Mimic 2

Category: Films Comments: 4 comments

Le cafard, ça a la vie dure. Il ne suffit donc pas d’un film pour s’en débarrasser, le tenace insecte étant bien décidé à revenir encore et encore dans des suites direct-to-video. Mais s’il faut bien ça pour l’éradiquer une bonne fois pour toutes, le tour de la question n’était-il pas déjà fait dès le premier Mimic ?

 

D’un coté, il y a les chercheurs d’or, qui ont les mains dans la terre ou la boue durant des heures pour y dénicher une pierre mordorée. Et d’un autre coté, il y a les Weinstein, producteurs américains bien connus des amateurs de cinéma horrifique pour leurs Scream, qui font l’exact inverse. Eux, ils ont déjà de l’or entre les mains mais ils n’en tirent que de la boue. Hellraiser, The Crow ou Halloween font partie de ces pierres précieuses qu’ils s’échinent à démolir, encore et encore, à grands coups de suites DTV moisies ou de polissages à destination des ados (Halloween: Résurrection). C’est que l’or, ça se travaille et il est plus aisé de le réduire en morceaux et le vendre en l’état plutôt que de le forger pour donner de véritables œuvres d’art. Oh de temps en temps les deux frères essayent tout de même, le temps d’un remake ou l’autre (les Halloween de Rob Zombie), mais cela ne dure jamais bien longtemps, l’appât du gain facile étant toujours plus fort. Alors lorsque le Mimic de Guillermo del Toro rapporte quelques billets, les deux frangins terribles n’ont pas besoin de sortir leurs calculettes pour décider de la marche à suivre. Ils vont diviser le budget par trois, se contenter d’une sortie en vidéo, prendre un réalisateur malléable qui ne les emmerdera guère et emballez c’est pesé, l’affaire est réglée! Mimic 2 débarque donc en 2001 dans l’indifférence générale, les quelques courageux qui auront tenté l’affaire se mettant généralement d’accord pour en dire tout sauf du bien. Et ce n’est pas dans la crypte toxique que ça va changer.

 

mimic21

 

A première vue, Mimic 2 est une digne suite de son ainé puisqu’il reprend l’actrice Alix Koromzay, second rôle dans le premier qui monte ici en grade et devient l’héroïne. Mais c’est une illusion seulement, d’une part parce que ce n’est pas flagrant (qui se souvient du personnage de la demoiselle dans l’original ?), d’une autre parce que le protagoniste principal n’aurait aucun lien avec le film de del Toro que cela ne changerait rien à l’histoire, qui se contente de balancer un Judas aux trousses de la demoiselle, Remi Panos, qui va se retrouver coincée dans une école avec le sinistre cafard géant, toujours aussi intelligent. Une intrigue mince comme la pine d’un moustique qui ne fait revenir l’un des personnages du précédent que pour dire que c’est fidèle. On peut même imaginer que cette Remi fut ajoutée au dernier moment lorsque les producteurs se seront rendu compte que la Alix Koromzay était disponible pour pas cher. Cette institutrice/chercheuse/collectionneuse de bestioles (on ne sait pas trop) pourrait être remplacée par une banale scream queen de slasher que personne n’y verrait aucune différence. Cela tomberait d’ailleurs plutôt bien puisque c’est justement du coté des tueurs masqués que lorgne ce Mimic 2, qui quitte un carcan pour aller s’installer dans un autre. Exit donc le film de monstres, cette suite au rabais ne pouvant décemment pas s’offrir plusieurs Judas, ces cafards géants créés artificiellement pour combattre une maladie dans le premier opus. Et comme les bestioles passent au singulier et que le Judas ici présent à tendance à utiliser la peau de ses victimes comme masques, on a tôt fait de songer à Michael Myers et compagnie. Comment ne pas penser aux tueurs de slashers d’ailleurs ? Impossible vu que notre gloumoute puant passe son temps à jouer les silhouettes inquiétantes sous la fenêtre de l’héroïne, singeant le célèbre tueur de Haddonfield et ses confrères déglingués. La structure scénaristique joue le jeu aussi, multipliant les meurtres et enfermant ses protagonistes principaux dans un lieu unique avec la menace insectoïde. Si vous aimez l’originalité, il vous faudra donc fouiner dans un autre baril radioactif.

 

mimic24

 

Que le film ne soit pas original, on s’en doutait un peu. Et, à la rigueur, on pourrait l’accepter bien facilement si le spectacle est un minimum divertissant. Pas de bol, ce n’est jamais le cas. La faute à des personnages peu charismatiques qui ne favorisent pas l’identification, et par la même occasion l’implication. On se contrefout complètement de ce qui peut arriver à cette petite bande, constituée de notre prof/scientifique, d’un flic cliché (il a un cure-dent en bouche, c’est vous dire), d’un drogué et d’un gosse. Quelques fiers gaillards qui se sont par ailleurs bien trouvés puisque tous jouent mal, sans exception. Pas assez mal pour en devenir drôles, malheureusement, juste mal. Du genre « je suis là, je sais que je joue dans une merde, je me foule pas et j’encaisse mon chèque, de toute façon ma carrière ne va nulle part ». Le genre déprimant en fait, amorphe. Alors qu’un acteur vraiment mauvais et en surjeu perpétuel peut relancer l’intérêt d’une vieille daube et apporter un peu de rythme, toute une troupe de comédiens endormis ne peuvent que vous donner envie de rejoindre votre plumard. Alix Koromzay, que vous avez déjà vue dans le remake du Veilleur de Nuit (mais siiii, c’est elle qui fait une branlette à Ewan McGregor dans le restaurant !), tente bien de composer un truc, mais ça ne fonctionne jamais et l’on ne sait pas trop comment prendre son personnage, une freak qui se prend en photo à chaque fois qu’un homme la fait pleurer. Ça pourrait être intéressant au fond, une sorte de Lisbeth Salander devant faire face à un cafard géant, mais le récit préfère la rendre un peu rigolote et rire de la situation, mais pas trop quand même car il faut tenter d’être effrayant dans le même temps. Le film est d’ailleurs clairement coincé, le cul entre deux chaises sans savoir sur laquelle s’asseoir, et en résulte une ambiance particulière, faite de petites vannes pas drôles alors que les décors font tout leur possible pour être glauques. En ressort un manque d’identité flagrant, une série B hybride faite de compromis dans tous les sens, qui est particulièrement emmerdante malgré sa courte durée.

 

mimic23

 

Car malgré ses 75 minutes, Mimic 2 est un marathon: plus on avance, plus on est crevé et on n’a plus qu’une envie, que cela se termine au plus vite. On aurait pu se dire que même si les personnages sont nazes et le scénario peu original, on aura au moins quelques scènes sympathiques à s’envoyer, un peu de gore au moins. Même pas! L’argument sanglant se résume à quelques corps retrouvés sans visages, ce qui est bien peu. On me dira que le premier Mimic n’était pas gore non plus et c’est fort juste. Mais le premier Mimic pouvait se reposer sur d’autres qualités et n’avait pas la nécessité de tomber dans le spectacle facile (facile mais efficace, entendons-nous bien). Mimic 2, lui, aurait mieux fait d’essayer de jouer la carte du gore, ne serait-ce que pour nous réconforter un peu de ne pas voir la bête plus que ça. Car budget réduit oblige, elle se fait plutôt furtive, généralement résumée à une silhouette floue qui passe rapidement devant l’écran. On la voit lors de deux ou trois scènes, parfois à l’ancienne (latex, costume et tout le toutim), parfois en CGI pas terribles (mais ça passe), déployant à peu près autant de charisme que les humains qu’elle traque. Le Judas est censé être l’attraction principale et si même lui ne parvient pas à sauver les meubles, vous vous doutez bien qu’il ne reste pas grand-chose à sauver. Le scénariste, Joel Soisson, tente pourtant quelques trucs. Celui que l’on pourrait résumer à un vulgaire soldat du clan des Foot à la solde de Shredder si nous étions dans Les Tortues Ninjas (il réalise tous les trucs de merde des Weinstein, genre les Pulse 2 et 3 ou les derniers Prophecy), également remplaçant de William Lustig au poste de réalisateur sur Maniac Cop 3, fait néanmoins ce qu’il peut pour proposer quelques rebondissements. Et il y a quelques idées pas trop mauvaises dans son script, comme un final qui relève un peu le niveau (malheureusement balayé par des incohérences grossières) ou une bonne utilisation des capacités des cafards.

 

mimic22

 

Le réalisateur Jean de Segonzac, qui malgré son nom n’est pas un cousin de Jean Reno dans Les Visiteurs, fait lui aussi ce qu’il peut. Venu de la petite lucarne, le zig n’est pas franchement le meilleur réalisateur en activité (Mimic 2 est d’ailleurs son seul film, le reste de son CV n’étant constitué que d’épisodes de séries) mais il a le mérite de se réveiller de temps à autres. Comme lorsqu’un Judas tire sa victime sur la façade d’un immeuble, le pauvre homme remontant la bâtisse la tête en bas tandis que l’on découvre les appartements et leurs occupants au fur et à mesure, via les fenêtres. Notons également une photographie plutôt réussie, surtout lorsqu’il s’agit de faire ressortir la crasse des ruelles sombres, ce qui permet de garder une certaine cohérence avec le premier film. Mais tout cela est fort peu et ne sauve certainement pas Mimic 2, qui est d’une fadeur exceptionnelle. Finalement, son utilité principale est de prouver que les Weinstein sont les rois lorsqu’il s’agit de retirer toute la personnalité d’une franchise pour en faire de vulgaires série B ou Z dont les monstres ou tueurs sont interchangeables. A éviter !

Rigs Mordo

 

 

mimic2poster

  • Réalisation: Jean de Segonzac
  • Scénarisation: Joel Soisson
  • Production: Joel Soisson,  Bob Weinstein et Harvey Weinstein,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Alix Koromzay, Bruno Campos, Will Estes, Gaven E. Lucas
  • Année: 2001

 

 

4 comments to Mimic 2

  • Roggy  says:

    Totalement d’accord avec ton avis sur cette séquelle bas de gamme qui ne s’imposait pas. J’aime beaucoup le 1er Mimic qui instaurait une ambiance bien glauque dans le métro. Et dire qu’il y a eu un Mimic 3 et que je l’ai vu il me semble bien…

  • Roggy  says:

    « joue la carte de l’intimisme » pas mal pour dire qu’on n’a pas de fric 🙂

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>