Vendredi 13 part.3: Meurtres en Trois Dimensions

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Planquez-vous, les campeurs baiseurs, car il revient! Et cette fois, les coups de machette seront en trois dimensions, histoire que nous, braves spectateurs, puissions avoir l’impression que c’est à nous que le vieux Voorhees s’en prend… On ne dirait pas non…

 

On ne change pas une équipe qui gagne ! Si le mariage entre Steve Miner et le slasher aura propulsé Vendredi 13 part.2 aux sommets du box-office lors de sa sortie, il n’y a aucune raison pour que les producteurs les poussent au divorce. Car un troisième Vendredi 13 était bien entendu obligatoire, les deux premiers étant des affaires particulièrement juteuses, qui ne coutent presque rien mais rapportent gros. De petites productions, des séries B budgétées à hauteur de 2 millions de dollars environ mais qui font la nique aux « séries A » et font tomber des 20 millions et des poussières dans les foufouilles. Pourquoi se priver, dès lors, d’une deuxième suite ? Tout le monde est content, après tout, que ce soit les créateurs qui s’enrichissent facilement ou le public, qui était en ce début des années 80 friand des tueurs masqués qui passaient leurs week-ends à charcuter de l’étudiant déluré. Même pas besoin de changer le scénario! On reprend celui du second, on change quelques dialogues et les meurtres, on rajoute un trauma inutile à l’actrice principale et l’affaire est dans le sac! Bien sûr, il faut tout de même apporter un peu de nouveauté, histoire de masquer le fait qu’on ne s’est pas foulé des masses lors de la production du film. Les producteurs ont donc la bonne idée de déterrer la 3D, qui n’était plus présente sur les écrans depuis un bon moment mais reprendra du service, d’autres films d’horreur confectionnés en 1982-1983 utilisant le procédé, comme Amityville 3D ou Les Dents de la Mer 3. Une technique coûteuse et également très compliquée à mettre en place, qui donnera la migraine à ce pauvre Steve Miner qui va devoir gérer deux caméras. Un tournage qui prend des airs de devoir de mathématique mais qui portera ses fruits puisque le film va une fois de plus réunir les trois cerises et faire tomber les pièces. Ding ding ding ding! Succès financier, oui, mais public ? Et c’est là que ça coince…

 

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Il semble inutile de vous résumer l’histoire de Meurtres en trois dimensions, qui pour sa sortie vidéo changea de titre pour Le Tueur du Vendredi 2, soulignant donc son parenté avec le deuxième opus (qui s’appelait donc Le Tueur du Vendredi) plutôt qu’avec l’original. Pourquoi ça ? Sans doute parce que c’est encore une fois Jason qui est ici l’assassin de service et non pas sa mère, trop décapitée pour se remettre à la chasse aux adolescents avides de sexe et qui ont la manie de se séparer dès que l’occasion se présente. A se demander pourquoi ils viennent en groupe alors qu’ils se retrouvent toujours à faire leurs trucs dans leurs coins, ces cons. Mais le film a beau s’appeler de deux ou trois manières différentes, cela ne change rien au fait que son scénario est le même que celui du deuxième, qui était déjà identique à celui du premier, à peu de choses près. Quelques bonnes idées apparaissaient, comme l’utilisation du cadavre de Madame Voorhees en fin de parcours, de petits efforts pour changer le goût, quand bien même cela ne changera pas grand-chose à l’impression de déjà-vu qui parcourait cette suite. Ce troisième opus ne s’embarrasse pas avec tout ça, les producteurs ayant bien compris qu’on ne change pas une recette qui a fait ses preuves et que, de toute façon, le public ne demande rien de plus qu’un groupe de jeunes qui se fait décimer dans la forêt. Exit le script proposé par le scénariste Martin Kitrosser qui déplaçait l’action dans un hôpital psychiatrique, retour à la nature. Le pitch est donc le même que d’habitude: des jeunes se réunissent dans le chalet d’une amie (bizarrement, ça ne se passe pas à Crystal Lake) mais Jason s’invite à la fête et va les retourner dans tous les sens. Point. Pas d’originalité particulière, les auteurs se reposant sur une 3D qui sera selon eux bien suffisante pour satisfaire le public. Ils auront eu raison puisque le film reste l’un des plus rentables de la saga et certains le classent toujours parmi leurs favoris. Avouons que si vous avez aimez les deux premiers (et les trente-deux suivants), il n’y a pas de raison particulière pour que celui-ci vous soit antipathique. A l’inverse, il ne vous réconciliera pas avec la saga si vous ne la porter pas dans votre cœur…

 

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A vrai dire, le film ne commence pas sur les chapeaux de roue, c’est même le moins qu’on puisse dire. Histoire de rafraîchir la mémoire des spectateurs, Miner nous colle les cinq dernières minutes du deuxième opus, qu’il avait déjà réalisé, qui deviennent donc les cinq premières de celui-ci. C’est surtout là une volonté de remplissage puisque le film vient à peine de commencer que la Paramount, société productrice, fait déjà des économies. Mais avouons que se retaper le final du deuxième film n’est guère passionnant, surtout si le film a été visionné il y a peu… Débarque ensuite le générique, qui est… comment dire… particulier. C’est effectivement à une reprise disco que l’on a affaire ici, donnant à ce Vendredi 13 3 des airs de comédies malgré lui. Difficile de ne pas penser à une série horrifique pour bambins comme Chair de Poule à l’écoute de ce thème principal qui n’aurait pas dépareillé dans une série du genre. Mais ne rigolez pas, cette chanson qui nous donne l’impression que cet opus a été tourné à Bollywood reste le meilleur moment du film avant un bon bout de temps. Car le gros défaut de ce slasher est son rythme, d’une lenteur assommante. Les deux premiers volets n’étaient déjà pas des modèles de frénésie mais avaient au moins la bonne idée de tuer quelques gus avant le carnage final, celui où tout va plus vite (et généralement le passage le plus intéressant d’un slasher, pour ne pas dire le seul). Ici, c’est bien plus laborieux, Jason prenant déjà 15 minutes avant de commettre son premier double-meurtre, prenant véritablement son temps puisque le meurtre suivant, certes triple, aura lieu 25 minutes plus tard. Autant dire une éternité lorsqu’il s’agit d’un slasher, genre assez peu scénaristique et qui n’a pour lui que ses meurtres à l’arme blanche, gores si possible. Nous assistons donc à une looooongue exposition qui, pourtant, arrive à ne développer aucun personnage. Trop occupé à créer des fausses peurs (oh la porte du van reste ouverte, oh le gros lourd nous fait une blague, oh un vieux fou tenant un œil crevé), Miner en oublie de faire des personnages un minimum détaillés. Sans être un modèle de caractérisation, le second film nous montrait des persos que l’on pouvait tout de même différencier, ce qui n’est même pas le cas ici, à l’exception du gros blagueur et du hippie, que l’on voit par ailleurs assez peu. Ces longues minutes qui ne servent à rien si ce n’est à filmer du vide passent donc très mal puisque ne servant le film sous aucun angle…

 

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C’est malheureusement le coup classique du slasher, nombreux étant les participants du style qui ne passent la deuxième que lors des trente dernières minutes. Dans ces cas-là, il ne reste plus qu’à espérer que le spectacle sera au rendez-vous à ce moment-là. Le massacre final de Vendredi 13 3 a la chance de ne pas être trop mal et de proposer quelques meurtres gratinés. Harpon dans l’œil, coup de machette dans les burnes, une lame qui transperce un torse, tisonnier brûlant qui traverse un ventre, une tête broyée,… Le spectacle est là même si nous ne pourrons pas en profiter tant que cela puisque comme tous les films de la série à partir du deuxième, la péloche de Miner a été lourdement censurée. Il reste quelques plans qui font plaisir mais, compilés, nous n’avons finalement que quelques secondes à se mettre sous la dent sur un film qui dure 85 minutes. Bien dommage même si, pour le coup, il sera difficile d’en vouloir à Miner qui doit être le premier frustré… N’espérez par contre pas être très concernés par l’avenir des protagonistes qui, comme vous l’aurez compris, sont à peu près aussi attachants que des mouchoirs en papier, avec qui ils ont en commun le fait d’être jetables. Les acteurs se plaindront d’ailleurs du peu d’attention que Miner leur portera, le réalisateur étant trop concentré sur sa difficile 3D pour les diriger convenablement. Le jeu en valait la chandelle ? Difficile à dire si, comme moi, on n’est pas équipé de tout le bordel nécessaire à la vision du film en 3D (de toute façon, je n’ai que la version plate) mais il faut avouer que l’on sent que Miner a tenté d’envoyer des trucs à la gueule du spectateur. Pas deux minutes ne passent sans que l’on puisse remarquer un objet se diriger vers l’écran. Des trucs sans intérêt comme une batte de baseball, un yo-yo ou du pop-corn qui vous saute à la gueule, mais également quelques effets horrifiques comme un œil ou un harpon torpillés dans notre direction ou encore le gros Jason qui tend les bras pour nous happer.

 

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Parlons-en, tiens, du Big J, qui a décidé de changer de look. Exit le sac à patates sur la tronche pour masquer son visage déformé et ses longs cheveux roux. Dorénavant, le gaillard est chauve et ressemble beaucoup plus à son incarnation dans le premier film, lorsqu’il était venu faire coucou lors du passage dans la barque. Mais il n’est pas plus fier de son visage pour autant puisqu’il va choisir de le cacher à nouveau, cette fois avec son légendaire masque de hockey. Autant dire que son charisme monte en flèche, les plans dans lesquels il apparaît étant toujours beaucoup plus agréables à la vue que lorsque l’on doit se taper les autres personnages (d’autant que le film est cette fois assez prude et ne montre aucun nibard, si ce n’est très furtivement sous la douche). Mais est-ce que Jason a évolué depuis le second film, où il ne se montrait pas très efficace, se cassant la gueule comme un débutant? Si la deuxième aventure du tueur du vendredi lui permet d’en imposer un peu plus visuellement, il n’en reste pas moins un grand comique, s’en prenant plein la tronche. Coup de pelle, coup de planche en bois, jets de livres sur la gueule, pendaison, mains bloquées par la vitre relevée d’une voiture,… Difficile de ne pas rire à ces gags involontaires et l’on regrette que Miner ne ressorte pas son thème disco dans ces moments, cela aurait un effet du tonnerre. Mais Jason s’en branle, comme le prouve sa démarche, calme, nonchalante, qui prouve qu’il ne s’investit guère dans ce qu’il fait. Il fera mieux par la suite, ne vous en faites pas pour lui.

 

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Notons tout de même que, techniquement, Miner a fait des progrès. La photographie dégueulasse du premier film et celle, assez similaire mais un peu améliorée, du deuxième volet sont laissées de coté pour quelque-chose de plus pro. Le rendu de l’image est plus soigné, les couleurs sont jolies, les plans mieux composés. Le travail est mieux fait mais est-ce que cela permet au film de foutre la branlée aux autres de la saga ? Non, pire, il se classe plutôt parmi les moins bons (ce qui ne veut pas dire grand-chose pour une saga comme Vendredi 13 qui n’est de toute façon pas vouée à atteindre des sommets), la faute à son rythme trop plombant qui fait sombrer le spectateur dans l’ennui de manière beaucoup trop régulière. Le film se repose également beaucoup trop sur ses bases, devenant trop routinier, basant tout sur sa 3D et ne cherchant jamais à créer la surprise. On est dans de l’industriel, du cinéma horrifique créé à la chaîne, réutilisant le même moule jusqu’à ce qu’il se brise. Les quelques bonnes idées sont par ailleurs très vite balayées d’un revers de la main, comme cette séquence inversant le final du premier film puisque c’est ici le cadavre de la mère Voorhees qui sort des eaux pour happer l’héroïne. Mais Miner fait marche-arrière et préfère faire de cette scène, peut-être la plus sympathique, un simple rêve. Dommage, conclure là-dessus aurait été nettement plus satisfaisant. Le réalisateur a beau nous pondre un travail propre, son deuxième Vendredi 13 ne mérite guère les compliments et ne parvient même pas à faire mieux que les précédents. Certes, il améliore certains points, mais il trébuche lourdement ailleurs, ne sortant jamais de son costume de « petit film d’horreur sans prétention » que l’on aurait aimé un peu plus aventureux. Ce n’est pas la honte ultime, car au fond c’est du standard, du simpliste comme on en voit tant (et on a vu bien pire par la suite), mais il n’y a rien ici qui mérite une recommandation…

PS: et rien que pour le plaisir…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Steve Miner
  • Scénario: Carol Watson, Martin Kitroser
  • Titre original: Friday the 13th part III in 3D (USA)
  • Production: Frank Mancuso Jr.
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dana Kimmel, Paul Kratka, Nick Savage, Larry Zerner
  • Année: 1982

6 comments to Vendredi 13 part.3: Meurtres en Trois Dimensions

  • david david  says:

    je connais un acteur ayant eu la chance de le voir en salles en 3D à l’époque c’était des lunettes polarisées comme quoi la nouvelle vague n’a rien inventé avec Avatar et consort il parait que la 3D était fabuleuse en salle,je possède un DVD us en 3D anaglyphe et déjà ça marche bien,et puis bon les 4 premiers V13 sont mes favoris j’aime cette ambiance champêtre et mystérieuse je comprend que cette saga ne plaise pas perso j’adore bravo Rigs pour cette review 😉

  • Roggy  says:

    Je ne suis pas un fan des Vendredi 13. En revanche, je suis en train d’écouter la musique et c’est très cool 🙂

  • Dirty Max 666  says:

    Je trouve le thème psychotronique de Manfredini vraiment tripant ! Je n’ai pas pu m’empêcher de le réécouter, ça m’éclate toujours autant. Et puis, c’est avec ce « Meurtres en 3 dimensions » que Jason devient enfin une icône de l’horreur (le masque de hockey !). Un opus aussi bas du front que les autres mais qui reste très sympa, même si l’auto-parodie commence à se faire sérieusement sentir.

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