Hellraiser 3

Category: Films Comments: 3 comments

hellraiserteaser

L’enfer c’est bien joli, décoré avec goût, mais cela ne suffit plus à Pinhead. Pris de désirs de grandeurs, le voilà prêt à conquérir le monde, et s’il peut faire la fête en boite de nuit en passant il ne s’en privera pas.

 

Les temps changent, c’est un fait. Chez nous, Hellraiser 3 est sorti en 1993, soit la même année que Les Visiteurs avec Jean Reno et Christian Clavier. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que nous étions allés voir la célèbre comédie française avec mes parents, qui avaient gagnés des places pour l’un des plus grands cinémas de la région. Et, dans le hall d’entrée, il y avait un gigantesque poster en relief montrant Pinhead, son précieux Cube. Le célèbre Cénobite me faisait face, non pas à taille humaine, mais bel et bien comme une divinité, qui semblait me dire que si j’étais un homme j’irais voir son film et non les cabotinages à la française ou les zooms intempestifs de Jean-Marie Poiré. Mais en 1993, j’avais six ans, je n’avais donc pas encore les burnes assez solides pour entrer dans une salle diffusant des flots d’hémoglobines. Et j’en avais encore moins le droit. Reste que se retrouver en tête-à-tête avec un boogeyman géant est le genre d’images qui vous marquent un gosse à vie et qui a tendance à le faire sombrer encore plus profondément dans le cinéma horrifique… C’était la bonne époque, celle où les Cénobites pouvaient encore s’offrir les joies du grand écran et torturer un max de monde dans les meilleures conditions. Rien à voir avec leur sort actuel, leur destinée ne cessant de chuter au fil des ans, le dernier film en date de la franchise, Hellraiser Revelations, n’étant même pas sorti chez nous. Pas même un petit DVD, que dalle, de l’inédit pur et dur, qui reste sur le sol américain et ne risque pas de prendre le Titanic pour nous rejoindre. Pas très étonnant puisque la saga n’obtient plus de bonnes critiques depuis un bail, les choses s’étant envenimées depuis que les frères Weinstein préfèrent torcher vite fait mal fait des téléfilms souvent indignes de l’œuvre de Clive Barker. Et pour certains, les choses sentaient le sapin dès la sortie du troisième opus…

 

hellraiser2

 

Vous connaissez la chanson, le premier marche bien donc il a une suite, qui se débrouille pas trop mal non plus, ce qui bien entendu entraine un troisième film, intitulé Hellraiser 3: Hell on Earth. Un projet qui fut initié par Barker lui-même, lui et son scénariste imaginant une histoire reliant le Cube à la mythologie égyptienne et aux pyramides. C’était d’ailleurs le scénariste Peter Atkins qui devait passer à la réalisation, une demande rejetée par les frères Weinstein, devenus producteurs du film, les frangins préférant placer la franchise dans des mains plus expérimentées, celles d’Anthony Hickox en l’occurrence, le gaillard ayant démontré qu’il savait se démerder avec Waxwork. Mais Hickox ne vire pas tous les talents associés aux démons sadomasos puisque Tony Randel, réalisateur du précédent, revient comme scénariste, tout comme Peter Atkins qui aura même droit à un rôle de barman devenu Cénobite. Le reste de l’histoire changera tout de même pas mal puisque les pyramides disparaissent au profit d’une intrigue plus urbaine et moderne. Tué à la fin d’Hellraiser 2, Pinhead est pourtant toujours dans les parages, devenu une entité bloquée dans un pilier de pierre qui traîne chez un vieux marchand d’art. Une œuvre qui attire l’œil de J.P. Monroe, riche tenancier d’une boite de nuit huppée, qui l’emporte avec lui. Mais Pinhead se réveille très vite et demande au bellâtre de lui amener des victimes qui pourront lui permettre de revenir à la vie pour de bon et faire ce qu’il préfère: torturer son monde.

 

hellraiser4

 

Pas de Kristy cette fois (bien qu’elle fasse un petit caméo), l’héroïne étant une certaine Joey, journaliste de son état, qui s’intéresse à l’étrange destin d’un jeune homme, débarqué aux urgences avec des chaines plein le corps et dont le crâne a tout simplement explosé. De quoi attirer l’attention, en effet. Dans sa recherche de la vérité, elle fera la connaissance de Terry (Warlock: The Armageddon), une fille paumée, SDF, avec qui elle se lie d’amitié. Un duo de charme (enfin, pas tant que ça…) que Pinhead a dans le collimateur puisqu’elles sont en possession de la fameuse boîte démoniaque, un endroit dans lequel il ne veut pas être enfermé à nouveau. Notre monstre aux clous a d’ailleurs bien changé et il y a fort à parier que sa nouvelle personnalité ne plaira pas à tout le monde. S’étant rendu compte que le public appréciait tout particulièrement le Cénobite à la gueule de cul de hérisson, les producteurs vont s’arranger pour le montrer un maximum. Terminé les apparitions éclairs des deux premiers films, Pinhead est désormais une star qui doit faire le show. Toujours incarné par un Doug Bradley qui devait être bien content de pouvoir dérouler une palette plus variée que « je reste droit et je cause comme un robot », la star de la saga est devenue une sorte de Freddy Krueger bis. Blagueur, se servant des rêves de ses proies, cabotin, il a bien changé puisque, pour rappel, il n’était qu’un tortionnaire neutre dans les premiers films, un démon qui faisait ce qu’il devait faire, sans plus. Le voilà donc devenu une bête assoiffée de sang qui n’a qu’un seul but: tuer un max de gens. Plutôt troublant comme changement de personnalité mais c’est en adéquation avec le but clairement avoué du film: être divertissant.

 

hellraiser3

 

Une intention louable mais qui nous semble assez antinomique avec l’univers d’Hellraiser, fait de putréfaction, de décors dignes d’un abattoir plongé dans le noir et de thématiques impures. Comment s’amuser avec tout ça ? Hickox ne s’en soucie guère, lui qui de toute façon n’a pas beaucoup de sympathie pour les films trop sérieux, n’hésitant pas à annoncer qu’il ne raffole pas vraiment du second film. Son Hellraiser 3, il le veut plus moderne, plus spectaculaire et plus humoristique. Plus américain, en fait, le film étant par ailleurs le premier de la franchise à être tourné aux States, bien que ce soit toujours sous la direction d’un anglais, l’Anthony étant par ailleurs le fils de Douglas Hickox, réalisateur de Théâtre de Sang avec Vincent Price. Il est facile de deviner les plus gros reproches qu’adressent donc les détracteurs à ce troisième film puisqu’il s’éloigne autant que possible des bases qui ont fait des deux premiers films des classiques du cinéma délétère. Hellraiser version Hickox est donc plutôt à ranger aux coté de la saga des Freddy, à savoir des films plus ou moins gores, qui misent beaucoup sur leurs effets spéciaux, mais qui n’oublient pas de faire marrer le spectateur. Et il y a une place à prendre pour Pinhead puisque le tueur aux griffes acérées est récemment tombé de son piédestal avec le piteux sixième épisode, La Fin de Freddy. Pinhead peut donc devenir calife à la place du calife et devenir le boogeyman attitré des années 90, ce qui ne devrait pas lui être trop compliqué vu le manque de compétiteurs sérieux existants à l’époque, l’un des rares étant d’ailleurs le Candyman, inventé par… Clive Barker ! Mais si Pinhead est définitivement devenu une icône déclinée en des millions de figurines, Hellraiser 3 n’est pas pour autant entré au panthéon du genre, ne marchant pas aussi bien que prévu au cinéma (à peu près le même score que les deux précédents mais pour une mise plus importante) et étant considéré comme un épisode indigne de la saga des Cénobites…

 

hellraiser5

 

Elle n’est pourtant pas si mal, cette deuxième séquelle, à condition qu’on la prenne du bon coté et que l’on fasse le deuil de l’aspect volontairement austère des deux premiers opus. Mais si l’on enfourne le DVD avec à l’esprit une envie de se payer une bonne petite série B rigolote, cela devrait passer. Non pas qu’elle soit exempt de défauts, au contraire. On peut reprocher au film des personnages un peu trop crétins sur les bords (la pauvre Terry est attachante mais mérite un peu son sort) et des Cénobites disons… polémiques. Oubliez les tortionnaires effrayants des débuts, les nouveaux sont là pour vous faire sourire. L’un à une caméra dans l’œil, un autre un piston dans le crâne, une dernière une cigarette qui dépasse de la gorge. N’oublions pas le plus beau, le Cénobite qui a un sourire grand comme ça (et sans doute un cœur au moins aussi gros) qui balance des CD à la gueule de ses ennemis. Difficile de les prendre au sérieux, ces clowns font presque passer celui qui est entouré de fils barbelés et qui fait des cocktails Molotov pour un digne descendant du premier film. Mais ils collent parfaitement avec les intentions d’Hickox, qui veut proposer un spectacle explosif, digne de Michael Bay. Car les Cénobites vont faire sauter tout un quartier, juste après que Pinhead se soit éclaté à mettre une discothèque à feu et à sang. Un gros délire gore où les pauvres danseurs se prennent des glaçons qui prennent la forme de la tête de pic, se font empaler par des poutres, sont décapités,… C’est sûr que ça change du premier film qui se déroulait dans un grenier…

 

hellraiser1

 

Hickox essaie tout de même de raccrocher son wagon à ceux de Barker et Randel, en citant le nom de Channard, le bad guy du précédent film, et en ressortant ses papiers. Mais le rapport s’arrête là, dorénavant c’est le cirque de Pinhead, qui va s’en donner à cœur joie, trop heureux d’avoir plus de cinq minutes de présence à l’écran. Les défauts d’Hellraiser 3 sont aussi ses qualités en fonction de là où l’on se place. Le film d’Hickox n’est d’ailleurs pas un si mauvais Hellraiser, il est juste diffèrent. Les règles de la saga sont plus ou moins respectées (le pilonne, les pouvoirs du Cube, le besoin de sang,…), elles sont simplement déplacée dans une ambiance plus bon enfant, aux ambitions différentes, plus rock’n roll comme le suggère la présence de groupes de metal comme Motörhead, Triumph et Armored Saint. C’est en tout cas une série B réussie, bien réalisée et à la photographie bien jolie, qui n’hésite pas à en donner le maximum au spectateur, qui sera servi. On regrettera juste les séquences avec le Pinhead humain, qui veut aider Joey à vaincre la version maléfique de lui-même, des passages un peu plus assommants et qui posèrent d’ailleurs des soucis au réalisateur, le maquillage pâle du clouté ne se mariant guère avec une forte luminosité. Mais tout de même, face aux DTV qui ont suivis, Hell on Earth fait figure de grand film…

Rigs Mordo

 

 

hellraiserposter

 

  • Réalisation: Anthony Hickox
  • Scénarisation: Peter Atkins, Tony Randel, Clive Barker
  • Titre original: Hellraiser III: Hell on Earth (USA)
  • Production: Harvey Weinstein, Bob Weinstein, Clive Barker
  • Pays: USA, Canada
  • Acteurs: Doug Bradley, Terry Farrel, Paula Marshall, Kevin Bernhardt
  • Année: 1992

3 comments to Hellraiser 3

  • Roggy  says:

    Je suis d’accord avec toi pour ce troisième opus que perso j’aime bien. Film plutôt fun aux antipodes des deux premiers et de l’univers sado-maso-gothique de Clive Barker.

  • Roggy  says:

    Les puristes diront sûrement que ce film dévoie l’original, mais je suis souviens avec plaisir de ce lancer de CD volants 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>