Les Guerriers de la Nuit

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Pendant que vous êtes confortablement calés au fond de vos lits, d’autres sont dans les rues en train de se battre. Pour leurs idéaux ? Pour une vie meilleure ? Non, juste pour le plaisir. Et un peu pour survivre, aussi. Ces gars, c’est les Warriors, et ils ont au cul des dizaines de gangs qui ne demandent qu’à leur refaire le portrait à coup de battes de baseball…

 

Walter Hill est un grand. Voilà, c’est dit. Nous le savons, nous, cinéphiles, mais le grand public l’ignore toujours. Le vieux Walter aura pourtant eu une influence certaine sur le cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui, inventant quasiment le buddy-movie avec 48 heures, scénarisant et produisant Alien, aidant à la création de la série Les Contes de la Crypte. Et puis il y a The Warriors, alias Les Guerriers de la Nuit dans nos francophones contrées, sans doute l’un des films ayant le plus influencé son petit monde, à commencer par les rappeurs, américains ou non, qui en reprennent les codes visuels pour leurs pochettes ou clips. Sans The Warriors, pas de Double Dragon, le célèbre jeu sur la Nes de Nintendo qui lança le genre du poing dans la gueule, plus connu sous l’appellation « Beat Them All », qui finira par rendre à César ce qui est à César en sortant un jeu adapté du film de Hill dans les années 2000. Bref, c’est du culte en barre, de l’indispensable, de l’inoubliable. Un film adoré par le défunt Tony Scott (Man on Fire) dont l’un des plus gros projets était d’en faire un remake, délocalisé à Los Angeles (l’original se déroule à New-York) avec de vrais chefs de gang dans les rôles principaux. Une idée alléchante malheureusement suspendue depuis le décès du réalisateur. Je vous entends d’ici: « mais pourquoi veut-il un remake d’un film qu’il semble adorer ? ». Bonne question que je fais semblant de mettre dans vos bouches pour en fait me la poser à moi-même. La réponse est simple: vous pouvez faire autant de remakes de The Warriors que vous voudrez, vous n’arriverez jamais à capturer l’ambiance du premier, tellement planté dans les années 70 qu’une version moderne n’aurait probablement rien à voir. D’ailleurs l’un des films les plus proches du classique de Walter Hill est l’excellentissime La Nuit du Jugement de Stephen Hopkins dans lequel quatre citadins un peu bourgeois sur les bords étaient coursés par des malfrats dans les mauvais quartiers. Proche dans l’esprit mais finalement bien diffèrent du film qui nous intéresse ici.

 

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Comme tout film, il y a une différence entre le film tel que nous le connaissons et la vision qu’en avait son réalisateur avant de le graver sur pellicule. Walter Hill est tout de même plus chanceux que beaucoup puisqu’il a tout de même réussi à ressortir le film en DVD en y joignant sa vision des choses, nettement plus comic-book, avec inserts et tout le toutim. Une version qui par ailleurs a eu bien du mal à satisfaire les fans, peut-être trop attachés à la première image qu’ils ont du film pour en accepter une seconde, ce qui est par ailleurs bien compréhensible. Des changements, Les guerriers de la nuit en ont connus d’autres, certains personnages voyant leur vie se prolonger alors qu’ils étaient censés périr dans une bagarre dans les chiottes alors que d’autres ont trouvé la mort plus tôt que prévu à cause du sale caractère de leurs acteurs un peu trop casse-couilles. Quand Walter Hill n’aime pas un comédien, il balance son personnage sur les rails d’un métro ! Expéditif mais efficace. Notons également l’abandon d’une scène dans laquelle le leader du groupe aurait été capturé par un gang branché SM qui aurait lâché des clebs dans ses pattes. Une scène jugée trop violente qui restera à l’état de papier, là où le sang ne tache pas. Des petites choses qui manquent par-ci ou par-là mais rien qui modifie réellement la trame imaginée par Sol Yurick, écrivain à l’origine du roman, lui-même à l’origine du film comme vous l’aurez sans doute compris. L’histoire est celle des Warriors, un gang comme un autre, adepte de la baston, et qui, comme leurs rivaux, est convié à un meeting organisé par un certain Cyrus, un anarchiste qui compte bien souder tous les clans pour prendre possession de New-York, sachant les divers clans plus nombreux que les forces de police. Mais voilà, le révolutionnaire n’a même pas le temps de finir son speech qu’il se ramasse une balle dans le buffet, tirée par Luther, leader des Rogues, qui a la gâchette facile, juste pour le plaisir de mettre le bordel. Mais il y a un témoin à la scène, l’un des membres des Warriors, dont Luther va se débarrasser habilement en criant avant eux que les coupables, ce sont eux ! Tous les clans vont très vite se retourner contre les Warriors, non-armés, qui vont devoir retourner au plus vite jusqu’à chez eux s’ils veulent êtres à l’abri. Un parcours bien évidemment semé d’embuches et de dangers…

 

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Les Guerriers de la Nuit est donc un survival pur et dur, avec un groupe de jeunes gens qui doivent aller d’un point A à un point B en essayant d’esquiver les flics et les gangs rivaux, les premiers cherchant à les coffrer alors que les seconds sont bien décidés à les tuer. Pas étonnant que le film a servi de base à plusieurs jeux-vidéos puisque nous sommes clairement dans une structure à niveaux, les Warriors traversant des zones contrôlées par des gangs comme les Orphans, les Lizzies ou les Baseball Furies, soit les boss à étaler s’ils veulent passer au stage suivant. Il y a d’ailleurs de la baston de rue, beaucoup même, nos héros se frittant avec tout le monde dans des parcs, dans un métro et ses toilettes ou dans un repaire de jeunes filles très énervées. Les amateurs d’action seront donc satisfaits, ils en ont en bonne quantité et de bonne qualité, Walter Hill donnant à ces séquences une belle énergie qui fera cruellement défaut à son Du Plomb dans la Tête qu’il sortira plus de trente ans plus tard avec Sylvester Stallone en vedette. Suffisamment chorégraphiées pour être jolis à regarder mais pas assez pour ne pas perdre le coté réaliste voulu par ces combats de rue, les échauffourées font honneur à l’esprit brutal du film. Évidemment, le principal intérêt réside surtout dans l’aspect survival, notre bande d’antihéros sachant fort bien que le danger se trouve à chaque coin de rue. Des rues par ailleurs bien vides et forcément sombres puisque c’est de nuit que nos héros vont les traverser. S’il n’a aucun élément fantastique en lui, le film de Walter Hill rappelle pourtant les films post-apocalyptiques. Le monde dépeint ici est assez peu drôle, la violence y règne totalement et sans partage, les villes semblent désertes, seulement animées par ces gangs, souvent habillés comme des survivants d’un monde qui se serait pété la gueule. Il y a donc une ambiance de décrépitude, voire carrément de fin du monde, dans The Warriors, qui mériterait bien d’être placé à coté d’un film comme New-York 1997.

 

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Il n’y a d’ailleurs rien à reprocher à Walter Hill sur le plan visuel, le réalisateur arrive parfaitement à reconstituer cette ambiance si particulière d’une ville nocturne et sale, d’un calme prêt à exploser dans une violente furie. Le film devient presque poétique lorsqu’il se concentre sur Swan, le leader du groupe, qui se balade seul dans une station de métro sans vie. La ville devient presque le personnage principal, la laideur des lieux et sa froideur semblant être la cause de cette brutalité, comme si Walter Hill nous disait « que voulez-vous qu’ils deviennent si ce n’est des bêtes ? Vous avez vu dans quoi ils vivent ? ». Ses personnages, le réalisateur ne va pas les rendre plus sympathiques pour autant, car si les gangs aux trousses de nos héros sont bien entendu montrés comme des êtres ivres de violence et mauvais jusqu’au dernier degré, les Warriors ne semblent pas bien meilleurs. Peu respectueux envers la gente féminine (qui ne se respecte pas beaucoup non plus, d’ailleurs), volontaires lorsqu’il s’agit de cogner, ils ne sont pas plus fréquentables que leurs opposants, ils ont juste moins de bol qu’eux. Si cela avait été les Rogues qui étaient pourchassés, il y aurait fort à parier que les Warriors se seraient montrés aussi méchants que ceux qui sont présentés comme les badguys du film. Reste qu’un peu d’amour peut naître sur un champ de bataille, comme le prouve la relation entre Swan et Mercy, plutôt juste. Cette dernière, une nymphomane de première catégorie, apprendra peu à peu à se respecter à travers son nouvel amoureux, rude mais qui lui fait bien comprendre qu’elle devrait prendre soin d’elle. De là à dire que les héros du film vont devenir meilleurs suite à ces mésaventures…

 

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Il n’y a pas grand-chose à reprocher à ces Guerriers de la Nuit bien énervés, finalement… Certains regretteront peut-être le manque d’explication sur les motivations des uns et des autres. On ne peut effectivement que supposer les raisons qui peuvent pousser ces gangs à se former, rien n’étant clairement établi puisque le film débute lorsqu’une possible trêve est évoquée entre ces batailleurs nocturnes. Les producteurs ont d’ailleurs volontairement choisi de rester mystérieux, Walter Hill étant de son coté plus disposé à expliquer comment on en est arrivé là. Je me range plutôt du coté des producteurs pour le coup, on n’a pas forcément besoin de grandes explications pour comprendre que c’est la misère qui poussent ces jeunes gens à se rebeller tout comme un instinct animal fait de rivalité et de brutalité … Non, ce que l’on peut reprocher à Hill, c’est de sacrifier un peu vite son meilleur personnage, à savoir Ajax, incarné par James Remar (le père de Dexter dans la série du même nom), de loin le plus amusant de la troupe, celui qui a les meilleurs dialogues et dont l’animosité envers Swan n’est malheureusement pas assez utilisée. Mais c’est bien là la seule petite ombre à ce tableau de maître, un classique de chez classique. The Warriors, c’est une virée nocturne entre sales gosses qui tourne mal et qui devient une traversée du Styx, dans un enfer urbain où les démons ont forme humaine. Indispensable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Walter Hill
  • Scénarisation: Walter Hill, David Shaber
  • Titres: The Warriors (USA)
  • Production: Lawrence Gordon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael Beck, Deborah Van Valkenburgh, James Remar, Dorsey Wright
  • Année: 1979

 

4 comments to Les Guerriers de la Nuit

  • Dirty Max 666  says:

    Un classique de chez classique, comme tu dis. « The warriors » fait partie de mon « Top 3 Walter Hill », avec « Le bagarreur » et « Sans retour ». Le monsieur est effectivement un grand réal, un artiste intègre. Son cinéma – racé, viscéral et direct – le rapproche sans conteste d’un Sam Peckinpah et d’un John Milius. Comme tu le soulignes, Hill n’aborde jamais le background de ses guerriers de la nuit. Une constante chez le cinéaste, ses personnages n’ayant bien souvent ni famille, ni passé (voir le polar « Driver » par exemple)… Comme chez Melville, les héros du père Walter ressemblent plus à des samouraïs qu’à des cow-boys. En tout cas, merci d’avoir défendu ce metteur en scène trop sous-estimé.

  • Roggy  says:

    J’ai adoré ce film avec son ambiance très 80’s. Un grand film comme j’aimerai en voir plus souvent.

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