Folie Meurtrière

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Sacré Georges Hilton! C’est quand on pense qu’on ne le reverra plus qu’il revient frapper à notre porte avec un nouveau giallo en poche. Et comme on ne peut rien lui refuser, on ouvre bien gentiment et on l’aide à enquêter…

 

Du giallo, encore du giallo, toujours du giallo. Votre ami le petit Mordo n’est en effet pas fatigué d’en voir même s’il avoue bien volontiers qu’il risque de s’y perdre dans tous ces films aux tonalités finalement assez proches. Mais n’est-ce pas la même chose pour les slashers ou les films de fantômes asiatiques, au fond ? Chaque genre à ses règles, respectées scrupuleusement dans la majorité des cas, et le giallo n’y échappe pas. Alors on ne va pas se plaindre de retrouver un tueur ganté s’en prenant surtout aux dames dénudées, poursuivi par des flics italiens dans des intrigues policières de roman de gare alors que c’est précisément ce pour quoi nous sommes passés à la caisse. C’est comme reprocher à un restaurant d’avoir foutu des crevettes dans votre assiette alors que vous avez demandé une tomate-crevettes. En cuisine aujourd’hui, Tonino Valerii, qui est né un 20 mai, comme moi, ce qui en fait un homme bien. C’est également un cowboy puisqu’il versera régulièrement dans le western, notamment avec son connu Mon Nom est Personne. Peu surprenant de la part de celui qui fut l’assistant-réalisateur de Sergio Leone, un rôle qui amenait à sortir les pistolets un jour ou l’autre. Mais rangez vos chapeaux et sortez vos gants, c’est cette fois les couteaux qui sont de sortie. Et même une scie circulaire!

 

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Folie Meurtrière, Mio Carro Assassino comme il est appelé dans son pays d’origine, est un film qui commence fort puisque l’on voit dans son introduction un enquêteur pour les assurances se faire décapiter par une pelle mécanique. Ca tape dur, vite et on a connu pire manière de commencer un métrage. Évidemment, cette mort étrange attire d’autres enquêteurs, dont l’inspecteur Luca Peretti, qui découvre que le pauvre homme sans tête était en train d’enquêter sur une macabre affaire de demande de rançon qui a plus que mal tourné puisque la petite fille kidnappée et son père ont tous deux été retrouvés morts de faim près du lieu de la décapitation. Un mystère pour lequel on appellerait bien Scooby-Doo mais il a refusé, c’est trop trash pour lui les gamines qui clamsent. Peretti fera donc sans chien, tant pis. A première vue, Folie Meurtrière ne se distingue pas tant que ça du reste du genre. Tueur ganté, enquête compliquée, Georges Hilton au casting, on pourrait se dire qu’on va assister à un truc dans le genre de La Queue du Scorpion et que finalement on ne connaît que trop bien le goût de ce plat. Et c’est vrai que le cahier des charges étant plutôt respecté et la facture visuelle du film bien implantée dans les codes du genre, rien ne permet à priori de mettre Folie Meurtrière sur un piédestal, de l’élever plus haut que les autres gialli. Mais même si elles ne sont pas particulièrement frappantes, de petites nuances apparaissent ci et là pour permettre à cette seule incursion de Valerii dans le genre de rester dans les mémoires comme étant plus qu’une simple resucée de L’Oiseau au Plumage de Cristal de Dario Argento. D’ailleurs, le Valerii en question constitue en lui-même un changement appréciable! L’habitué des westerns se distingue déjà de ses confrères de l’époque en ne revenant plus au style par la suite alors que ses confrères croqueront dans la pomme jusqu’au trognon. Lui non, Folie Meurtrière restera son unique essai dans le monde des tueurs aux gants de cuir. Dès lors, on peut s’attendre de sa part à une vision particulière.

 

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Bizarrement, ce n’est pas là où on l’attend que le metteur en scène fait la différence. Même s’il appelle Ennio Morricone (avec qui il a travaillé sur Le Dernier Jour de la Colère) pour faire la musique et pioche dans différents westerns pour y trouver ses acteurs, il ne semble pas vouloir emmener son giallo dans des sphères plus personnelles que cela. Bien sûr, c’est bien troussé, avec une réalisation solide et une interprétation qui l’est tout autant, mais les meurtres ne sont pas aussi inspirés qu’on pourrait le penser (à l’exception de celui de la pelleteuse et d’un autre sur lequel votre Rigsounet reviendra), souvent softs puisqu’à base de pendaisons et d’étranglements. Pareil pour la nudité: il y a du nibard, mais seulement deux paires. Alors que les autres gialli nous donnent des litres de grand rouge et du mamelon à ne plus savoir qu’en faire, Valerii joue les économes et ménage ses effets. Plus étonnant, il ne donne pas à Georges Hilton le rôle du séducteur de service. Tous ceux qui ont vu les films de Sergio Martino avec l’acteur s’attendent à le voir baiser tout ce qui bouge mais pas cette fois. Au contraire ! Notre Luca Peretti est présenté comme un inspecteur vivant pour son seul travail, délaissant sa femme (qui n’est pas très séduisante il faut dire) et ayant même des problèmes d’érection ! Et ben Georges, qu’est-ce qui se passe ? On a un coup de moins bien ? Ah ça, c’était plus facile avec Edwige Fenech, je veux bien te croire ! Notons que son personnage devient pour une fois sympathique, l’acteur étant peu appréciable dans ses incursions précédentes. Non pas parce qu’il était mauvais, loin de là, mais à force de le voir comme le don juan du genre, cela finit par lasser, voire irriter (pas touche à Edwige!)!

 

folie5Raymond Domenech style.

Au fond, Valerii semble plus intéressé par son intrigue policière que ses meurtres violents, ce qui se ressent notamment dans le traitement fait de la police. Souvent pointés du doigt comme de vrais incapables ridiculisés par un meurtrier qui ne sera démasqué que par un individu lambda, les flics sont ici plus appréciés, font leur possible, sont moins cons qu’à l’accoutumée et leurs échecs sont dû à leurs maigres moyens. Le système est donc plus critiqué que les hommes, et ce n’est pas de leur faute si l’assassin trucide tant de beau monde. Visiblement amateur des romans policiers, le metteur en scène se permet même un final à la Agatha Christie (tous les suspects réunis dans la même pièce) et offre à son inspecteur des scènes dignes d’un Columbo. Mais le plus étonnant reste encore les thèmes franchement glauques abordés. Outre la maltraitance d’enfants et les conditions cruelles et malsaines entourant la mort de la gosse, le film se permet aussi de traiter furtivement de la pédophilie. L’un des suspects reçoit ainsi la visite d’une gamine à poil, qui repart vite puisque l’homme en question était en plein entretien avec la police. Plutôt osé, d’autant que cet aspect ne sera pas franchement développé par la suite. Une bizarrerie qui affine encore un peu le malaise de ce giallo qui semble soft de prime abord mais nous frappe en fait là où on ne s’y attend pas, ce qui est bien évidemment un plus appréciable…

 

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Mais ce n’est pas tout cela qui a fait la renommée du film mais l’un de ses meurtres: celui de la scie circulaire. Apparaissant souvent sur les jaquettes des DVD, le film se vend souvent dessus. Il faut dire que la scène est assez réussie, entièrement tournée en vue subjective, assez sanglante sans être particulièrement gore (c’est pas du Fulci non plus), elle fait son petit effet. Mais le film n’a pas que des qualités, on peut par exemple lui reprocher un trop plein de personnages, pour la plupart inutiles, et une intrigue un peu compliquée, difficile à suivre et confuse. Il y a, comme souvent dans le genre, quelques moments où l’on décroche un peu mais cela ne fait pas de Folie Meurtrière un film à éviter, loin de là. Dans le genre, il apporte quelques petites variations bienvenues qui raviront les fans du genre. Et si de prime abord il semble n’être qu’un film de plus dans un genre qui donne l’impression de ne pas se renouveler assez, il a le mérite de ne pas tomber dans les ingrédients les plus putassiers du style (le gore, la nudité) et celui de miser sur un coté plus « populaire » qu’est le thriller classique. Une manière de nous endormir pour mieux nous envoyer à la tronche ses parties les plus sordides. Malin, le Tonino!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tonino Valerii
  • Scénarisation: Tonino Valerii
  • Titre: Mio Carro Assassino (ITA), My Dear Killer (USA)
  • Production: Roberto Cocco
  • Pays: Italie
  • Acteurs: George Hilton, William Berger, Pierro Lulli
  • Année: 1972

4 comments to Folie Meurtrière

  • Dirty Max 666  says:

    Ce qui m’a marqué dans Folie meurtrière, c’est son ton grave et son sujet dérangeant. Pour le reste, c’est un solide giallo. Le thème – sombre et mélancolique – de Morricone reflète bien l’atmosphère générale du film. Et puis, comme tu le dis, ça fait plaisir de voir George Hilton jouer autre chose que les beaux gosses (oui, on ne peut pas choper la divine Edwige à chaque film, non mais !). Que dire de plus, si ce n’est que Folie meurtrière m’évoque instantanément la collection giallo de feu Neo Publishing…Mais ce n’est encore rien face à la terreur provoquée par le sosie de Domenech !

  • Roggy  says:

    Merci de ce billet car je ne connaissais pas ce film. Je le note dans un coin si j’ai l’occasion de le voir.

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