Video Nasties: The Definitive Guide

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Si de nos jours les jeunes gens en quête de sensations interdites peuvent trouver le plus glauque des films en trois clics, il n’en était pas de même dans les années 80, une époque où la recherche se faisait plus longue et passait par la VHS. Un périple d’autant plus difficile, voire dangereux, que quelques moralisateurs anglais s’étaient liés pour bannir une brouette de films bis…

 

Les temps changent, c’est un fait. Si le cinéphile bis a désormais tout ce qu’il désire dans le creux de sa main, pouvant commander ses DVD rêvés en deux minutes sur Amazon ou visionner un film en streaming en deux roulements de souris, cela n’a bien évidemment pas toujours été le cas. Car jadis, il fallait prendre sa lampe torche et s’engouffrer dans les caves humides des vidéoclubs, là où étaient gardées les précieuses VHS, seul moyen de voir quelques bisseries gratinées en ces temps où mourraient les cinémas de quartier du monde entier. Une expédition qui était devenue des plus dangereuses en Angleterre puisque quelques cerbères catholiques s’étaient décidés à retirer ces précieux rubis des bacs vidéo, tapant sur la tête des marchands de plaisir pelliculé à grands coups de lois et de titres de journaux tapageurs. Une épopée, une lutte scandaleuse sur laquelle revient Jake West, réalisateur punk à qui l’on doit Evil Aliens et Doghouse, à travers son documentaire Video Nasties: Moral Panic, Censorship & Videotape, trouvable dans le triple DVD Video Nasties: The Definitive Guide. Il fallait bien ça pour revenir en long et en large sur un évènement clé d’un cinéma qui a souvent flirté avec la censure et qui n’aura jamais épousé à ce point l’ennemi censeur. Car ce que l’on a l’habitude d’appeler « la période la plus noire de l’histoire » aura été recrée à plus petite échelle dans l’Angleterre des années 80. Si les nazis brulaient des livres, les chrétiens préféraient eux balancer au bûcher quelques bandes bis qu’ils considéraient comme sadiques, immorales et, surtout, dangereuses, pour les enfants comme pour les grands. Et l’on ne parlait pas que de films volontairement scandaleux ou qui tendaient un peu le bâton pour se faire battre comme les Cannibal Holocaust ou Ferox et leurs massacres d’animaux mais aussi de quelques films tout ce qu’il y a de plus respectables comme L’Enfer des Zombies, La Baie Sanglante, Evil Dead, Massacres dans le Train Fantôme, Carnage, le Inferno de Dario Argento et j’en passe. Une grosse liste de 72 films, qui ne resteront pas tous bannis (33 chanceux pourront retrouver le chemin des étagères), mais qui auront été saisis. Et l’hécatombe aurait pu continuer puisque des dizaines d’autres étaient dans le collimateur de ces croyants censeurs, citons entres autres La Marque du Diable, Alice Sweet Alice, Suspiria, Rosemary’s Killer, Martin, les deux premiers Vendredi 13, Massacre à la Tronçonneuse et bien d’autres, tous membres de la «Section 3», liste de films qui ont failli partir en fumée avec les autres (et qui auront droit à leur DVD rien qu’à eux ce juillet, ce guide ayant droit à une suite, toujours de Jake West!). On peut dire qu’ils ont eu chaud…

 

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Il n’est pas si aisé que cela d’écrire une chronique d’un documentaire sans le refaire selon son petit point de vue personnel. Je vais donc me garder de vous faire un résumé des évènements qui auront fait trembler les rues londoniennes dans les années 80 puisque ce serait voler le boulot du docu de Jake West, qui le fait très bien sans mon aide. Il faut dire qu’il est bien aidé puisque le goreux à la chevelure blanche a rameuté quelques experts, qu’ils soient critiques (Kim Newman ou Stephen Thrower, qui ont écrit sur le sujet), réalisateurs (Neil « The Descent » Marshall, Christopher « Creep » Smith), acteurs (Andy Niman, vu dans Black Death, Severance ou Kick-Ass 2), journalistes ayant couvert ces évènements à l’époque ou tout simplement des hommes politiques ou policiers ayant eu un grand rôle dans cette saisie des VHS horrifiques. Tout ce beau monde va donc revenir sur les grands moments de cette saga honteuse, les intervenants étant bien évidemment scindés en deux camps, les pour et les contre. Bien entendu, vu les antécédents de monsieur West, on se doute un peu du parti qu’il risque de prendre, il est en effet peu probable de le voir mettre en valeur les partisans de la censure. Et c’est en effet le cas, bien que cela soit fait finement. Car West donne la parole a tout le monde, de manières équivalentes (ou à peu près) et le seul petit avantage qu’il donne à ses amis bisseux est celui du mot de la fin puisque les dix dernières minutes, renforcées par une musique pleine d’espoir, met en avant leur vision des choses. Il était de toute façon bien difficile de montrer le camp adverse sous un jour flatteur tant leurs agissements furent écœurants, voire déloyaux. Rapports n’allant pas dans leur sens jetés au feu, juges tout sauf objectifs, pression sur les videoclubs, études orientées, titres tapageurs dans les journaux, coups de fil agressifs,… Jake West n’a clairement pas besoin d’en rajouter pour que ces messieurs les politiques ou de Scotland Yard passent pour antipathiques, leurs discours et comportements s’en chargeant sans peine, images d’archives à l’appui. On peut donc pointer du doigt cette fameuse Mary Whitehouse, sorte de seconde Margareth Thatcher, qui s’est lancée dans une croisade contre ces films réalisés par Bava, Fulci, Hooper et les autres, en dit tout le mal possible, tout en avouant n’en avoir jamais vu une seule minute, arguant qu’elle n’a pas besoin de voir pour savoir. Inutile de préciser que ces gens sont particulièrement flippants, bien plus que les films qu’ils détestent tant, leur niveau de bêtise atteignant des records. Comme lorsqu’ils croient dur comme fer à la tagline du film Snuff, qui n’a de snuff que le titre, qui prétendait que le film était tourné en Amérique du Sud, là où, je cite, la vie est bon marché. Et l’une des têtes de Scotland Yard de l’époque d’affirmer qu’il ne doute pas d’avoir vu dans cette VHS de véritables meurtres, ce qui, au vu des médiocres effets du film (un peu de saucisse et de ketchup et leur snuff est fait), laisse songeur sur les capacités policières de ces messieurs.

 

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Le point de non-retour semble bien évidemment atteint lorsque les VHS sont brûlées comme de vulgaires déchets, mais c’est sans compter sur les ressources de ces opposants au gore, qui vont également envoyer en prison un pauvre éditeur qui a eu le malheur de sortir une version non-censurée de l’un des titres bannis. Particulièrement rude et injuste, cette sentence ne risquant pas de tomber sur un gros éditeur. Si le documentaire parle donc bel et bien de ces Video Nasties, c’est également une œuvre contre la censure, rappelant à quel point certains peuvent être capables de tout pour imposer leur choix, avec une supériorité vite agaçante. Car si ces gens ont peur que ceux qui s’envoient un L’Au-Delà ou un Blood Feast perdent la boule et commettent des horreurs, eux assurent qu’ils ne risquent jamais de devenir fous en voyant ces films, car eux sont plus éduqués que la masse. Et puis que dire de leur égoïsme de grands seigneurs, qui stipulent que ces films sont non-nécessaires et diaboliques et ne doivent donc pas exister, quand bien même ils peuvent apporter beaucoup de bonheur à certains. Il est d’ailleurs évident que, si quelques fans peuvent peut-être perdre un peu pied (pour des raisons souvent indépendantes du cinéma), le genre apporte beaucoup plus à ses fans que ces gens ne peuvent l’imaginer. Et tout le problème était là: ces gars étaient des ignares qui ne connaissaient clairement pas le sujet et se contentaient bien souvent des pochettes, il est vrai volontairement tapageuses, pour juger les films. Et c’est donc un grand bonheur de voir West les montrer sous un jour plus diabolique que ces œuvres prétendument satanistes qu’ils ont tant combattu. A l’opposé, les bisseux sont montrés comme de bons fans, qui se remémorent avec nostalgie cette bonne époque, les quinze premières minutes revenant sur la manière dont la cinéphilie était consommée jadis. Le documentaire fait en tout cas le va-et-vient entre les uns et les autres de manière fluide, un certain dynamisme étant palpable alors que l’on se contente finalement de regarder des gens causer. Les images d’archives sont nombreuses et nous sommes mis en situation puisque des rangées de VHS entourent les intervenants bisseux (les autres étant dans des salons plus classieux).

 

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Le seul reproche que l’on pourrait faire n’est pas vraiment du ressort du film mais plutôt du DVD, qui ne contient malheureusement aucun sous-titre français. Guère surprenant vu que c’est là un import anglais, all zones, qui n’a donc jamais eu pour vocation de sortir sur notre territoire. Il serait donc bon qu’un éditeur français se dévoue et le sorte chez nous car il est bien dommage de ne pas profiter pleinement de l’expérience, car il n’est effectivement pas toujours aisé de comprendre certaines phrases portant sur des termes juridiques parfois techniques. Mais cela ne doit pas vous empêcher de faire l’acquisition de cet objet qui a bien d’autres atouts, son premier DVD contenant également les affiches des VHS qui font partie de la Section 3 et les logos des éditeurs VHS de l’époque. Les deux autres DVD viennent compléter le sujet en s’attardant beaucoup plus sur les films en question. Des présentations de chacun, qui peut durer entre deux et dix minutes selon ce que nos experts ont à en dire, qui sont suivies par les bandes-annonces d’époque pour leurs sorties vidéo. Des documents précieux qui apportent la durée totale des trois DVD à plus de 13 heures. Autant dire que vous en aurez pour votre thune (et en prime on peut trouver le tout pour pas trop cher) et que, si Toxic Crypt devait conseiller un DVD, un seul, ce serait indéniablement celui-ci, passionnant de bout en bout. En prime, l’objet est beau, avec un artwork fabuleux. Alors n’hésitez plus et faites le voyages jusqu’aux années 80, je peux vous assurer que vous ne le regretterez pas…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jake West
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Année: 2010

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