Story of Ricky

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Amateurs de têtes qui explosent et de boyaux qui giclent, vous avez sans doute été bien déçus face à l’adaptation live de Ken, Le Survivant avec Gary Daniels, une série B bien trop sage qui n’osait jamais suivre les traces de son sanglant homologue papier. Mais séchez vos larmes car le père Ricky vient à votre rescousse, des tonnes de tripes dans son traineau.

 

Vous ne connaissez sans doute pas Riki-Oh, manga de Masahiko Takajo et Saruwatari Tetsuya, publié entre 1987 et 1990 pour un total de douze volumes. Et pour cause: cette petite dose d’ultra-violence dessinée est toujours inédite dans les rayons bandes-dessinées de nos revendeurs français ou belges. Bien dommageable, surtout pour les fans de Ken, Le Survivant, qui est pour rappel lui aussi un manga particulièrement gore, qui continue toujours à sortir sous une forme ou une autre (de très nombreux spin-off sont sortis du four durant ces dernières années) mais sans satisfaire les fans de la première heure. Car le sang ne coule plus autant au pays du Hokuto et du Nanto, les dernières adaptations, qu’elles soient animées ou en papier, étant nettement plus sobres que la saga initiale, sortie dans les années 80. Les frustrés, et j’en fais partie, peuvent donc se lancer dans le rival Riki-Oh, sans doute créé pour surfer sur la déferlante de cervelles éclatées lancée par Kenshiro et ses frères d’armes. Car on retrouve là la majorité des éléments ayant fait le succès du manga de Tetsuo Hara et Buronson: un héros increvable, des méchants qui ne font pas semblant, des combats délirants défiants les lois de la physique et, surtout, des séquences gores à en faire vomir un boucher. Les deux challengers, Takajo et Tetsuya, ont par ailleurs décidé d’aller plus loin dans le glauque, notamment en situant leur série dans une réalité un poil plus tangible que le monde post-apocalyptique dans lequel évolue Kenshiro. C’est dans une prison vaguement futuriste (ça se déroule en 2001, donc pour nos gueules c’est déjà un lointain passé) que se retrouve Ricky, qui va affronter des hordes de prisonniers maléfiques. Puisque l’intrigue est relativement crédible (avec tout de même quelques délires puisque l’on trouve dans le manga des robots et des gaillards qui envoient des rayons d’énergie avec leurs mains), les scènes gores font bien plus mal que lorsque Kenshiro utilise ses techniques toutes plus fantaisistes les unes que les autres. Une douzaine de volumes à ne pas mettre entre toutes les mains, donc, ce qui n’empêchera pas l’œuvre de bien se vendre. Au point de se voir adapter en OAV et en film live…

 

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Comme vous le savez déjà, un manga, c’est japonais. Et bien l’adaptation sera pourtant chinoise! Nous sommes en effet face à un film made in Hong-Kong, réalisé par Lam Lai-Choi, ancien de la Shaw Brothers et réalisateurs de plusieurs polars et films d’aventures. Un gaillard rompu à l’exercice du film d’action donc et qui se lance dans Story of Ricky en mettant les pieds dans le plat. Sorti en 1991, les aventures sanglantes de Ricky constitueront son dernier film en tant que réalisateur. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il se sera offert une fin de carrière prenant des airs de feux d’artifices gores. L’histoire, elle est on ne peut plus simple: la petite amie de Ricky meurt suite à une tentative de viol sur sa noble personne, ce qui fâche bien évidemment son promis qui ne tarde pas à refaire le portrait du responsable, un dealer d’opium. Incarcéré pour la cause, Ricky se retrouve dans une prison d’un genre nouveau, coupée en quatre ailes, chacune étant sous la coupe d’un gardien. Les quatre malotrus sont par ailleurs à la solde d’un directeur particulièrement violent, qui n’hésite pas à torturer ou tuer les prisonniers qui ont eu le malheur de débarquer là. En prime, tout ce beau monde baigne dans le trafic d’opium, histoire d’asseoir leur réputation de maîtres du mal. Mais lassé de voir tous ses compagnons se faire dézinguer, Ricky décide de prendre les armes, à savoir ses poings d’acier, renforcés par un super entrainement avec un vieux maître très balèze. Ça va chier derrière les barreaux! Comme vous le voyez, l’histoire n’est pas nécessairement compliquée et pour cause, elle se contente de suivre à la lettre celle du manga. Personnages, situations, dialogues, combats, tout est identique, au détail près. Ce qui pourra par ailleurs déranger certains spectateurs, le film s’articulant dès lors sur une structure en épisodes pensée pour une parution par chapitres.

 

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En effet, l’œuvre d’origine était pré-publiée dans le magazine Business Jump, ce qui poussait les auteurs à créer des histoires assez courtes à la base et plutôt répétitives. Ricky se faisait un pote, ce dernier se faisait tuer dans des conditions atroces et Ricky le vengeait en explosant les indélicats meurtriers. Rien de bien surprenant à cette redondance, une série sortant toutes les semaines, ou parfois tous les mois dans certains cas, ayant besoin de prendre son temps, celui nécessaire au lecteur pour prendre ses marques. Il est donc classique que les premiers chapitres d’un manga se ressemblent tous un peu et déploient le même schéma. Mais ce qui passe bien en papier ne passe pas forcément aussi bien à l’écran et il est évident que certains trouveront Story of Ricky particulièrement répétitif, car même si la forme change entre les affrontements, le fond est toujours le même. Par chance, on peut voir un effet domino dans la situation, comme dans un jeu-vidéo, chaque homme tué par Ricky attirant l’attention d’un plus puissant et ainsi de suite. Il y a donc une progression par palier, chaque adversaire de notre héros étant plus fort et cruel que le précédent. Une bonne chose, par ailleurs, puisque si le film est toujours prenant c’est grandement grâce aux agissements des ces pourris absolus, bien loin de la noblesse d’âme qui accompagnait la majorité des adversaires de Ken le survivant. Ici, ils poussent à la pendaison, coupent des langues, dépècent, torturent et vont même jusqu’à coller des lames de rasoir dans la bouche de leurs victimes. Ils ne font clairement pas semblant et c’est eux qui mènent le film, Ricky n’agissant à chaque fois qu’en réaction à leurs agissements. Ils donnent le rythme et notre héros suit. Un personnage par ailleurs pas forcément très attachant, l’acteur Fan Siu-wong possédant sans doute un visage trop sympathique pour pleinement s’emparer du rôle, son pendant papier étant plus froid et arrogant, le sourire en coin. Mais peu importe au final puisque toute personne se lançant dans Story of Ricky le fait pour la même raison que votre oncle Roger lorsqu’il va chez le boucher: pour voir de la barbaque.

 

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Et de ce coté, vous allez être particulièrement bien servis car ça n’arrête pour ainsi dire jamais. Poing qui traverse une mâchoire, pauvre homme transformé en hachis parmentier, visage rogné, yeux crevés, mains réduites en charpie, quand ce n’est pas le corps tout entier! Et la liste est sans fin, un référencement complet des sévices sanglants du film demandant que l’on prenne des notes durant la vision, la mémoire ne suffisant pas à face à un tel étalage. Autant compter jusqu’à l’infini… Bien évidemment, les effets ont vieilli, Story of Ricky n’ayant pas un budget lui permettant d’avoir à la barre des artisans du niveau de Rick Baker ou Rob Bottin, et certains pourront sourire à la vue de certaines mises-à-mort, assez caoutchouteuses. Certains considèrent d’ailleurs le film comme un petit nanar (faut dire que l’interprétation est très portée sur le cabotinage), ce qui peut se comprendre si on voit le film d’une certaine manière en oubliant que c’est une adaptation fidèle d’un manga. Reste que tous ces effets gardent un charme intact et que l’on est bien heureux de revoir pareil artisanat, confectionné avec un amour très particulier. Si vous aimez le gore, vous serez donc servis, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et si vous aimez les combats aussi, d’ailleurs. Oh, ce n’est pas du Jackie Chan ou de la Shaw Brothers, certains adversaires étant trop patauds pour faire des galipettes dans tous les sens, mais on repérera certaines belles séquences. Comme un combat plutôt bien foutu dans une cuisine. De toute façon, il est difficile d’analyser les combats comme dans une autre production de kung-fu tant les échanges sont délirants, se permettant les mêmes folies que le manga. On retrouve donc un gus qui s’extirpe les intestins pour étrangler son adversaire avec, un autre qui gonfle au point de devenir une sorte de Hulk bien bis ou encore un gaillard qui frappe les points vitaux de ses adversaires pour les éliminer.

 

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Le réalisateur Lam Nai-Choi s’aligne d’ailleurs sur ce délire et n’hésite pas à reprendre quelques idées visuelles du manga, comme la classique aura de puissance entourant le héros ou la lueur sur son poing avant qu’il se mette à éclater un mur. Mais si Lam embrasse volontiers les règles mangaesques, il n’oublie pas d’élever un peu le sujet en travaillant ses plans, qui peuvent se vanter d’avoir quelques jolis mouvements, des cadres qui font bien et surtout des éclairages très réussis. Autant dire que si vous êtes friands du genre, vous n’avez aucune raison valable pour passer à coté de cette petite bombe, définitivement culte, et qui en prime est trouvable en DVD pour franchement pas cher et dans un bien beau digibook. Alors faites vous plaisir et venez dans ces cellules, elles sont tapissées rouge-sang!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lam Nai-Choi
  • Scénarisation: Lam Nai-Choi, Tetsuya Saruwatari
  • Titres: Lik Wong (Chine)
  • Production: Chan Dung Chow
  • Pays: Chine, Japon
  • Acteurs: Fan Siu-wong, Ho Ka-kui, Fan Mei-sheng
  • Année: 1991

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