La Chevauchée des Morts-Vivants

Category: Films Comments: No comments

chevauchéeteaser

Seuls sur le sable, les yeux dans l’eau… Nos Templiers reviennent une fois de plus, quittant la mer pour aller se prélasser sur la plage. Mais ne comptez pas les observer avec leurs lunettes de soleil et le dernier bouquin de Pierre Bellemare en main, les culs vissés sur des transats. Leur loisir, c’est le rite sacrificiel de jeunes filles dénudées. Qui ira leur reprocher ?

 

On prend les mêmes et on recommence ! C’est ce qu’a dû se dire Amando de Ossorio en 1975 lorsqu’est venu le temps, non pas des rires et des chants, mais bel et bien de réveiller les méchants. Mais histoire de ne pas lasser le public, il balaye les ruines de Bouzano, son église et le galion de nos preux chevaliers immortels d’un revers de la main pour nous amener sur les galets, nous permettant de respirer cette bonne odeur salée et profiter de la mousse qui vient s’écraser sur nos frêles chevilles. Car la nouveauté pour La Chevauchée des Morts-Vivants, c’est la côte. Vamos a la playa, oh owohoh oh ! Évidemment, nos Templiers ne viennent pas ramasser les coquillages, pour eux il n’y aura que peu de changements, nos zombies aveugles faisant toujours un peu la même chose: kidnapper des gonzesses qu’ils vont mettre à poil avant de les éventrer et les dévorer. Comme à l’accoutumée, de Ossorio reprend tout à zéro, ce quatrième film étant comme les deux précédents un reboot de la saga, quand bien même on peut sans trop de problème imaginer que les intrigues peuvent cohabiter, le tout étant suffisamment vague pour laisser notre imagination vagabonder et boucher les trous. Le réalisateur n’a donc pas jugé bon de remettre sa recette en question, gardant les mêmes ingrédients qui ont fait le succès de sa saga. Ça tombe bien, on n’en demandait pas plus!

 

chevauchée3

chevauchée4

 

Comme toujours, le film débute en nous présentant ces foutus Templiers de leur vivant, à une époque où ils pesaient plus de vingt kilos et pouvaient encore y voir à un mètre. Le bon temps, celui où ils pouvaient trucider et arracher des cœurs à toute heure, sans avoir à passer la journée alités dans leurs cercueils. D’ailleurs, on ne sait pas ce qui leur est arrivé cette fois, rien n’est précisé sur ce qui les a rendus aveugles, de Ossorio s’étant probablement dit que le public piocherait entre le feu et les corneilles selon ses envies du moment. Pas plus mal, le mystère entourant les activités de ces sinistres personnages ne faisant que renforcer leur aura maléfique. On en sait par contre un peu plus sur leur culte, les momies vénérant visiblement une divinité aquatique qu’ils auraient rencontrée lors d’un voyage en Orient, d’où ils sont revenus avec le secret de l’immortalité. L’occasion pour l’auteur de la saga de pencher un peu vers Lovecraft, leur idole et les lieux rappelant fortement certaines divinités à la Dagon, tout comme la tendance qu’ont les villageois du coin à offrir leurs plus jolies jeunes filles en sacrifice aux Templiers. C’est dans ce joyeux bordel que déboulent un médecin et sa femme, venus prendre la relève d’un vieux docteur pressé de quitter ces lieux maudits. Évidemment, le toubib et son épouse se rendent vite compte que quelque-chose cloche et vont être tirés dans une spirale infernale…

 

chevauchée2

chevauchée5

 

Si sa série des Templiers, ou des Blind Dead comme elle est appelée aux USA, est dans son ensemble de grande qualité, il faut aussi reconnaître que de Ossorio n’a pas réussi à faire aussi bien que le premier opus avec ses deux suites, quand bien-même la troisième, Le Monde des Morts-Vivants s’en rapprochait pas mal dans le rythme et le ton. Mais il manquait un petit quelque-chose, sans doute imputable à des dialogues trop longuets et peu passionnants, également trop explicatifs. Pour La Chevauchée des Morts-Vivants, il décide de faire machine arrière et balancer ses personnages dans la brume. Ils n’auront pas de bibliothécaire ou de météorologue pour leur expliquer ce qu’il se trame et devront donc s’en rendre compte par eux-mêmes, leur enquête permettant au récit de se développer visuellement et non via des paroles qui auront tendance à endormir le bisseux avide de belles images qui lui transperceront la rétine. Ça tombe bien, fournir des images à t’en déboiter la mâchoire d’un loup-garou, de Ossorio sait faire. Il se permet même quelques idées totalement gratuites et incohérentes mais qui fonctionnent bien entendu du tonnerre (et c’est bien connu, plus c’est gratuit, mieux c’est!) comme lorsque les Templiers se mettent à pisser des litres de sang de leurs orbites. C’est con comme la lune mais putain que c’est cool ! D’ailleurs, vu qu’il dispose de beaux décors naturels, de Ossorio peut s’en donner à cœur joie, le petit village notamment, qui est on ne peut plus authentique. On peut également féliciter les décorateurs qui nous offrent un temple diabolique de toute beauté dans lequel nos zombies ramènent leurs victimes féminines, laissant leurs dépouilles à des crabes qui vont dès lors envahir le corps de l’infortunée. Le genre de scènes pour lesquelles, nous les bisseux, sommes nés et aimons tant ce cinéma…

 

chevauchée1

chevauchée6

 

Le scénario est également mieux structuré que celui des précédents, allant droit au but tout en préservant une certaine lenteur atmosphérique, principalement due à la réalisation, de Ossorio continuant de nous offrir ces images irréelles comme la chevauchée au ralenti des Templiers. Bien entendu, il n’y a pas grand-chose de neuf, une fois qu’on retire la côte, ce film est le même que les précédents, mais il a droit à une meilleure production-value apportée par ses lieux et est également plus généreux lorsqu’il s’agit de montrer ses monstres, pas forcément plus présents mais peut-être mieux mis en valeur, plus souvent dans le cadre et en gros plan. De Ossorio soigne également ses personnages qui, paradoxalement, sont moins profonds que les précédents. Le doc’ et sa femme sont des gens simples, peu définis, mais ils ont le mérite d’être plus identifiables que les pourris des précédents films et l’on ne souhaite pas que les Templiers mettent la main sur eux, ce qui est une première ! Pour le reste, vous connaissez déjà la chanson: un peu de gore mais pas trop, toujours la même musique (pourquoi en changer après tout ? Elle est si bonne) et surtout du plaisir dans tous les sens. De Ossorio clôture donc sa saga de la plus belle des manières, avec un opus qui n’atteint peut-être pas le niveau d’excellence du premier mais parvient à dépasser les deuxième et troisième films. Ce qui est déjà énorme. Reste que la fin des Templiers est plus officielle qu’officieuse, puisque certains feront perdurer les Templiers, comme Jess Franco avec son érotique La Mansion de los Muertos Vivientes dans les années 80 ou encore La Cruz del Diablo de John Gilling (un réalisateur de la Hammer, à qui l’on doit La Femme Reptile et Dans les Griffes de la Momie) en 1975 et nos zombies espagnols sont même apparus dans des films récents de l’allemand Andreas Schnaas. Comme quoi, ces Templiers sont bel et bien immortels…

Rigs Mordo

 

chevauchéeposter

  • Réalisation: Amando de Ossorio
  • Scénarisation: Amando de Ossorio
  • Production: José Antonio Pérez Giner, Modesto Pérez Redondo et José Ángel Santos
  • Titres: La noche de las gaviotas (Esp), Night of the Seagulls (USA)
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Victor Petit, Maria Kosty, Sandra Mozarowsky
  • Année: 1975

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>