Terreur métallique! Dossier Metal et Horreur: première partie !

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Les comédies dramatiques ont du rock alternatif, les romantiques ont de la pop, les drames purs et durs de grandes envolées orchestrales qu’ils partagent à l’occasion avec quelques blockbusters guerriers, les films gangsta ont du rap. Et l’horreur dans tout ça? Et bien le genre que nous chérissons tant, il a droit à des guitares grasses comme des friteuses jamais lavées, des voix de cochons qui dégueulent et des martellements de fûts digne de coups de marteaux sur des crânes innocents. Rien à dire, ça colle du tonnerre.

 

 

Comment ne pas faire le rapprochement entre metal et horreur? Impossible tant ce style musical et ce genre cinématographique partagent de points communs. Thématiques, visuels, goût immodéré de la transgression, ce qui entrainera ces arts sombres à se faire des ennemis, généralement les mêmes, et aux mêmes moments. Lorsque le cinéma horrifique est menacé par quelques bigots anglais qui s’amusent à balancer quelques fières VHS comme L’Enfer des Zombies ou Driller Killer dans des fours crématoires, quelques mères de famille américaines se verraient bien placer quelques chevelus sur le bûcher. Iron Maiden et Judas Priest seront ainsi la proie de quelques bien-pensants qui entendaient des messages subliminaux dans leurs albums tandis que le brave Ozzy Osbourne sera accusé de pousser les jeunes au suicide. Une véritable chasse aux sorcières, certaines de ces dernières rendant par ailleurs les coups, comme un Dee Snider (chanteur des Twisted Sister) qui ira jusqu’à ridiculiser la femme d’Al Gore en lui assénant un discours brillant qui annulera toutes les charges que quelques béni-oui-oui voulaient lui coller dans la crinière. Metal et horreur partagent donc une destinée commune, les deux mondes évoluant de concert: si le cinéma horrifique « cheesy » trouvera son firmament dans les années 80 avec des films colorés et résolument funs, il en sera de même avec le metal qui versera volontiers dans le second degré et les thématiques de séries B (Satan, produits toxiques, boucher fou et mondes infernaux, par exemple). Et lorsque l’épouvante se métamorphosera dans les nineties pour épouser un point de vue plus terre-à-terre avec les tueurs en série plus réalistes de la vague du neo-slasher, le metal en fera de même en nous envoyant des groupes causant plus volontiers des dysfonctionnements du monde que des sujets « bis ». Le metal et l’horreur, deux entités différentes qui avancent main dans la main ?

 

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A vrai dire, ce n’est guère étonnant lorsque l’on sait comment le metal est né. Si toute personne s’étant un jour penché sur ce rock maléfique et burné est au courant que tout a débuté avec les anglais de Black Sabbath, premier groupe du style, les circonstances de la formation de la bande à Ozzy Osbourne et Tony Iommi ne sont pas forcément aussi connues. Et bien entendu, cette genèse possède un rapport très étroit avec l’horreur puisque c’est alors qu’ils regardaient une file de britanniques rentrant dans un cinéma de quartier pour y voir un film d’épouvante que les inventeurs du heavy metal se diront que puisque les gens aiment se faire peur avec des films, pourquoi ne pas faire de la musique effrayante ? On connaît tous la suite… Au fait, quel était ce film? Un certain Les Trois Visages de la Peur de Mario Bava, connu un peu partout dans le monde sous le titre… Black Sabbath. Mais cette filiation est-elle étonnante lorsque l’on écoute du metal ? Peut-être un peu si l’on verse dans le metal symphonique à chanteuse, plus proche du Bossu de Nôtre-Dame avec Garou au chant que de la version des années 20 avec Lon Chaney. Ou lorsque l’on se réfère au rap-metal des années 90, qui s’étendait plus sur son phrasé typique du hip-hop et son imagerie urbaine que sur les vieux cimetières. Mais si quelques autres styles n’entretiennent que peu de rapports avec le cinéma d’épouvante (peu de traces du style dans le metal progressif, qui lorgne à plutôt vers la SF, ou dans le power metal, qui préfère l’heroic-fantasy), il n’en est pas de même pour les autres, qui s’y réfèrent très régulièrement… Petit tour d’horizon (bien entendu non exhaustif) des styles et groupes à avoir un jour touché du doigt le grand méchant Dieu Bis!

 

 

Le Metal, une musique sous influence

 

Puisqu’ils jouent une musique sombre, dure et agressive, il n’est guère étonnant que ces musiciens des enfers préfèrent se référer à quelques bandes effrayantes plutôt qu’aux journées ensoleillées, au Petit Spirou et aux films de Julia Roberts. Difficile de parler des fleurs et des petits chiots abandonnés lorsqu’on envoie du son à te faire sauter les sabots d’un cheval et que l’on s’agite comme des sauvages en hurlant dans tous les sens. Cela ne colle pas. Forcément, à musique ténébreuse, références ténébreuses. Et il n’est pas nécessaire d’aller fouiner au fin fond des caves sales de l’underground pour y trouver quelques amateurs du cinéma de genre, quelques rockeurs, parfois hard, y allant de leur fascination morbide. Certains sont d’ailleurs plus qu’évidents, tel un Alice Cooper qui utilisa tous les codes inhérents au monde horrifique, déballant guillotine et serpents sur scène, histoire de foutre les boules à son public, bien entendu averti. Et, homme de goût, Alice fera appelle au grand Vincent Price pour sa chanson « Black Widow », histoire que la légende se fende d’une petite description venimeuse et égaye la chanson… Vincent Price qui est par ailleurs assez populaire puisque de nombreux hommages lui sont rendus, que ce soit par Deep Purple (« Vincent Price »), Iron Maiden (qui voulaient l’acteur comme narrateur mais auront recourt à un imitateur puisque Price était trop cher), par les barbus de ZZ Top (« Vincent Price Blues ») ou encore chez Wednesday 13 (« The Ghost of Vincent Price »), groupe d’horror punk comme on dit, qui n’hésite pas à multiplier les références au genre avec des chansons comme « House by the Cemetery », « London after Midnight » ou encore « American Werewolves in London ». Rien de bien surprenant venant de gugus sortis du groupe Murderdolls, qui évoluait déjà dans les mêmes mondes sanglants (« Dawn of the Dead », « B-Movie Scream Queen »). Deux groupes qui descendent des Misfits, qui participèrent grandement au mélange punk et horreur, ces grands amateurs de séries B des années 50 et du magazine Famous Monsters of Filmland ne cessant de faire d’énormes clins d’œil à ce cinéma, que ce soit via leurs chansons (« Night of the Living Dead », « Vampira », « I Turned into a Martian », parmi bien d’autres), les noms de leurs albums (« The Devil’s Rain », « Famous Monsters ») ou leurs visuels puisqu’ils ont fait du fantôme de The Crimson Ghost (1946) leur mascotte! Et lorsque leur chanteur, le bien connu Glenn Danzig quittera la barque pour se la jouer solo, ce sera encore une fois pour se consacrer au coté obscure de la force. Toujours dans un registre plus rock que metal, citons les ptits gars de Blue Oyster Cult qui dirigerons plutôt leurs regards vers le Japon et ses menaces géantes comme le prouve leur « Godzilla », qui sera par ailleurs reprise par l’excellent groupe de stoner Fu Manchu, qui pique son patronyme à une autre star du cinéma de genre, le péril jaune personnifié. Tout est logique!

 

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Bien évidemment, c’est dans le metal pur et dur que le bisseux se prendra quelques coups de coudes complices. Iron Maiden nous pond un « The Wicker Man » faisant référence au chef-d’œuvre du même nom avec son Christopher Lee leader d’un culte païen, Ozzy Osbourne se déguise en loup-garou pour les besoins du clip et de la pochette de « Bark at the Moon », Marilyn Manson joue énormément sur une imagerie dérangeante, les mecs de Lordi se déguisent en monstres et tournent des clips s’inspirant d’Evil Dead, Cradle of Filth fait appel à Doug Bradley ou Ingrid Pitt pour donner de la voix lors des intros de leurs albums, King Diamond joue à fond sur l’imagerie horrifique… Parmi les grands noms du style, celui à la passion la plus évidente est bien évidemment Rob Zombie, dont le nom de scène est déjà parlant, et qui donna le ton d’emblée avec son premier groupe, White Zombie. Référence évidente au film avec Béla Lugosi, que le chanteur doit particulièrement apprécier puisqu’il va également puiser dans le serial The Phantom Creep dans lequel joue également le hongrois aux dents longues, histoire d’y repêcher le robot diabolique qui y séjournait jusque-là. Celui qui deviendra réalisateur de films d’horreur et réanimera Michael Myers (nous y reviendrons dans la deuxième partie de ce dossier) n’attendra donc pas la casquette de metteur en scène pour s’adonner aux plaisirs du bis puisqu’il blinde chacun de ses albums de samples et références au cinéma qui tâche. Quelques samples de la Hammer par ici, quelques coups de Jean Rollin par là, des bruitages piqués ailleurs comme à une bande-annonce de La Dernière Maison sur la Gauche,… Le tout noyé dans un océan rouge sang de monstres et créatures difformes venues festoyer aux rythmes d’une musique endiablée qui pousse au remuage de cul. Des classiques de l’époque non-colorée au cinéma Grindhouse en passant par quelques emprunts à l’horreur gothique, rien n’échappe au zombie chevelu, qui privilégie une approche fun au détriment d’une noirceur trop prononcée. Rob Zombie nous attache aux sièges d’une attraction de train fantôme et compte bien nous mettre sous les yeux l’horreur dans tout ce qu’elle a de plus kitsch et colorée, à grands renforts d’effets Ed Woodesques. Rob Zombie incarne par ailleurs à la perfection la raison pour laquelle des amateurs de cinéma horrifiques sont tombés dans ses filets musicaux. Car comment, lorsque l’on aime le cinéma monstrueux, ne pas se retrouver dans sa toile d’araignée lorsque l’on voit ses pochettes, où le bonhomme s’affiche comme un croquemitaine mort-vivant ? Impossible. Tout comme il est impossible de ne pas avoir été un jour attiré par les pochettes d’Iron Maiden, qui dévoilaient un monde que l’on peine à retrouver dans les covers de Lara Fabian.

 

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Malins, les métalleux! Car puisque la radio ne les diffuse bien évidemment jamais, trop durs pour les oreilles de Monsieur et Madame Toutlemonde, nos musiciens énervés ont vite contrattaqué avec des visuels qui pourront attirer leur public potentiel. C’est donc sans surprise que l’on retrouve des crânes dans tous les sens, des faces de diables qui vous crachent à la tronche, des décors de cryptes envahies par des démons et tout l’attirail habituel. Et dans le genre, le thrash metal (que l’on pourrait résumer à une version plus punk et agressive du heavy metal), ne se débrouille pas mal alors que, ironiquement, fort peu de groupes du style jouent sur une appartenance au monde de l’épouvante. Toujours plus qu’un heavy metal qui ne compte comme réels supporters que les gars d’Iced Earth qui ont livré avec l’album « The Horror Show » un petit abécédaire des monstres de la Universal, les autres groupes de la sphère power metal préférant jouer à Donjons et Dragons, ce qui colle il est vrai beaucoup mieux avec leurs envolées épiques. Mais avec ses rythmiques similaires à des coups de poing de videur de boite de nuit mal luné, le thrash metal peut jouer avec des pochettes plus sombres. Car si Metallica n’est pas plus porté sur le genre que cela (quand bien même Kirk Hammett, son guitariste, est un énorme fan du genre, sa maison étant un véritable musée), cela ne les empêche pas de nous envoyer à la tronche un joli marteau ensanglanté pour leur premier album. Ou un Testament, là encore pas forcément familier du monde du fantastique tel que nous le percevons, mais qui met sur ses visuels un homme à la tête qui éclate. Les exemples sont bien évidemment infinis et plutôt que de nous attarder sur eux, laissons plutôt un peu de places à ceux qui citent sans détour le cinéma que nous aimons. Comme Anthrax qui place le Révérend Henry Kane, méchant de la saga Poltergeist, sur la pochette de son album « Among the Living », Flotsam and Jetsam qui nous pondent un « Flotzilla » qui ne demande guère d’explications, les furieux de S.O.D qui rendent hommage au tueur brûlé des Griffes de la Nuit avec leur « Freddy Krueger », les mecs d’Evil Dead dont le nom du groupe est une référence à vous savez quoi, les teutons de Sodom qui se la joue Leatherface avec leur « The Saw is the Law »,… Et puis il y a également ceux qui ne citent aucun film en particulier mais nagent dans un univers de série B, comme Destruction qui se crée une mascotte avec leur « Mad Butcher » qui, comme son nom l’indique, met en scène un vendeur de saucisses qui aurait pété les plombs. Ou encore toute la clique de petits jeunes qui barbotent dans des barils radioactifs de chez Troma puisqu’ils développent une imagerie particulièrement radioactive, des gars comme Toxic Holocaust ou Municipal Waste. Ces derniers utiliseront d’ailleurs divers plans provenant de divers films de l’écurie Lloyd Kaufman pour donner forme à l’un de leurs clips. Et dans le même genre, difficile de passer à coté des chevelus de F.K.U (pour Freddy Krueger Ünderwear) dont la plupart des titres sont des parodies de films du répertoire fantastique (« The Pit and the Poser ») quand ils ne les reprennent pas tels quels (« Maniac Cop », « Motel Hell », « C.H.Ü.D »). Mais ces petits clins d’œil ne semblent être que des battements de cils face à la déferlante de références qui traverse le death metal…

 

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Car s’il était difficile pour le thrash metal d’esquiver quelques thématiques sombres, il était impossible d’y échapper concernant le death metal, genre extrême qui repousse encore un peu plus loin les limites de la brutalité. Le thrash metal avait beau être rapide et puissant, il gardait sous son short une bonne dose d’énergie punk, qu’il couplait à ses mélodies héritées du heavy metal. Le death metal, s’il se repose sensiblement sur les mêmes bases, va tout faire pour éclater ces racines, et à la tronçonneuse si possible. Tout y sera plus rapide, plus lourd, plus gras, plus caverneux. Le règne de la propreté est terminé et il va sans dire que pour coller avec pareille musique d’outre-tombe, il vaut mieux se lancer dans des lyrics gratinés au niveau gore. Si certains parviennent à échapper à l’appel de Cthulhu et ne versent pas dans les histoires dérangeantes (citons les plus politisés Napalm Death), le gros des troupes met les pieds dans la gadoue sanglante. Et même lorsqu’ils ne font aucune référence précise et ne jouent pas au petit jeu de la citation, les death métalleux se lancent dans des descriptions qui n’auraient pas dépareillé dans les plus beaux chapitres de la collection Gore de Fleuve Noir. Il suffit d’ailleurs de voir les pochettes et titres de chansons des goreux de Cannibal Corpse pour s’en convaincre: nul besoin de citer les classique du cinéma d’horreur pour verser dans l’horrible, ces zombies accrochant des bébés morts à des crochets ou ce sadique arrachant la peau de ses victimes suffisant bien. Mais s’ils ne font pas nécessairement référence au septième art, les death métalleux reconnaissent bien volontiers s’en être souvent inspiré. Il n’est pas nécessaire de tirer les vers géants du nez de Chris Reifert, leader des pionniers d’Autopsy, pour qu’il avoue avec le sourire que Cannibal Ferox, Hellraiser, Rawhead Rex et le sixième Vendredi 13 ont influencé sa plume la plus sale, toutes ces VHS horrifiques étant comme de la bouffe pour lui. Mais si certains préfèrent rester vagues sur leurs coups de cœur épouvantables, d’autres comptent bien afficher clairement leurs films favoris.

 

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Cela commence d’ailleurs dès les débuts du style avec Possessed, pour beaucoup le créateur du genre (d’autres comme Master se sont battus pour obtenir ce titre de géniteur, ce qui crée des débats interminables entre les intéressés), qui ne masquait pas sa passion pour le style. En témoigne, au hasard, « The Exorcist » qui reprend carrément la musique du film du même nom en introduction ou encore un « Phantasm » qui donne des coups de coude casseurs de côtes aux fans du Tall Man et de Don Coscarelli. Et cela continue avec le groupe Death qui titre l’un de ses morceaux « Evil Dead », les suédois d’Entombed qui nous balancent un sample du discours de Vincent Price dans Le Masque de la Mort Rouge tandis les hollandais géniaux d’Asphyx utilisent ceux de Massacre à la Tronçonneuse 2 lors de leurs concerts, les plus mélodiques The Crown font de leur album « Possessed 13 » un gros hommage à l’épouvante des sixties, Death Breath se fend d’un clip à la La Nuit des Morts-Vivants pendant que Thanatos reprend des cris tirés de L’Exorciste pour un titre et en écrit un autre en hommage à Ring, nommé « The Signe of Sadako », Deceased colle sur sa pochette la vieille morte des Trois Visages de la Peur,… Et la liste pourrait encore être longue, si ce n’est interminable… Mais tout cela est généralement l’affaire d’un titre ou deux, d’une pochette ou d’un sample, histoire de rappeler d’où l’on vient, rapidement. D’autres au contraire prennent leur temps et semblent bien décidés à montrer à quel point ils aiment le genre, allant jusqu’à faire tourner toute leur discographie autour du bis. Des groupes comme Mortician, par exemple, dont la musique particulièrement brutale se marrie à merveille avec leurs références à Re-Animator, Massacre à la Tronçonneuse, Douce Nuit Sanglante Nuit, Inferno ou Ténèbres d’Argento, Martin de Romero ou encore Dead an Buried. Des obsédés de la série B? Attendez de voir ce dont sont capables les gars de Necrophagia, qui ne vivent que pour la cause horrifique. Le genre de gars qui vous pondent un album entier en hommage à Lucio Fulci (« Holocausto de la morte »), un autre à ce bon vieux Coffin Joe (« The Divine Art of Torture »), quand ils ne marchent pas sur les traces de Ruggero Deodato avec leur EP « Cannibal Holocaust » ou rendent hommage au giallo avec « A Funeral for Solange » qui cite bien entendu Mais qu’avez-vous fait à Solange?. Et quand ces types ne sont pas en tournée ou dans leur local de répétition, ils tournent des films ultra gore, le genre avec un type qui découpe le sein d’une demoiselle et se masturbe dessus. C’est ça la finesse du death metal.

 

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Dans le genre, les gugus de Gore Obsessed (le nom dit déjà tout) ne sont pas mal non plus avec leur « Slime City Massacre » qui parodie autant le film Slime City que Street Trash, qui voit ici son poster parodié, leur mini-album entièrement dédié aux films de cannibales (« Last Cannibal World »), leur « Blood, Boobs and Gore » qui se la joue cinéma Grindhouse ou encore leur « Halloween Massacre EP » qui voit Michael Myers s’inviter sur la pochette. Tout un programme! Pas mal non plus les plus jeunes de The Last House on the Left, qui encore une fois annoncent la couleur dès leur nom, et continuent via des titres comme « …and now the screaming starts! » qui fait référence à un film de la Amicus avec Peter Cushing. Mais tout cela ne pèse pas bien lourd face aux dingues de Blood Freak (référence à un nanar atomique avec un homme-dindon tueur), qui te collent le monstre de NightBeast sur une pochette, preuve qu’ils préfèrent aller fouiner au fin fond du puits aux nanars pour y décrocher l’inspiration, se référant aux Blood Freak, Aerobicide ou autres Rocktober Blood. Mais les grands gagnants sont certainement les zicos de Frightmare (nom tiré d’un film d’horreur de 1974 avec un mamie cannibale, d’ailleurs) qui poussent le bouchon encore un peu plus loin, et tout particulièrement dans le domaine du slasher ou du psychokiller en général. C’est bien simple, pas une chanson ne passe sans qu’une référence ne vous saute à la gueule telle une tronçonneuse venue du Texas. Il faut dire que les gars de Frightmare ne cachent pas leur amour du slasher, comme le prouvent leurs chansons: « Friday The 13th » et sa suite « Friday The 13th Part:2 », « The Prowler », « Black Christmas », « Angela » qui se la joue Sleepaway Camp, « Leatherface », « Frank Zito, The Maniac », « The Island of Humongous » qui cite bien évidemment le Humongous qui vient de sortir chez Uncut Movies, « By Sword, By Pick, By Axe, Bye Bye » qui reprend la tagline de The Mutilator, « Cropsy » qui se réfère à Carnage,… Tout citer est bien évidemment impossible, surtout lorsque les pochettes s’y mettent aussi, comme celle de leur dernier album qui montre un sadique s’en prendre à une malheureuse dans sa chambre, décorée de posters de Tourist Trap, L’Eventreur de New York et Sleepaway Camp. Autant dire que ces doux dingues font tout leur possible pour prouver leur amour pour les tueurs à l’arme blanche. Et histoire d’enfoncer le couteau dans la plaie, ils accompagnent la majorité de leurs chansons des samples des bandes-annonces des films cités. Qui dit mieux ?

 

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Mais il en faut pour tous les goûts et aux coups de foreuse de Fulci et autres sévices typiques des années quatre-vingt, les doomsters préfèrent l’horreur old-school des sixties et seventies. Mais qu’est-ce qu’un doomster ? C’est un gars qui aime ou joue du doom metal, un dérivé du heavy metal tenant ses racines dans les premiers Black Sabbath, misant sur la lenteur et les ambiances. Imaginez un éléphant jouer de la gratte dans un cimetière et vous aurez une image à peu près fidèle de ce qu’est le doom. Et il est évident que les classiques du cinéma gothique des années soixante colleront mieux à l’atmosphère de pareils sons que les déflagrations gores des décennies suivants. La Hammer, ses dérivés, ses rivaux et les acteurs qu’ils utilisent seront donc régulièrement cités, à commencer par un Vincent Price que l’on ne tarde jamais à croiser au détour d’une chanson ou l’autre. Le groupe anglais Witchfinder General commence les hostilités en reprenant le titre du film de Michael Reeves dans lequel Price était un chasseur de sorcière particulièrement cruel, appelé chez nous Le Grand Inquisiteur. Un protagoniste du nom d’Hopkins qui sera également mis en avant dans l’excellente chanson « Hopkins (The Witchfinder General ») des énormes Cathedral, qui pousseront le vice jusqu’à inclure des samples de Price, ce qui fait toujours un effet monstre. Les anglais, menés par un Lee Dorian qui a pour habitude de se pendre avec son micro lors des concerts, ont par ailleurs l’horreur dans le sang comme en témoignent les nombreux renvois faits au genre à travers leur grosse discographie. Hommage à la belle Edwige Fenech (« Edwige’s Eyes »), au Capitaine Clegg (« Captain Clegg », ben ouais…), au film Le Survivant adapté de Je Suis une Légende (« Omega Man ») et une pelletée de pièces musicales consacrés aux Templiers zombies d’Amando de Ossorio (« Night of the Seagulls », « Templars Arise! (The Return) », « La noche del buque maldito (aka Ghost Ship of the Blind Dead) ». Des Templiers d’ailleurs très populaires puisqu’on les retrouve chez les finlandais d’Hooded Menace, qui ont également un pied dans le cercueil death metal, et qui utilisent donc ces satanistes zombies pour leurs pochettes d’albums, quand ils ne balancent pas les effets sonores de la tétralogie dans leurs chansons! Ces hommes de goûts ne s’arrêtent pas là et vont également dans d’autres contrées cinématographiques, comme un discours diabolique et maudit emprunté à Cry of the Banshee. Effet garanti!

 

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Old-school encore avec Bloody Hammer, dont le nom en dit long sur les goûts des messieurs, tout comme leurs pochettes délicieusement rétro. En prime, eux aussi prennent quelques films à l’ancienne comme titres de chansons (« The Town that Dreaded Sundown »). Quant au trio de Reverend Bizarre, ils sont plus concentré sur Conan et ses amis mais se sont tout de même fendu d’un « The Devil Rides Out » qui se la joue Hammer Films puisque derrière ce titre se planque Les Vierges de Satan. Film dont l’affiche se retrouve d’ailleurs sur l’album « Witchcult Today » d’Electric Wizard, groupe génial s’il en est. Là encore de fervents défenseurs de l’horreur à l’ancienne, qui n’hésitent jamais bien longtemps avant de foncer dans les références. Quand ils ne s’inventent pas un personnage avec Drugula (« Satanic Rites of Drugula », « Crypt of Drugula »), ils rendent l’hommage qui leur est dû aux demoiselles vampires de Jean Rollin (« Frisson des Vampires »), se remémorent les coquineries de Jess Franco (« Venus in Furs »), font un détour par le cinoche giallesque (« Tutti i colori del buio »), passent le bonjour aux zombies espagnols (« Living Dead at the Manchester Morgue »), serre les pognes des sauvages de Wes Craven (« The Hills have Eyes ») et songent à l’obligatoire Vincent Price, encore une fois dans ses frusques d’inquisiteur (« I, The Witchfinder »),… Là encore, tout citer tiendrait de la folie mentale. Et s’ils sont moins portés sur la citation, les enfumés d’Acid Witch ne se gênent pas pour piquer des mélodies au synthé qui ne dépareilleraient pas dans un bon vieux bis italien, tout en nous offrant quelques samples de titres Grindhouse, nous envoyant instantanément dans un monde fait de VHS maudites et de cavernes toxiques. Amateurs d’horreur dégoulinante et kitsch, ce groupe est pour vous! Enfin, un hommage sera également rendu aux amateurs du giallo, qui se sont sans doute un peu sentis délaissés dans ce dossier. Qu’ils se rassurent, les italiens (évidemment!) de Thunderstorm pensent à eux avec leur album « Nero Enigma », concept-album s’articulant comme une enquête policière des seventies.

 

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Plus sérieux sont les joueurs de black metal, style plutôt porté sur le satanisme et la misanthropie, ce qui ne leur donne que peu de temps pour bifurquer vers le bis. Signalons tout de même que les polonais de Behemoth faisaient leur entrée en scène sur la zik d’Hellraiser et que les rosbifs de Cradle of Filth ont toujours flirté avec le style, mélangeant Lovecraft, gothique et vieilles légendes. Nous sommes dès lors obligés d’aller fouiner dans des contrées plus mélodiques comme celles de Children of Bodom, qui mélangeait black, heavy et death mélodique, pour y trouver des références au genre, tels des samples échappés des Griffes de la Nuit. Le groupe Notre Dame de Snowy Shaw apprécie l’effroi, lui aussi, puisque toute sa carrière était basée sur le coté grand-guignolesque et théâtral de l’épouvante. Au programme, des « I Bring Nosferatu You », « Le Théâtre du Vampire » ou « Dracula Sucks » (on lui dira!). Fin de la visite ? A vrai dire, le tour d’horizon pourrait encore continuer bien longtemps, genre en causant de Phil Anselmo. C’est que l’ex-Pantera adore le genre au plus haut point, en tout cas suffisamment pour aider à la construction d’une attraction horrifique et collectionner les bandes horrifiques. Mais cela finirait par tourner un peu à vide et il nous reste encore à inverser la donne avec, cette fois, le cinéma qui va fouiller dans les riffs métalliques pour y puiser son inspiration. Vous retrouverez tout cela dans la deuxième partie du dossier! To be continued!

Rigs Mordo

 

La deuxième partie du dossier

2 comments to Terreur métallique! Dossier Metal et Horreur: première partie !

  • Roggy  says:

    Encore un travail d’orfèvre pour notre ami Rigs. Perso, je n’y connais pas grand chose en Metal mais j’imaginais bien les liens étroits entre les deux univers. Exhaustif et indispensable. Bravo Rigs ! To be continued !

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