La Main de la Momie

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Les bandelettes, ça conserve. Alors lorsque son sarcophage s’ouvre enfin après des centaines et des centaines d’années, la momie se sent bien dans sa peau effritée et peut commencer à mettre en œuvre la malédiction des Pharaons. C’est que c’est travailleur, ces bêtes-là.

 

Sans être le pionnier du genre, le La Momie (1932) de Karl Freund aura largement contribué à rendre le monstre égyptien populaire, lui donnant une place de choix au panthéon des monstres classiques, ceux de la Universal tout d’abord mais qui formeront avec le temps le bestiaire exemplaire puisque réunissant tout le gratin de la monstruosité (manque juste le docteur Jekyll/Hyde, sur lequel la Universal ne se pencha pas, les droits appartenant à la Warner). Si les momies de toute l’Egypte peuvent donc continuer à sortir de leurs sarcophages, que ce soit sous la direction de la Hammer (La Malédiction des Pharaons), de Paul Naschy (La venganza de la momia, qu’il scénarise et incarne) ou dans diverses séries B des années 80 (Dawn of the Mummy), c’est plus grâce au succès de Freund qu’à l’allemand et muet Les Yeux de la Momie, sorti en 1918. Reste que si le Boris Karloff momifié aura rapporté gros à la Universal, cette dernière aura pris son temps pour retourner dans le désert et ses pyramides. La faute a un déclin temporaire de l’épouvante dans les années 30, le genre ne repartant véritablement qu’au début des années 40, qui entament le deuxième cycle de la Universal, celui qu’on pourrait désigner comme celui de la série B. Car si les films de l’époque gardent toujours un charme certain, on sent également qu’ils étaient un peu moins pris au sérieux, voire produits à la chaîne. Il ne faudra d’ailleurs pas attendre bien longtemps pour que la Universal fasse monter ses créatures sur un ring de boxe pour qu’ils s’en mettent plein la tronche joyeusement, preuve que leurs aventures en solo attiraient moins de monde que dix ans auparavant. La Main de la Momie pourrait être considéré comme le premier, ou en tout cas l’un des premiers, film à amener Universal dans une direction peut-être un peu plus « campy », moins macabre, dont le but n’est plus vraiment d’effrayer mais plutôt de divertir un max.

 

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Sorti en 1940, The Mummy’s Hand est réalisé par Christy Cabanne, qui est bien évidemment moins connu que James Whale ou Tod Browning mais a le mérite d’être l’un des réalisateurs les plus prolifiques ayant existé. Il a débuté sa carrière en 1911 et l’a poursuivie jusqu’aux années 50 (bon, son dernier date de 1948 pour être précis). Pour son incursion dans la mythologie égyptienne, le réalisateur se voit offrir la possibilité de réaliser un reboot, puisque l’on change ici de momie, Imhotep ne revenant pas d’entre les morts, préférant laisser sa place à son cousin Kharis, qui sera plus prolifique que lui puisque héros de quatre films. Notez que si c’est ici Tom Tyler (un acteur de westerns) qui incarne le zombie bandé, Kharis sera par la suite incarnée par Lon Chaney Jr. Oui, le loup-garou et fils du grand Lon Chaney jouera la momie à trois reprises, dans The Mummy’s Tomb, The Mummy’s Ghost et The Mummy’s Curse, preuve que l’horreur exotique plaisait aux spectateurs et pouvait rapporter gros. Ce premier film est donc l’occasion de faire connaissance avec l’un des monstres les plus récurrents de la Universal, une sorte de « Kharis Origins » comme il serait appelé de nos jours. A vrai dire, l’histoire est tout ce qu’il y a de plus classique pour un film de momie: deux archéologues ont pour intention de découvrir la tombe d’une princesse mais ils vont surtout s’attirer les foudres d’un prêtre (George Zucco, qui jouera dans la plupart des suites) et de sa momie, gardiens des lieux. Mais le prêtre a de la suite dans les idées et compte bien profiter de son pantin momifié pour capturer la fille d’un magicien qui accompagne les archéologues, notre curé des sables étant tombé raide dingue de la demoiselle. Il compte donc lui donner la vie éternelle pour qu’elle l’accompagne dans leur sinistre temple, jusqu’à la fin des temps…

 

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Kharis n’est donc pas une momie comme Imhotep, qui était magicien et surtout doué d’intelligence. Il parlait, mentait, complotait. Kharis, lui, n’est jamais qu’un jouet dans les mains du prêtre, un vulgaire golem qui tue lorsque l’on lui ordonne, ne se posant guère de questions, son cerveau ayant probablement été mangé par les vers et les scorpions depuis belle lurette. La mélancolie et le coté dramatique d’Imhotep disparaît donc pour laisser place à un monstre qui préfigure presque des titans du slasher que sont Michael Myers et Jason Voorhees, eux aussi invincibles et pas du genre à se poser des milliers de questions. L’implication émotionnelle est donc bien moindre ici, tout comme le coté un brin oppressant et sinistre du premier film s’évapore pour laisser place à ce qui tient plus de l’aventure que de l’horreur. On a donc des bagarres dans un bar, des coups de feu, des poings dans la gueule et, surtout, pas mal d’humour. Car l’aspect plus psychologique et intelligent du film de Karl Freund laisse la place à des gags, souvent amenés par l’un des archéologues et le magicien, qui se font des tours de magies qui tournent systématiquement à la gaudriole. Autant dire que les fans du premier film seront sans doute bien déçus par cette horreur plus soft, moins prenante, qui ne joue plus tant que cela sur l’ambiance. Les autres seront par contre heureux de tomber sur un film plus dynamique, le rythme assez lancinant de l’original s’emballant ici, ce qui est paradoxal puisque la momie est bien moins présente et ne se réveille que vingt minutes avant la fin, ce qui ne lui laisse plus beaucoup de temps pour commettre ses méfaits. On peut par ailleurs considérer comme dommage que ce soit l’aspect humoristique du métrage qui soit mis en avant pour patienter jusque-là puisque, de toute évidence, un bisseux qui s’engage dans un film de momie le fait pour voir des momies, pas des tours de magie bon marché…

 

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Mais ce que le film peut perdre en psychologie et en épouvante pure et dure, il le compense en jouant la carte du film de momie classique. La Momie version Karloff n’était effectivement pas un film typique du genre, on peut même dire que c’était le plus original des films de momies (ce qui est toujours surprenant lorsqu’il s’agit de celui qui a lancé la mouvance). La Main de la Momie est lui beaucoup plus classique, ce qui signifie aussi qu’il aura plus de chances de satisfaire les amateurs de l’horreur à l’égyptienne. D’une part parce qu’on voit beaucoup plus la momie (Karloff n’était en momie que dans la scène d’ouverture dans le premier film) mais aussi parce que les décors sont beaucoup plus en accord avec ce que l’on peut espérer de pareille production. Le film de Freund se passait principalement en ville et seuls le début et les flashbacks nous dépaysaient véritablement en nous envoyant dans des temples et lieux maudits. Cette nouvelle version est plus généreuse de ce coté et privilégie les décors grandiloquents des temples, avec leurs statues géantes de chacals et autres sarcophages. De ce coté, le film est une réussite très nette et c’est un plaisir évident de reluquer de pareilles constructions. C’est là le point fort de The Mummy’s Hand, qui par ailleurs se permet de réutiliser quelques scènes tournées par Freund, réutilisant les flashbacks du film de 1932 en se contentant de remplacer Karloff par Tom Tyler. L’occasion de noter un fait amusant: dans le premier opus, on pouvait assister à la scène où des hommes creusant une tombe se font transpercer par des lances, sans doute l’un des premiers plans gores de l’histoire. Et bien si la scène est ici reprise à l’identique, ce plan de la lance passant au travers de la poitrine a tout simplement été retiré. Ce qui prouve que la censure commençait à s’implanter doucement et que l’on aurait bien tort de penser qu’il était plus facile de montrer du gore en 1940 qu’en 1932…

 

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Il n’y a finalement pas beaucoup plus à dire sur La Main de la Momie, qui est une œuvre plutôt générique mais qui aura le mérite de vous détendre sans trop de problèmes. Pas un grand film, nettement moins bon que la version Karloff, nottament au niveau du maquillage qui n’aura pas eu l’honneur d’être créé par Jack Pierce et est ici un simple masque, mais une petite série B d’époque et qui ne manque pas de charme. On peut par ailleurs apprécier le coté plus aventureux de l’histoire, qui servira sans doute d’exemple pour la version Stephen Sommers (qui, il est vrai, piochait aussi dans le film de Freund) et rejoint plutôt les serials dont Stephen Spielberg s’inspirera pour ses Indiana Jones. C’est en tout cas un divertissement agréable, à la première partie sans doute un peu longue, mais qui se réveille efficacement par la suite et déploie des paysages qui représentent tout ce que l’on peut attendre de pareille œuvre. C’est déjà pas mal…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Christy Cabanne
  • Scénarisation: Griffin Jay, Maxwell Shane
  • Titre original: The Mummy’s Hand
  • Production: Ben Pivar pour la Universal
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dick Foran, George Zucco, Peggy Moran, Wallace Ford
  • Année: 1940

3 comments to La Main de la Momie

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas ce film qui ressemble à la version avec Boris Karloff. Il y a pas mal de films de momie dans l’histoire du cinéma. Pour ma part, j’aime bien « Dans les griffes de la momie » de John Gilling.

  • Roggy  says:

    Tu as raison, « la malédiction des pharaons » est bien meilleur. Terence Fisher est un grand réal.

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