Neon Maniacs

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Ils dorment sous un pont et ne vous veulent pas que du bien… Non, ce ne sont pas des clochards mutants mais les Neon Maniacs, héros du film du même nom, une petite production oubliée des années 80 qui sent le fromage fondu.

 

Pour peu que vous lisiez un brin la presse américaine spécialisée dans le genre, qu’elle soit couchée sur papier ou sur la toile, vous avez sans doute déjà lu les termes « campy » et « cheesy », que nos amis ricains utilisent souvent pour décrire un certain type de films. Halloween, Psychose, les films de la Hammer ou The Conjuring pour prendre un titre plus récent ne sont pas de ce genre, l’appelation touchant plutôt les films plus modestes. Ainsi, seront considérés comme campy, que l’on peut traduire par kitsch, des œuvres très clichées, qu’elles soient des années 50 comme Robot Monster ou Fiends without a Face, ou plus modernes. On peut par exemple considérer comme campy un film comme Butcher (Hatchet en VO) tant sa volonté de ne pas sortir des clous est évidente, l’œuvre se sachant simplette et assumant ce fait, n’hésitant pas à s’amuser d’elle-même en versant dans un second degré constant. En résumé, un film campy est un film d’exploitation qui ne tente pas de réinventer la roue mais à le bonheur d’être amusant, que ce soit volontairement ou non. Le terme cheesy se rapproche lui aussi de cette définition, d’ailleurs bien des films sont à la fois cheesy et campy, à la différence que cheesy (« qui sent le fromage » en français) s’applique peut-être plus aux nanars. Car est dit comme étant cheesy un film un peu nul, avec des acteurs qui ne savent pas jouer, des effets spéciaux loupés et une intrigue tout ce qu’il y a de plus classique, avec ses jeunes débiles et son érotisme constant. Les films de Troma sont cheesy, ceux de Full Moon également, tout comme les productions à base de gros monstres de Roger Corman. En résumé, ce sont comme des gros hamburgers blindés de fromage fondu: ça schlingue et ça dégouline de partout, on se salit les doigts et l’on sait que l’on va chopper une chiasse de tous les diables, mais on ne peut pas s’empêcher d’y revenir car c’est bien trop bon pour qu’on tourne le dos à ces plats de choix. Mais prenons un exemple pour illustrer ce propos. Au hasard, Neon Maniacs, réalisé en 1986 par Joseph Mangine, à qui l’on doit la photographie de pas mal de films d’horreur des années 70 et 80, comme Mother’s Day, Dément ou L’Incroyable Alligator.

 

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Mangine est donc un nom que l’on aura aperçu régulièrement aux génériques de nos petites séries B d’époque mais sans jamais le remarquer, un peu comme ce Neon Maniacs oublié, ressorti en DVD aux USA chez Code Red mais dont personne ne se souvient dans nos contrées. Il faut dire qu’il n’y a pas non plus matière à se graver le film dans la cervelle puisque comme vous l’aurez deviné en lisant le premier paragraphe, on a là une pure bande d’exploitation qui n’essaie jamais de sortir du lot, ou si peu. Mangine a tout de même conscience qu’il vaut mieux apporter un élément nouveau s’il veut se distinguer un peu de la concurrence, plus que rude sur les étagères des vidéoclubs. Il décide donc que son petit slasher, car c’est bien de cela qu’il s’agit ici, ne se contentera pas d’un tueur mais d’une bonne dizaine, les Neon Maniacs. Soit des êtres monstrueux, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’ils vivent sous le Golden Gate Bridge à San Francisco et qu’ils sortent la nuit pour tuer les adolescents qui leur tombent sous la main. Le script se résume à peu près à cela, nos maniaques débutant leur travail dès les premières minutes du film, faisant déjà une bonne dizaine de victimes en moins d’un quart d’heure, ne laissant s’échapper qu’une jeune fille blonde, la classique vierge qui mérite moins la mort que les autres car elle est plus sage. Tout comme les deux autres héros, un brave gars un brin timide, amoureux de la blondasse du début, et une geekette dont la chambre est recouverte d’affiches de films d’horreur ou de science-fiction et qui fait des films d’horreur en Super 8 dans les cimetières (autant dire qu’elle attire de suite la sympathie, celle-là). Ce joli trio va donc se mettre à enquêter sur ces meurtrières créatures qui, en retour, vont les poursuivre, faisant visiblement une fixation sur la blonde, sans trop que l’on sache pourquoi. Il faut dire que le spectateur reste avec plus de questions sur les bras que de réponses en main, le scénariste Mark Patrick Carducci (également derrière le script de Pumpkinhead) ne se sentant jamais obligé d’expliquer quoique ce soit. On ne saura jamais qui sont ces êtres infernaux, ni pourquoi un pêcheur au début du film retrouve des cartes à collectionner à leur effigie, ni pourquoi ils en veulent aussi précisément à cette pauvre blonde. On ne saura rien et, à vrai dire, on s’en fout un peu, le spectateur se lançant dans un film nommé Neon Maniacs pour avoir un scénario étendu et intelligemment construit s’étant clairement trompé de crèmerie.

 

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Nous sommes en effet ici en plein plaisir primitif, voire coupable, balancés que nous sommes dans une sombre série B qui se contente de son argument sauvage, celui d’une horde de tueurs belliqueux s’en donnant à cœur joie. Car ce sont les fameux Neon Maniacs qui attirent toute l’attention. Des gaillards en nombre (ils sont plus de dix) qui semblent tous s’être échappés des slashers concurrents et qui ont donc leurs looks personnels. On trouve donc un samouraï, un homme des cavernes, un bucheron, un type électrique, un archer, un dinosaure avec un œil et des crochets (oui, ils se sont lâchés sur celui-ci, qui fait d’ailleurs tâche avec les autres), un biker, un docteur fou (joué par Andrew « Wishmaster » Divoff par ailleurs), un indien… Que du beau monde donc, mais qui ne fait pas forcément peur. Non pas que leurs looks soient loupés, c’est d’ailleurs à peu près la seule chose de franchement réussie dans Neon Maniacs, mais ils sont un brin inégaux et si certains font un peu d’effet lorsque leurs silhouettes apparaissent au fond d’un plan, d’autres sont un brin embarrassants (l’homme des cavernes). Ils ont également un gros problème qui les empêche définitivement de côtoyer leurs ainés du genre comme Myers et Voorhees: il est plus qu’aisé de les tuer. En effet, ces habitants du pont craignent l’eau, quelques gouttes suffisant à les faire fumer et fondre comme glace au soleil. Ce qui prouve que le scénariste ne s’est pas trop foulé et n’a pas cherché plus loin que le bout de son nez, ce qui finit par ailleurs d’enterrer ces pauvres Neon Maniacs, qui peuvent donc rentrer au panthéon des monstres les plus facile à tuer. Par chance, ils font tout de même bien leur boulot, tant qu’il ne pleut pas du moins, éliminant toute personne sur leur route. Ils décapitent, démembrent, arrachent des cœurs, électrocutent, pratiquent la pendaison et j’en passe. Mais que cela ne vous fasse pas vous attendre à du gore, vous seriez bien déçus.

 

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Oh, non pas que le film n’essaie pas de se montrer violent, il y arrive même parfois (l’arrachage de cœur, même si c’est assez soft) mais ses maigres moyens le plaquent au sol et lui ramènent les pieds sur terre à chaque essai. C’est donc à un festival de mannequin décapité ou de bras en bois tombant au sol que l’on assiste, ce qui comme vous vous en doutez à tendance à prêter à sourire… Bien sûr, quelques séquences sont réussies, comme une sympathique course-poursuite dans un métro ou une pluie de sang s’abattant sur une demoiselle roupillant dans sa piscine. Citons aussi la séquence où les monstres déboulent sans bruit lors d’une fête, en plein slow romantique. Mais le reste est particulièrement médiocre, avec son lot de mauvais acteurs, sa réalisation fadasse, ses musiques ridicules et ses effets sans le sou. Mais voilà, il se trouve que le tout est vraiment fun et rarement chiant. Il y a bien un petit creux à mi-parcours, mais on a vu bien pire et bien plus lent dans le genre puisque nos maniaques apparaissent très régulièrement et toujours en nombre. Et même s’ils sont largement perfectibles, certains arrivent à déployer un petit peu de charisme, comme ce samouraï qui vous sourit gentiment avant de vous trancher la main. Notons également que quelques efforts ont été faits lorsque ces sacripants meurent sous les violents tirs de pistolet à eaux, l’un d’eux tombant dans une baignoire pour y fondre, ne laissant de lui qu’un squelette. Bien sûr cela fait peu et il y a plus de défauts que de qualités dans Neon Maniacs, mais c’est ça aussi le cinéma cheesy. Ce n’est jamais fin, pas très bien cuisiné, gras et manquant d’assaisonnements, mais cela s’avale sans problème et dans une ambiance plus festive que si l’on nous proposait un plat de chef… Et de toute façons on ne nous a pas menti sur la marchandise, cette série B n’ayant sans doute pour seule ambition que d’écouler quelques cassettes-vidéos dans les années 80, une époque qui colle à la peau de ce camembert qui ne sent pas très bon mais que l’on mange avec plaisir tout de même!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joseph Mangine
  • Scénarisation: Mark Patrick Carducci
  • Titres: Evil Dead Warrior (titre alternatif aux USA)
  • Production: Christopher Arnold, Steven D. Mackler
  • Pays: USA
  • Acteurs: Leilani Sarelle, Alan Hayes, Victor Brandt
  • Année: 1986

4 comments to Neon Maniacs

  • Roggy  says:

    Merci de me faire connaître ce film qui m’ais totalement étranger ! Faudra que je le voie si je peux le trouver. Vive les 80’s !

  • Dirty Max 666  says:

    Inconnu au bataillon pour moi aussi ! Ce « Neon maniacs » ressemble à une version déviante des « Tortues ninja »… En revanche, le nom de la comédienne Leilani Sarelle ne m’est pas inconnu : elle jouait la p’tite copine de Sharon Stone dans « Basic instinct ».(Cette info cheesy vous a été présenté par les fromages de chèvre « Petit Billy »)

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