage entre les intentions et le résultat, on a parfois la sensation d’assister à un documentaire sur les gothiques qui serait diffusé sur Arte à deux heures du mat’. Ce n’est pas toujours désagréable, comme lorsqu’une Lilith désabusée regarde un paysage urbain et nocturne défiler, ou quand le script s’autorise un twist bien difficile à prévoir, mais cela ne distrait malheureusement jamais. On sent pourtant que West a des idées et a tenté des choses, ne serait-ce qu’au niveau de la réalisation, mais il est là encore balayé par ses petits moyens, Razor Blade Smile ressemblant plus à un film amateur qu’à une vraie série B. D’un bleuté constant, la photographie finit même par donner la nausée, même si elle a le mérite d’avoir tenté quelque-chose, une fois de plus. Malheureusement, les efforts auront été vains et il est bien difficile d’apprécier le résultat, malgré toute la sympathie que l’on a pour l’auteur, qui aura eu le tort de miser beaucoup sur une histoire un peu trop simple. Heureusement, il fera tout de même bien mieux par la suite…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Jake West
  • Scénarisation: Jake West
  • Production: Jake West, Robert Mercer
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Eileen Daly, Christopher Adamson, Jonathan Coote, Isabel Brook
  • Année: 1998

2 comments to Razor Blade Smile

  • Roggy  says:

    Pour le budget que tu mentionnes, je reste asses indulgent pour ce film de Jake West qui est proche du semi-amateur. je crois que le « Evil Alien » est pire…

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