L’Empreinte de Frankenstein

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Des gars comme Dracula, Jason Voorhees ou Michael Myers n’ont pas de quoi se vanter. Certes, ils reviennent toujours à la vie mais c’est la moindre des choses pour des immortels. Le baron Frankenstein ne l’est pas, lui, ce qui ne l’empêche pas de revenir encore et encore, bistouri en main, pour continuer ses expériences diaboliques.

 

Chaque décennie possède sa tendance horrifique, sa carte d’identité macabre qui la différencie des précédentes et des suivantes. Alors que les années cinquante misaient beaucoup sur les petits hommes verts et autres gloumoutes venus de l’espace pour bouffer les humains, les années 70 mettaient en avant les rednecks et les serial-killers réalistes. Coincées entre ces deux penchants, les sixties pariaient sur le gothique. Dracula est bien évidemment celui qui marqua l’époque, lui qui ornait les affiches des cinémas de quartier, toutes dents dehors, ressuscité film après film par une Hammer Films qui régnait en maître sur le genre et comptait bien profiter de l’engouement pour les vieux châteaux et les cimetières brumeux, ainsi que sur la popularité d’un certain Christopher Lee, apollon de tout un pan du cinéma bis: adulé par les hommes, kiffé par les femmes. Mais il ne faut certainement pas oublier le baron Frankenstein, tout aussi présent que son rival vampire. Sept films entre 1957 et 1974, dont un hors-série qui tentait de rajeunir la saga en mettant Peter Cushing de coté, le même nombre que la série des Dracula, mais le scientifique fou revenait plus vite sur les écrans que le prince des ténèbres, qui pouvaient prendre huit ans avant de sortir de sa crypte là où le docteur fou gardait toujours sa blouse blanche à portée de main, prêt à raccommoder quelques cadavres ou échanger deux cerveaux…

 

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L’Empreinte de Frankenstein, troisième volet d’une série de six films, arrive six années après le second opus, La Revanche de Frankenstein. Un écart considérable, surtout quand on sait que les épisodes ne prenaient généralement que deux ou trois ans pour avoir droit à une suite. Mais, comme vous le savez probablement, le vieux Mordo a toujours une explication pour tout. Car penser que la Hammer se tournait les pouces pendant ces six années est bien entendu une erreur, Frankenstein s’est échappé! et La Revanche de Frankenstein ayant été de si beaux succès qu’il était impossible d’offrir au baron sa retraite aussi rapidement. Après deux réussites au cinéma, pourquoi ne pas s’attaquer à la télévision? Encouragé par des producteurs américains qui lorgnent vers le succès de la firme, la Hammer entreprend la création d’une série appelée Tales of Frankenstein. Ils écrivent les synopsis de plusieurs épisodes, font un casting et préparent le tournage aux States pour une somme de… 80 000$. La firme anglaise, habituée aux tournages économiques, s’étonne d’une telle ardoise et prétend pouvoir faire aussi bien pour 45 000. Le patron, Michael Carrera, envoie donc une lettre expliquant aux amerloques qu’un tournage sur les terres anglaises serait bénéfique à tout le monde, pensant que ses nouveaux amis apprécieront l’économie faite. Mais non! Ils refusent de tourner ailleurs qu’en Amérique, quel qu’en soit le coût, précipitant la série dans l’enfer aux pellicules, celui des bandes qui ne seront jamais menées à termes (c’est juste à coté de l’enfer des rats vampires, à droite, entre l’hydre aux vingt nichons et la chouette qui chie des éclairs). Bien des histoires qui expliquent pourquoi le pauvre baron aura mis tant de temps pour créer une nouvelle monstruosité, fermant malgré lui son sinistre cabinet pour quelques temps…

 

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Nous sommes en 1964 et, depuis quelques temps, la Hammer peine à avoir un succès, un vrai. Leur Fantôme de l’Opéra fait un sacré flop et aucun de leurs films de récente mémoire ne semble pouvoir prétendre au statut de classique. Le seul dont on se souviendra réellement, La nuit du loup-garou, remonte déjà à 1961… Il est donc temps de rappeler Frankenstein pour qu’il sorte son bistouri et découpe une part du box-office pour la firme marteau du cinéma d’horreur. Mais voilà, leur réalisateur star, Terence Fisher, auteur des deux premiers volets et du Cauchemar de Dracula est déjà pris sur un autre projet (Sherlock Holmes et le collier de la mort, une production allemande) et a subit un accident de voiture, l’empêchant de revenir assurer la mise en scène du nouveau Frankenstein, appelé L’empreinte de Frankenstein. Un titre assez débile, qui ne veut rien dire, tout comme sa version originale: The Evil of Frankenstein. Mais bon, à l’époque, le sens, on s’en branlait. Il fallait que ça claque à l’oreille et c’est le cas, alors on ne fera pas la fine bouche. Qui pour s’occuper de ce retour, alors? Freddie Francis, pardi. Le brave gars est un technicien hors-pair (il gagne deux Oscars pour la meilleure photographie!) et a déjà réalisé quelques films, dont l’oublié La révolte des Triffides, qui racontait l’invasion de la Terre par des plantes extra-terrestres. L’homme, décédé en 2007, est encore un jeune réalisateur mais aura une chance dont n’avait pas pu profiter Terrence Fisher. En effet, à l’époque des deux premiers Frankenstein de la firme, la Universal, détentrice des droits des versions avec Boris Karloff, avait refusé l’utilisation du maquillage « classique » du monstre. Impossible donc de rendre la créature de Frankenstein grande, la tête carrée et verte! Mais tout change et, émue par le succès de la Hammer, la Universal accepte de leur donner accès aux scripts des premiers Frankenstein et même d’utiliser le look habituel du monstre. Pas par générosité, bien entendu, mais parce qu’ils sont les distributeurs du film. Pas folle, la guêpe.

 

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Bizarrement, alors qu’ils peuvent reprendre la gueule du monstre telle qu’il l’avait dans les films des années 30, la Hammer patauge pour définir son style. Il fallut dans les 200 croquis pour que tout le monde tombe enfin d’accord, le maquilleur Roy Ashton (en charge de la plupart des films de la firme) pouvant enfin se mettre au boulot. Sauf que voilà… Le monstre en question est assez merdé, donnant l’impression d’avoir droit à un masque en papier mâché, type papier-cul collé sur le visage. Alors oui, le coté carré du crâne et la couleur verdâtre rappellent la version Karloff confectionnée par Jack Pierce trente ans auparavant, mais le résultat n’est pas aussi réussi, c’est le moins qu’on puisse dire… Ce qui va participer à la réputation de moins bon film de la série que se paie L’empreinte de Frankenstein. Une idée reçue causée par l’absence de Terrence Fisher à la réalisation, tout comme le fait que le scénariste des premiers, Jimmy Sangster, n’a pas repris le poste derrière sa machine à écrire. C’est le producteur Anthony Hinds qui se charge de la rédaction du script, un habitué des faits qui rédigera aussi plusieurs Dracula ou La femme-reptile, à chaque fois sous le pseudonyme John Elder. En découle un scénario moins fin, bien plus conventionnel, voire manquant de profondeur, que celui de La revanche de Frankenstein, par exemple. MAIS! Car oui, il y a un mais! Si le scénario n’a pas l’intelligence des précédents, il a le mérite d’être efficace et de renvoyer aux versions faites par la Universal.

 

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Alors c’est vrai, L’empreinte de Frankenstein n’est pas aussi réussi que le trio de chefs-d’œuvre pondu par Fisher, à savoir Frankenstein s’est échappé, La revanche de Frankenstein et le cinquième épisode Le retour de Frankenstein. Mais le film de Francis vaut bien un Frankenstein créa la femme et Frankenstein et le monstre de l’enfer, deux réalisations Fisher! Freddie Francis n’a sans doute pas le bagage de son modèle et manque peut-être d’expérience, notamment quand il s’agit du rythme de son film, assez mou. Mais il arrive à construire une intrigue avec efficacité, même s’il prend le pari de renier les précédents films. Et oui, si à la fin du deuxième le baron dévoilait au public sa condition de monstre, réparant lui-même son corps, cette donnée pourtant géniale n’apparaît jamais dans ce troisième opus. Cette fois, Frankenstein revient dans le château qui lui appartient, complètement vide, pour y retrouver sa première créature (qui n’est pas le monstre incarné par Christopher Lee puisqu’il s’agit ici d’un reboot, qui tente tout de même de se faire passer pour une suite), gelée dans la glace. Malheureusement pour lui, le démiurge n’arrive pas à relancer le cerveau de la créature, l’obligeant à faire appel à un hypnotiseur, qui compte bien utiliser le monstre à des fins personnelles… Un coté très théâtral qui ne change pas beaucoup de ceux écrits par Jimmy Sangster, chaque personnage ayant un rôle clairement défini, une utilité avérée. C’est simple, on peut presque voir les fils du destin accrochés aux personnages, mais on ne s’emmerde pas et on se demande comment ça va finir (même si, au fond, ça finit toujours pareil). Le plus grand changement provient dans le personnage de Frankenstein, qui est toujours incarné par le génial Peter Cushing, qui, pour une fois, ne semble pas aussi motivé. Il faut dire que la caractérisation du baron change entre les deux films, de pourri intégral qui ne recule pas devant le meurtre si ça peut servir son intérêt, il passe à celui de scientifique incompris, pas plus méchant que cela. Une vision allégée du perso à laquelle Fisher collera pour Frankenstein créa la femme, pour mieux revenir en arrière et rendre le baron plus détestable (et donc génial) que jamais dans Le retour de Frankenstein.

 

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La vraie qualité de L’empreinte de Frankenstein réside probablement dans ses décors. Certes un peu kitsch, ils n’en sont pas moins magnifiques. Voir Frankenstein tenter de ranimer un cœur dans un moulin à eau remplis de rouages est un plaisir incroyable, tout comme le retrouver en train de déambuler dans son château, vestige d’une vie douillette ruinée par ses ambitions démesurées, un fait dont il a conscience comme en témoigne un dialogue avec son assistant, le baron lui conseillant de le quitter. Cette troisième aventure du baron n’est donc pas la meilleure, mais elle a un petit plus qui pourrait constituer un gros moins chez certains. Elle est classique, dans le sens le plus pur du terme. C’est une version couleur des films de la Universal, un retour au fantastique des débuts, avec ses codes, son coté peut-être ringard pour certains, mais si confortable pour les autres. Il est vrai que le film n’apporte pas grand-chose, mais c’est un plaisir simple, régressif, un film qui ne pète pas plus haut que son cul et fera bien lors d’une soirée Halloween, avec son vieux château, ses éclairs et son monstre pathétique. Freddie Francis sera toujours resté dans l’ombre de Fisher comme en témoigne son opus de la série des Dracula (Dracula et les femmes) mais il ne lui aura jamais fait honte, bien au contraire!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Freddie Francis
  • Scénario: Anthony Hinds
  • Titre Original: The Evil of Frankenstein
  • Production: Hammer Films
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Santor Elès, Katy Wild
  • Année: 1964

2 comments to L’Empreinte de Frankenstein

  • Roggy  says:

    Perso, j’aime bien toute la série des Frankenstein pour l’ambiance gothique et Peter Cushing.

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