Anthropophagous

Category: Films Comments: 7 comments

Histoire de fêter la sortie en DVD du classique des vidéoclubs sanglants qu’est le Anthropophagous de Joe d’Amato, Toxic Crypt prête son stylo osseux à Loïc Bugnon, organisateur du Bloody Week-end, qui va mettre les mains dans les tripes grecques pour un hommage à l’un de ses films cultes. Surveillez vos nombrils…

 

 

Chronique de Loïc Bugnon:

Anthropophagous est un grand monument du cinéma gore des années 80, que j’avais découvert à l’âge de douze ans, grâce à notre cher support disparu, la VHS, et son acolyte le vidéo club… On parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… et qui n’existe plus. Réalisé avec très peu de moyens par l’inénarrable Joe d’Amato, le roi du bis italien (à qui l’on doit également La Nuit fantastique des morts-vivants, Porno holocaust, Blue Holocaust…), Anthropophagous débarque comme un ovni. Le scénario est très basique : un village isolé au bord de la mer Egée, un groupe de jeunes touristes innocents qui partent en voilier se divertir, un dégénéré en attente de chair fraîche qui les attend avec impatience… voilà ! Ça donne envie n’est-ce pas ?

 

anthro5

 

Ce n’est pas sans plaisir que j’insère dans mon lecteur DVD cette bonne vieille galette… J’en profite d’ailleurs pour remercier la maison d’édition BACH FILMS qui nous permet de redécouvrir ce film en DVD, ainsi que Horrible, dans lequel Georges Eastman prend toujours à cœur son personnage de cannibale psychopathe. Depuis le temps que l’on attend cette sortie DVD ! On est très heureux de pouvoir le voir à la maison… Tout de suite nous saute aux yeux une image jaunâtre, granuleuse, vieillie, présente dès le générique, un peu comme un vieux film de vacances sur du 8mm, projeté en famille sur un bout de mur blanc… A rappeler que Joe D’Amato filmait en 16 mm, mais tout cela ne nuit pas au film, bien au contraire, l’effet véridique n’en est que renforcé, et la tension du film n’en est que plus forte…

 

anthro1

 

Pour les plus vieux d’entre nous, certains se souviennent peut-être (ou pas du tout d’ailleurs) qu’au niveau interprétation c’est assez calamiteux, voire très amateur, mis à part notre guest-star Georges Eastman qui nous fait très peur dans son rôle de dégénéré au visage ravagé par des crevasses en tous genres… Il en jette d’effroi, le Georges Eastman ! Un rôle qu’il prend très à cœur, même si celui-ci se résume à des grognements, ça le fait quand même… Mais pourquoi est-il aussi méchant? La musique quant à elle est très énigmatique, conceptuelle, voire plutôt loufoque sur certains passages, mais elle renforce parfaitement le sentiment de malaise. A l’époque, ce type de musique atypique était très utilisé sur les films de genre italien, pour son contraste avec l’image.

 

anthro3

 

Malgré le synopsis, des longueurs qui jouent sur notre patience, des dialogues creux suivis de meurtres pas toujours fun, Joe D’amato arrive néanmoins à construire une atmosphère malsaine, même si la pauvreté des moyens techniques se fait énormément ressentir… Mais on ne peut pas lui en vouloir, on fait avec ce que l’on a en poche ! Il faut nous remettre dans le contexte d’époque, car difficile de faire mieux sur un synopsis qui n’est pas vraiment original. Ce qui a fait le succès du film, ce sont surtout ses deux scènes qui resterons gravées dans nos mémoires de cinéphiles, celle dans laquelle le dérangé (George Eastman) arrache un fœtus, et puis la fameuse scène d’auto cannibalisme qui a fait le tour du monde et qui m’avait tellement fait mal au ventre à l’époque… D’ailleurs je m’en suis jamais vraiment trop remis depuis ! Une scène, il faut vous l’avouer, que l’on attend avec impatience, un peu trop longtemps, et qui vous achève comme elle achève le film: brutalement.

 

anthro1

 

Il faut bien dire que le film n’est pas vraiment effroyable, il a quand même bien vieillit ! Trente-quatre ans tout de même… On remarque d’ailleurs le bon côté cheap des effets spéciaux. Gamin, ça passait bien, mais avec du recul aujourd’hui, on en rigole beaucoup… Nous reste toutefois la jaquette de la VHS, assez dérangeante pour l’époque, qui met en avant une scène extrêmement courte du film. A cela s’ajoute le titre, pour le moins évocateur, voire racoleur, « l’homme qui se mange lui-même » qui laisse un côté perplexe voire glauque. Une seule envie : braver l’interdit, et le visionner… L’éditeur René Château Vidéo, champion de la communication, avait tout compris avec sa phrase devenue mythique: les films que vous ne verrez jamais à la télévision ! Cet « impact media » des années quatre-vingt ne fait plus trop recette de nos jours. A l’époque, on ne parlait pas ou très peu de ce qui était interdit, le seul moyen de vérifier la qualité d’un film était de le visionner. On se contentait du résumé de la Jacquette VHS et des magazines spécifiques comme l’Ecran Fantastique que nous lisions, comme aujourd’hui, avec grand plaisir.

 

anthro2

 

Pour conclure, aussi bien qu’un coucher de soleil sur Mikonos, Anthropophagous reste un classique du genre, c’est indéniable. Et même s’il a subi les outrages du temps, on en garde encore des merveilleux souvenirs. C’est donc avec plaisir que l’on se laisse encore une fois chavirer sur cette île grecque aussi paradisiaque soit-elle en dansant le sirtaki. Bon film et bon appétit.

Loïc Bugnon

 


 

 

Chronique de Rigs Mordo:

Quand on aime, on ne compte pas, et comme je suis loin d’être insensible aux vacances grecques que s’offre Joe D’Amato avec Anthropophagous, c’est sans scrupules que j’offre à ce classique du cinéma bis eighties un second avais, après celui déjà publié de Loïc Bugnon, le Mister Bloody Week-End himself! Puisque deux avis valent mieux qu’un, je ne vais pas me gêner!

 

A vrai dire, mon avis est grosso modo (grosso Mordo, même) le même que celui de Bloody Loïc et vous pourriez bien vous contentez de son texte, qui résume plutôt bien ma pensée, elle aussi positive à l’égard de ce qui reste le film le plus connu de son auteur, le grand Joe D’Amato. Pas forcément celui que ses adorateurs placent jugent comme son meilleur travail, son chef-d’œuvre étant pour beaucoup le très malsain Blue Holocaust. Mais voilà, le film qui faisait rêver les jeunes bisseux qui bouffaient trois cassettes au ptit dej’, c’est Anthropophagous et pas un autre. Il faut dire qu’il y avait de quoi s’exciter un brin en découvrant l’accroche du film: « l’homme qui se mange lui-même », relayée par une affiche qui mettait cette belle promesse en image, un barbu aux cheveux qui se raréfient s’envoyant ses propres intestins dans le gosier, la mer et un joli coucher de soleil en arrière-plan. Ce serait poétique si ce n’était pas aussi dégueulasse, tiens! Un visuel qui avait de quoi laisser pensif, voire même rêveur, puisque même si de nombreuses jaquettes avaient le don, malheureusement perdu dès la fin des années 90, de vous hameçonner l’œil avec des peintures qui se révélaient souvent meilleures que le film lui-même, peu se permettaient de montrer du gore de manière aussi frontale. On était habitués aux mains velues qui tiennent un couteau ensanglanté, aux demoiselles dévêtues harcelées par un maniaque ou un monstre, aux zombies qui sortent de leurs tombes ou de leur lac, mais pas aux mecs qui utilisent leurs entrailles comme spaghettis! D’ailleurs, il fallait être une bobine italienne pour proposer pareil menu, les ritals étant à l’époque les grands fournisseurs de scènes osées. Echardes dans l’œil, poteaux en bois dans le cul façon Koh Lanta, curé qui tombe d’une falaise et s’arrache le visage sur la paroi rocheuse, type qui se fait couper la queue par des cannibales amateurs de boudin blanc, marmot zombifié qui bouffe le téton de sa daronne d’un bon coup de dents,… Si les Américains n’étaient pas tristes non plus à l’époque et profitaient bien de la vague du slasher pour se laisser aller à quelques bas instincts qui nous permettaient de passer de jolies soirées, les Italiens les battaient à plate couture, leur écrasaient la face à grands coups de marteaux, Cannibal Corpse style. Mais même des films comme L’Enfer des Zombies, L’Au-delà, Virus Cannibale, Le Manoir de la Terreur ou Cannibal Ferox ne se laissaient pas aller à des visuels trop trash. Bien sûr leurs jaquettes, souvent très jolies par ailleurs, laissaient imaginer quel joyeux spectacles renfermaient les boitiers, mais ce n’était jamais démonstratif à l’extrême. Celle d’Anthropophagous si.

 

antho2

 

Elle attirait d’ailleurs si bien l’attention qu’elle apportait son lot de problèmes, surtout en Angleterre, même si ce n’était pas le même visuel, qui par ailleurs promettait le même genre d’horreurs. Anthropophagous fait d’ailleurs partie de la liste des Video Nasties, les VHS prohibées par des Londoniens mous du bulbe qui étaient persuadés que les films de Fulci, Argento, Lenzi, Deodato et donc D’Amato allaient créer des serial-killer cannibales qui se lacèrent la teub en pourchassant des gamines qu’ils allaient violer. Il n’en est bien évidemment rien et tout ce que le film de l’ami Joe vous apportera comme sensation, c’est l’envie de manger des pâtes à la bolognaise. Mais il y avait de quoi renforcer encore un peu l’aura de culte qui flotte autour du film, sorti en 1980 avec le but évident de profiter du regain d’intérêt rencontré par l’horreur italienne depuis les succès de Fulci et Argento. Les bisseux Français se souviennent en tout cas avec une belle nostalgie de la découverte de cette bande mémorable, d’autant qu’elle ne bénéficie pas d’un scénario compliqué qui pourrait induire vos souvenirs en erreur. Une petite bande de vacanciers qui va passer du bon temps sur une île grecque et qui va croiser le chemin d’un type à mi-chemin entre le monstre et le fou furieux grognon (et grogneur), emballez c’est pesé! Pas besoin de plus vous me direz, Anthropophagous n’étant jamais qu’un slasher comme un autre sur le papier, les films du style n’ayant jamais eu besoin de scripts de Christopher Nolan pour faire ce que l’on attend d’eux: ouvrir un rayon boucherie digne de celui de Madame Popineau, la sympathique bouchère belge que croisait Maigret dans l’épisode Les Vacances de Maigret (ça c’est de la référence!). Et bien évidemment, Joe D’Amato oblige, le contrat est rempli, ce qui ne surprendra personne au vu de la réputation sanglante du film, qui aligne plusieurs séquences gores. Un hachoir dans la gueule, un visage qui s’arrache un peu après être passé au travers d’un toit, gorge croquée par notre cannibale en chef, quelques scènes crues bien agréables pour les viandards que nous sommes mais qui finalement ne constituent pas grand-chose face aux deux séquences cultes du récit.

 

anthro3

 

La première est bien évidemment celle où notre monstrueux personnage se met à manger ses propres boyaux (faut avoir que de la soupe de chauve-souris à manger pour en arriver là), qui survient juste avant que le film ne cesse brutalement, comme si rien ne pouvait surpasser cette scène en matière d’horreur et qu’il valait mieux en faire le clou du spectacle. Bon, c’est surtout parce que le gaillard doit être un peu moins frais une fois le ventre creux et qu’il lui aurait été difficile de continuer à poursuivre les vacanciers dans cet état, même s’il en aurait été capable et que cela aurait donné de jolies scènes de voir ce grand barbu courir après ses proies avec ses viscères qui trainent au sol… Mais l’objet du délit qui attira les autorités anglaises, c’est clairement la séquence, mythique elle aussi, lors de laquelle le grand Grec s’improvise sage-femme. Pas besoin d’utiliser le forceps, notre médecin (sans frontières en matière d’atrocité) y va comme un vétérinaire et tire à main nue, enfonçant son bras dans le fondement de Madame pour en extraire le nouveau né, encore à l’état de fœtus. Coupage de cordon, tape sur les fesses, Madame c’est un garçon, donnez lui le sein ? Tu parles, le sauvage croque dedans à pleines dents, bouffant le bébé (un lapin lors du tournage) sous les yeux incrédules de ses parents. La plupart des tueurs affiliés aux slasher n’en font pas autant lors de leurs petites escapades nocturnes, les pleutres! Le revers de la médaille pour Anthropophagous c’est que si ces deux passages en font sa renommée, il est aussi généralement réduit à ces deux scènes, beaucoup des spectateurs ayant tâté de cette belle bisserie n’hésitent d’ailleurs pas à assurer que le film du vieux Joe n’a pour lui que ces quelques minutes et que le reste est gentiment oubliable. Quand ils ne disent pas carrément que le film est très mauvais, emmerdant, aux frontières du nanar, bref qu’il n’a pour lui que ses deux scènes choquantes et sa réputation. Un peu dur? Carrément!

 

anthro4

 

Soyons francs d’entrée de jeu (enfin, d’entrée de jeu, après trois pages Word quand même…): Anthropophagous est pas LA pépite du cinéma bis, ni même du cinoche horrifique italien. Non, c’est pas La pépite. Mais c’est UNE DES pépites du style, assurément! C’est sûr, il y a des défauts à tous les coins de rue, il serait bien malhonnête de le cacher. Les effets gores sont devenus bien risibles et sentent la gouache et la bolognaise, c’est un fait. Les acteurs ne sont pas franchement des comédiens hors-pair non plus, même si je tiens à signaler qu’aucun n’est mauvais à s’en taper le front contre les murs, ils sont juste peu doués dans l’ensemble. Si ce n’est le génial George Eastman qui incarne ici le monstre, en plus d’être scénariste de la bête. C’est sûr, il n’a pas grand-chose à faire et le rôle consiste principalement à être très laid, à grogner comme un marcassin qui ne retrouve pas sa mère, à respirer lourdement en balançant un souffle putride à t’en détapisser l’Elysée et donc mordre dans les saucisses invendues de chez Popineau (j’y tiens, oui). A la liste des défauts s’ajoute aussi une musique particulièrement nulle, ou plutôt devrais-je dire inégale car certaines plages sonores sont plutôt réussies, misant sur quelques sons étranges qui rajoutent au bizarre de la situation (j’aime beaucoup la discrète musique lorsque l’héroïne découvre la pièce cachée du manoir, par exemple). Mais pour quelques instants agréables aux oreilles, combien de sons atroces qui ne ressemblent à rien (mais vraiment à rien!) qui semblent sortir d’une console 8 bits qui nous crèvent les tympans ? On pourra également reprocher au film un rythme en dent de scie puisque certains moments sont un peu mollassons… Mais si ces carences sont présentes, elles n’enraient jamais méchamment la machine.

 

anthro5

 

Bien sûr, placé à coté des meilleures œuvres de Lucio Fulci ou de Dario Argento, ce petit classique des vidéoclubs ne fait pas nécessairement le fier puisqu’il ne boxe pas dans la même catégorie, ne serait-ce qu’au niveau du budget qui est ici plutôt fauché (et pourtant, les films de Lulu et Dada n’étaient déjà pas des blockbusters, surtout ceux de Lulu d’ailleurs). Mais placé aux cotés d’autres slashers, européens ou non, Anthropophagous n’a clairement pas à rougir de la concurrence et vaut bien ce qui se faisait au pays étoilé de l’Oncle Sam à la même époque, voire mieux! Car pendant que les tueurs masqués ricains se baladent dans les désormais trop classiques forêts envahies par les campeurs débiles ou les couloirs des écoles et autres sororités qui ne sont pas peuplés de créatures beaucoup plus intelligentes, George Eastman agit à visage découvert sur une île paradisiaque en éliminant des personnages plus adultes et surtout moins cons que la moyenne. Bon, on a pas droit à des Prix Nobel non plus hein, mais au moins ces vacanciers malchanceux se rendent compte rapidement que quelque-chose ne tourne pas rond et s’arment ou tentent de rester ensembles lorsqu’une expédition est nécessaire pour trouver médicaments et autres objets nécessaires à leur survie, ce qui tranche toujours avec les adolescents qui ne remarquent la présence d’un dingue dans les environs qu’une fois qu’il n’en reste plus que deux de la quinzaine d’abrutis qui formaient la bande à l’origine. « Tiens, mais où sont les autres », semble se demander la dinde habituelle du slasher, seule survivante du massacre et la cerise sur le gâteau crasseux pour notre psychokiller qui se la gardait pour la fin. Pas de ça ici, la petite clique vouée à la mort ne perd pas de temps pour comprendre que tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes sur cette île grecque qui semble totalement abandonnée. Alors bien sûr que ces juilletistes vont se séparer à un moment ou un autre, il faut bien que film se passe car sinon tout le monde s’enferme dans une chambre avec des fourches et dès que le cannibale déboule on le change en méchoui et le film dure vingt minutes. George Eastman le scénariste se débrouille donc comme il peut pour donner de bonnes raisons à la bande de s’éclater pour permettre à George Eastman le tueur de les éliminer un à un (remarquez qu’il les attaque généralement quand ils sont par deux, c’est pas trop un couard quand même notre étalon italien, enfin grec pour le coup).

 

anthro6

 

Niveau personnalités, ces pions créés pour tomber ne sont pas vraiment des symboles de la caractérisation au cinéma et se résument généralement à un seul et unique trait de caractère. Celle qui va être maman, son mari inquiet, le brave gars courageux, la médium amoureuse, la nouvelle arrivante sexy, le dragueur, la gamine aveugle terrorisée… Rien de très inédit, rien de très fin non plus, mais cela suffit largement et D’Amato et Eastman font de leur mieux pour créer une certaine dynamique entre eux, comme lorsque la diseuse de bonne aventure devient jalouse de la nouvelle venue parce que le dragueur la drague (bah il est là pour ça ma cocotte!), ce qui pousse la première à enfermer la deuxième dans un cimetière, en pleine nuit. Ca n’aboutit à rien sur le strict plan scénaristique, une inutilité totale simplement vouée à allonger un peu le récit, à combler quelques vides, mais la tentative est toujours plus volontaire et réfléchie que dans bien des films du même tonneau qui, eux, ne s’embarrassent pas de pareilles considérations et ne sont pas gênés quand ils nous balancent des tunnels de dialogues ineptes dans les portugaises… Notre fine équipe composée du Joe et du George (de bons amis qui ont bossé plus d’une fois ensembles, leurs filmographies s’enlaçant souvent) fait donc ce qu’elle peut pour rendre le tout attractif et égayer l’ensemble entre deux meurtres, ils préparent même un petit background à leur tueur, en fait un bon père de famille qui a échoué sur la mer Egée et qui était prêt à manger le cadavre de son fils, mort de faim. Mais la daronne n’est pas franchement prête à cuisiner le bambin, d’une part parce qu’elle n’a pas le matos nécessaire sur cette barque, d’une autre parce que c’est quand même un peu taré… En s’interposant pour empêcher son mari de se servir un ptit morceau de lard chez le rouquemoute qui incarne leur gosse, elle se prend un malheureux coup de couteau dans le cœur, ce qui la tue. De quoi rendre fou ce pauvre Eastman, qui va d’ailleurs devenir une sorte de sauvage monstrueux (il a de gros problèmes de peau) qui commence à se constituer une jolie crypte puisqu’il entrepose les squelettes de ses victimes dans une caverne du plus bel effet et que nous explorerons en long et en large.

 

antho7

 

D’ailleurs, de beaux décors naturels le Joe ne manque pas, Anthropophagous étant l’un des slashers les plus agréables à suivre même lorsqu’il ne se passe rien grâce à son aspect carte postale. Vieux village aux allures de labyrinthe, manoir abandonné, la fameuse crypte, plage rocailleuse, petite forêt aux arbres fins,… A moins d’être un amoureux des grises villes et de leurs parkings bourrés de déchets, difficile de ne pas reconnaître qu’il y a là un décorum qui fait rêver, et qui tranche fortement avec le cauchemar qui s’y déroule. Le film est d’ailleurs assez solaire, excepté un passage à mi-chemin du récit qui se déroule de nuit le tout se passe la journée, ce qui là encore apporte une petite originalité au film contrairement à ses concurrents qui préfèrent les nuitées meurtrières. D’Amato emballe en plus tout cela de manière fort agréable (et le DVD édité chez Bach Film rend honneur au film, qui est très joli ici) et se montre plutôt habile lorsqu’il doit créer un peu de suspense. On y croit, en tout cas, et on le félicite d’avoir multiplié les situations alors qu’il lui aurait été facile de se la jouer petite bite et placer toute l’intrigue dans le manoir par exemple. L’ambiance est en tout cas réussie et quelques scènes peuvent même mettre mal à l’aise, comme lorsque l’héroïne découvre une pièce planquée du manoir. Scène qui n’a par ailleurs que peu de sens (toute la partie dans le manoir est assez nébuleuse, d’ailleurs) mais on s’en branle: cela permet à D’Amato de faire monter la pression avec cette séquence très giallesque, avec ces mystères cachés derrière un miroir et ces objets enveloppés dans des draps blancs qui deviennent menaçants et envahissants… Ajoutez à cela quelques acteurs qu’on aime bien comme Eastman ou Tisa L’Enfer des Zombies Farrow et vous avez là l’un des meilleurs films du genre et de son époque. Certes, ce n’est pas le plus cérébral du style, certes ce n’est pas techniquement irréprochable, certes cela a vieillit. Mais bordel, c’est tout le même le Bis incarné que l’on retrouve ici (manque juste un peu de cul et t’as le film modèle du genre)! Et puis, comment voulez-vous qu’un film nommé Anthropophagous soit mauvais ? Rien que le titre sonne à mes oreilles comme un son dégueulasse, comme un rôt malencontreux qui se mélangerait à une montée de vomi pour éclabousser tous les spectateurs. C’est trash, c’est fun, c’est beau, c’est le bis dans toute sa splendeur, avec ses indéniables qualités et ses attachants défauts. Au moins aussi indispensable que les Argento ou les Fulci!

Rigs Mordo

 

anthroposter

 

  • Réalisation: Joe d’Amato
  • Scénarisation: Joe d’Amato, George Eastman
  • Titre: Anthropophagous: The Beast, The Grim Reaper, The Zombie’s Rage, The Savage Island
  • Production: Joe D’Amato, George Eastman, Oscar Santaniello, Edward L. Montoro
  • Pays: Italie
  • Acteurs: George Eastman, Tisa Farrow, Saverio Vallone, Serena Grandi
  • Année: 1980

 

Pour en lire plus: la chronique de Dirty Max666 sur The Dirty Cinema!

7 comments to Anthropophagous

  • Roggy  says:

    Vu il y a longtemps, je ne suis pas un grand fan de ce film. Comme tout le monde, je me souviens des scènes chocs, mais pour le reste, le film est assez ennuyeux. En tout cas, une chronique sympa et nostalgique. Que les moins de 20 ans ne peuvent pas comprendre…

  • Ingloriuscritik  says:

    deux excellentes chro pour un film typiquement videomaniac et assez représentatif des productions direct to video de l’époque . pour reprendre l’adjectif de roggy , de la nostalgie pure et brute , ou brutale . L’outrance comme on en voit plus , avec ce parfum de budgets « bout de ficelle » qui pourtant surpasse émotionnellement les tortures porn actuels complétement décérébrés .
    Ca m’a fait un bienfou , un rien pervers de lire autant de chose sur cette oeuvre qui posséde encore un meilleur ratio de pas vu/ connais ,que « massacre a la tronçonneuse ». Pour ma part je l’ai vu a sa sortie video , mais j’avais gardé cet étrange sensation partagé entre déception et stupéfaction. je l’ai revu il y a quelques années et les maladresses de mise en scène et la direction d’acteur un peu limite ,conjuguées avec un évident probéleme de budget m’ont pourtant encore plus séduit qu’a l’époque …mon coté « c’était quand meme pas mal avant » surement .et puis les 2 fameuses scènes ,rentrées depuis au panthéon ,quelle audace ! ça m’a pris aux tripes… bravo pour ton boulot rigs sans oublier loic .

  • Dirty Max 666  says:

    Je suis en tout point d’accord avec ton excellente critique, Rigs. Si le film a ses faiblesses, il demeure malgré tout le « Bis incarné » (pour reprendre ta formule). Et ce, même s’il manque un peu de fesse, c’est vrai. Madame Popineau aurait pu faire un effort et nous montrer son p’tit joufflu, par exemple.

    • Dirty Max 666  says:

      Ah, j’oubliais : merci pour le lien !

Leave a reply Cancel reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>