The Dead

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Zombie par-ci, zombie par-là, zombie partout! Non content d’envahir les écrans de cinéma et les petites galettes de séries B ou Z, les zomblars débarquent aussi dans les bandes-dessinées, la petite lucarne, les jeux-vidéos et même les livres. De quoi donner une indigestion au plus coriace des estomacs… Mais s’il faut combattre le mal par le mal alors la guérison viendra de l’énorme The Dead.

 

Il faut bien l’avouer: l’idée de se taper un film de zombies moderne ne fait plus frémir beaucoup de bisseux, la faute à la horde de cadavres qui nous ensevelit depuis de nombreuses années. Impossible de naviguer dans les zones cinéphiliques déviantes plus de cinq minutes sans tomber sur un film de zombie ou sur des références à Walking Dead et il est bien légitime de sortir fatigué de cette invasion. Car entre les Dead Snow, Outpost, La Horde, Goal of the Dead, World War Z, Zombie Diaries, Zombie Apocalypse, Zombie Global Attack et consorts, on finit par se lasser. Certains sont bons, parfois très divertissants, mais rares sont les grands films du genre à être sortis ces dernières années et reprenant le principe du mort qui se redresse pour becter la cervelle des vivants. Des 28 Jours/Semaines plus tard et L’Armée des Morts ont beau faire partie du haut du panier dans le genre, ils ne sont pas non plus les chefs-d’œuvre que l’on pouvait espérer. En tout cas pas du niveau d’un Zombie, d’un Le Jour des Morts-Vivants ou d’un L’Enfer des Zombies. Le zombie semblait donc en fin de course, comme rincé d’avoir couru, sprinté même, dans trop de films depuis dix ans. Serait-ce dans le repos que le monstre trouvera un retour qualitativement satisfaisant ? Il semblerait bien puisque c’est justement en ralentissant le tempo et en revenant à son rythme d’antan dans le The Dead des frères Ford, Jonathan et Howard de leurs petits noms, que le mort-vivant retrouve de sa superbe. Deux anglais qui ont réussi l’impensable: créer un nouveau classique dans un genre que l’on pensait déjà décomposé, parvenant à se hisser au niveau des meilleurs Romero et Fulci. Un miracle ? Non, juste beaucoup de travail et de dangers affrontés, le film étant tourné au Ghana et au Burkina Faso, des contrées dont on ne ressort pas forcément indemnes…

 

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Les deux frères devront effectivement faire face à bien des problèmes, parfois mortels. Jugez vous-même: ils furent menacés de mort, on leur a tiré dessus, on a failli les mettre en taule, on leur volait leur matériel, ils devaient composer avec des cannibales et toute l’équipe est tombée malade, à commencer par Rob Freeman, acteur principal qui chopera la malaria et restera plusieurs jours entre la vie et la mort, vomissant et chiant tout son être. Un véritable enfer, dont les réalisateurs font toujours des cauchemars, espérant ne jamais avoir à revivre pareille horreur, ce qui ne les empêchera pas de faire un The Dead 2 que le gardien de la crypte attend avec une impatience tremblotante. Mais revenons-en au premier opus, qui de prime abord ne présente rien de bien spécial, son synopsis étant fin comme une feuille de noisetier. On doit effectivement se contenter pour toute histoire d’un banal crash d’avion dont survit un homme qui se retrouve perdu dans le désert africain, envahit par les zombies. Désireux de trouver un avion qu’il pourra réparer (il est ingénieur) et lui permettant de rejoindre sa famille, il se met en route vers un aéroport, aidé d’un soldat africain qui tente de retrouver son fils, emporté par des soldats dans une base militaire. Voilà, c’est tout. Pas de high-concept ou d’originalité particulière, les frères Ford ne misant pas sur le scénario en tant que principal atout, les deux réalisateurs posant plutôt un billet sur les décors et l’ambiance africaine. Car c’est par la forme que les deux frangins vont parfaire le fond de leur récit. Visuellement, The Dead prend donc des allures de Rolls Royce du genre, l’odyssée filmée en 35 mm étant un ravissement pour les yeux, qui ne sont pas habitués à de si beaux paysages, surtout dans le monde l’horreur. Et à plus forte raison l’horreur zombiesque puisque le genre est généralement constitué de quelques survivants qui s’enferment dans un lieu précis et tentent de repousser l’envahisseur décédé. Pas de ça ici!

 

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Terminés les fenêtres barricadées et les meubles devant les portes pour empêcher les zombies de venir passer le bonjour, place aux plaines sans fin où il est impossible de se cacher. Finie la course à pied avec vingt zomblars au train, bienvenue la montée du suspense avec des morts-vivants lents mais discrets, qui peuvent surgir de n’importe où pour croquer un morceau de bras. Les frères Ford parviennent donc un véritable tour de force: redonner leurs lettres de noblesse à des zombies, qui redeviennent effrayants, alors qu’ils retrouvent leurs pantoufles de béton et qu’ils sont d’autant plus faciles à esquiver qu’il y a désormais toute la place pour passer à coté sans craindre un simple frottement. Mais ces enfoirés ont un certain don pour débarquer lorsque l’on s’y attend le moins ou que l’on est occupé, comme lorsque l’on change une roue ou que l’on pique un petit somme bien mérité, ce qui les rend plutôt stressants. Ils retrouvent également un maquillage old-school, avec des yeux sans âmes, ce qui renforce le coté triste de la situation. Car voir tous ces êtres sans vie marcher sans but dans ces magnifiques décors (il faut voir « les griffes du diable » pour le croire, niveau décors splendides ça se pose là) a définitivement un aspect désabusé. Difficile de ne pas avoir la sensation que les deux héros traversent l’enfer, le vrai, seulement peuplé de morts, ce qui rappelle forcément les visions plus poétiques d’un Fulci. Si dans L’Enfer des Morts-Vivants les morts revenaient de la grande Pandémonium, on a cette fois la sensation que ces êtres perdus n’attendent qu’une chose: quitter enfin ce monde qui n’est plus le leur. Difficile aussi de ne pas percevoir la quête de nos héros, qui cherchent leurs familles dont ils n’ont plus de nouvelles, comme une véritable traversée du Styx, ce voyage initiatique repoussant les protagonistes dans leurs derniers retranchements physiques tout en les questionnant moralement par rapport à leur humanité et leur rapport à l’autre. Mais si The Dead est contemplatif (comment ne pas l’être face à de tels décors ?), il ne tombe jamais dans des volontés auteurisantes qui pourraient faire basculer le film dans le plus profond des ennuis. Non, si les frères Ford prennent leur temps, c’est avant tout par sensibilité, pour donner au spectateur de l’émotion.

 

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Car c’est bel et bien le maître mot de tout le film: émotion. D’une part parce que l’on apprécie réellement les deux héros, auxquels on ne souhaite jamais de mal, que l’on ne veut pas voir mourir (ce qui est rare pour des amoureux du gore dans notre genre). D’une autre parce que ces zombies ne sont pas seulement d’horribles monstres, mais d’anciens êtres humains perdus dans un monde qui ne veut plus d’eux. On pense forcément à la réalité africaine à la vue du film, qui n’est pas si éloignée de l’horreur montrée dans The Dead, qui témoigne à sa façon, nous montrant des terres où rôde la mort, que ce soit par la sécheresse, les maladies, la violence ou la faim. Idée de génie que celles des frères Ford que de situer l’action en Afrique, donc, puisqu’en plus de leur offrir de décors de cartes postales auxquels ils ajoutent des silhouettes inquiétantes ça et là, cela leur permet de retrouver un discours social cher à Romero, ici une critique de la politique américaine qui abandonne les africains à leur triste sort. Autant dire que l’on a là une magnifique fusion entre la pensée Romerienne et la manière d’appréhender les monstres typiquement Fulcienne, nos zombies étant particulièrement bien mis en valeur. Notons par ailleurs des maquillages et effets gores efficaces en dépit d’un budget forcément assez mince, qui n’est jamais trahi par la qualité visuelle de l’objet. Les deux frères sont des réalisateurs confirmés, qui ont fait leurs armes dans la publicité, et qui savent parfaitement où poser leur caméra pour capter de purs moments de grâce. Mais que les bisseux se rassurent, si The Dead est volontairement contemplatif et posé, il n’oublie pas pour autant les moments de terreur et les effets sanglants. Outre les habituelles morsures, on assistera donc à des têtes qui sautent, d’autres qui sont écrasées ou qui se retrouvent avec une machette en guise d’iroquois.

 

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Histoire de rajouter un peu de crème fraiche sur un gâteau déjà succulent, les acteurs sont très bons et n’en font jamais des tonnes. Il faut bien avouer que vu le peu de dialogues qu’ils ont à réciter, cela ne leur est pas difficile. N’en rajoutez plus, la pièce montée va suffisamment haut et ne semble pas décidée à chuter. Beau comme une peinture, profond sans être chiant un seul instant, émouvant, humain, effrayant, gore, The Dead est un film que l’on n’attendait plus. Le genre, rare, qui nous donne envie de nous offrir une seconde vision alors que l’on vient à peine de sortir le Blu-Ray (que je vous conseille avec insistance) du mange-disc. Et si l’on a chaque année notre lot de bons films, on ne peut pas dire que l’on à régulièrement des classiques instantanés que l’on sait d’avance que l’on regardera régulièrement. A classer avec les grands du genre, assurément! Putain, la relève est enfin là!

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Howard J. Ford et Jonathan Ford
  • Scénario: Howard J. Ford et Jonathan Ford
  • Production: Amir S. Moallemi
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Rob Freeman, Prince David Oseia, David Dontoh
  • Année: 2010

4 comments to The Dead

  • Roggy  says:

    Pas encore vu le film, mais ta chronique donne envie pour un zombie movie différent et qui se passe en Afrique (assez rare pour le signaler).

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    Excellent article qui rend justice à une vraie réussite. Les personnages traversent en effet le Styx, mais cherchent aussi à rejoindre leur famille à la façon d’un certain Ulysse…
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/the-dead-plein-soleil.html?view=magazine

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