Hellraiser 2: Les Ecorchés

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Hellraiser fut un joli succès, remportant près de 14 millions pour une mise initiale d’un petit million. Autant dire que c’est le genre de calcul qui donne envie de remettre le couvert. Ça tombe bien, Pinhead avait justement envie d’enfoncer le clou.

 

Dans le cœur de nombreux fantasticophiles, 1987 restera l’année de naissance de Pinhead et de la saga Hellraiser, qui eut un succès immédiat, le petit budget se rentabilisant très vite. Autant dire que l’idée de faire une séquelle germa rapidement dans les esprits des producteurs, qui ne perdirent pas de temps, histoire de pouvoir capitaliser au plus vite sur le bouche à oreille dont bénéficie toujours le premier et pouvoir rameuter au plus vite les acteurs de l’original. Et tous ou presque ont répondu présent, à l’exception d’Andrew Robinson qui refusa de revenir jouer le père de la pauvre Kirsty (il est tout de même dans le film via quelques scènes reprises du premier), visiblement à cause d’un agenda trop chargé. Du coup, en 1988, soit un an après Hellraiser, sort Hellbound: Hellraiser 2 (Hellraiser 2: Les Ecorchés, chez nous). Un temps record pour faire un film, ce qui ne veut pas dire que tout allait si bien que ce fut vite plié, ce second film ayant son lot d’histoires… Quelques réécritures de scripts, comme tous les films, mais aussi des incidents, comme la blessure infligée à l’acteur jouant le Cénobite qui claque des dents, qui n’a pas pu voir qu’il se prenait un crochet en pleine gueule puisque son masque est dépourvu d’yeux. Un personnage malchanceux qui a également vu toute une scène coupée au montage, seulement visible via un spot publicitaire allemand qui montre la créature désormais munie d’yeux (suite à la demande de l’acteur) qui s’attaque à un ascenseur. Une séquence devenue mythique, longtemps chassée, une sorte de Graal du bis eighties… Mais des coupes, le film en subira d’autres, Hellraiser 2 étant un film censuré un peu partout, comme torturé à son tour par une paire de ciseaux mal intentionnés, charcutant de la pellicule…

 

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A la barre, on trouve Tony Randel, Clive Barker préférant se contenter d’un rôle de producteur pour cette fois, laissant donc la place à son poulain qui avait déjà bossé sur le premier film (et qui réalisera par la suite Ticks avec ses tiques meurtrières et l’adaptation live de Ken le Survivant avec Gary Daniels !). Un habitué des Cénobites qui scénarisera également le troisième opus, réalisé par Anthony Hicox. Mais sa séquelle, il la place juste derrière l’original, à peine quelques jours après, autant dire qu’il vaut mieux avoir vu le premier pour apprécier le spectacle. Kristy est dans son lit d’hôpital, traumatisée et dans la crainte de voir Pinhead et compagnie venir lui prendre de ses nouvelles lors d’une visite non-autorisée. Et les inquiétudes continuent, d’une part lorsque son père lui apparaît sans peau en lui faisant comprendre qu’il séjourne en enfer et y est bien malheureux, d’une autre lorsqu’un flic lui apprend qu’un matelas ensanglanté a été retrouvé dans la maison de son père. Elle comprend très vite que c’est là qu’est morte Julia, sa belle-mère qui tuait pour son oncle Franck (ça va, vous situez un peu ?), quand bien même elle perd la vie dans un couloir et non sur son lit dans le premier film mais qu’importe, on ne va pas pleurer pour une incohérence. Reste que la pauvre gamine se dit qu’il vaut mieux se débarrasser de la paillasse tâchée au plus vite, sa belle-reum pouvant en sortir si l’on saigne dessus. Une idée qui séduit le professeur Channard, chargé de s’occuper de Kristy et qui s’intéresse beaucoup à ces histoires de Cube et d’enfer…

 

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Notre bon docteur s’empare donc du matelas en question et fait venir l’un de ses patients pour qu’il s’y écorche, ce qui a bien entendu pour effet de ramener Julia, désormais plus squelettique. Elle et Channard passent donc un marché: il lui fournit de la peau, elle l’aide à invoquer les Cénobites. Car Channard veut savoir ce qu’il se passe dans l’autre-monde… Mais il a un petit souci: il ne sait pas comment ouvrir le Cube. Il fait donc appel à Tiffany, une adolescente mutique douée pour les casse-têtes qui va lui permettre d’ouvrir les portes de l’autre-monde. Tout ce beau monde se retrouve donc en enfer, Kristy pour chercher son père, Channard pour découvrir ce que cache ce monde incroyable. Quant à Pinhead et sa bande, ils sont bien décidés à mettre la main sur Kristy, qui leur a trop longtemps échappé… Un scénario qui reprend les choses là où Barker les avait laissées mais qui va pourtant s’éloigner un peu du rythme du précédent film. Là où Barker prenait tout son temps pour poser son ambiance, Randel semble aller au plus pressé. Les révélations s’enchainent sans temps morts et l’on sent bien que le but est d’arriver aussi vite que possible en enfer sans pour autant bâcler la mise en place. Basé sur une histoire de Barker et écrit par Peter Atkins (scénariste des deux volets suivants et du premier Wishmaster), le script semble tout de même partir un peu dans tous les sens. Là où Barker se concentrait clairement sur le couple meurtrier Julia/Franck, on ne sait pas trop à qui donner la vedette dans Hellraiser 2, qui souffre d’un trop plein de personnages. On peut légitimement penser que Kristy tient le beau rôle mais il est offert autant de place, si ce n’est plus, à Channard et ses recherches, tout comme le retour de Julia donne l’impression qu’elle va être la vilaine de service. Ou peut-être est-ce Tiffany qui tient le premier rôle puisqu’elle est la clé ? Ou Pinhead, qui a droit à une intro montrant ses origines ? En suivant plusieurs pistes parallèles, le film a donc du mal à choisir un point de vue clairement défini, ce qui lui donne un rythme appréciable mais pêche un peu au niveau des thématiques, de la profondeur…

 

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Là où Barker se servait de l’horreur pour développer ses obsessions, on a la sensation que Randel préfère utiliser ces dernières à de pures fins graphiques. Hellbound donne effectivement la sensation d’être un empilement de scènes, d’idées qui ne sont reliées qu’assez superficiellement par le scénario, qui semble faire ce qu’il peut pour amener tout son casting dans les profondeurs de l’enfer. Il y arrive sur le papier dans le sens où tout est logique, comme une mécanique bien huilée qui arrivera à la ligne d’arrivée, mais le passage à l’écran semble moins fluide, un brin forcé. Le montage n’aide pas vraiment, il faut bien l’avouer. Le film semble un peu trop raccourci, ne durant qu’une 1h25 alors qu’il aurait pu durer un peu plus pour donner un peu de place à certains personnages, qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Franck, par exemple, qui n’apporte pas grand-chose au film, revenant pour tourmenter la pauvre Kristy, perdant pas mal de son charme dans l’opération et ne semblant finalement présent que pour montrer que la vraie méchante est cette fois Julia, bien plus séduisante que dans le premier opus. Terminé la coiffure à la fiancée de Frankenstein, la dame à désormais les cheveux longs et relâchés, ce qui rend plus crédible son pouvoir d’attraction (parce que dans le premier ça allait pas…). Elle garde tout de même un coté horrifique pour son retour, bandée des pieds à la tête, ce qui semble par ailleurs faire bander Channard, elle ressemble toujours à une créature de savant fou, voire à une momie de sang. Un personnage qui était censé devenir la badguy attitrée de la saga, des plans qui furent remis en question lorsque l’actrice Clare Higgins fit comprendre qu’elle avait suffisamment bouffé du Cénobite et qu’elle désirait passer à autre-chose. Cela explique pourquoi Pinhead est resté l’icône de la série alors qu’il subit un sort surprenant à la fin de ce deuxième film.

 

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Parlons-en, de Pinhead ! Est-ce que le clouté est un peu plus présent que dans le précédent, dans lequel il faisait deux coucous et se tirait vite fait bien fait ? A peine, en fait, mais comme le scénario le bichonne un peu plus en lui offrant un passé et un soupçon d’humanité, cela passe mieux. Car oui, nous faisons ici la connaissance de l’humain qu’était Pinhead avant de devenir la tête d’épingle que l’on visualise tous parfaitement. Une idée intéressante que d’en apprendre plus sur ces anges infernaux, surtout marquante car elle nous montre que l’un des Cénobites était à la base… un enfant ! Une idée assez malsaine qui colle parfaitement avec l’ambiance, pas plus joyeuse que dans le précédent film. Visuellement, le film reste dans le même amour de la putréfaction et l’on pense même à Fulci au détour de certains plans. L’italien aurait pu emballer cette séquence incroyable où Kristy rentre dans un atelier pour y découvrir une quinzaine de corps pourris, pendus à des crochets. Malheureusement, il sera difficile de profiter de toutes les scènes gores concoctées par Randel puisque le film a été lourdement censuré. Un fou qui se lacère le corps pour y retirer des asticots imaginaires ? Y’a plus ! Channard qui se transforme en Cénobite ? Y’a plus ! Julia qui perd sa peau ? Y’a plus ! L’ennui, c’est qu’au final, il ne reste plus grand-chose… Il y en a assez pour qu’on puisse percevoir un plan gore ou l’autre, oublié ça et là par nos amis les censeurs, et ce n’est pas forcément le plus dérangeant là-dedans. Non, le plus gênant c’est que le montage y perd beaucoup en fluidité et subit forcément un rendu assez haché qui n’est pas des plus agréables…

 

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Vous l’aurez bien compris, Hellraiser 2 n’est pas aussi bon que le premier et il y a pas mal de choses à lui reprocher, comme les vannes un peu trop abondantes de Channard lors du final, qui créent un décalage avec le personnage d’une part, puisqu’il change totalement de personnalité, mais aussi avec le ton du film, très sérieux jusque-là. On peut aussi regretter le trop grand nombre de révélation sur le Cube et les Cénobites… Le premier film en disait peu sur eux mais c’était suffisant, une aura de mystère bienvenue les enveloppant. Là, nous sommes pour ainsi dire dans leurs sous-vêtements puisqu’on voit là où ils vivent (alors que dans le premier nous devions nous satisfaire d’un couloir hanté par une grosse bête) et qu’on nous présente même leur dieu (qui est par ailleurs assez original et bien fait). Mais n’allez pas penser que cet Hellbound est une suite ratée, elle est juste un peu décevante sur certains aspects mais se rattrape sur d’autres. Niveau générosité, par exemple, le film n’étant pas avare en jolies séquences et nous offrant un enfer assez séduisant, sorte de labyrinthe grisâtre et mythologique, à l’architecture chaotique, défiant toutes les lois. Les acteurs semblent également un peu plus impliqués, surtout Kristy qui quitte son rôle de petite biche effrayée pour devenir un peu plus revêche, envoyant même chier le pauvre Pinhead. Et n’oublions pas quelques effets spéciaux forts réussis, comme les doigts de Channard, des serpents qui se changent en bistouris, phalanges, fleurs et autres horreurs. Il y a donc du bon et du moins bon dans cette nouvelle offrande sadomasochiste (un coté  malgré tout mis un peu de coté par rapport au premier, nettement plus sexuel) qui laisse un arrière-goût étrange mais qui est tout de même plus réussie que la majorité des films de la série. Il faut avouer que ce n’était pas bien compliqué…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tony Randel
  • Scénarisation: Peter Atkins
  • Titre original: Hellraiser: Hellbound
  • Production: Clive Barker
  • Pays: Grande-Bretagne, USA
  • Acteurs: Ashley Laurence, Clare Higgins, Doug Bradley, Kenneth Cranham, Sean Chapman
  • Année: 1988

One comment to Hellraiser 2: Les Ecorchés

  • Roggy  says:

    Merci pour ces informations que je ne connaissais pas, pour un film vu il y a bien longtemps pour le coup…

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