L’Enfer des Zombies

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Emmuré dans un récent échec giallesque, d’ores et déjà enterré, Lucio Fulci finira par sortir de sa tombe pour répondre aux cris vaudous qui quémandent son aide. Sortant revigoré des feux du Baron Samedi, le plus italien des morts-vivants va propager la bonne parole à travers les VHS du monde entier et nous convertir à la plus gore des magies noires.

 

1977. Lucio Fulci sort sur les écrans ce qui reste l’un de ses meilleurs films, le très réussi L’Emmurée Vivante, un giallo au psychisme certain qui aurait dû, en théorie, le placer aux cotés de Dario Argento, récemment canonisé comme maître incontesté du genre, ravissant même la place du Dieu Bava. Mais de la théorie à la pratique, il y a des éléments incontrôlables tels la chance ou le hasard. Difficile de savoir lequel des deux il faut maudire et cela importe finalement peu, le résultat restant le même: L’Emmurée Vivante est un échec et reste coincée derrière son mur de brique, ne parvenant pas à toucher autant de spectateurs que prévu. Déchéance pour Fulci, qui ne pouvait malheureusement pas compter sur une filmographie généreuse en succès, la plupart de ses films n’ayant jamais réellement explosé le box-office, la majorité ayant même été découverte quelques années plus tard, lorsqu’il sera devenu une icône de l’horreur méritant que l’on se penche sur ses travaux précédents. C’est donc une traversée du désert que subit Lucio Fulci, un périple qui rétrospectivement semble assez court, quelques mois tout au plus, mais qui lorsqu’on les vit peuvent sembler une éternité, ici symbolisée par des travaux alimentaires offerts par la petite lucarne. Pas franchement ce à quoi peut aspirer le réalisateur, habitué à mieux, même si ce n’était pas toujours dans des conditions optimales, parfois même dans son coin. Mais le cinéma, c’est le cinéma, peu importe les circonstances, on l’a dans le sang. Si Fulci va pouvoir s’offrir une petite transfusion apte à le remettre en selle, c’est suite au désistement d’un autre réalisateur du genre, le bien connu Enzo G. Castellari (des westerns mais aussi La Mort au Large), qui fut appelé par un certain Fabrizio De Angelis, homme clé du bis à l’italienne, scénariste (Zombie Holocaust) ou réalisateur (Killer Crocodile, Cobra Mission) à ses heures mais surtout le producteur d’un bon quart des films bis ritals des années 80 (Les Guerriers du Bronx, Ratman, plusieurs Fulci). L’idée de Fabrizio est simple: il veut surfer sur le succès du Zombie de Romero, qui était en train de faire trembler le petit monde de l’horreur et se forgeait une légende à grands coups de machette dans des cervelles zombifiées. Comme il existait à l’époque un vide juridique concernant les lois sur le copyright, le nabab en profite donc pour mettre en chantier un Zombi 2 qui devrait s’attirer les faveurs des spectateurs, forcément persuadés qu’il s’agit là d’une suite du film de Romero. Mais peu satisfait du cachet proposé et peu emballé à l’idée de verser dans le gore, le Enzo refuse le boulot, forçant De Angelis à chercher un remplaçant. Qui de mieux qu’un Fulci tombé en disgrâce, qui ne demandera donc pas des liasses et sera sans doute plus facilement malléable, voire impressionné ? Fulci accepte d’ailleurs cette proposition qui ne peut-être refusée et qui va changer sa vie et en faire un mythe.

 

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Zombi 2, L’Enfer des Zombies chez nous, Zombie Flesh Eaters en Angleterre ou Australie ou encore Zombie aus USA (ce qui fait un petit jeu de la chaise musicale avec le film de Romero, Dawn of the Dead, qui s’appelle donc Zombie par chez nous), sera l’occasion pour Fulci de retravailler avec Dardano Sacchetti, déjà appelé pour tenir la plume du temps où la série B devait être concoctée par Castellari. Une bonne nouvelle puisque si l’alliance Fulci/Sacchetti n’avait pas permis à L’Emmurée Vivante de rencontrer le succès, elle aura au moins prouvé qu’elle pouvait donner des films très réussis. Les relations entre les deux compères ne sont pas toujours au beau fixe, Fulci ayant à la base vu le scénariste comme un espion à la solde des producteurs, et ils se disputeront régulièrement, mais reste que Fulci accepte de mettre en scène le scénario rédigé pour Castellari. Non sans se plaindre un peu des effets gores que lui non plus ne veut pas tourner, ne sachant pas encore que c’est précisément ces scènes qui construiront son culte. Mais il s’en accommode et n’a de toute façon pas le choix, ignorant que Zombi 2 lui attirera les foudres de celui qui sera pendant longtemps son pire ennemi, le rival Dario Argento, co-producteur du Zombie Romerien, qui n’apprécie pas tellement qu’on vienne mettre les pieds dans ses chaussons et lui ravir la possibilité de faire lui-même une suite, l’existence du film de Lucio Fulci compliquant forcément la sortie d’hypothétiques suites au film de Romero. La guerre sera déclarée durant une bonne dizaine d’années, la hache ne s’enterrant d’elle-même que lorsque les deux réalisateurs se croiseront alors que l’un des deux, Fulci, sera touché par la maladie… Mais l’influence de cet enfer des zombies ne s’arrêtera pas au relationnel et s’étendra jusqu’aux bacs vidéos, et ce durant de nombreuses années. Car Zombi 2 sera un succès incroyable, partout dans le monde, le genre de cassettes que tout le monde achetait, louait, copiait, se prêtait. Quel bisseux vivant dans les années 80 n’a pas vu L’Enfer des Zombies ? Aucun. Et ils l’aimaient tous. Inutile de préciser que les italiens, qui s’étaient lancés dans l’exploitation massive de tous les filons possibles et imaginables, tirant des centaines de ficelles en même temps comme des marionnettistes macabres, ont eu tôt fait de se lancer dans une série « Zombi», dont le premier est donc le film de Romero, qui n’en demandait pas temps. Car si le père des morts-vivants aura dirigé tout seul comme un grand toute une saga de six films qui vont de La Nuit des Morts-Vivants à Survival of the Dead, il faut aussi lui signaler qu’il aura, sans le vouloir (voire sans le savoir), débuté une saga parallèle, qui aura véritablement débuté avec Zombi 2. Suivra Zombi 3, en partie dirigé par Fulci himself, qui subira déjà une sévère chute qualitative mais qui avait le mérite de rester plus ou moins dans les thèmes de la série, ce qui ne durera pas avec les opus suivants. C’est bien simple, aucune des « séquelles » n’a été créée dans le but de venir se joindre aux festivités et entreront dans la danse par la force des choses et surtout des retitrages. On se retrouve donc avec un Afterdeath qui va avoir droit à la mention « Zombie 4 » avant son patronyme pour lui donner une meilleure visibilité, un Killing Birds qui deviendra le cinquième volet, sans doute malgré lui. Ca, c’est pour les « officiels », qui ne le sont déjà pas tant que ça. C’est après que cela devient amusant.

 

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Car vu que le terme « Zombi » peut s’appliquer à tout et n’importe quoi, chacun peut y aller de sa petite collaboration, chaque pays ayant sa série bien à lui ou un ordre qui n’est jamais le même que chez le voisin. Ainsi, les allemands comptent Dawn of The Dead et Le Jour des Morts-Vivants comme les deux premiers de la série, ce qui peut se tenir si on oublie La Nuit, mais viennent coller comme troisième opus le Zombi 3 de Fulci/Mattei/Fragasso ! En Grande-Bretagne, ils se contentent de tout décaler, Zombi 2 devenant Zombie Flesh Eaters, Zombi 3 se changeant en Zombie Flesh Eaters 2 et, comme vous l’imaginez, Zombie 4: Afterdeath devient Zombie Flesh Eaters 3. La Thaïlande fait de même, ajoutant tout de même Killing Birds comme Zombie Flesh Eaters 4. Mais la confusion ne s’arrête pas là et devient carrément folklorique lorsque les distributeurs vont chercher de vieux films de zomblars, sortis avant le Fulci, pour les faire entrer dans la série. On peut donc retrouver des VHS de Panique qui se font appeler Zombi 4 en Grèce, L’avion de l’Apocalypse se mue en Zombi 3 ici et là, Zombie Holocaust porte un masque de Zombie 3 à l’occasion (ce qui est relativement légitime ici, le casting et les décors étant pour ainsi dire les mêmes), l’excellent Living Dead At the Manchester Morgue est lui aussi un Zombi 3 quand l’occasion se présente, Les Orgies Macabres avec Paul Naschy devient Zombie 3: Return of the Zombie, tandis que les galipettes de Jess Franco pour Une Vierge chez les Morts-Vivants devient le Zombie 4, Franco toujours pour le cinquième opus qui reprend son Revenge in the House of Usher, l’Horrible de Joe d’Amato a lui les honneurs d’être le Zombie 6: Monster Hunter, ce qui est rigolo puisque Horrible est censé être une (fausse) suite de son Anthropophagus qui est, lui, le Zombie 7: Grim Reaper. Tout s’inverse et j’espère que vous suivez toujours! Enfin, le merveilleux La Chevauchée des Morts-Vivants du grand Amando de Ossorio est lui le Zombi 8. Et on me souffle dans l’oreillette que pour sa sortie italienne, Les Visiteurs 3 sera Zombi 9 tandis que le tant attendu dixième opus sera, enfin, La Vie d’Adèle. Aucune annonce pour les onze et douze, même si sont pressentis le White Zombie avec Béla Lugosi et Les petits mouchoirs, qui comporte effectivement une horde de zombies en son sein pelliculé.

 

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Tout cela pour vous dire que le Zombi 2 de papa Fulci aura fait des émules et qu’après avoir causé de ses rejetons illégitimes, on va tout de même se pencher sur le film en lui-même. Mais il était tout de même nécessaire, et je l’espère intéressant, de se pencher sur la descendance de ce qui reste certainement le plus gros choc connu par les bisseux lors de l’époque de la VHS. Car il ne faut pas oublier que L’Enfer des Zombies est pour ainsi dire sorti de nulle part, déboulant sur les étagères des videoclubs comme un vieux macchabé sortirait de sa tombe, sans prévenir pour venir nous croquer les paupières. Et bien c’est ce qu’à fait Lucio Fulci, croquer les paupières de ses spectateurs, qui sont restés abasourdis par le spectacle, et si je vous ai parlé des différentes suites non-officieuses, je vous épargnerai la liste, sans doute sans fin, des réalisateurs ayant un jour l’autre fait référence à ce qui n’était pourtant, à la base, une simple resucée du chef d’œuvre de Romero. Oui mais voilà, la copie carbone, pour Fulci c’est non merci. Hors de question de verser dans le zombie « réaliste » et social, d’une part parce que cela peut éviter quelques emmerdes et des doigts inquisiteurs qui ne manqueraient pas de souligner un plagiat, mais aussi parce que cela ne colle pas avec la vision qu’à l’auteur du fantastique. Le crédible, le mathématique, le logique, très peu pour lui, le réalisateur de L’Au-delà préférant se tourner vers la magie, le mystère et l’inconnu. Si Romero plongeait son spectateur dans un monde dévasté où les protagonistes connaissaient déjà tout de la menace rampante, Fulci se la joue homme-mystère, débutant aux origines de l’horreur. Tout commence avec yacht à la dérive qui force les gardes-côtes à monter à bord, découvrant un gros zombie (bon, eux ne savent pas encore que c’est un mort-vivant, bien entendu) qui ne tarde pas à faire un suçon un peu trop profond à l’un des deux gaillards. Après avoir collé quelques prunes à l’indélicat, la police emporte le blessé, qui ne tarde pas à décéder et finira ses jours à la morgue. Une enquête débute et l’on apprend rapidement que le bateau était celui d’un certain Professeur Bowles, disparu depuis un certain temps et que sa fille (Tisa Farrow) cherche désespérément. Aidée d’un journaliste (Ian McCulloch) et d’un couple d’amateurs de plongée (Al Cliver et Auretta Gay), elle va retrouver sa trace sur une île perdue où s’est installé le Dr Ménard (Richard Johnson), qui fait des recherches sur des cas de morts qui se réveillent. Comme le titre l’indique, c’est dans l’enfer des zombies que sont tombés nos protagonistes…

 

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Contrairement à Romero qui mettait la fin du monde sur le dos de l’armée et de l’être humain en général, Fulci préfère se la jouer magique. C’est ainsi des rites vaudous qui font sortir les morts du sol sablonneux et non pas un baril radioactif renversé ou une quelconque invention qui aurait mal tourné, ce qui permet au réalisateur de Frayeurs de revenir aux origines du mythe du non-mort. Une idée salvatrice qui permet à l’italien de s’éloigner du film de Romero, thématiquement, mais également d’un point-de-vue plus terre-à-terre en situant la majorité de son intrigue sur une île à priori paradisiaque, avec son soleil, ses jolis palmiers et sa plage. On quitte donc la grisaille du monde bétonné du vieux George, ce qui permet à Lucio de combattre dans une autre catégorie, ce qui est plutôt malin puisqu’il aurait été assez dangereux de se frotter au film de zombie urbain, Romero ayant déjà réalisé l’indépassable en la matière. Fulci évite la confrontation directe et utilise les chemins de traverses, prenant bien le temps de donner une identité toute personnelle à ce qui ne devait être à la base qu’un vulgaire duplicata. Les rapports entre Zombie et sa prétendue suite s’arrêtent donc au titre, les deux métrages étant même les deux opposés parfaits, tant au niveau de l’ambiance, du message que de la mise en scène. Il est par ailleurs inutile de rappeler que Fulci signe ici l’un de ses meilleurs films, dont tout le monde se souvient pour quelques raisons évidentes, comme le gore, et l’on finit presque par oublier que si le film est si bon, c’est avant toute chose parce que Fulci avait un sens du cadre peu commun. Lister les plans magnifiques qui se trouvent ici serait bien trop long et l’on peut sans honte affirmer que si un roman-photo de Zombi 2 sortait, on passerait sans doute des heures à en contempler les vignettes. Fulci met tout en œuvre pour créer des images qui marquent, y compris pour certaines scènes à priori d’importance mineure, comme lorsque les héros tirent des feux de détresse. Là où ce serait filmé platement, peut-être même par la seconde équipe, chez la plupart des réalisateurs, Fulci soigne au maximum son plan de quelques secondes à peine, montrant une silhouette désabusée masquant un soleil dont on ne perçoit que quelques rayons, finissant par lever mollement le bras pour envoyer la caractéristique fusée rouge, en laquelle le personnage lui-même ne semble pas croire. Anodin à première vue, finalement révélateur du soin apporté par Fulci, qui va transformer une œuvre de commande en œuvre d’art. Chacun aura ses plans favoris, il suffit d’ailleurs de se baisser pour en ramener des brouettes. Comment oublier la venue des zombies lors de la scène de nuit, avec ces gros plans sur ces monstres qui semblent sortir d’un autre-monde ? Comment oublier ce yacht sans vie cachant la mort dans ses entrailles ? Comment oublier la longue marche des morts vers la ville, symbolisant la chute de notre civilisation ? Comment oublier cette silhouette, que l’on devine mourante, dans un village dévasté, seulement traversé par un crabe à l’avant-plan ? Comment oublier le festin que s’autorisent ces morts fraichement déterrés ? On ne peut pas oublier, tout simplement.

 

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Fulci, qui ne sera par ailleurs pas toujours aussi habile, se montre ici plus doué que jamais. Notons par ailleurs que si la production ne devait pas bénéficier d’un budget particulièrement haut, cela ne se voit guère, L’Enfer des Zombies étant aussi beau qu’un film américain plus cossu. La photographie est splendide (merci Sergio Salvati!) et les mouvements de caméras ne trahissent aucune précipitation, qui sera souvent le lot des réalisateurs italiens des années 80. C’est fluide, c’est beau, ce n’est plus seulement du travail d’artisan, cela devient des coups de pinceaux de maître. Fulci peut d’ailleurs compter sur un montage impeccable, qui sert bien ses montées de tensions, comme lorsque nos héros ont la bonne idée de se reposer au beau milieu d’un cimetière planqué dans la jungle ou encore lorsque le docteur doit se résoudre à achever un vieil ami qui commence à se réveiller. Mieux! Même les scènes ridicules sur le papier comme celle du requin (dont Fulci ne voulait pas mais qui fut imposée par les producteurs pour surfer sur le succès des Dents de la Mer) est ici séduisante, car bien foutue et impressionnante, voire même la plus belle scène aquatique du cinoche horrifique. Rien que ça. Bien entendu, si une grande majorité des qualités du film sont imputables à Lucio, il faut aussi reconnaître les talents qui l’entourent, à commencer par Fabio Frizzi, tant il est évident que sa musique participe au charme du film et lui apporte la petite touche de tristesse qui fait la différence et sort Zombi 2 du tout-venant du film de morts-vivants. Car on sent le clavier de notre compositeur pleurer des larmes de sang à chaque note, qui ne collent pas toujours avec le genre horrifique (certaines partitions sonnent furieusement aventureuses et pourraient coller avec un Indiana Jones) mais qui sont toujours belles et restent enregistrées dans nos oreilles pour des siècles et des siècles (amen!). Saluons également les efforts de Dardano Sacchetti (qui malheureusement ne toucha pas grand-chose pour ce film comme il l’a déjà avoué) derrière la machine à écrire, car si son script n’est pas d’une originalité débordante, il a le mérite d’être parfaitement structuré, d’avoir des personnages plus intéressants que la moyenne (même s’ils sont tous un peu effacés) et de bien utiliser le vaudou, qui reste ici une menace invisible, dont on ne fait qu’entendre les tambours au loin. Un mystère bienvenu qui ne fait qu’accroitre la sensation d’oppression voilée qui hante les lieux, comme si une force supérieure régnait sur cette île maudite. Fulci et son scénariste n’expliquent d’ailleurs rien, ou pas grand-chose, et se gardent bien de montrer le pourquoi du comment. Et vous savez quoi ? C’est tant mieux. Les cauchemars ne s’embarrassent pas d’explications.

 

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Et comme s’ils avaient conscience qu’ils jouent dans un futur grand film, les acteurs se montrent ici plus concernés que dans la plupart des bisseries qu’ils tourneront ensuite. C’est particulièrement flagrant chez Ian McCulloch qui est aussi à l’affiche de Zombie Holocaust, tourné juste après Zombi 2 et dans les mêmes lieux, tant que les cendres étaient encore chaudes. L’acteur anglais est effectivement à son aise dans le Fulci alors qu’il n’en avait clairement rien à foutre dans sa pâle photocopie, qui ne variait que par l’ajout de cannibales. Tisa Farrow (Anthropophagus) ne se débrouille pas mal non plus, tout comme le plus taiseux Al Cliver (habitué de Fulci, revu dans L’Au-delà et Le Chat Noir). Bon point également pour Richard Johnson, ici fiévreux et à deux doigt du désespoir (de la gâchette ?). Notons également la présence de Dakar, le Sid Haig black, qui reviendra lui aussi dans Zombie Holocaust et qui était une petite gueule du bis, décédée voilà dix ans. Reste que tout ce beau monde ne va pas être épargné par le sadisme de Fulci, qui a beau rechigner à faire du gore mais va tout de même y aller franco, le dos de la cuiller restant intact avec lui tandis que les fourchettes ont les dents limées. On retrouve donc des gorges ouvertes, des crânes qui s’ouvrent comme des noix de coco (notez que c’en est sans doute pour le besoin des effets), des morceaux de bras qui partent ou encore le classique coup de l’écharde dans l’œil, qui reste toujours aussi difficile à regarder pour votre serviteur qui n’aime pas trop qu’on attaque les orbites. Fulci n’oublie par ailleurs jamais qu’il est là pour faire un film d’exploitation, proposant à ses actrices de se dénuder devant sa caméra complice, qui les filmera bien évidemment sous toutes les coutures. Et il apportera encore plus de soin à ses zombies, qui ne sont pas de vulgaires cadavres qui se remettent en marche mais de véritables fantômes du passé, des êtres vides qui semblent avoir vus l’enfer. Chacun à son petit aspect bien à lui, son look perso, et s’ils sont inégaux, ils ont tous le mérite d’être mémorables et parmi les plus beaux du genre. Mais dites-moi, mon bon Rigs, vous n’avez donc rien à reprocher au film qui relança Fulci ?

 

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A vrai dire, je n’ai pas toujours été aussi tendre avec L’Enfer des Zombies, que j’avais découvert au mauvais moment. Trop jeune pour en saisir les subtilités, trop vieux pour être impressionné par le spectacle et faire jouer la nostalgie, j’en attendais en outre beaucoup trop, hameçonné que j’étais par des fans de Fulci qui ne juraient que par lui et se moquaient du rival Romero, que j’adulais pour son Zombie, qui fait partie des œuvres à avoir changé ma vision du cinéma. Autant dire que les attentes incroyables que j’avais pouvaient mal d’être satisfaites, c’était tout simplement perdu d’avance puisque l’on m’avait vendu l’impossible. On me vantait la sempiternelle « poésie macabre » à laquelle je n’ai jamais pleinement adhéré concernant Fulci (disons que c’est par petits coups) et je m’attendais à un film dans la veine de Suspiria. J’ai donc été déçu et j’ai laissé le film se reposer, le temps de laisser ma cinéphilie grandir, vagabonder, et tester des saveurs diverses et variées qui m’auront permises de revenir à ce classique, à ce rendez-vous manqué. Dix ans plus tard, je ne vois effectivement aucun défaut gênant. Il y a pourtant des couacs ça et là: le traitement du son est perfectible, notamment lors des scènes avec montage alterné, les musiques partant et revenant ce qui donne un aspect un peu cheap, les zombies ont aussi parfois des maquillages pas terribles, à commencer par le zombie obèse du début qui est juste recouvert d’argile. Et puis les personnages, surtout féminins, ont des manières de crier qui peuvent aussi porter à sourire. Mais vous savez quoi ? Ce n’est jamais gênant. Je vais même plus loin, ces défauts sont bienvenus. Ils sont bienvenus car ils permettent à Zombi 2, malgré ses qualités artistiques d’un autre-monde, de rester proche nous, de garder un coté humain justement apporté par ces imperfections, rédhibitoires pour le commun des mortels, mais qui sont de juteux bonbons pour le bisseux. Car cela lui rappelle que ces films étaient finalement faits pour lui par des gens comme lui, qu’ils ont été empaquetés avec amour et envoyés sur les rayons des vidéoclubs par les créateurs eux-mêmes, dans une ambiance artisanale et non pas industrielle. C’est bien évidemment illusoire et naïf, mais c’est ainsi que nous percevions le genre dans notre enfance, et c’est pour retrouver ce sentiment de voir autre-chose que des produits préfabriqués, prémâchés et préchiés que nous replongeons avec le sourire aux lèvres dans ces œuvres pelliculées, et non numérisées, avec l’espoir d’y retrouver leurs qualités, mais aussi leurs défauts. Et en ça, le film de Lucio Fulci est le parfait représentant du cinéma bis, comme une version raccourcie de tout un pan d’un certain cinéma, à la limite de l’underground, où l’on peut y trouver des œuvres aussi poétiques que ridicules, aussi belles que laides, aux déflagrations constantes, preuves d’une liberté jamais remise en question. Alors L’Enfer des Zombies n’est peut-être pas le meilleur film de son genre, cela c’est à chacun de le décider, mais c’est certainement celui qui représente le mieux ce que nous aimons, qui parvient à allier le plaisir immédiat (le gore, la nudité) à la liberté de ton qui nous est si chère (la mélancolie, le pessimisme du récit).

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lucio Fulci
  • Scénarisation: Dardano Sachetti, Elisa Briganti
  • Titre original: Zombi 2 (Italie)
  • Production: Fabrizio De Angelis
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Ian McCulloch, Tisa Farrow, Al Cliver, Richard Johnson
  • Année: 1979

5 comments to L’Enfer des Zombies

  • Roggy  says:

    Je pense que formellement, je préfère le « Zombie » de Roméro. Mais, je suis d’accord avec ton analyse poussée et exhaustive de ce film que j’aime bien malgré tout pour toutes les raisons que tu cites. Il me rappelle « l’avion de l’apocalypse » dans le même genre.

  • Roggy  says:

    Et puis, il y a tout le côté politique dans le Romero qui rehausse encore plus le film.

  • Dirty Max 666  says:

    T’envoies du lourd, Rigs ! Ton historique des fausses séquelles du Fulci m’a franchement épaté. Et pourtant, le titre « Zombie » a tellement été utilisé à tort et à travers, qu’il est bien difficile d’y retrouver ses petits… Chapeau, donc. Une petite précision cependant : le récent « Barbecue of the dead » avec Lambert Wilson est devenu « Zombi 10 : grillade apocalypse » en Italie. Ça se complique !

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