Attack the Block

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Alors que certains extra-terrestres décident de venir nous passer le bonjour en toute discrétion, d’autres préfèrent s’écraser en masse sur les cités. Inutile de dire que les délinquants du coin n’apprécient pas trop qu’on tente de prendre leur zone…

 

Décidément, il semblerait que les réalisateurs britanniques soient malchanceux. On sait que Ciaran Foy a réalisé son Citadel pour exorciser sa peur de la rue, le jeune homme ayant subit une violente attaque au marteau de la part de quelques jeunes gredins adeptes de la violence. Ce que l’on sait moins, c’est que Joe Cornish a été victime d’une agression lui aussi, une expérience qui ressort forcément dans Attack the Block, son premier film, qui raconte sa douloureuse expérience, vécue au travers des yeux de Sam. Cette jeune infirmière se fait en effet détrousser par cinq banlieusards qui en veulent à son téléphone et son porte-monnaie. Mais alors qu’ils la bousculent, un truc tombe du ciel et explose une voiture. C’est à ce stade que l’histoire de Cornish bifurque un chouïa. Dans la bagnole se trouve un alien, une sorte de gros rat sans poil et assez vindicatif puisqu’il érafle la tronche de Moses, le chef de la bande. Pas du genre à laisser passer pareil affront, le groupe décide de poursuivre la bestiole et l’achève, Moses la trimballant avec lui comme un trophée qu’on exhibe fièrement. Mais voilà, cette saleté est une femelle qui sécrète des phéromones qui vont attirer tous les mâles de la galaxie, bien plus gros et dangereux. Un jeu de survie se met alors en branle, Sam se voyant dans l’obligation de rester avec ses agresseurs si elle veut avoir une chance de vivre plus de dix minutes…

 

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Attack the Block aura été l’une des sensations du cinéma fantastique de 2011 et pour cause: le film est très bon. Je sais, je casse tout le suspense et vous pourriez arrêter de lire ici pour vous jeter sur le DVD ou le Blu-Ray, mais attendez un peu… Vous n’avez pas envie de savoir pourquoi c’est très bon ? Bien sûr que si, alors rasseyez-vous. L’atout premier de cette invasion d’aliens est son rythme, tonitruant. Ca ne s’arrête jamais, les bestioles apparaissant les unes après les autres, aux quatre coins du « bloc » qui sert de refuge aux envahis, bien décidés à prendre les armes. Car nous n’avons cette fois pas à subir l’habituelle explication pompeuse d’un scientifique qui va s’acharner à nous raconter la vie des extra-terrestres en dix ennuyeuses leçons. Non, cette fois les explications sont expédiées par un fumeur de joins stone de chez stone, histoire de pouvoir revenir à ce qui intéresse vraiment Cornish: l’adrénaline, le metteur en scène se mettant dans la peau de ses délinquants propulsés au rang de héros. Après tout, n’est-ce pas ce qu’ils recherchent, des sensations fortes ? Ils vont être servis puisque les aliens ne les lâcheront pas d’une semelle durant la petite heure-vingt que dure le film. Une longueur idéale puisqu’aucun temps mort ne viendra ralentir le film, parfaitement construit. Et pour ne rien gâcher, Cornish est un réalisateur plutôt doué. Celui qui rédigea le script du Tintin de Steven Spielberg sait manier sa caméra, qui suit les mobylettes et bicyclettes de ses protagonistes avec fluidité, à l’aise dans la vitesse comme dans le ralenti comme le prouve ce saut en slow-mo que fait Moses, passant au-dessus de plusieurs créatures qui ne demandent qu’à le becter.

 

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En parlant de Spielberg, il est ardu de ne pas penser aux productions Amblin durant Attack the Block. Vous me direz, difficile de ne pas penser aux Goonies et consorts quand on a une bande de gamins à vélo à l’écran. Mais contrairement à un Super 8 qui respectait le cahier des charges à la lettre, Joe Cornish s’émancipe de ses modèles en leur apportant une dimension plus noire, voire bis. Cette fois, les gosses risquent bien de passer de vie à trépas et ne s’en sortiront pas avec seulement quelques poussières sur les fringues. Attack the Block s’autorise quelques plans gores, ce qui n’est pas étonnant quand on sait qu’Edgar Wright, le papa de Shaun of the Dead, a un poste de producteur. Nos aliens peuvent donc s’en donner à cœur joie, déchiquetant des gorges ou décapitant leurs opposants, livres de s’adonner à leurs plaisirs les plus sanglants. Mais ils ne sont pas la seule menace du coin puisque nos petits jeunes se sont également mis à dos un dangereux dealer/rappeur qui est bien décidé à leur offrir un peu de plomb dans la cervelle. Cela permet un peu de changer de nos envahisseurs, qui sont par ailleurs magnifiques. De grosses boules de poils, sombre comme des trous noirs, seulement détectable à leurs dents fluorescentes et leur cri à faire frémir. Des monstres aussi beaux que sympathiques (et créés à l’ancienne, avec des gars dans des costumes) puisque réduit au rang de simples animaux qui sont là pour récupérer l’un des leurs et non pour détruire la Terre ou réduire les humains en esclavage comme c’est souvent le cas dans les films d’extra-terrestres. Leur arrivée est d’ailleurs splendide, ces boules de feu bleutées s’abattant sur une ville qui s’illumine déjà de quelques feux d’artifices faisant un effet du tonnerre tout en mettant tout de suite dans l’ambiance…

 

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Mais bordel, est-ce qu’Attack the Block souffre d’un seul petit défaut ? La musique peut-être ? Nope. Composée par le groupe électronique Basement Jaxx et Steven Price, elle sied parfaitement au film, lui apportant une rythmique du tonnerre. Peut-être que l’humour est raté, alors ? Non plus, les gags tombent souvent juste, tout comme les bons mots. Difficile de ne pas sourire devant ce dealer également rappeur du dimanche et sa chanson on ne peut plus clichée. Mais alors, on a là un film parfait ? Pas tout à fait non plus. S’il y a un problème à pointer du doigt, ce serait celui des protagonistes, finalement peu aimables. Difficile de s’attacher à des héros qui viennent de s’en prendre à une fille sans défense, l’attaquant en groupe, pour un portable et quelques billets. Si quelques uns s’en sortent plutôt bien (Moses a finalement assez de charisme et Jerome n’a pas l’air d’être un vilain garçon), les autres ne nous touchent pas réellement, en particulier Pest. Ce personnage est plus ou moins catapulté caution comique du film, ses différentes punchlines étant censées nous faire rire mais, si elles sonnent justes (comme tous les dialogues du film), elles ont aussi tendance à nous fatiguer sérieusement. On peut effectivement rencontrer une lassitude face à toutes ces expressions, comme ensevelis sous un phrasé qui n’est finalement amusant que lors des dix premières minutes. Mais cela reste logique vis-à-vis des personnages, assez bien écrits et que le réalisateur apprécie sincèrement, cela se sent. Il dit d’ailleurs s’être inspiré de celui qu’il était à vingt ans pour Brewis, un fumeur de joint un brin intello et qui se trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Signalons également Nick Frost dans un rôle peu marquant, surtout présent pour faire rire deux fois et aider le film à se financer plus facilement.

 

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Des petits défauts, donc, d’autant que si, de prime abord, l’on ne ressent aucune empathie pour ces racailles, elles nous deviennent au final sympathiques pour certaines. Cornish tente de faire passer un message à la jeunesse anglaise en lui montrant que l’on gagne le respect des autres en les aidant, par la bonté, et non en jouant le gangsta avec de la drogue plein les poches. De terreur du quartier qui fout la merde partout où il passe, Moses devient le sauveur de ses victimes, affrontant ses actes. Sa violence a causé sa perte et celle de ses amis, il se doit de réparer ses terribles erreurs. Une figure assez tragique, pour ne pas dire mythologique pour celui qui porte le prénom de Moïse. Voilà dans tous les cas un sacrément bon premier film et l’on attend avec impatience de voir ce que nous réserve Joe Cornish pour la suite de sa carrière. Car ça semble être un cornichon, le Cornish !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joe Cornish
  • Scénario: Joe Cornish
  • Production: Edgar Wright, James Wilson
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Jodie Whittaker, John Boyega, Alex Esmail, Nick Frost, Luke Treadaway, Leeon Jones
  • Année: 2011

6 comments to Attack the Block

  • Roggy  says:

    J’ai aimé ce film, même si comme tu l’écris, les ados sont un peu saoulant à la longue. Sinon, un bon divertissement dynamique. Question : pourquoi nous n’arrivons pas à faire les mêmes films en France ?

  • Roggy  says:

    D’ailleurs, je prépare un petit dossier sur le sujet qui me semble récurrent dans le cinéma anglais au travers du cinéma de genre.

  • Princécranoir  says:

    Bel enthousiasme, même si je ne le partage pas vraiment. Pas vraiment séduit par les personnages, encore moins par l’humour de banlieue, je n’ai pas été converti par ce message crypto-biblique dont je reconnais néanmoins l’originalité.

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