Ninja Scroll

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C’est un coup de sabre régulier, qui vient laminer nos chairs tous les cinq ans environs. Une simple rumeur, mais qui parvient à émoustiller bien des bisseux amateurs d’animation japonaise. Et elle est revenue dernièrement, cette rumeur de suite de Ninja Scroll, ce qui est surtout l’occasion de se pencher sur le premier, qui reste donc l’unique en attendant. Un véritable chef d’œuvre de l’animation comme on n’en fait que trop rarement…

 

Amusant de constater qu’un film d’animation made in Japan, certes populaire, sorti en 1993 continue d’exciter les foules au point que l’annonce d’une suite revienne sur le tapis aussi régulièrement. Rien de très probant à chaque fois, juste une vague rumeur, un chuchotement entre deux bambous, fait pour foutre notre cerveau en ébullition et faire battre notre petit cœur à cent à l’heure. Une possibilité rendue crédible par les américains, qui vouent un véritable culte à Yoshiaki Kawajiri, génie à l’origine de Ninja Scroll, qui est perçu au pays de l’oncle Sam comme un véritable équivalent à Miyazaki. Mais une version plus « bis », versant plus volontiers dans le cinéma d’exploitation que dans la poésie écologique. Car ses œuvres, comme Goku the Midnight Eye, Cyber City, Wicked City, Demon City ou encore Vampire Hunter D Bloodlust sont toutes des classiques de l’action animée, versant volontiers dans l’horreur, le fantastique ou la science-fiction selon les envies, mélangeant même un peu tout cela à la fois lorsque l’occasion s’en mêle. Le dynamisme de sa réalisation allié aux déversements gores et érotiques dont il fait souvent preuve (à ce niveau, Wicked City ne se retient pas) ont vite fait d’en faire un gros vendeur de VHS, puis de DVD, ce qui est bien légitime vu l’excellence de sa carrière. On retirera juste un Highlander un peu mou du bulbe et bien loin de ce tonitruant Ninja Scroll, qui est sans doute le film animé d’action parfait. Inspiré d’une série de nouvelles écrites par Futaro Yamada, spécialiste des ninjas dont l’œuvre sera adaptée à de multiples occasions, notamment pour le manga Basilisk, qui aura eu droit à une série animée (que je recommande également) qui est par ailleurs très proche dans l’esprit du film de Kawajiri, qui de son coté ajoutera un héros du nom de Jubei, inspiré d’un samouraï du même nom ayant réellement existé et considéré comme une fine lame, voire la meilleur de tous les temps. Alors si vous n’avez rien contre les passes d’armes et les beaux dessins, suivez le guide…

 

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Japon, il y a des chiées d’années. Un village est ravagé par une épidémie, ce qui fait tiquer le clan ninja Koga, qui part sur les lieux pour enquêter. Mais une fois sur place, ils sont décimés par deux hommes utilisant des pouvoirs étranges. La seule rescapée est Kagero, une jolie ninja qui est faite prisonnière par l’un des deux monstres, qui l’emporte avec elle pour la violer. Mais leur lune de miel forcée est stoppée dans son élan par Jubei, un sabreur vagabond qui passe par là et sauve la demoiselle. Grave erreur, car l’homme est désormais la proie des 8 Démons de Kimon, qui n’apprécient guère que l’on s’en prenne à leur clan. Jubei est également piégé par Dakuan, un vieil espion malin comme un singe, qui l’empoisonne et le force à l’aider dans sa lutte contre les fameux démons. Et si Jubei refuse, il sera tué par le poison dans les 24 heures. Si les démons n’ont pas déjà mis la main sur lui avant cela… Deux équipes vont dès lors s’affronter, celle de Jubei, composée de lui-même, Dakuan et Kagero, et celle des huit démons, aussi dangereux que rusés… Un scénario d’une apparente simplicité mais qui ne se résume pas à un simple affrontement brutal, une dimension stratégique pointant assez rapidement le bout de son nez dans le récit. Si Kawajiri est conscient que c’est avant tout le coté visuel qui pourra faire de son Ninja Scroll un classique, il ne bâcle pas pour autant le script (qui est de lui) et soigne son monde, quitte à perdre un peu le spectateur qui peut se sentir noyé dans tous ces noms de personnages (qu’on ne voit parfois jamais du film). Une épaisseur qui n’est pas d’une utilité flagrante puisque n’apportant pas de réel changement sur le déroulement de l’histoire mais qui a le mérite de rendre crédible l’histoire, prouvant qu’un film aux ambitions plutôt rustres est capable de se montrer plus fin et profond lorsqu’il le veut bien. Et maintenant que le coté intelligent est placé, on peut désormais plonger de plein pied dans les éléments qui nous intéressent, ceux qui sont putain de fun.

 

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Le succès de Ninja Scroll tient principalement au mariage de trois éléments qui ont tendance à séduire les fantasticophiles de tous poils: l’action, le gore et l’érotisme. Et jamais cette sainte trinité n’aura été aussi bien mise en valeur, en tout cas sous une forme animée, Kawajiri nous conviant à une vraie tornade pour les sens, qui vont s’affoler. Le sang et le sexe se mêlent ici sans cesse, la mort pouvant surgir de l’amour autant que d’une lame aiguisée. Commençons par l’action, pétaradante et revenant à intervalles réguliers, il ne se passe d’ailleurs guère plus de cinq minutes sans que la lueur d’un sabre ne vienne scinder l’écran en deux. Des combats généralement courts, ne dépassant guère une minute ou deux (exception faite du dernier, bien entendu plus étiré) mais qui sont tout simplement parfaits. Des chorégraphies pensées au millimètre près et qui ont pour intention de varier les plaisirs, les affrontements en question ne se ressemblant jamais, grâce aux pouvoirs des différents personnages (j’y reviendrai). L’animation étant en prime parfaite, autant vous dire que vous avez ici un bel exemple de ce que peut donner un film de sabre animé lorsqu’il est placé dans de bonnes mains… C’est rapide, fluide, violent, en un seul mot: tranchant. Et découle de tout cela du gore qui ne fait pas semblant d’être méchant, les innocents se faisant arracher les bras, coudre la bouche et les yeux, tranchés en deux, quand ce n’est pas la peste qui vient éliminer tout un village, enfants compris. Kawajiri n’épargne personne et lorsque quelqu’un meurt, c’est rarement de manière glamour, ce qui est bien normal pour ces satanés démons de Kimon qui méritent bien quelques morts gratinées, comme avoir le corps troué par des guêpes par exemple. Bien évidemment, on peut toujours trouver plus méchant que Ninja Scroll, qui n’a jamais l’intention de sacrifier son coté divertissant sur l’autel du cradingue ou du malsain, Kawajiri désirant tout de même garder un certain équilibre. Il l’a trouvé, son chef d’œuvre étant suffisamment gore pour déranger mais pas assez pour nous écœurer.

 

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Quant à l’aspect sexuel, il est ici aussi assez frontal, les corps dénudés des demoiselles ninjas ne se faisant certainement pas rares ici, à commencer par celui de la jolie Kagero, qui en voit des vertes et des pas mûres. Le coté érotique est généralement lié à des séquences chocs qui n’y vont pas avec le dos de la cuiller, comme le viol entamé de Kagero ou encore les pouvoirs de Shijima, ninja des ombres qui peut contrôler les demoiselles… en leur insérant sa salive dans le sexe! Et, bien entendu, c’est la pauvre Kagero, décidément bien malchanceuse, qui en fera encore les frais. Mais tout ceci ne veut pas dire que Kawajiri est un sans cœur puisqu’il nous offre également quelques moments de tendresse via l’histoire d’amour qui se dessine peu à peu entre Jubei et Kagero, débutant dans la haine et la méfiance pour finir dans le respect et la camaraderie teintée d’attirance sexuelle. Des scènes qui sont réussies parce que les héros le sont aussi, Jubei en premier lieu. Il fait un très bon héros, qui mêle désinvolture et sérieux, un homme capable d’une grande fureur mais également d’une grande bonté, un peu comme Spike Spiegel de Cowboy Bebop, les deux personnages partageant en prime le même doubleur japonais. Un personnage complet et très agréable, qui perdra beaucoup de son charme dans la mauvaise série animée qui découlera du film, Ninja Scroll: The Series, qui se contentera de le faire passer pour un simple rônin mutique et courageux. Mais ce héros à la lame affutée n’est pas nécessairement le personnage le plus mémorable du film, tous les regards se portant sur Kagero. Principalement masculins, les regards, il faut bien l’avouer. Mais difficile de ne pas apprécier ce personnage au destin tragique. En effet, tout son corps est empoisonné, ce qui en fait une arme redoutable (ses ennemis ont tendance à vouloir coucher avec elle) mais qui l’empêche également d’avoir une relation amoureuse. Un bien beau personnage, aux capacités retrouvables dans Basilisk mais avec moins de charme.

 

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Les méchants ne sont pas en reste et constituent en fait l’attraction principale. Qui a vu un Kawajiri sait que le japonais aime créer une troupe de badguys aux pouvoirs différents. C’est ici le cas, à la puissance 8 puisque chacun des Kimon possède une aptitude originale, en plus d’un look qui le différencie des autres. On retrouve donc Tessai le géant changeant son corps en pierre et utilisant une double-lame dont il se sert comme d’un boomerang, Yûrinmaru le précieux qui utilise un fil qui électrocute ses ennemis, Benisato dont les tatouages et les seins rebondis cachent des serpents, Zakuro l’experte en explosif, Mushizo dont le corps est en fait une ruche remplie de guêpes, Mujuru le samouraï aveugle et, enfin mon petit favori,  Shijima le ninja se fondant dans les ombres et utilisant une main griffue et mécanique. N’oublions pas Genma, le chef de tout ce beau monde, un pervers immortel, jadis décapité par Jubei et qui revient avec un bras métallique. Une belle bande de sadiques, aussi violents que malins. Un peu comme Dakuan, le vieil espion qui tient Jubei par la barbichette grâce au poison qu’il lui a inoculé et qui se trouve être un fourbe de première catégorie. Ce qui correspond bien au monde ici dépeint, en apparence calme mais qui cache bien des dangers, chaque coin d’ombre pouvant masquer un ninja ennemi prêt à vous sauter à la gorge. Il y a donc une ambiance oppressante dans Ninja Scroll, le danger semblant constant, la perfidie prête à frapper à tout coin de bois. Les décors sont bien entendu très beaux et la tristesse est inévitable lorsque l’on quitte cette univers, certes létal mais également si séduisant. Autant vous dire que si vous aimez l’animation à tendance énergique, vous ne pouvez pas passer à coté de ce Ninja Scroll véritablement PAR-FAIT. Et si vous n’aimez pas l’animation japonaise et bien voilà une bonne occasion de changer d’avis et vous réconcilier avec elle. Tout simplement indispensable.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Yoshiaki Kawajiri
  • Scénarisation: Yoshiaki Kawajiri
  • Titre original: Jûbei Ninpûchô (Japon)
  • Production: Madhouse
  • Pays: Japon
  • Voxographie (Jap): Koichi Yamadera, Emi Shinohara, Takeshi Aono
  • Année: 1993

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