Trauma

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Une bonne affaire peut en cacher des moins séduisantes et Dan Curtis compte bien vous le prouver avec un Trauma qui va vous envoyer dans un enfer domestique qui aura sans doute inspiré le Shining de Stanley Kubrick. Excusez du peu…

 

Finalement, ce n’est pas très surprenant de se rendre compte que beaucoup pensent que le roi Stanley (ou le dieu Kubrick, je vous laisse choisir) s’était inspiré de ce Trauma (Burnt Offering en VO) pour Shining puisque Stephen King, auteur du roman comme vous le savez déjà, a avoué s’être inspiré de Burnt Offering, roman de Robert Marasco sorti en 1973 et qui est donc ici adapté par Dan Curtis. Un projet qui trottait dans la tête de ce grand monsieur depuis un petit bout de temps, sans être étonnant puisque celui qui aura déversé des litres d’épouvante sur les petites lucarnes s’était déjà intéressé à de nombreux mythes horrifiques, comme Dracula (le très très bon Dracula et ses femmes vampires), le docteur Jekyll et Mr Hyde (dans une version avec Jack Palance), Frankenstein, Dorian Gray, femme qui se change en insecte et bien d’autres encore. Alors pourquoi ne pas ajouter une maison hantée à cette longue et prestigieuse liste ? Mais celui qui restera surtout connu pour la série Dark Shadows a quelques problèmes pour monter le film, visiblement pas le genre de projet qui se finance les yeux fermés, et un peu d’aide serait plus que bienvenue. Il l’aura de la part d’une personne surprenante, à savoir monsieur Sergio Leone en personne, qui aimerait réaliser un film à partir d’un bouquin dont Curtis possède les droits. Un échange de services se met alors en place, Curtis demandant à Leone de l’aider à monter Trauma en échange des fameux droits, qui permettront au réalisateur italien de pondre son Il était une fois en Amérique ! Tout le monde est donc heureux, le spectateur en premier lieu, Curtis tentant bien évidemment de lui fournir le divertissement qu’il mérite, le papa de Trilogy of Terror n’étant pas connu pour bâcler ses œuvres. Il aime également être entouré de son équipe habituelle, rappelant techniciens et acteurs avec qui il a déjà travaillé par le passé, comme par exemple Karen Black, qui faisait déjà partie de sa célèbre trilogie de la peur. Une Karen Black qui par ailleurs finira par être fatiguée de l’image d’actrice spécialisée dans l’horrifique qu’elle aura obtenue au fil des séries B qui réclament son travail. Celle qui décéda lors de l’été 2013 était assez amère face à sa filmographie, qu’elle aurait sans doute voulue plus noble, plus éclairée, et qui sera au final surtout composée de titres qui laissent peu de doute sur le caractère épouvantable de leurs histoires comme La Maison des 1000 Morts, L’Invasion vient de Mars, Amazonia, la jungle blanche ou encore L’Invasion des Piranhas. Celle qui aura pourtant trimballé son surprenant visage dans des œuvres plus augustes se taillera donc bien vite une réputation de diva de la série B, voire Z. Diva car elle n’était pas réputée comme étant particulièrement facile à vivre, ce que la star Bette Davis, à l’affiche de Trauma laissera entendre à son tour, n’hésitant pas à révéler que Black n’était pas des plus respectueuses avec elle. Ambiance…

 

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La famille Rolfe veut des vacances, et elle les veut dans une belle demeure. Ca tombe bien, pour 900 dollars, ils ont la possibilité de passer la saison dans un beau manoir perdu en pleine forêt. Une petite somme pour une pareille aubaine, les quatre membres de la famille (le père, la mère, le fils de douze ans et la vieille tante) n’ayant qu’une chose à faire: amener trois fois par jour un plateau repas devant la porte de Mme Alladryce, veille de 85 ans et mère des frères et sœurs qui louent la baraque. Mais que les Rolfe ne s’inquiètent pas, l’ancêtre passe sa vie à dormir et ne sort jamais de sa chambre, ce n’est donc pas elle qui viendra les emmerder lorsqu’ils se prélasseront au bord de la piscine, cocktail en main. Mais voilà, la mère de famille, Marian, commence à se prendre un peu trop au jeu et ne sort quasiment plus des quartiers de la vieille Alladryce, ce qui commence à taper sur le système de son époux, Ben. Le gaillard commence même à trouver la vie dans la maison désagréable, les cauchemars et les visions lui rappelant les traumatismes de son enfance semblant refaire surface. A cause des lieux ? C’est ce que pensent également son fils David et sa tante Elizabeth, le premier manquant de se noyer alors que la deuxième sent sa force vitale s’envoler, comme aspirée par une maison qui se nourrit de ses habitants. Mais Marian n’est pas décidée à quitter les lieux et la convaincre semble tenir de la mission impossible… A priori, on pourrait se dire que Trauma est un film de maison hantée comme un autre, le pitch ne se différenciant finalement pas tant que ça d’un Amityville. Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient et reconnaître que si Dan Curtis n’a pas inventé le genre, populaire dans les années 50 et 60, il est en tout cas l’un des premiers à le traiter sous un angle moderne, ce qui en fait le grand frère des Amityville. Un frérot qui est généralement plus apprécié que la moyenne et se taille une réputation plutôt avantageuse, qui ne lui aura malheureusement pas permis de ressortir en DVD dans nos contrées, le film étant toujours tristement inédit par chez nous. Ceux qui l’ont vu sont donc de l’époque de la glorieuse VHS (ou de la moins glorieuse ère d’internet), celle où le film se trimballait une affiche de Melki, qui trouva également le titre du film pour son exploitation française.

 

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Mais est-ce que Trauma mérite sa si flatteuse réputation ? Ce n’est pas si évident que ça à première vue, le film prenant tout de même beaucoup son temps. Pourquoi ne pas le dire ? Le film est lent, très lent, et vingt minutes sont déjà bouffées par la discussion entre les Rolfe et le frère et la sœur (notez que le frère est joué par Burgess Meredith, le Mickey des Rocky) et l’arrivée dans la fameuse demeure. Il est évident que Curtis ne mise pas sur l’action puisqu’il faut attendre quarante bonnes grosses minutes avant que la maison commence à déployer son air inquiétant et dévoile, petit à petit, ses dangers. Et il ne faut pas compter sur Curtis pour dynamiser l’ensemble avec sa réalisation, qu’il veut très rigide, presque télévisuelle, filmant au niveau de ses acteurs, sans chercher à se mettre en valeur. A première vue, lorsque le film est visionné pour la première fois, on a donc la sensation d’avoir face à nous une petite série B surestimée qui ne nous semble pas meilleure que le reste du style. Mais ça, c’est au début (enfin, un début d’une bonne heure, tout de même), Dan Curtis finissant par nous dévoiler ses plans: faire une montée progressive de la tension et de la peur. Il y va pallier par pallier, marche par marche, débutant de rien pour finir dans le tout. Rarement un film aura réussi à se faire aussi progressif dans la peur que Trauma, car là où les autres jouent aux montagnes russes en faisant monter et descendre notre effroi, Curtis ne cesse de nous tirer en enfer. Une descente certes lente, qui prend le risque de ne pas passionner au départ, ce qui est un pari risqué mais qui finit par payer puisque nous ne pouvons être qu’impliqués. Car Curtis ne joue pas la carte du sensationnel, ménage ses effets, et tente de donner un coté crédible à sa maison hantée. Pas de squelettes qui sortent du placard et viennent voler devant les personnages mais une atmosphère lourde, des détails intriguants, des changements de comportements ou des accidents…

 

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Si je ne peux pas en parler dans les grandes largeurs, je dois tout de même apporter à votre connaissance que la fin de Trauma vaut le détour puisqu’elle fait très peur. Un sentiment assez rare finalement, ici réussi parce que Curtis a bien structuré son film, bâtissant peu à peu, brique après brique, ce qui a pour effet de nous endormir peu à peu, le réalisateur nous infligeant des claques qui deviennent de plus en plus dures au fil du récit pour finir par nous asséner un coup de poing qui ne fait pas semblant d’être méchant. Une fin qui n’était par ailleurs pas dans le livre, Curtis l’écrivant en quinze minutes (véridique) après avoir considéré que le bouquin n’avait pas de conclusion réelle. On peut dire que ce fut un quart d’heure doré puisqu’il permet au film de se finir sur une note qui tape fort et juste. Ce qui ne veut pas dire que ce qui précède n’a aucun intérêt. Certes, c’est lent, ça prend son temps, et certains trouveront le film ennuyeux, c’est inévitable. Mais l’univers finit par se refermer sur nous, peu à peu, et l’on commence à se prendre au jeu, rendu crédible grâce aux acteurs, tous très bons. Karen Black est ainsi parfaite en tête-à-claques qui veut bien faire et finit par devenir obsédée par la maison, qui devient son unique but dans la vie. Bette Davis, qui fait la vieille tante, est également parfaite, il suffit de voir la scène où elle souffre atrocement et est à l’article de la mort pour s’en convaincre. Mais celui qui attire tous les regards, c’est Oliver Reed, un ancien de la Hammer (Les deux visages du Dr Jekyll, La Nuit du loup-garou) et habitué de Ken Russel, qui fait ici un époux dépassé par les évènements, qui tente de garder le peu d’influence qu’il peut avoir sur sa femme, qui sombre de plus en plus. Lui aussi, ses cauchemars devenant réalité, un portier au sourire diabolique semblant le harceler dès que l’occasion s’en présente… Malheureusement, tous ces acteurs voient leurs talents gâchés par une version française peu réussie, avec un Oliver Reed que l’on jurerait doublé par Philipe Noiret. Amusant au début, cela a vite fait de vous sortir du film, d’autant que la doubleuse de Karen Black ne met pas beaucoup de cœur à l’ouvrage…

 

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Trauma fait donc partie de ces films qui pensent qu’il ne sert à rien de courir et passer l’arrivée le plus rapidement possible, le plus important étant d’avoir de l’impact et d’avoir su construire un suspense sur le long terme. Ainsi, si l’on peut trouver les débuts ennuyeux, on finit toujours par se laisser happer, tout simplement parce que l’on n’a qu’une envie: voir cette fameuse vieille dame, invisible durant tout le film, et savoir de quoi il en retourne. Et la réalisation qui nous semblait un brin télévisuelle finit par prendre son sens, Curtis, en personne humble qu’il est, décide de s’effacer pour faire oublier aux spectateurs qu’ils sont devant un film. Tout ici est pensé pour que l’intrigue soit plausible, renforcée par une réalisation « réaliste » et des personnages très humains. Prenez votre mal en patience et tentez l’expérience, elle n’est pas toujours très intéressante, mais sachez que vous serez récompensés au centuple en bout de parcours… Marquant.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Dan Curtis
  • Scénarisation: Dan Curtis, William F. Nolan
  • Titres: Burnt Offerings
  • Production: Dan Curtis, Robert Singer
  • Pays: USA
  • Acteurs: Karen Black, Oliver Reed, Bette Davis
  • Année: 1976

4 comments to Trauma

  • Dirty Max 666  says:

    Rien à ajouter, tu as déjà dit tout ce qu’il fallait savoir sur cette pièce maîtresse de l’épouvante 70’s. Un dvd français digne de ce nom serait le bienvenu, histoire d’apporter plus de visibilité à ce film méconnu.

  • Roggy  says:

    Merci pour cet article car je ne connaissais pas ce film. En tout cas, j’aimerai bien le voir car il rassemble tout ce que j’aime 🙂

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