La Vallée de Gwangi

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Vous n’en pouvez plus d’attendre le nouveau Jurassic Park ? Il vous faut votre dose de lézards préhistoriques affamés ? Quoi de mieux que de regarder vers le passé et s’engouffrer dans une vallée aux mille dangers. Suivez le guide, il s’appelle Ray Harryhausen!

 

L’évolution des technologies n’a pas que du bon. Certes, cela rend les choses plus faciles pour beaucoup de monde et tout un chacun peut désormais, s’il en a le talent et les moyens, faire son petit film de monstre avec son PC et les programmes associés. Du dur labeur, des heures d’enfermement dans une pièce, avec pour seuls compagnons un clavier et un écran. Et les choses sont très biens comme ça, cette répartition des moyens étant une saine chose. Malheureusement, la relative facilité (en comparaison d’autres techniques, comprenons-nous bien) dans la création de CGI aura également éliminé la concurrence, petit à petit. Les effets pratiques se font de plus en plus rares et c’est désormais avec la larme à l’œil que l’on visionne des The Thing et autres Loup-Garou de Londres, qui représentent une certaine idée du « bon vieux temps ». Et la tendance ne va bien évidemment pas s’inverser avec la stop-motion, art mourant s’il en est, archaïque pour beaucoup, et qui de nos jours existe surtout via les œuvres du studio Aardman (Wallace et Gromit). Une énorme perte pour le cinéma qui se prive peu à peu d’une pratique qui nous aura tant fait rêver. Et le décès de Ray Harryhausen, l’une des plus grandes légendes du fantastique, survenu l’an passé n’est pas fait pour nous réconforter. Il semblerait que « l’image par image » disparaît un peu plus chaque jour, rendant encore plus importants les instants passés devant ces monstres et dinosaures féériques. Alors crions haut et fort notre amour pour cet artisanat jugé dépassé par beaucoup et rappelons à quel point il nous semble merveilleux, avec La Vallée de Gwangi, l’une des œuvres dont on parle le moins lorsque l’on cite le roi Harry.

 

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A vrai dire, on ne parle peut-être pas autant de La Vallée de Gwangi que d’un Jason et les Argonautes ou un Le Choc des Titans parce que le film est tout simplement inédit en DVD dans nos contrées. Il nous faut donc dépoussiérer nos vieilles VHS ou fouiner dans les bas-fonds du net pour espérer pouvoir faire une randonnée dans la fameuse vallée maudite. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à vouloir y mettre le pied, quelques cowboys semblant particulièrement intéressés par une expédition dans ces contrées secrètes. Et ils ont de bonnes raisons: créateurs d’un cirque ambulant, ils tombent sur un cheval de la taille d’un chat, ce qui leur donne bien évidemment des idées d’attractions. C’est que la créature rime avec « jackpot » et tout le monde commence à s’y intéresser: la belle T.J et son ex-boyfriend Kirby veulent en faire la star de leur show, un scientifique aimerait montrer sa découverte au monde entier, en opposition à un groupe de gitans qui préfèreraient voir le petit poney retourner dans sa vallée magique, effrayés qu’ils sont par une prétendue malédiction qui risque de leur tomber sur la gueule. Tout ce beau monde ou presque se rend donc sur les lieux où vivent ces chevaux de poche et tombent sur des dinosaures, dont le fameux Gwangi, allosaure (une sorte de T-rex) rarement de bonne humeur. Leurs chances de survie deviennent soudainement plus minces et il va leur falloir bien du courage et de la chance pour pouvoir repartir en arrière… A moins qu’ils ne parviennent à capturer Gwangi et en faire la star de leur show ? Si tout cela vous fait penser à un classique bien connu, rien de plus normal, le récit ici présent étant une version reptilisée de King Kong, voire même d’un Mighty Joe Young avec lequel il partage ses cowboys, quand cela ne lorgne pas du coté du Monde Perdu. Les scènes clés sont donc à peu de choses près les mêmes avec juste l’absence d’un primate qui sera donc remplacé par Gwangi le furieux. Lui aussi combattra d’autres bestioles comme un éléphant ou d’autres dinosaures, tout comme il s’échappera de sa cage pour aller faire des ravages parmi la foule. Mais contrairement à nos singes sympathiques, le gros dino n’est pas du genre à attirer la sympathie du public. Présenté comme le mal incarné, il finira même son parcours dans une église enflammée, symbole supplémentaire permettant de l’identifier comme le mal incarné.

 

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Comme tous les réalisateurs ayant bossés avec le maître de la stop-motion, Jim O’Connolly, metteur en scène de cette Vallée de Gwangi et qui s’occupera plus tard de La Tour du Diable, est un peu effacé face au colosse Harryhausen. C’est que tous les regards se porteront forcément sur les séquences à effets spéciaux, bien évidemment emballées par le grand Ray, ce qui ne laisse plus beaucoup de place au pauvre O’Connolly. Certains pourraient même regretter sa présence puisqu’il étire un peu la première partie, l’exposition durant tout de même près de quarante minutes, une attente qui peut paraître longue lorsque l’on n’a qu’une envie: voir la vallée et les dinosaures. Mais la bonne humeur l’emporte heureusement sur le reste, tout comme le plaisir de se retrouver face à un vrai film d’aventure, familial sans être enfantin (il y a des morts d’ailleurs). Certes, la deuxième partie, celle dans laquelle les festivités débutent réellement, est plus prenante que la première, mais O’Connolly se trouve être fort efficace lorsqu’il s’agit de dépeindre la situation et les divers camps qui s’opposeront ou s’allieront selon les circonstances. Des personnages par ailleurs assez sympathiques, quoique clichés. On retrouve le héros au sourire Colgate (James Franciscus du Chat à neuf queues), bon gars un brin arrogant mais avec un cœur gros comme ça, qui va tout faire pour aider la fille qu’il aime, elle aussi bien gentille et assez classique. Mais se retrouver devant des archétypes n’est un problème que si l’on décide que cela en est un, avoir un film classique dans le bon sens du terme ayant aussi ses avantages, comme un certain confort. On appréciera aussi d’assister à un film d’aventure à l’ancienne, noble, jamais rigolard ou cynique, ce qui à notre époque se trouve être une véritable bouffée d’air frais, comme si nous quittions un Paris pollué pour des champs fleuris. O’Connolly s’en tire donc avec les honneurs, d’autant qu’il n’était pas censé être le réalisateur, le projet étant à la base prévu pour Willis O’Brien, créateur des effets spéciaux de King Kong. Réalisateur qui décédera malheureusement quelques années avant le tournage de Gwangi.

 

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Reste que le gros morceau, c’est bien évidemment le périple dans la fameuse vallée et tout ce qu’il s’en suit. Car si vous trouviez que la première partie était un peu pingre en monstres, vous serez servis avec la deuxième. Car là c’est festival et cela n’arrête jamais, entre les ptérodactyles et les cousins des tricératops, sans oublier le fameux Gwangi qui est pour ainsi dire omniprésent. Pour notre plus grand plaisir, bien évidemment. Autant dire que Ray Harryhausen, qui, cela va sans dire, s’est occupé de toutes ces séquences, peut dès lors être considéré comme un co-réalisateur, grade qui lui est d’ailleurs souvent offert. Qui a déjà vu un film avec des effets à la Harryhausen sait d’avance que l’animation pourra se vanter d’un charme que l’on ne retrouve pour ainsi dire que chez lui. Certes, Gwangi et ses congénères ne sont pas aussi mémorables que le Kraken, la méduse, Talos ou encore Kali puisqu’au fond ce ne sont « que » des dinosaures et que Harryhausen avait déjà tâté des reptiles dans Un Million d’Années avant J.C.. Mais le manque de nouveautés que peuvent représenter ces monstres à écailles ne signifie nullement que l’on ne prendra aucun plaisir à les voir se foutre sur la gueule ou tout simplement bouger. Car la magie Harryhausen est intacte et nous redevenons instantanément des gamins de six ans dès que les croqueurs préhistoriques apparaissent à l’écran. C’est d’ailleurs peut-être l’un des films du maître dans lequel les monstres sont les plus présents et il est difficile de ne pas avoir une pensée émue pour celui qui passa toute une partie de sa vie dans une chambre sombre à faire bouger des figurines de quelques millimètres toutes les deux ou trois secondes… Autant dire qu’il est difficile d’avoir la moindre pensée négative à l’encontre du long-métrage lorsque l’on a en tête les difficultés rencontrées pour ne serait-ce qu’une minute de film. Et chaque minute montrant le moindre monstre dans Gwangi est tout simplement parfaite. Ca vous donne une idée…

 

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La Vallée de Gwangi est donc un voyage particulièrement agréable et bon enfant, que ce soit dans sa première heure qui aligne tous les éléments du western ou dans sa deuxième qui plonge tête baissée dans les aventures fantastiques. O’Connolly et Harryhausen nous ramènent au bon vieux temps, celui où le divertissement populaire était conçu pour faire rêver les gens et non leur vider le porte-monnaie. Malheureusement, Gwangi fut un échec l’année de sa sortie, la promotion n’ayant pas été à la hauteur, ce qui n’entraina pas, comme vous vous en doutez, une affluence énorme. Cruel et non-mérité, cette escapade dans la préhistoire se trouvant être un divertissement de haute volée. Plus que recommandable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jim O’Connolly, Ray Harryhausen
  • Scénarisation: William Bast, Willis H. O’Brien, Julian More
  • Titre Original: The Valley of Gwangi
  • Production: Charles H. Schneer, Ray Harryhausen
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Franciscus, Gila Golan, Richard Carlson
  • Année: 1969

4 comments to La Vallée de Gwangi

  • Roggy  says:

    J’adore tous les Ray Harryhausen surtout pour les effets spéciaux d’ailleurs. Ici, peu importe l’histoire, nous sommes là pour les magnifiques monstres en stop motion et qui rend hommage au King Kong de 1933. Ray forever.

  • alice in oliver  says:

    Une rareté très sympa en effet, qui oscille entre le fantastique et un petit côté western.

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