Running Man

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Alors que Stephen King est revenu ces derniers mois sur le devant de la scène par tous les moyens imaginables (nouveau livre, nouvelle série avec Under the Dome, nouveau film adapté de ses écrits avec le remake de Carrie, hors-série Mad Movies qui lui est consacré), la crypte toxique décide de revenir sur l’un des films les plus connus qu’il aura enfanté, un peu malgré lui: Running Man.

 

Si Running Man est un film d’action plutôt bien connu des années 80, peu savent que c’est en réalité une adaptation de Stephen King, dont le nom n’est même pas cité au générique. Et pour cause, le King de l’horreur écrite avait rédigé le roman sous le pseudonyme de Richard Bachman, en 1982. Qu’est-ce que ça raconte, le Running Man version papier ? Le triste sort d’un pauvre homme nommé Ben Richard, dont la fille est gravement malade et qui pour trouver l’argent nécessaire pour la soigner va participer à un jeu organisé par Damon Killian. Le but est simple: pendant un mois, il va devoir survivre aux traqueurs lancés à sa poursuite, de véritables chasseurs qui ont pour but de l’éliminer. Une œuvre sombre, futuriste (ça se déroule en 2025) et finalement très cinématographique. Tellement que la HBO se met sur le coup et sort l’adaptation ciné en 1987, écrite par Steven E. de Souza, le monsieur action du scénario puisqu’on lui doit les scripts de Commando, des deux premiers Die Hard, du 48 Heures de Walter Hill, du Judge Dredd avec Stallone ou encore du Piège à Hong-Kong de Tsui Hark avec JCVD, qu’il retrouvera pour un Street Fighter que nous préférons tous oublier. En tout cas, il semble clair que la machine à écrire de ce gars envoie des grenades ! Un homme à priori parfait pour rédiger un scénar parlant d’un jeu télévisé dont les candidats sont poursuivis par des tarés ivres de violence. Mais pas question de suivre le roman de King, bien trop sombre et trop basé sur la survie pour le public des années 80 qui ne frémit que via l’action. C’est que nous sommes en plein dans le règne des gros muscles, qui ont la main mise sur le box-office depuis les uppercuts de Stallone dans les Rocky ou les coups d’épées d’Arnold Schwarzenegger dans le Conan de Milius. C’est d’ailleurs l’autrichien qui va incarner Ben Richards suite au refus de Christopher Reeve de prendre le rôle, le Superman craignant d’être enfermé dans les rôles de super héros…

 

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Soucieux de simplifier l’histoire pour la faire entrer plus facilement dans le carcan du film d’action et la rendre moins ambitieuse (et donc moins coûteuse) dans le même temps, les producteurs modifient presque tout, ne gardant finalement que les noms des protagonistes. Ben Richards n’a pas d’enfant à sauver et est, au départ, un flic comme les autres, qui refuse cependant un ordre crapuleux, celui de tirer sur une foule sans défense. Car en 2017 (oui, ils ont même changé la date), l’économie s’est totalement effondrée et on ne peut pas dire que les pauvres reçoivent énormément de respect du gouvernement, qui n’apprécie pas trop la rébellion de Richards, envoyé dans une prison à moitié hi-tech. A moitié car s’il y a bel et bien un moyen très moderne de garder les prisonniers au calme (ils ont au cou un collier qui leur fait sauter le caisson s’ils tentent de fuir), la prison en elle-même ressemble plutôt à une usine désaffectée dans laquelle on aurait tourné un post-nuke italien la semaine précédente. Reste que, tout aussi perfectionnée soit la taule, Richards parvient à se tirer de là avec deux potes. Mais il ne goûtera pas longtemps à la liberté, le chêne autrichien se faisant bien vite capturer, vendu par la jolie Amber Mendez qu’il a eu le malheur de prendre en otage. Mais plutôt que de l’exécuter ou de retourner derrière des barreaux, Ben Richards se voit offrir une chance rare. Celle de payer sa dette envers la société lors d’un jeu télévisé: Running Man.

 

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Le but du jeu est simple: Richards va devoir survivre. Évident ? Pas tant que ça puisque seront lancés à ses trousses les traqueurs, une bande de tueurs qui vont mettre tout en œuvre pour abattre l’évadé, le tout sous les cris de joie d’une foule en délire. Un spectacle orchestré par Damon Killian, un présentateur à première vue sympathique, le genre que les mémés adorent, quelque part entre Guy Lux, Julien Lepers et Michel Drucker. Mais un véritable enculé en coulisse, l’homme d’affaire n’ayant nullement l’intention de laisser ses participants gagner le jeu. De mèche avec le gouvernement, il envoie même à ses cotés les deux amis de Richards, Laughlin et Weiss, et par la suite la pauvre Amber, cette dernière ayant fauté en se renseignant un peu trop sur le grand Ben, dont elle tombe peu à peu amoureuse, découvrant que Killian magouille plus qu’il n’en a l’air. Le grand jeu peut commencer ! Évidemment, nous sommes loin du principe décrit par Stephen King et les fans du roman peuvent légitimement faire la gueule, la paranoïa de l’histoire d’origine laissant la place au spectacle pur et dur, typiquement eighties. Le concept du jeu télévisé à d’ailleurs eu droit à sa version française avec Le Prix du Danger d’Yves Boisset, sorti en 1983, encore une adaptation d’une nouvelle, du même nom. Boisset reproche d’ailleurs au réalisateur de Running Man de l’avoir copié, ce qui n’est pas totalement faux par ailleurs. Mais qui c’est, le réal, au juste ? Un certain Paul Michael Glazer, dont cet Intervilles de la mort est le plus beau fait d’arme en tant que metteur en scène. Le gaillard est surtout connu pour être Starsky dans la série Starsky et Hutch. Il n’y a qu’aux USA qu’on voit des trucs comme ça, vous imaginez Mimie Mathy réaliser un film d’action français, vous ?

 

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On peut regretter une certaine édulcoration du matériau d’origine, pleurer sur le fait que le roman aurait mérité une adaptation plus fidèle (d’ailleurs ce serait bien que ça arrive un jour, vu qu’on adapte tout King en ce moment ça ne semble pas si improbable). Mais cela ne veut pas dire qu’il faut cracher sur le Running Man version Schwarzy. Bon, inutile de tourner autour du pot, vous vous en seriez rendu compte bien assez vite de toute façon: Running Man est un de mes films cultes, le genre de truc que je peux regarder trois fois par an sans jamais m’en lasser, l’un des films dont je pourrais réciter les répliques en enfilant mes pantoufles Tortues Ninja, sans me tromper. Running Man m’a fait rêver quand j’étais gosse, ébloui que j’étais devant ce jeu totalement dingue ou un pauvre gars se fait courser par des traqueurs tout droit sortis d’une bande-dessinée. Car plus pop, plus bis que ces gus, y’a pas. Certains les trouvent un peu trop datés, jugeant qu’ils ridiculisent le film plus qu’ils ne lui rendent service. C’est un point de vue. Que je ne partage pas puisque, selon moi, ces enfoirés font tout le sel du film, sont l’attribut visuel qui marque le long-métrage, la cerise sur le gâteau. Comment ne pas avoir une érection en imaginant une espèce de décharge dans laquelle court un Schwarzenegger coursé par un amoureux de la tronçonneuse à moto, un asiatique qui pratique un hockey sur glace un peu trop tranchant, un chanteur d’opéra attifé comme un sapin de Noël qui balance des éclairs et un dingue qui vole grâce à un jetpack et utilise un lance-flamme ? Impossible, c’est trop beau pour être vrai.

 

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Si nos amis Subzero, Buzzsaw, Fireball, Dynamo et Captain Freedom (on va le citer quand même, bien qu’il ne fasse pas grand-chose) semblent tout droit sortis d’une bande-dessinée déjantée, ils ne sont pas les seuls pourris du film à faire le show. Leur boss, Damon Killian, interprété par un Richard Dawson décédé en juin 2012 et qui fut d’ailleurs vraiment animateur pour la télévision, est un salopard de première catégorie lui aussi. Le genre de mec qui vous salue avec un grand sourire avant de vous faire perdre votre job dès que vous avez le dos tourné. Une ordure qui n’est intéressée que par son indice d’écoute et le blé que l’émission lui rapporte, se servant du gouvernement autant que le gouvernement se sert de lui, l’un fournissant les hors-la-loi qui permettront l’émission de se faire tandis que l’autre se chargera de les envoyer au cimetière pour le compte du premier. Et notre bon vieux Arnold dans tout ça ? Il fait ce qu’il sait faire, à savoir avoir l’air musclé (ce qui ne lui est pas bien difficile), lancer des regards meurtriers et lâcher une vanne toutes les cinq minutes, à la Commando. Autant dire qu’il est assez crédible dans le rôle, taillé sur mesure pour lui. Après tout, Running Man est un film d’action, avec combats à main nue, fusillades, cascades et explosions, autant dire que le Terminator est dans son élément.

 

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Si le film de Starsky est bien évidemment un actioner, il ne se contente pas de bourriner bêtement et ajoute d’autres éléments à sa recette nucléaire. Car cette bande est également un survival pur jus, qui s’il n’a pas des forestiers dégénérés adeptes de la hache dans ses rangs possède tout de même de pauvres victimes qui doivent user leurs semelles s’ils veulent survivre. Running Man a donc un vrai coté horrifique, ne serait-ce que par quelques éléments gores (une tête qui explose, un corps empalé, un autre découpé au niveau des testicules) et par la présence de Buzzsaw, qui joue de la tronçonneuse comme un certain Leatherface, ou d’un Subzero qui aurait très bien pu être le tueur masqué d’un slasher. Et si le film ne peut pas vraiment être considéré comme un film post-apocalyptique, il en emprunte tout de même les décors crasseux, parsemés de bidons enflammés et de montagnes de déchets. On tient donc là l’un des rares films populaires à avoir une vraie patine bis, comme une version friquée d’un film italien. Running Man a donc un pied dans la SF « non-respectable », avec son monde futuriste pop et coloré. Ce qui ne l’empêche pas de déployer des thématiques très sombres, des éléments repris du livre et qui rappellent un peu Robocop. Car il y a ici une critique acide des médias, qui sont vu comme des créateurs de crétins, qui donnent au peuple le spectacle qu’il demande, forcément violent, histoire de lui faire oublier sa triste condition et faire passer la pommade sur les inégalités qui existent entre ces deux mondes très différents. Car Killian et les siens vivent dans des tours à la propreté impeccable, immaculées et modernes tandis que le reste du monde semble se terrer dans des bidonvilles, comme des rongeurs malades. La Rome Antique n’est pas loin, la plèbe se voyant offrir des combats de gladiateurs pour être divertie. Et un peuple divertit est un peuple qui ne se plaint pas. Amusant de constater que la vision que renvoie Running Man de la télévision a finit peu à peu par se concrétiser, les téléréalités lugubres prenant la place du jeu de survie que doit traverser Ben Richards.

 

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Si le film est visionnaire sur ce plan, il peut par contre faire sourire sur le rendu de son année 2017, qui semble très datée alors qu’on ne l’a pas encore connue ! Difficile de ne pas avoir un léger rictus quand on voit Killian parler de cassettes ou lorsque l’un des personnages tapote un clavier d’ordinateur qui date très probablement de 1981. Les plus jeunes auront donc la sensation de voir un film préhistorique plutôt que futuriste mais qu’importe, le spectacle est si entraînant qu’on pardonne aisément ces petits défauts, plus attachants qu’autre-chose. Running Man est le produit typique d’une autre époque, celle où les bandes-son étaient faite au synthé et claquaient sévère (celle-ci est particulièrement mémorable) et où les castings étaient affolants. Jugez vous-même: on retrouve Yaphet Kotto (Alien), Jim Brown (l’une des stars de la Blaxploitation des années 70, qu’on reverra aussi dans Mars Attacks!), la cubaine Maria Conchita Alonso (Predator 2 et, dernièrement, The Lords of Salem), le musclé Jesse Ventura (Predator) ou encore l’éternel second rôle Kurt Fuller (Ghostbusters 2). Que du beau monde pour participer à ce qui reste aujourd’hui l’un des films d’action les plus drôles du monde, bien plus fendard que la majorité des comédies. Car ça vanne sec, Arnold n’arrêtant jamais de balancer des punchlines cultes, bien aidé il est vrai par une très bonne VF, ordurière à souhait, parfois trop. Impossible à refaire aujourd’hui, nos héros balançant des « enfoiré de pédé » comme d’autres enfilent les perles. Alors ce n’est peut-être pas le meilleur film de Schwarzy, ni son plus fin, mais c’est indéniablement son plus fun. Stephen King doit probablement détester Running Man et c’est bien dommage car il fait partie des plus belles choses à avoir découlé de son talent. Ben Richards ne mourra jamais, car il reviendra toujours dans une rediffusion !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Paul Michael Glaser
  • Scénario: Steven E. de Souza
  • Production: George Linder et Tin Zinnemann
  • Pays: USA
  • Acteurs: Arnold Schwarzenegger, Maria Conchita Alonso, Richard Dawson, Yaphet Kotto
  • Année: 1987

6 comments to Running Man

  • Dirty Max 666  says:

    Avec « Kalidor » et « Le contrat », j’ai toujours classé ce « Running man » parmi les vilains petits canards du Schwarzy des 80’s. Mais tu réhabilites tellement bien le film que tu me donnes envie de le revoir et de le reconsidérer !

  • Roggy  says:

    Pas vu depuis sa sortie et je pense aussi qu’il doit avoir bien vieilli. Un film daté mais qui annonce quand même la télé réalité. « Le prix du danger » est plus politique et mérite une vision. Sinon, moi aussi j’ai vu au ciné « Sheena » 🙂 mais une des premiers films dont je me souvienne au cinéma était quand « Les charlots contre Dracula ». Et oui, une autre époque…

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