Carnosaur

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Lorsque Roger Corman s’attaque aux scandales alimentaires, ce n’est pas pour se contenter de quelques vaches folles ou d’un sabot de poney dans les lasagnes. Dans le royaume magique de la série B, on ne s’en tire pas avec une petite chiasse, on doit aussi faire face à des poules qui pondent des dinosaures.

 

A force de voir certaines productions Asylum comme The Terminators, Transmorphers ou Atlantic Rim qui poussent le bouchon carrément trop loin, on en oublie que les « mockbusters », ces séries B/Z qui surfent sur la sortie d’une grosse machine hollywoodienne, ne datent finalement pas d’hier. Il ne faut donc pas oublier que d’autres artisans, peu scrupuleux pour certains, ont aussi croqué dans la pomme, les italiens en premier lieu, passant à la sauce bis (donc bien épicée) les succès du moment comme Conan, Rambo ou Les Dents de la Mer. Une pratique courante pour Roger Corman également, qui débutera son entreprise de photocopie dès les années 70, s’emparant des grands courants de la décennie pour les ressortir dans des versions moins couteuses, passant carrément la seconde dans les années 80. Ses Galaxie de la Terreur ou Mutant surfent sur Alien, les Slumber party Massacre jouent dans la cour du slasher, Les Mercenaires de l’Espace tentent de couper l’herbe spatiale sous les pieds de Luke Skywalker et Deathstalker et ses trois suites font tout leur possible pour ramener dans leur giron quelques fans de Conan. Le mockbuster ne date donc pas d’hier et si Corman se défend de jouer à ce petit jeu, ce qui est digne d’un boulot d’avocat au vu de son CV particulièrement parlant, il n’abandonne pas pour autant la discipline, qu’il pratique toujours de nos jours, bien que ce soit moins voyant. L’un de ses plus beaux coups reste sans doute Carnosaur, qu’il sort un mois avant Jurassic Park, profitant donc de l’intérêt naissant pour les dinosaures qui se profilait doucement mais sûrement… Si beaucoup auraient pu être effrayés à l’idée de se frotter ainsi aux grands studios, plutôt susceptibles lorsque l’on tente de leur griller la politesse, Corman sait que Spielberg n’est pas du genre à le faire chier. Preuve en est l’affaire Piranhas, réalisé par Joe Dante dans le but de profiter du Jaws de Steven, ce qui entrainera des menaces de poursuites judiciaires de la part de la Universal, qui finira par abandonner suite à la défense de Corman et Dante, réalisée par… Spielberg en personne! Et oui, jugeant le film très bon, Spielby fera son possible pour éviter à Corman bien des emmerdes. C’est donc confiant que le nabab de la série B balance Carnosaur sur quelques écrans et en VHS.

 

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A vrai dire, sa défense Corman l’a déjà: Carnosaur est l’adaptation d’un roman de John Brosnan, sorti en 1984. Impossible que son film soit une copie de Jurassic Park, du coup! Selon lui, du moins, le producteur sachant fort bien que son excuse n’est qu’à moitié valable. Il est sans doute bien conscient également que personne n’est dupe quant à la mise en chantier du film, qui coïncide comme par hasard avec celle du classique de Spielberg. Lui et sa femme, également productrice, peuvent malgré tout se défendre en assurant qu’ils ont contacté le romancier Brosnan dès 1991 pour lui proposer de rédiger le script du film, ce qu’il acceptera pour par la suite se rendre compte que ses écrits seront largement modifiés, Carnosaur le film n’entretenant plus beaucoup de rapports avec Carnosaur le bouquin, si ce n’est quelques grandes lignes. Mais c’est ça de bosser pour Corman, la petitesse des budgets obligeant bien souvent les artisans à l’œuvre à modifier tout de fond en comble. Enfin, petitesse du budget… A en croire Corman, sa série B n’en est pas vraiment une et aurait couté 5 millions de dollars, une annonce faite à quelques journalistes qui se trouve bien évidemment erronée. Le budget de Carnosaur doit effectivement être divisé par cinq pour s’approcher de la vérité, le montant réel étant estimé à 800 000 dollars. Ce qui est bien peu pour un film de dinosaures et ridiculisera le film dès la sortie du film de Spielberg, qui a bénéficié de techniques autrement plus modernes que celles avec lesquelles l’habitué John Carl Buechler (réalisateur du septième Vendredi 13 et créateur d’effets sur Arena, From Beyond ou La Fiancée de Re-Animator) va devoir composer. Le réalisateur Adam Simon ne sera pas mieux loti, devant faire beaucoup avec peu et en un temps record. Sur le strict plan financier, on peut dire que c’est une réussite, le film se rentabilisant facilement, écoulant plus de 100 000 VHS à l’époque de sa sortie, sans compter les bénéfices des DVD quelques années plus tard. Une réussite si appréciable que Corman tentera de la reproduire à deux reprises, lors des inévitables Carnosaur 2 et 3. Mais pouvons-nous parler de succès qualitatif ?

 

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Vous devez bien vous en doutez, on ne regarde pas Carnosaur comme on regarde Jurassic Park, justement. Une production Corman, surtout post-années 80, cela demande un minimum de préparation mentale. Il faut que notre cerveau se mette en veille, être assis bien confortablement au fond de son sofa, les yeux mi-clos, une pizza bien coulante sur les genoux et un soda glacé dans le porte-gobelet. Nécessaire pour profiter d’un type de spectacle « autre », plus appréciable pour ses lacunes et sa volonté de bien faire (quand il y en a une) que pour ses qualités, pas forcément faciles à débusquer. Du cinéma cheesy comme disent les américains, qui sent le roquefort, donne la mauvaise haleine, quand c’est pas la gueule de bois, mais auquel on revient régulièrement, tout simplement parce qu’il est fendard et ne se prend pas pour plus que ce qu’il n’est, à savoir un divertissement régressif et donc particulièrement appréciable. Sans surprise, le scénario est fin comme une serpe d’enfant du maïs, se résumant à des expérimentations scientifiques qui conduisent à la création de dinosaures gloutons qui vont chercher leur repas dans la population environnante. Soit le récit que Corman nous ressortira durant les vingt années suivantes, ne changeant que la créature, tantôt un requin-pieuvre, tantôt des anacondas croisés avec des piranhas, et qu’il sortait déjà vingt ans plus tôt avec ses crabes géants et autres envahisseurs de planètes éloignées. De toute manière, les scripts n’ont jamais été le point fort des productions New Horizon ou Concorde (les boites du pape de la série B), la plupart se résumant à des excuses permettant d’envoyer quelques victimes dans les gueules des gros gloumoutes sortis de leurs caves ou laboratoires. Et puis, avec une durée de 75 minutes, difficile de se permettre des folies scénaristiques, aller droit au but étant recommandé si l’on ne veut pas perdre le spectateur zappeur en cours de route. C’est d’ailleurs le cas ici, les dinos étant plutôt prolifiques, créant du cadavre déchiqueté suffisamment fréquemment pour que l’on ne s’emmerde pas trop. Bien entendu, on doit se taper l’habituel blabla scientifique dont on se branle complètement et qui a souvent tendance à devenir envahissant, mais nous dirons que cela vous permet d’aller évacuer nos bières et verres de Pepsi sans avoir à mettre le film en pause, ce qui ennuie toujours votre compagne qui vous fait déjà le plaisir de se farcir une série Z dont elle n’a rien à foutre.

 

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Tout l’intérêt d’une production comme Carnosaur se trouve donc dans ses éléments bis, ceux qui parlent aux mâles qui sommeillent en nous. A savoir la violence, les monstres et le cul. Cette dernière donnée ne fera malheureusement pas partie du calcul, aucun sein ne pointant le bout de son téton pour l’occasion, ce qui en fera déprimer beaucoup. Mais qu’ils se rassurent, ils pourront se rattraper sur le reste, Carnosaur étant aussi généreux en violence qu’en monstres. Commençons par ces derniers, régulièrement visibles à l’écran alors que l’on pouvait s’attendre à les voir le moins possible vu la maigreur du budget, qui força Buechler à concevoir plusieurs versions des reptiles en dix semaines. En résultera des techniques variées, quelques animatroniques, des types en costumes, des marionnettes mécaniques, des miniatures et peut-être bien une chaussette maquillée en T-Rex. Inutile de dire que les monstres sont particulièrement datés et font bien sourire aujourd’hui, ces pauvres bêtes ne faisant pas illusion un instant, certains arrivant même à avoir trois looks différents dans une seule et même scène, donnant l’impression que la créature change de couleur ou d’ossature. Le plaisir remonte donc en flèche, car il est forcément plus agréable de regarder ces dinosaures créés « en dur » que les lignes de code que sont les Dinocroc et autres Supergator. Dépassé pour les spectateurs lambdas, charmant pour les bisseux, en somme. Il faut également reconnaître à ces gros lézards le mérite d’être particulièrement enragés, le film d’Adam Simon versant dans le gore décomplexé en permettant à ses dinos d’éventrer, transpercer ou décapiter les pauvres humains qui leur passent sous le museau. De quoi transformer un bête film animalier comme on n’en a que trop vu en un sympathique petit délire gore qui vous livre le plat que vous aviez commandé. Ne reste donc plus que des acteurs peu doués pour parfaire le tableau et, bien évidemment, ils sont au rendez-vous. Sans trop choquer, cependant, car même si certains en font des caisses (Clint Howard, star de Messe Noire, est de la partie), d’autres plus talentueux parviennent à s’en sortir, comme Diane Ladd (Embryo, Chinatown), qui ne se dépatouille pas trop mal en scientifique misanthrope qui compte faire disparaître la race humaine de la Terre, qu’elle veut rendre aux dinosaures.

 

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Si je ne vantais pas forcément les originalités du script un peu plus haut, il faut tout de même lui reconnaître quelques vertus lorsqu’il s’agit d’amuser la galerie. Certaines scènes sont en effet assez croquantes, comme lorsque des écolos s’attachent à des grues avec des chaînes et se retrouvent bloqués face au dinosaure, incapables de lui échapper. Le principe des dinosaures qui sortent d’œufs de poules est lui aussi suffisamment bis et déjanté pour divertir tout en envoyant un petit tacle à l’industrie alimentaire. Notons également, et c’est là assez étonnant, une fin des plus pessimistes que n’aurait pas renié Romero, dont l’ombre plane ici, la population étant en prime infectée par un virus qui va pousser les femmes à pondre des dinosaures. Un point de départ assez crétin qui est ici traité le plus sérieusement du monde, non sans que l’on imagine le sourire goguenard du vieux Corman, qui aura finalement réussi son pari: gagner du blé tout en nous changeant les idées durant un peu plus d’une heure. Il tombera en tout cas amoureux des dinosaures puisqu’il les ressortira régulièrement, dans ses Raptor et autres Dinocroc… Une passion dévorante…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Adam Simon et Darren Moloney
  • Scénarisation: Adam Simon
  • Production: Roger Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Diane Ladd, Raphael Sbarge, Jennifer Runyon, Clint Howard
  • Année: 1993

One comment to Carnosaur

  • Roggy  says:

    Une série B qui tangue vers le nanar. Les suites ne seront pas au niveau.

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