Mama

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On peut toujours compter sur sa mère, cette femme qui nous couve, nous nourrit, nous soigne, nous cajole. Enfin, en théorie, car nous savons tous que dans le cinéma fantastique, les choses ne sont jamais aussi simples… Surtout dans Mama.

 

A la base il y avait Mamá, joli court-métrage réalisé en 2008 par l’argentin Andrés Muschietti montrant la fuite de deux jeunes filles poursuivies par une mère fantomatique. Courte (à peine deux minutes au compteur), cette petite bande-démo fit son effet, montrant la capacité technique du réalisateur, qui offre un plan-séquence rudement efficace et un personnage apte à donner quelques sueurs froides, la fameuse Mama étant plutôt effrayante. C’est ce qu’à dû se dire Guillermo del Toro, devenu le nouveau pape des geeks depuis les Hellboy, qui perçoit en Muschietti un talent qui ne demande que quelques moyens pour s’exprimer. Plutôt contents de ses dernières productions (Splice, Don’t Be Afraid of the Dark), le mexicain offre au jeune Andrés la possibilité de changer son court en long, soutenu par une grosse distribution assurée par la Universal, mère de tous les monstres. Rien que ça ! Difficile de refuser une telle proposition, même s’il y a un détail de taille: avec ses deux petites minutes, le court-métrage n’avait pas le temps de développer quelque histoire que ce soit et se résumait donc à un instantané, un ride horrifique simple et direct. Il va donc falloir rajouter un peu de viande autour de l’os, une tâche à laquelle s’attellent Muschietti et sa sœur, Barbara. Leur point de départ est évident et découle du titre du film: la maternité.

 

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Mama est un film qui commence dans la douleur, celle de Jeffrey, un homme qui vient de perdre tout son argent et qui a commis l’irréparable en assassinant sa femme. Un meurtre placé sous l’angle du désarroi, le mari ayant pour but d’envoyer sa famille dans un monde meilleur, où aucune tuile ne leur tombera plus dessus. Et il compte bien emporter avec lui ses deux filles, Victoria et Lilly. Mais alors qu’il les amène en des lieux plus calmes pour préparer leur dernier voyage, leur voiture s’accidente (comme dans la grande majorité des films d’horreur modernes), les faisant se perdre dans la forêt. Un simple contretemps, Jeffrey emportant sa progéniture jusqu’à une cabane abandonnée, pouvant enfin appuyer sur la gâchette alors qu’il vise sa fille aînée. Un geste qu’il ne pourra pas finir, le décidément malchanceux père étant emportée par une présence fantomatique… Cinq années passent et le frère de Jeffrey, Lucas (interprété par le même acteur, Nikolaï Coster-Waldau, dernièrement aperçu dans Oblivion) est en train de se ruiner en recherches, bien décidé à retrouver ses nièces. Un peu au désarroi de sa compagne, Annabelle (Jessica Chastain, Zero Dark Thirty), une jeune rockeuse qui apprécie sa liberté et soupire de soulagement lorsque ses tests de grossesses affichent un fier « Négatif », une réponse positive selon elle. C’est donc avec une légère appréhension qu’elle accueille une nouvelle qui réjouit son cher et tendre: deux chasseurs viennent de dénicher les deux fillettes. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c’est que les gamines tiennent désormais plus des animaux que des humains. Le deuxième, c’est qu’elles semblent accompagnées par un fantôme…

 

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Mamá était avant tout une preuve de la maitrise formelle et technique de Muschietti, qui s’était visiblement bien entrainé avec des pubs en Argentine. Et de ce coté, la version longue confirme les (bons) sentiments qu’on avait envers le jeune réalisateur: il sait y faire. Le plan séquence est bien entendu reproduit ici, avec le même brio, et le film est beau, jouissant d’une photographie aux températures variées: chaudes à l’intérieur, glacées à l’extérieur. Muschietti montre aussi qu’il n’a pas besoin de bouger sa caméra pour proposer des plans marquants, comme en témoigne celui, fixe, qui montre l’une des gamines jouer innocemment avec quelqu’un en hors-champ, probablement sa sœur. Mais lorsque celle-ci passe dans le couloir à l’arrière-plan, l’on comprend de suite que ce jeu à priori angélique est perpétré par quelqu’un de probablement plus malfaisant… Muschietti s’offre d’autres beaux moments, comme ce flash-back en vue subjective, mettant la pauvre Annabelle à la place d’une meurtrière poursuivie par des autorités en colère dans les bois, le tout finissant par une vertigineuse chute qui nous rappelle les grands huit des fêtes foraines… Techniquement, il n’y a donc aucun reproche à faire à Mama. Le problème, c’est scénaristiquement…

 

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Transformer un film de deux minutes en un d’une-heure-trente n’est pas nécessairement chose aisée et l’on sent bien qu’Andrés et Barbara ont dû se creuser la tête plus de cinq minutes. Il ne s’agit pas ici d’étirer une histoire mais de la créer de toute pièce, de A à Z. Ils se débrouillent plutôt bien au départ, les péripéties de Jeffrey s’enchaînant et proposant un déroulement susceptible de surprendre le spectateur, qui ne sait pas encore à quelle sauce il va être mangé. C’est après que cela se gâte, lorsque les jeunes filles viennent vivre chez leur oncle et Annabelle, le film basculant dans le tout-venant du cinéma horrifique de ces dix dernières années, alignant des poncifs un brin gênants. On pourrait presque penser que les auteurs se sont retapés tous les films de fantômes de cette dernière décennie, qu’ils soient américains, japonais ou espagnols (on pense beaucoup à Fragile de Jaume Balaguero) et s’en sont servi comme base avec la volonté de servir le film le plus classique possible dans le but de le rendre aussi viable que possible commercialement parlant. Car le but avoué de Mama est d’être un film d’horreur grand-public, qui pourra être vu par le plus grand nombre, sans trop déstabiliser le spectateur qui retrouvera ici les figures génériques des films du style. On se tape ainsi l’habituel psychiatre qui se pose des questions sur l’existence du spectre ou la tante acariâtre qui est prête à tout pour récupérer la garde des deux petites. Des intrigues parallèles vues et revues, seulement présentes pour fournir les obligatoires meurtres et pour rajouter quelques pages au scénario. Un film qui donne donc l’impression de ne pas trop se mouiller, de se contenter d’une certaine efficacité, là aussi assez tiède. Mama fait partie de ces films qui font peur mais pas trop, distillant une inquiétude continue mais qui ne feront certainement pas hurler d’effroi l’horror-fan aguerri.

 

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Là où le film marque des points, c’est au niveau de ses thématiques, bien amenées. La maternité est bien évidemment le thème central, incarné par Annabelle, une adulescente peu tentée par l’idée d’avoir à s’occuper de marmots, d’autant que les rapports avec les deux gamines ne sont pas évidents, les petites tenant plus des félins que des gentils petits enfants. Mais la relation va évoluer progressivement, en même temps que la présence de Mama se fait de plus en plus forte, la maman ectoplasmique devenant de plus en plus jalouse de l’amour grandissant que portent les fillettes à Annabelle. La fameuse Mama (incarnée par l’espagnol Javier Botet dont la maladie rare, le syndrome de Safran, en fait un acteur de choix lorsqu’il s’agit d’incarner des monstres, comme dans la saga Rec) est elle aussi intéressante et n’est pas sans rappeler les glorieux monstres de la Universal puisqu’elle est elle aussi assez tragique et non pas diabolique à 100%. La falaise sur laquelle se termine le film n’est d’ailleurs pas sans rappeler les décors des années 30 et nous ne serions pas surpris de voir le monstre de Frankenstein ou un loup-garou passer faire coucou. Muschietti en profite d’ailleurs pour sortir des sentiers battus et s’octroie une fin étonnante, mélange de poésie et de noirceur. Peut-être un peu mélodramatique mais on ne va pas cracher dans la soupe alors que le film sort enfin un peu des rails. Une bonne initiative, malheureusement un peu tardive… Reste que si Mama donne l’impression d’être perfectible et que l’on se serait volontiers passé de certaines scènes (celle de l’appareil photo, vue et revue cent fois), il faut bien admettre que l’on ne s’ennuie pas et que le tout n’est pas plus mauvais que ses modèles. Il a juste le malheur d’arriver après la guerre, sur un champ de bataille que nous avons déjà arpenté des dizaines de fois et qui n’a plus de secrets pour nous. On garde tout de même un œil sur Muschietti, réalisateur prometteur qui nous aura offert un film banal mais bien branlé, un bonbon à l’emballage parfait mais dont on ne connaît que trop le goût…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Andrés Muschietti
  • Scénarisation: Andrés Muschietti, Barbara Muschietti, Neil Cross
  • Production: De Milo et Toma 78
  • Pays: Espagne, Canada
  • Acteurs: Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Daniel Kash
  • Année: 2013

3 comments to Mama

  • Roggy  says:

    Le film est certes très balisé mais il bénéficie d’une bonne interprétation avec des acteurs de haut vol (Jessica Chastaing quand même) et d’un savoir-faire indéniable. On a déjà vu tout ça mais j’ai apprécié la vision qui, sur le fond, me semble originale pour un conte macabre atteignant son paroxysme dans la dernière scène que j’ai trouvé très belle.

  • Roggy  says:

    Tu as raison, tous ces films commencent à se ressembler, surtout en Espagne.

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