Réincarnations

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« Mort et enterré », voilà un terme qui colle bien au film Dead an Buried, Réincarnations en France, qui est difficilement trouvable en DVD, édité il y a quelques années, vite fait mal fait. Mais heureusement, les américains de Blue Underground pensent à nous et permettent au film de sortir de terre…

 

Dan O’Bannon fait partie de ces légendes du fantastique peu connues du grand public mais qui aura toujours une place de choix dans le cœur des fantasticophiles. Il est pourtant difficile d’avoir une idée précise du rôle qu’il a pu tenir sur les films sur lesquels il est crédité. Officiellement, il les a écrits, officieusement, il n’en est rien. C’est en tout cas ce qu’annonçait l’homme avant sa mort, laissant sous-entendre qu’il n’était que consultant sur certains d’entre eux. Si l’on est sûr de sa présence sur Alien ou Le Retour des Morts-Vivants, qu’il a également réalisé dans le cas du second, le reste semble être surtout constitué de participations amicales, à quelques exceptions près… Le cas Dead and Buried fait clairement partie de la catégorie sur lesquels il n’a pour ainsi dire rien fait, rendant surtout service à son ami Ronald Shusett (co-scénariste sur Alien), l’apposition du nom « O’Bannon » permettant d’annoncer sur l’affiche la réunion du duo qui créa Ripley et les extra-terrestres noirs à deux bouches et rassurer les financiers. Le travail d’O’Bannon est donc réduit à un œil lancé sur le scénario de son ami et deux ou trois conseils, sans doute avisés. Mais si la confection du scénario semble sujette à diverses histoires, que dire de la création du film en lui-même, qui passa de mains en mains, de studios en studios, de propriétaires en propriétaires, chacun donnant son avis au passage. Difficile de garder un film sur de bons rails dans ces conditions, le risque de voir l’œuvre d’origine dénaturée par trop de regards différents étant imaginable. Et c’est ce qu’il s’est passé, d’ailleurs, certains producteurs ordonnant au réalisateur Gary A. Sherman (Raw Meat, Poltergeist III) de rajouter des plans sanglants, histoire de toucher le public avide de gore, désormais habitué à la chose par les Vendredi 13 et autres slashers jouant de la hache. Le réalisateur s’exécute, de peur d’être remplacé, mais soyez rassurés, ces quelques inserts ne changent guère un film… diffèrent.

 

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Dan Gillis est un sheriff malchanceux. Alors qu’il vit dans la paisible petite ville de Potter’s Bluff, un véritable havre de paix dans laquelle il séjourne pour profiter de son calme, les lieux croulent sous les morts violentes. Un photographe est brulé vif, un pêcheur se fait lacérer le visage, une autostoppeuse se fait écraser la face par une pierre,… Une belle série de déçès que Dan aimerait voir s’arrêter au plus vite. Mais ce qu’il ignore, c’est que les coupables de ces atrocités ne sont autres que les habitants de Potter’s Puff en personne… Et encore plus étonnant, leurs victimes semblent revenir à la vie pour se mélanger parmi la population locale, comme si de rien n’était. Difficile d’en dire plus sur un scénario qui mise beaucoup sur son mystère et ses révélations finales sans gâcher le plaisir que suscitera la vision du film. Mais ce que l’on peut dire, c’est que Dead and Buried (nom désormais plus utilisé que Réincarnations, son titre français) est un film singulier dans le paysage horrifique. Surtout dans le sous-genre du film de zombies, très codifié, le long-métrage de Sherman revenant aux sources du mythe via les rites vaudou. Visuellement, les morts sont également bien éloignés de ceux que l’on croise chez Romero ou Fulci, car gardant une enveloppe corporelle classique, comme s’ils avaient été toujours vivants, et abandonnant donc leurs teints blafards et les vilains asticots qui sortent de leurs oreilles. De là à dire qu’ils sont plus présentables et que vous pourriez les inviter à diner, il n’y a qu’un pas que l’on se gardera bien de faire…

 

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Dead and Buried s’efforce de plonger le spectateur dans un spectacle singulier, aux ambiances différentes de ce qu’il a l’habitude de voir. Plutôt que de proposer un ride en train fantôme comme beaucoup de films d’horreur de l’époque, cette petite série B de 1981 préfère privilégier l’atmosphère et les sentiments. Pas de peur panique ici, de jump scares à foison, mais un monde étrangement déplaisant, qui met mal à l’aise. Le film donne le ton d’emblée, avec un écran-titre présentant une photo en noir et blanc de Potter’s Bluff, immobile, seulement animée par une musique certes inquiétante, mais surtout mélancolique. Mais de la tristesse on passe à la décontraction avec ce photographe qui prend des clichés de la plage avant de tomber sur une jolie jeune fille, les deux inconnus entamant un jeu de séduction à la lumière des flashs de l’appareil. Une belle amourette semble commencer, sans qu’une ombre n’apparaisse au tableau, car rien ne se passe. Puis, soudainement, les villageois apparaissent dans le cadre et se mettent à passer le photographe à tabac, le tout sous l’œil complice de la jeune fille. Le pauvre homme est attaché à un arbre et aspergé d’essence. La suite, vous la devinez, elle sent le cramé. Une cassure constante dans le film, qui semble passer du calme à la tempête en un claquement de doigts. Sous ses airs de paradis sur Terre, la petite ville de Potter’s Bluff est donc du genre meurtrière, et c’est une chance qu’elle dispose d’une bonne morgue et du médecin-légiste William Dobbs, qui aidera Dan dans son enquête.

 

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Dead and Buried fait partie de ces films reconnus pour leur scénario, la réalisation étant assez classique. Pas mauvaise, Sherman réussissant même sans mal à imposer une atmosphère mortifère, qui rappelle nettement plus le cinéma européen que l’américain (il y a du Wicker Man là-dedans). Mais ce n’est pas l’aspect visuel qui marquera, malgré une photo très froide, automnale, mais bel et bien l’histoire et les thèmes développés. La morgue semble au centre de tout le mystère, le vieux Dobbs (Jack Albertson, mort peu de temps après le tournage) étant des plus étranges, se considérant avant tout comme un artiste, du corps et de la mort. Un point de vue assez poétique, qui enveloppe le film et le spectateur durablement. Car c’est ici une bobine qui reste dans les esprits bien après la vision, le voyage à Potter’s Bluff rappelant un peu les épisodes de La Quatrième Dimension, avec leur chute forcément marquante. Dead and Buried rappelle d’ailleurs que le twist final n’a pas été inventé dans les années 90 et était déjà bien rôdé en 1981. Un twist douloureux parfaitement rendu par l’acteur James Farentino, interprète d’un Dan qui plie peu à peu face aux évènements et à la dure vérité, voyant le monde qui était le sien s’effondrer pour laisser transparaître toute sa laideur. A la limite de la folie, il s’aperçoit que son univers, Potter’s Bluff, avait une couche de vernis qui une fois effritée laisse voir la supercherie. Un peu comme les pompes funèbres, qui tentent de donner un visage vivant à quelqu’un qui ne l’est plus, le tout sous les mains de Stan Wiston, le roi du maquillage, à l’époque encore débutant mais qui nous offre une marquante séquence de fardage d’une femme complètement défiguré…

 

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Il y a des films qui vous paraissent meilleurs une fois finis que lors de leur vision. Dead and Buried en fait partie. Est-ce parce que l’histoire ne montre toute sa richesse qu’une fois terminée ou parce que le film souffre de quelques baisses de rythme ? Sans doute un peu des deux, le deuxième point empêchant malgré tout au film d’accéder au rang de classique définitif. Mais il peut au moins se targuer d’être une petite péloche définitivement marquante et singulière, ce qui est déjà beaucoup. On parle d’ailleurs assez souvent de poésie macabre pour les films de Lucio Fulci, une appellation qui sied parfaitement à Dead and Buried. Et puis, c’est l’occasion de revoir Robert Englund dans un autre rôle que celui du brûlé griffu. Heureusement que Blue Underground a pensé aux francophones en incluant des sous-titres français, permettant de revoir cette bande hautement estimable et qui ne mérite pas une vision, mais plutôt deux, sans compter celles qui ne manqueront pas de suivre. Un peu comme le Trauma de Dan Curtis, voilà un film qui ne dévoile sa grandeur que lorsque nous en somme au sommet, nous prouvant que si l’ascension était difficile, le jeu en valait clairement la chandelle. A voir absolument, donc, y compris si vous avez pour but de vous faire tous les Video Nasties, celui-ci en étant un, et l’un des meilleurs!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Gary Sherman
  • Scénarisation: Ronald Shusett (et un peu Dan O’Bannon)
  • Titres: Dead and Buried (USA)
  • Production: Robert Fentress, Ronald Shusett et Richard R. St. Johns
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Farentino, Melody Anderson, Jack Albertson, Robert Englund
  • Année: 1981

4 comments to Réincarnations

  • Dirty Max 666  says:

    J’ai découvert « Dead and buried » il y a quelques années, lors de la séance « Trash » d’Arte. Merci d’avoir déterré cette série B au script original et à l’atmosphère très particulière…

  • Roggy  says:

    Salut,
    Un film que j’aime bien pour son ambiance typique du début des années 80. Dan 0’Bannon est un peu oublié. Pourtant, il est aussi l’auteur d’un bon « Retour des morts vivants ».

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